LE TRAITÉ (1, 10 — XV
111e MORCEAU (1, 16. 17).
Le thème et le texte.
V. 16 : (( Car je n'ai pas honte de l'Evangile' ; car il est une puissance de Dieu à salut pour tout croyant,
* Le T. R. lit ici les mots toj XpioTou (du Christ), avec K L P et le? Mnn. Ces mots manquent dans tous les autres Mjj., dans It. et Pesch. et dans quelques Mnn.
^Of) I'RKAMBI'LP: KPISTOLAllil-:
pour le Juif premièrement', comme aussi pour le Grec. » — On pouvait e\|iliqiii'r les \on<j.> n-lanls qu'avait subis l'airivée de F^inl à lioine jiar la crainte qu'il éjirouvait de ne pas pouvoir soutenir assez honoraldemenl son rôle de prédicateur de la Parole sur ce théâtre impoilant. Paul répond que la nature de son messap:e est telle qu'elle met celui qui en est chariié au-dessus de tout senlimenl de ce lienre. Sans doute le me^ssager peut bien trembler en regardant à lui-même, au moment de s'acquitter de cette tàcbe (I Coi'. 11, S); mais alors même la puissance de l'Evangile le relève et lui donne une sainte hardiesse. En disant: /V lùii ]iiis honte, Paul l'ait sans doute allusion à l'opprobre (jui s'attachait à la prédication* du Crucifié aux yeux des représentants de la sagesse humaine (v. lo; I Cor. I, 22-24). — Le complément toO XpicToO, du Christ, que le T. H. lit avec les .Mss. byz. est certainement inautln-ntique; car il manque dans les documents des deux autres familles, dans les anciennes Vss. lat. et syr. et même dans un certain nombre de Mnn. — Sur le mot Evam/ite, voir au V. 1 ; Paul n"a point honte de proclamer ce message divin. El pourquoi cela? C'est que cette parole est comme le bras tout-puissant par lequel Dieu arrache le monde à la perdition et lui communique le salut, il n'y a pas à rougir d'étiv l'organe de cette Ibrce-là. — Par l'omission de l'art., le mot ^-Jvaai;, puii:}>a)icc, qualifie le fait plutôt qu'il ne le désigne. — Le mol Tw-rr.pîa, subit, renferme deux idées : d'un côté, celle de la délivrance d'un mal, la |>er(litiou; de l'autre, celle de la communication d'un bien, la vie ('term'lle dans la cmumunion de hieu. La possession de ces deux privilèges est pour l'homme l'élat
' Le mot -KoTov est omis dans B G g: dapros Terlullien. il man- ■qiiait du.'/. Marcion.
CllAl'. I, IG. ^i^l
de saille (Tcor/ipia, de radjectil' crto:, sain cl senti j. il n'y a pas de raison fondée pour rapporter noi-r^^iy., avec P/iilifijù. au salut /' rciiir. I>e salut, tel i{U(.' le comprend Paul, commence ici-bas et se consomme là-haul. La pn-p. et;, à ou en (^salut), indique non seulement la destinalion de l'œuvre divine, mais son résultat actuel certain, dès que la condition humaine est remplie. Cette condition est celle de la loi : à tuut croyant. Le mot tout indique VuniverseUe application du remède, et le mot croyant sa complète (/ralmtr. Ce sont là les deux traits essentiels du salut chrétien, spécialement relevés dans l'évanfiile de Paul. Ils sont si étroitement liés que proprement ils n'en font qu'un. Le salut ne serait pas pour tous, s'il exigeait de la pari de l'homme une autre condition que la foi. La inoindre condition d'œuvre, de mérite, aurait pour effet d'exclure certains individus. Pour rendre l'art, tw, il faudrait pouvoir traduire : chaque croyant, au lieu de tout croyant. L'acte de la foi est aussi individuel que l'offre du salut est générale; comp. Jean III, 16. — La foi dont parle l'apôlre n'est autre chose que l'acte d'acceptation humble et confiant par lequel le pécheur s'approprie le salut divinement offert, ensorte que cette condition exigée ne porte aucune atteinte à la f/ratuité de ce salut. Dieu dit : je donne; le cœur répond : j'accepte; voilà la foi. Cet acte est une réceptivité active, qui n'apporte rien, sans doute, mais qui prend ce que Dieu donne : «La foi, c'est la main du cœur,» disait admirablement une pauvre Béchuana. A cet acte concourt la personnalité humaine tout entière : l'intelligence qui discerne le bien offert dans la promesse divine, la volonté qui y aspire, et la confiance du cœur qui, se livrant à la promesse, s'empare de ce bien promis. Il ne faut pas se hâter de mettre dans l'acte de la foi tout ce qui en découle une fois qu'elle est en possession de son objet. Ces! ce que
