DE LA PROCESSION DES PERSONNES DIVINES
Nous admirions, en finissant le traité de la nature divine, la simplicité el la sobriété avec lesquelles saint Thomas nous annonçait lui-même qu'il fermait son premier livre, et que ce qu'il nous avait dit sur ce sujet nous devait suffire. Il nous annonce, en termes également simples et sobres, le nouveau traité qu'il aborde maintenant. « Après avoir considéré, nous dit-il, ce qui a Irait à l'unité de la divine Essence, il nous reste à considérer ce qui touche à la Trinité d»^s Personnes en Dieu ». Et sans autre préambule, il entre immédiatement dans le cœur de son sujet. Ici encore, nous imiterons sa sinqilicité et sa sobriété. Nous ne nous perdrons pas en dissertations préliminaires sans fin, pour montrer la grandeur, l'excellence ou les difficultés du traité que nous abordons. Cette grandeur, celle excellence, comme aussi ces difficultés, et leur solution, à la lumière du génie de Thomas d'Aquin, nous a[)paraîlionl d'elles-mêmes, à mesure que nous avancerons dans noire étude. Qu'il nous suffise de remarquer le lien qui unit ce nouveau traité au précédent.
De la Triniié. i
2 SOMME THKOLOGIOUE.
Ainsi que le fait observer le P. Janssens datis sou |>rolo<5ii(', ce serait une encur de croire que le traité <l«' DitMi, Ici que nous l'avons vu jusqu'ici, forme un tout indépendant cl (|ni se suffit, non seulement dans notre esprit, mais mcmc du (.ôié de Dieu; et que !e traité de ia Trinité s'y surajoute cfimnic une sorte âo complément ou d'accessoire. Ce sera'.i là une cireur liés i^rossièrc et très pernicieuse. Si, en effet, nous pouvions pénétrer, comme nons le ferons dans le ciel, resscnce de la Divinité, nous verrions que r^en n'est plus essentiel à Dieu que d'être Trine. C'est uniquf-ment en raison de notre faiblesse, et de notre manière imparfa-i'.î» de connaître Dieu, que nous divisons et que nous séparons le? deux traités de l'Unité d'e^.sence et de la Trinité des Personnes en Dieu. Mais, en réalité et objectivement, il ne répugne pas moins à Dieu d'être un en Personne que d'être multiple en nature. L'infidèle qui nie la Trinité des Personnes, ne pèche pas moins contre la vérité de la Divinité que le païen adorant plusieurs dieux. La vérité intégrale, quand il s'agit de Dieu, c'est qu'il est nécessairement, et par l'infinie perfection de son Etre, Un en nature et Trine en Personnes. Seulement, tandis que la raison, même livrée à elle seule, peut démontrer l'unité de nature, en Dieu, ou du moins en saisir l'évidence, quand on la lui expose, elle est tout à fait impuissante, soit à découvrir par elle-même la Trinité des Personnes, soit à en saisir, sans la lumière de g'ioire, avec évidence, la vérité intime. La Trinité des Personnes en Dieu demeure toujours pour nous, sur cette terre, un mystère que la Foi seule nous livre et que la raison ne peut qu'essayer d'entrevoir.
Dès là que ce do^me de la Trinité des Personnes en Dieu est, au sens le plus strict, un mystère de foi, ainsi que nous venons de le dire et que nous le montrerons plus loin, il s'ensuit, d'une part, que son expression première et essentielle relèvera directement de Dieu, et que, d'autre part, les explications ou les dé\ eloppements que la raison humaine, appuyée sur la foi, voudra en essayer, demeureront tout particulièrement soumis au contrôle et à l'autorité de l'Église, chargée par Dieu de veiller au maintien intégral de la vérité révélée. Nous aurons l'occasion, à mesure que nous poursuivrons, avec saint Thomas, l'explication
QUESTION XXVII. t,\ PKOCKSSJON UKS l'i;n*;< »N MS |i|\l\i,s. »
tiléologiquo ilu myslrrc, <lo siu^iialer les divcises iiilci vinlioils d»* l'Eglise. Nous iiuli(|iier<)iis aussi, au fur el à mesuie c! sur eliaque point, ce qu'il y aura ti'essenliel dans le h'iMoiyi'.aue fourni par Dieu. Pour le moment, contenions-nous de supposer une vérité qui sera étalilie pins loin, et donl l'admission préalable nous est nécessaire pour fixer notre maiclie; c est à savoir que « les Personnes divines se dislingueni seion leurs relations d'oii gine », ainsi que nous en avertit saint Thomas. D'où, immédiatement, et (( pour (pie la doctrine se déroule avec ordre », nou ; dégageons cette division du traité de la Trinité : qu\< il faut con • sidérer, d'abord, ce qui concerne l'origine ou la procession (q. 27); puis, ce qui touche aux relations d'origine (q. 28); puis, enfin, les Personnes » (q. 29-43).
Et d'abord, ce qui concerne l'origine ou la procession. C'est l'objet de la question présente, déjà annoncée.
Cette question comprend cinq articles : >