QUESTION XLII. ÉGALITÉ ET SIMILITHOE DES PERSONNES
aniu)iirait. Et c'est parce qu'il y a\ail plus de difficullé à admettre l'égalité en Dieu, comme aussi parce qu'en établissant l'égalité, nous établirons, à plus forte raison, la similitude, que saint Thomas appuie tout spécialement sur la question d'ég^alité. — Quatre objections voudraient prouver que « l'égalité ne convient pas aux Personnes divines ». — La preuiière rappelle qu' « on parle d'égalité en raison de l'unité dans la quantité, comme on le voit par Aristote », dans ce V° livre des Mi'la physiques (de s. Th., leç. 17; Did., liv. IV, ch. xv, n. l\) dont Cajélan a pu dire (commentaire de l'article 6 de la question précédente, n. 5) qu'// contient les fondements de toute science, nous donnant les raisons ou les notions de toutes les semences, de tous les germes des vérités qui sont la vie de l'intelligence. « Or, dans les Personnes divines nous ne trouvons » aucune espèce de quantité : « ni la quantité continue intrinsèque qui s'appelle l'étendue ; ni la quantité continue extrinsèque qui est le lieu » ou l'espace « et le temps. On ne peut pas dire non plus qu'il y ait parmi elles l'égalité qui se tire du côté de la quantité discrète; car deux Personnes sont plus qu'une. Donc, il n'y a pas à parler d'égalité pour les Personnes divines ». — La seconde objection voudrait qu'on parle plutôt de similitude et non pas d'égalité pour les Personnes divines. C'est qu'en effet « les divines Personnes sont d'une même essence, ainsi qu'il a été dit plus haut (q. 39, art. 2). Or, l'essence se dit par mode de forme; et de convenir en une même forme donne bien la similitude mais non l'égalité. Ce n'est donc pas d'égalité mais de similitude qu'il faut parler au sujet des Personnes divines ». — La troisième objection dit que « tous les êtres au sujet desquels on parle d'égalité peuvent être dits égaux les uns par rapport aux autres; car la relation d'égal se dit d'une façon réciproque. Or, les Personnes divines ne peuvent pas être dites égales les unes j^ar rapport aux autres. Saint Augustin dit, en effet, au VI" livre de la Trinité (ch. x), que Vimaffe, si elle répond parfaitement à ce dont elle est l'image, sera bien dite lui être égale; mais on ne dira pas que ce dont elle est l'image est égal à l'image. Puis donc que le Fils est l'image du Père, nous ne pourrons pas dire que le Père est égal au Fils. 11 s'ensuit qu'il n'y a pas à parler d'égalité
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pour les Personnes divines ». — La quatrième objection observe fjue « l'égaillé est une certaine relation. Or il n'y a aucune lelation qui soit commune aux Personnes divines, puisque c'est par les relations qu'elles se distinguent entre elles. Il n'y a donc pas d'égalité parmi les Personnes divines ».
L'argument sed contra est le mot que nous lisons dans le symbole qui porte le nom de saint Atlianasc : Les trois Personnes sont coéternelles entre elles et coégales. — Nous pourrions citer aussi le mot de la Préface de la Trinité : « Nous adorons dans les Personnes la propriété, dans l'essence l'unité, dans la majesté l'égalité ».
Au corps de l'article, saint Thomas répond qu' « il est nécessaire d'assigner aux Personnes divines l'égalité. C'est qu'en effet, d'après Aristole, au X" livre des Métaphysiques (de s. Th., leç. 7; Did., liv. IX, ch. v, n. 6), on parle d'égal comme pour nier un plus grand ou un plus petit. Or, nous ne pouvons rien supposer, parmi les Personnes divines, qui ait raison de plus grand ou de plus petit ; parce que, dit Boèce (dans son livre de la Trinité^ ch. i; de s. Th., leç. i), tous ceux qui parlent d'augmentation ou de diminution doivent mettre une différence ou une distinction dans la nature divine, comme les ariens qui, mettant des degrés parmi les Personnes divines, détruisaient la Trinité et en faisaient plusieurs substances. La raison de cette conséquence est que, pour des êtres inégaux, on ne peut pas avoir une même quantité numérique » j s'ils avaient, en effet, la même quantité, ils ne seraient déjà plus inégaux. « Mais » précisément « la quantité, en Dieu, n'est pas autre chose que l'essence divine. Il s'ensuit que s'il y avait une inégalité quelconque pour les Personnes divines, elles n'auraient déjà plus une même essence. Les trois Personnes ne seraient donc plus un seul Dieu ; ce qui e§t impossible. Il faut donc que nous mettions l'égalité parmi les Personnes divines ». — La doctrine de ce corps d'article va être complétée par les réponses aux objections, qui sont très importantes.