-i(tX PRÉAMBULE ÉPISTOLAIRE
ioiit EcHS.s, Subulicr, Oltramare, quand ils y voient df-jà (( la deslruclion du péché en nous et la création de la vie divine. »> C'est confondre l'effet avec la cause. La foi ne lait que s'approprier le moyen divin par lequel ces elVels moraux seront produits. — A la place de l'ancien peuple de Dieu, qui se recrutait par la naissance et en vertu de la filiation d'Ahraliain, Paul voit apparaître un peuple nouveau, fondé sur un principe de formation tout différent, et composé de tous ceux qui, à quelque nation qu'ils appartiennent, accomplissent individuellement l'acte moral de la foi. — Il rappelle encore une fois l'ancienne division de l'iiuiiianilé en Juifs et païens, mais pour la déclarer abolie dans le nouvel ordre de choses : au Juif inemUretnenl et aussi au Grec. Mal^iré toutes les dénégations de Klostermann, il est évident qu'il faut donner ici au terme de Grecwn sens plus général qu'au v. 1-i. Là il était opposé à barbare et ne désignait par conséquent que la partie cultivée de l'humanité païenne, tandis qu'ici, où il est opposé au terme de Juif, il doit désigner la gentilité en généial. FCun côté, en effet, les Grecs n'étaient qu'une partie du monde des Gentils. Mais de l'autre ils en étaient tellement l'élite, la partie pensante, qu'ils pouvaient être envisagés comme les représentants de l'humanité païenne tout entière. C'est ce qui arrive très-fréquemment dans le X. T.; comp. 1 Cor. I, -l'I-'l'i: et les nombreux passages dans les([uels l'humanilé est divisée en Juifs et Grecs. Kloiikrniaan demande quel changement de point de vue chez l'apùtre a pu déterminer tout à coup une telle différence d'extension dans le sens de ce mot? 11 n'est pas tliflicile de répondre. Au v. \\, il s'agissait unicpiemenl du ministère de P(f<//; le ilouiaine do son activité se subdivisait naturellement en jiaïens civilisés (Grecs) et en païens hinbarrs : luais ici il s'agit île la sphère d'action de XEvan-
ciiAP. I. i(). :209
(jile en général; à celle sphère a|ii)arlienl rimnianilé loul enlièi'c, c'esl-à-dire les Juifs el les inucns (Grecs) '. — Le mol TTpwTov, pirinihriiii'iil , lit! doit pas èli'e inlerprété, commr pliisieuis le pcnsciil, dans le sens de principalemen(, comme s'il s'agissail d'une aflaire de iVHfj aussi bien que de (cinj)s ((Ulratiinir). Le salul n'esl cei'tainement pas desliné aux .luils <(<' lurfcrenœ aux Grecs. l'aul pense uui<pieuieiil au didil de priorité tonpirrrllr (pii résultail pour Israël do loule son liisloire. Ce droit, Dieu l'avait reconnu en l'aisanl naitre Jésus au sein de ce peuple ; Jésus l'avait respecté en se bornant, durant sa vie lerresti'e, à rassembler 1rs lnrl>is perdues de la iiuiisoit d' Israël et en ordonnant à ses apùlres, Ad. I, 8, de commencer révaniJ;élisalion du monde pai- Jét'usalem et la Judée; Pierre el les Douze y étaient demeurés strictement fidèles, connue le prouve la première partie des Actes, ch. Il-XII; et Paul lui-même y rendait constamment hommage en commençant, dans cha({ue ville païenne, à prêcher dans la synagogue. Ce droit de priorité résultait de la destination d'Israël à devenir lui-même l'apc'itre du monde des Gentils au milieu du([uel il vivait. Pour convertir ce monde au Messie, il fallait qu'il y lût d'abord converti lui-même. Ce mot -pw-ov, preniièreineiit, manque dans le Xalic. et le Cod. de Bœrner (grec el latin). JNous savons par Terlullien ([u'il manquait aussi chez Marcion. Son omission chez ce dernier s'explique iacilement; car il contredisait son système. Son lelrancliemenl dans les deux Mss.
