‹ Commentaire français littéral de la Somme théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 3)Chapitre 73 sur 77 · Q. LXXIX. — DES PARTIES QLASI-INTÉGRALES DE LA JUSTICE · texte numérisé non relu

Q. LXXIX. — DES PARTIES QLASI-INTÉGRALES DE LA JUSTICE

raison spéciale qui est d'agir contre un précepte négatif, dans ce cas la transgression est un péché spécial, dune double manière. D'abord, en tant qu'elle s'oppose aux genres de péchés opposés aux autres vertus; car, de même qu'il appartient à la raison propre de la justice légale de porter sur la dette du précepte, de même il appartient à la raison propre de la transgression de porter sur le mépris du précepte » : la justice légale ne fait pas une chose, parce que la loi divine ou humaine défend de la faire; la transgression passe outre et fait une chose, ne tenant aucun compte de la loi divine ou humaine qui la défend. ^ oilà le premier mode dont la transgression, prise au sens formel, est un péché spécial : parce quelle s'opjiose à une vertu spéciale, la justice, comprenant sous ce mol la justice légale, distincte des autres vertus auxquelles s'opposent d'autres vices spéciaux et distincts. « Il est un autre mode dont elle est aussi un péché spécial; et c'est en tant qu'elle se distingue de l'omission, qui est contraire au précepte positif ». Ce second mode nous apparaîtra mieux, après la lecture de l'article suivant.

Vad priniiun répond ([ue « comme la justice légale est loule vertu du côté du sujet et comme matériellement », en ce sens que tout acte de vertu peut être ordonné à la (in de la justice légale dont l'objet propre est le bien comnuin et parce que tout acte de vertu est l'objet de quel(|ue précepte divin ou humain se rattachant ainsi à la justice légale, dont la raison de précepte est précisément l'objet propre ; « de même aussi l'injustice légale est matériellement tout péché. Et c'est de cetle sorte que le péché est défini par saint Ambroise, savoir : selon la raison d'injustice légale ». — On aura remar(|ué le caractère particulièrement précis de cet dd prinnuii et comment nous y trouvons confirmé tout ce qui a été dit plus haut de la justice légale (cf. q. 58, art. 5).

LVw/ secunduni déclare ([ue « riiiclinalioii naturelle ai)j)arlient aux |)réceplcs de la loi naturelle. De même, la coulume honnête a force de précepte : parce «pie, comme saint Augustin le dit, dans Vcpilvc Du jeûne du Sablxd (ép. \\\\ I ou L\\\\ J), lu fuulumr du i)eui>le de Dieu doU cire (enur pour loi. El voilà poui(pioi soit If péché, soit la transgression peuvent être con-

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tre les coutumes honnêtes et contre l'inclination naturelle ». — Ici encore, nous remarquerons combien nette a été la formule de saint Thomas déclarant expressément que l'inclination naturelle a raison de précepte, et aussi la coutume louable fixant un mode d'agir consacré par les bons : dans un cas, c'est un vrai précepte de la loi naturelle; dans l'autre, c'est l'équivalent d'un précepte de la loi faite par les hommes.

L'ad terliam dit que « toutes les espèces de péchés énumérées » dans l'objection. « peuvent avoir la transgression, non selon leurs raisons propres » et particulières ou distinctes, « mais selon une certaine raison spéciale », où cei)endant elles se retrouvent toutes par mode de sujet et de quasi-matière, « ainsi qu'il a été dit (au corps d'article et à Vad prlnuim). — Toutefois, ajoute saint Thomas, le péché d'omission se distingue complètement du péché de transgreision », comme nous Talions voir plus spécialement dans l'article qui va suivre.

Article III.

Si l'omission est un péché spécial?

Quatre objections veulent prouver que « l'omission n'est pas un péché spécial ». — La première arguë de ce que « tout péché est originel ou actuel. Or, l'omission n'est pas le pèche originel ; car elle ne se contracte point par l'origine. Elle n'est pas non plus un péché actuel ; car elle peut exister sans qu'il y ait aucun acte, ainsi qu'il a été vu plus haut, quand il s'est agi des péchés en général (/"-S"'', q. 71, art. j). Donc l'omission n'est pas un péché spécial ». — La seconde objection déclare que « tout péché est volontaire. Or, l'omission, quelquefois, n'est pas volontaire, mais nécessaire ; telle, par exemple, la femme qui a été violée et qui avait fait vœu de virginité ; ou encore celui qui a perdu la chose qu'il est tenu de rendre ; ou le prêtre qui est tenu de célébrer, et qui a un empêchement. Donc l'omission n'est pas toujours un péché ». Cette objection, déjà fort intéressante en elle-même, pour les cas qu'elle propose, le sera plus encore par les solutions qu'elle provoquera dans la

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