h'ad primum distingue « une double sorte de quantité. L'une, qui n'est qu'une quantité de masse, une quantité dimensive; et celte quantité ne se trouve que dans les seules choses corporel-
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les ; elle ne saurait donc trouver place dans les Personnes di\iiu's. L'autre est une quantité de vertu ; elle se mesure au deiçré de perfection d'une forme ou d'une nature. C'est ainsi qu'on dira, pour désig^ner celte sorte de quantité, ipi'un corps est plus ou moins chaud, selon qu'il est plus ou moins parfait dans l'ordre de la chaleur. Celle quantité virtuelle se peut [)rendre, d'une première manière, dans sa racine, c'est-à-dire dans la perfection même de la forme ou de la nature ; et c'est ainsi qu'on [tarie de grandeur spirituelle, en raison de l'inlcnsité et de la perfection, comme, du reste, on dit une jurande chaleur, pour la même raison. Aussi bien, saint Augustin a-t-il pu dire, au VI* livre de la Trinité (ch, viii), que, pour les êtres où ne se trouve point la grandeur de masse, être plus grand, c'est être meilleur ; on appelle meilleur, en efFet, ce qui a plus de perfection. En second lieu, on peut prendre la quantité virtuelle en raison des effets qui découlent de la forme. Le premier de ces effets est l'être; car tout ce qui est, a l'élre en raison de sa forme. Le second est l'opération ; car tout être qui agit, agit » en vertu de sa forme et « par sa forme. On peut donc prendre la quantité virtuelle, et en raison de l'être, et en raison de l'opération. En raison de l'être, selon que les êtres qui ont une nature plus parfaite ont aussi une durée plus grande. En raison de l'opération, parce que les êtres (jui sont d'une nature plus parfaite sont aussi plus puissants poui agir. — Ceci posé, nous disons avec l'auteur du livre de la Foi à Pierre (que saint Thomas attribue ici, comme toujours à saint Augustin, et qui est de saint Fulgence, ch. i) : Quand nous parlons d'égalité dans le Père, dans le Fils et dans le Saint-Esprit, c'est pour signifier que nul d'entre eux ne précède dans l'éternité, n'excède dans la grandeur, ne l'emporte dans la puissance » ; aucun d'entre eux n'est antérieur en durée, n'est plus parfait en nature, n'est plus puissant en action : ils ont tous trois la même durée dans leur être, la même perfection dans leur nature, la même puissance dans leur action ; et c'est ce que nous voulons dire quand nous parlons d'égalité pour les Personnes divines. — On aura remarqué tout ce qu'a de précieux, pour la philosophie et pour la théologie, celte réponse de saint Thomas; et aussi comment elle justifie la division de la ques-
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tlon actuelle que nous avons indiquée en expliquant le sommaire.
Vad secundum s'appuie sur la réponse que nous venons de donner et en applique la doctrine à la difficulté tirée de la similitude. « Dès là que nous parlons d'égalité selon la quantité virtuelle, en cette égalité la similitude se trouve comprise avec quelque chose en plus ; car nous excluons la raison d'excédent. Tous les êtres, en effet, qui participent une même forme peuvent être appelés semblables, bien que peut-être ils ne participent pas cette forme au même degré ; c'est ainsi qu'on dira l'air semblable au feu, en tant qu'il participe sa vertu caléfactive. Mais, pour qu'ils soient égaux, il ne faut pas qu'en l'un la forme soit plus parfaite qu'en l'autre. Puis donc que non seulement le Père et le Fils, en Dieu, ont une même nature, mais encore que cette nature se trouve aussi parfaitement en l'un que dans l'autre, nous ne dirons pas seulement que le Père et le Fils sont semblables, par où est exclue l'erreur d'Eunomius; mais aussi qu'ils sont égaux, pour exclure l'erreur d'Arius ».