' Selon Klostermanii, l'adverbe -owtov, premièrement, porterait >ur le mot : au Grec, non moins que .sur le mol : an /mi/". Ce seraient les doux parties privilèqices de riiumanité, an point de vue de la priorité quant à la prédication de l'Evangile, en tant qu'elles étaient les plus avancées et les plus instruites, comparées aux barbares momentanément laissés en arrière. Mais cette priorité des Grecs sur les barbares est absolument étraniière aux écrits de Paul, et elle est exckie ici même par le terme ravTi to) r-.a-sjovTt, qui précède.
210 i.K TiiKMi: i)K Li-:r'rn;i:
1) ut (j c.st'i)lu> (Jilîicile à expliquer. Selon Vutliimn, l'.ml pouvait bien attribuer une priorité aux .luils quant au jugement, comme il le l'ail 11, '■', inai.s non quaiil au sulut; le xpÔJTov (le II, 10 sérail donc une inlerpolalion J'après II, 9, et celui de notre v, 16, une ;>econ(Ie interpolation d'après II, 10. Infjénieuse combinaison, destinée à sauveile système de lîaiii , inai.s que dément la iM.iliquc Miis>iunnaire de Paul, parfaitement conlorme à notre jfirhnèit'mml et à celui de 11, 10. L'omission doit être Teftet, soit d'une nèiilii-ence de copiste, soit de la contradiction apparente entre le TTowTov (premièremenl), <.'l le t; /.xi (ctamsi). Paul veut rappeler par ce mot l'accord qui ne cesse pas d'exister entre l'universalisme de l'Kvaniiile et la préroirative théocratique. .Mais en rendant ainsi liuuuna<^e au dinit hiMoriqve du jicupli' juil, l'aul n'enttMidail pas relever le parliciilarisme, el c'est ce (prii lait l'essortir par le tî v.y.'., el aussi, j)ar lequel il maintient éneri:i(piemenl Vftjiiliti' relitiieuse l'oncière des uns et des aulri's, dt'jà ariirnu'i' pluv. Wiut dans les mots : ii tout iroi/uiil.
Il iiMporle iiiaiiilcnaMl di'xpliqui'r conniient IKxaiiL:!!"' peut être réellement la |)uissance capable de s ,uvcr l»monde juil" et païen. C'est là le but du v. 17. L"Evani:ili' est le sîilut pour tous, parci' qu'il annonce une justicv de Dieu dont le modi' (ra((pii>iti(in rej)Ose sur un movt'u à la portée d(; tous, lu foi.
V. 17 : X Car en lui est révélée une justice de Dieu de foi pour la foi, selon ce qui est écrit : Mais le juste vivra par la foi. >> — I>a prcmirrc paille ih' ce \. ri*|>rodiiil en termes (.'xplicalils l'idi'i' du v. 10, de manière à laire compi'endn- cotunn'ul i\>j.\[ celle puissance divine iv\tdèi' dans l'Kvantiile : elle /v/a////*' le croyant. ("/t'>t là ridt'i' tundaiiiciitale de r<''pitii' •'iilièi(>.
