‹ Commentaire français littéral de la Somme Théologique de Saint Thomas d'Aquin (volume 5)Chapitre 4 sur 79 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

PKEMIKKi: SKCTION

LR PROLOGUE.

La Seconde Partie de la Somme Théologique débute par ces simples mots : « Parce que, selon que s'exprime saint Jean Damascène (de la Foi orthodoxe, liv. Il, ch. xii), l'homme est dit fait à limage de Dieu (en entendant, par l'image, l'être intellectuel, doué de libre arbitre et qui peut agir par lui-même), après que nous avons parlé de l'exemplaire, c'est-à-dire de Dieu, et des choses qui ont émané de la divine Puissance au gré de sa volonté, il reste que nous traitions de son image, c'est-à-dire de l'homme, selon que lui aussi est le principe de ses œuvres comme ayant le libre arbitre et la maîtrise de ses actes. »

Au début de la Scmme Tliéologique, saint Thomas, annonçant la Seconde Partie que nous abordons, disait qu'il y traiterait «< du retour de la créature vers Dieu ». C'est qu'en effet, dans la Première Partie, comme saint Thomas le rappelle dans le Prologue que nous venons de traduire, il devait être question de la créature selon qu'elle émane ou qu'elle procède de Dieu, c'est-àdire selon qu'elle est elle-même l'œuvre de Dieu agissant dans son absolue et souveraine liberté créalrice. Or, précisément, il se trouve que parmi ces créatures émanées du libre vouloir divin,

10 SOMME THÉOLOGÎQUE.

)! en est qui ont le privilège d'imiter Dieu dans la liberté de son action. C'est évidemment de ces ciéatures qu'il s'agira quand nous devrons traiter i- du retour de la créature vers Dieu ». Il ne saurait être question, en effet, de la créature qui n'agit point par elle-même et librement. Son action n'est, au fond, comn.o responsabilité, que l'action même de Dieu qui agit en elle et par elle. Seule, la créatine libre, ayant la maîtrise de ses actes, pourra fournir nialière à ujic étude spéciale comme retour de la créature \pr.s Dieu. Encore faut-il remarquer que parmi les créatures douées du libre arbitre, nous n'aurons pas à parler spécialement (iu retour de l'ange a ers Dieu. Nous avons déjà traité cette question lorsqu'il s'est agi ne la création même de l'ange. L'ange, en effet, est d'une nature telle que son retour à Dieu ne comportait pas une mnltipiicité d'actes divers. C'est par un seul acte que l'ange devait se fixer irrévocablement en Dieu ou loin de Dieu, j-.t cet acte, il devait le produire à l'instant même oii il prenait conscience de son être. Pour l'homme, il n'en va pas ainsi. Sa nature est toute différente. Elle admet la multiplicité et la mutabilité dans les actes qui lui sont propres. C'est une nature complexe, faible, soumise aux fluctuations, aux changements. Tant que l'homme vit de sa vie présente, il est dans le temps de l'épreuve; il n'est point encore définitivement et irrévocablement nicril tixé soit dans le bien, soit dans le mal. Il [leut revenir sur >on adhésion ou sur sa désertion. Ses pensées et ses volontés -onl naturellement instables. Elles se succèdent avec une facilité et une \ariélé que rien n'égale. Et cependant c'est par ces sortes d'actes que l'homme retourne à Dieu ou s'éloigne de Lui. Aussi bien élait-il indispensable d'étudier de près, et d'une façon toute spéciale, ce " retour de l'homme vers Dieu ».

Voulant ensuite déterminer ce qui sera l'objet de cette étude, saint Thomas déclare que « nous devrons commencer par ce qui louche à la fin dernière de l'homme; et puis, traiter de ce par quoi l'honinie [XMit parvenir à cette fin ou s'égarer loin d'elle; ( iit c'est (!«' la (m (jiie se doivent tirer les raisons des choses qui sont ojdunnées à <'elte lin ».

Telle sera donc la division de la Seconde Partie de la Somme 1 hcoloyique. Il y sera traité de la fin dernière de l'homme et de

Page 1