Uad tertium nous prévient que « l'égalité ou la similitude se peuvent désigner d'une double manière en Dieu : par des noms et par des verbes. — Si on la désigne par des noms, l'égalité est réciproque parmi les Personnes divines ; et de même la similitude. Le Fils, en effet, est égal et semblable au Père ; et vice versa. La raison en est que l'essence divine n'est pas plus au Père qu'au Fils ; et voilà pourquoi, de même que le Fils a la grandeur du Père, ce qui est être son égal, de même le Père a la grandeur du Fils et lui est égal » ; ils ont tous deux — et la même raison vaut pour l'Esprit-Saint — une seule et même essence qui constitue, nous l'avons dit, la grandeur spirituelle seule possible en Dieu. « Il n'en est pas de même pour les créatures, ainsi que l'observe saint Denys, au ch. ix des Noms divins (de s. Th., leç. 3) où il est dit que parmi les créatures il n'y a pas rechange ou la réciprocité de Végaiité et de la similitude. C'est que pour les créatures, on dira, par exemple, que les effets sont semblables aux causes, parce qu'ils ont la même forme ; mais on ne dira pas l'inverse, parce que la forme se trouve principalement dans la cause et n'est que secondairement dans l'effet ». — Voilà pour les noms. — « Les verbes, eux, signifient l'égalité, mais
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avec l'idée de moiivcint'iit. El bien qu'il n'y ail pas de mouvcnifnt (Ml Dieu, il y a cependant, en Lui, le fail de recevoir. Pour cela donc que le Fils reçoil du Père, en raison de (juoi II esl son é^al, tandis que l'inverse n'est pas vrai », le Père ne recevanl pas du Fils, « à cause de cela, nous disons que le Fils s'é«^ale au Père, mais nous ne disons [)as l'inverse », que le Père s'égale au Fils. — La dislinction est subtile; mais elle repose sur la raison même des processions en Dieu, qui tout en assurant l'identité de nature, fait que cette nature est en telle Personne comme reçue de telle autre. L'identité de nature nous vaut la réciprocité des termes statiques, substantifs ou adjectifs; et l'ordre de réception exclut cette réciprocité pour les termes dynamiques ou qui signifient par mode de mouvement. Nous disons indifféremment que le Fils est l'égal du Père et que le Père est l'égal du Fils, ou encore que le Fils est égal au Père et le Père égal au Fils ; mais, tandis que nous disons que le Fils s'égale au Père, nous ne disons pas du Père qu'il s'égale au Fils.
Vad qaarturn nous rappelle que « dans les Personnes divines, nous ne pouvons considérer que l'essence^, en quoi elles conviennent, et les relations, en quoi ebei ^e distinguent. Or, l'égalité emporte les deux : et la distinction des Personnes, car rien ne peut être dit égal à soi-même ; et l'ur-itc d'essence, car c'est en cela que les Personnes divines sont egP'des entre elles, en tant qu'elles ont une même grandeur et uiic même essence. Mais, observe saint Thomas, il est bien clair qu'un même individu ne se réfère pas à lui-même par une relation réelle ; ni une relation à une relation par une autre relation, et lorsque, par exemple, nous disons que la palernilé ^'oppose à la filiation, l'opposition dont nous parlons n'est pas une relation réelle intermédiaire entre la paternité et la filiation. Dans un cas comme dans l'autre, en eff'et, il faudrait procéder à l'infini dans la série des relations réelles » ; ce qui est impossible. « Donc l'égalité et la similitude, parmi les Personnes divines, ne doivent pas être tenues », comme le croyait l'objection, « pour des relations réelles distinctes des relations qui constituent les Personnes »; elles ne sont rien autre, en réalité, que les Personnes elles-mêmes considérées comme dislincles en raison de leurs piopiiétés personnelles, et comme
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ne faisant qu'un au point de vue de l'essence commune : « l'égalité inclut, dans son concept, et les relations qui distin^-uent les Personnes, et l'unité de l'essence » qui constitue leur grandeur. « Et c'est pour cela, remarque saint Thomas, en finissant, que le Maître des Sentences dit, à la distinction 3i^ de son I" livre, (ju'ici Va/jpr/lafion seule est relative » ; nous n'avons pas une relation réelle ; nous n'avons qu'une relation de raison fondée sur ces deux réalités : la distinction des Personnes et l'unité de r(>sscnce.
Il y a donc place pour l'égalité en Dieu. Il y a une certaine égalité, l'égalité qui se dit en raison, non pas de la quantité matérielle, mais de la quantité spirituelle, que nous pouvons et que nous devons mettre, en Dieu, parmi les Personnes divines. Mais nous avons dit, à Vad prinmm, que celte quantité spirituelle se pouvait considérer, soit dans sa racine, qui est la forme ou la nature elle-même, soit dans les effets de cette forme, dont le premier est l'être et le second l'opération; d'où nous avons conclu (ju'on pouvait parler d'une triple égalité : l'égalité dans la durée ; l'égalité dans la perfection ou la grandeur de la nature; l'égalité dans la puissance d'agir. Nous devons maintenant examiner, dans le détail, ces diverses sortes d'égalité en ce qui est des Personnes divines. — Et d'abord, l'égalité dans la durée. C'est l'objet de l'ariicle suivant, auquel se rattachera, par mode de corollaire, l'article 3, relatif à Tordre de nature.
Voyons d'abord l'article 2.
Article II.
Si la Personne qui procède est coéternelle à son Principe, par exemple, le Fils au Père ?
Quatre objections veulent prouver que les Personnes divines ne sont pas coélernelles; qu'elles ne sont pas égales en durée; que les Personnes-principe sont antérieures aux autres; que « la Personne qui procède n'est pas coéternelle à son Principe, par