Lt' li'rme justirc (fr Diin ne peut dèsij^ner ici, connue
cii.M". I. ii;-i7 211
c'est souvent le cas dll, 5 et i^.'», ji. ex.), un allrilmt ilc Dieu, soit sa |)aiiaite j»nieté morale, soit sa jnslirr i-t'tiil)utive. Car cet alliiliul était déjà elairenienl nianilesté dans la loi, bien .ivanl la révélation évangélique; et la parole inopliéliqui- (jiie l'.iul va citcf : « Le jtisic vivra |>ar la foi, » no pei'inet pas de doiitei' que dans sa pensée il ne s'agisse d'un •'■ta! de riiomnie dans lequ<d l'introduit sa foi, et non d'un atlrilml (li\in.
En quoi consiste ct.'t étal? Applifpn'' à l'iioinnie, le lernie ^'//caio-juvr. , JKslia% désigne proprenienl lidal de celui qui a satisfait à toutes ses ohligations envers Dieu et envers les hommes (VI, 1.1. 10; Epli. V, 0; Mattli. V, 17). Dans ce sens, le conipItMuent de Dieu déviait signilier : r.,^coniiue de Dieu (comme juge), ou communiquée intérieuiement, réalisée par lui dans l'àme humaine (par l'action de son Esprit). Mais ni l'une ni l'auti'e de ces explications ne j)euvent convenir; la j)remière |)arce que Paul a piécisénient pour hul d'opposer cette jus lice de Dieu que révèle l'Evangile, à la justice propre de l'homme (i^i'x. ^'-/.aioT-Jw, Vi ou à la justice qui vient des œuvres eh i\ â'pyoiv (^i/.aio'T'jv/iV. la seconde parce que les deux régimes i/, -î-ttcco; ci: -îcr-r'.v, de foi pour lu foi, ne convieiment pas bien à l'accomplissement d'une œuvi'e intérieure, mais font jilutôl penser à un l'ait extérieur que l'on doit s'appropi'ier par le moyen de la foi, après qu'il a été révélé dans ce but. L'idée même de révélation ne cadre pas naturellement avec celle d'une opération intérieure. Enfin le fait que Paul oppose, V. 18, à cette révélation de la justice de Dieu, celle de sa colère, conduit à penser que Paul a en vue une relation morale entre Dieu et l'homme, pluti'it qu'un don intérieur communiqué par Dieu à l'homme.
La justice de Dieu désigne donc ici, comme le dit Lij)sivs, non vn état moral intérieur, mais une relation nou-
212 LE THÈME DE LÉPlTflE
relie dans laquelle Dieu place rhomme vis-à-vis île luimême ; relation qui n'est pas la vie nouvelle, mais qui, comme l'ajoute le même auteur, « est avec la vie nouvelle clans le rap[iort de cause ii cfl'rl. » (Iritc jiosilion est précisément celle dans laquelle l'homme se trouverait visà-vis de Dieu, s'il avait parfaitement accompli toutes les oliligations morales imposées parla loi divine; seulement l'Evangile la révèle comme étant accordée à riioMuue non à la condition de cette parfaite obéissance, mais sur le seul fondement de la foi. — Quant au complément de Dieu, on connaît l'interprétation de Lui/ter, niainlenut.' pai" Philippi : une justice ridahle dermil Dieu dll, 2(1; (jal. III, 11). Mais ce sens du génitif est bien forcé. Ihin, en l'ait un gén. ùe (jualité : une justice conforme à la nntine de Dieu. N'est-il pas plus simple d'y voir un génitif d'o/vf/iiie : une justice dont Dieu lui-même est l'auteur, en ce que c'est lui-même ({ni, par une (j/'ciaratioii de justification accordée au croyant, l'introduit dans cette relation nouvelle vis-à-vis de lui? C'est à ce sens que conduisent les expressions parallèles : « La justice venant de Dieu » (r, ex. OeoO r^,/.a'.oc;'Jvr, ) , Pli il. 111. it; la Jiislicr de Dieu (r, "roO 6eoO •^•.•/.aioG'jvT,), opposée à la propre justice, Roiu. \, î\. Naturellement, cette justice que Dieu confère ne |»eut qu'être conforme à son essence (Baur) et v.ilable à ses yeux (Luther).
Ce mode de justification était absolument nouveau. La loi ne le connaissait point et semblait même l'exclure. De là le terme est rèeèlee. Ce mode nouveau de justification constitue l'essence du message divin .idresst' à riinin.inilé dans l'Lvangile. Seul il est capable de n'Iablir le rapport nonii.il enti'e Dieu et l'IioMune, d'tiii procédera le i-enouveilement de celui-ci. Seul il peut conduire le pt''elieur ;iu salut.
CIlAl'. 1, 17 ±\:\
Los doux l'ÔLiiiiios iy. -rriiTsw;, ii; -iizvj, de la foi ot // hi foi on jionr lu foi, ptMivriii fort bien (Mn- ral(aclit!'s <liroc- Icinoiil an Icnno : ju.slici' tir IHni, si soulcinoiit Inii aooonliio l'omission tlo Tarliclo dovanl ce mot : c une justice (le Dieu de fui el poiu' ht foi, » on opposition à une justice légale qui pari de l'œuvre et ahoutil à l'œuvi-e. Si on veut faire dépendre ces deux réi;imes ilo àTrox-aA-J-Tc-rai, est rrrcléc, la loirique exige que l'on sous-enlende les mois w; ojca [comme iianl de et i)Our la foi). Mais la première construction est plus simple. — Ces mots : de foi, pour la foi, ont été interprétés de plusieurs manières. On a traduit : de foi en foi, et on a trouvé là l'idée d'un proffrès intéiieui" dans la foi elle-même. Ainsi Terlullien, Origèue, Chr\isoslome, lapport aient ces mots au passage de la foi Israélite à la foi chrétienne. Mais il faut violenter l'expression pour qn faire sortir cette idée que d'ailleurs ne réclame pas le contexte. Les réformateurs ont pensé à un progrés de la foi dans le cœur mémo du croyant. Sa foi, faible d'abord, s'alîermit de plus en plus. Calvin : (Jaolidianum in singulis fidelihus progressmii notai. Ainsi pensaient aussi Luther et Melaitchton ; Scliaff: ((L'assimilation parla foi doit être continuellement renouvelée. » Mais l'expression ainsi comprise ne convient nullement au verbe est révélée, et, ce qui est plus grave, cette idf'o manque absolument d'à-propos dans le contexte. Une notion aussi spéciale et secondaire que celle du progrès qui s'opère dans la foi, est déplacée dans un sommaire qui ne comporte que l'indication des idées fondamentales. Il serait même contraire au but de l'apôtre de rattacher l'acquisition de la justice au progrés subjectif du croyant dans la foi. On ne parle que comme J'une curiosité de l'explication de ceux qui entendent : par la foi en la foi, c'est-à-dire en la fidélité de Dieu (III, 3). La vraie pensée de Paul est as-
'2\ i LK TIIÈMK DK Llil'lïlih:
surôment celle-ci : La justice de Dieu est révélée coiiiimune Justice de foi, en ce qu'elle consiste non dans uni' œuvre accomplie, mais dans la simple foi comptée à l'homme à titre de justice. Ce i/., [iroprement hors de, (pic l'on ne peut </uère rendre en Iranr-ais cpie i>ar la prép. jKir, indique Vcnifjine, et en quelque sorte hi suh.slcnéce donl la chose est faite. Celte justice de loi est révélée en même teuqjs comme destinée et accordée à la foi, v.ç -i'jT-.v. Non seulement la foi en est l'essence; mais cette justice, chaque fois qu'elle est proclamée comme telle, fait appel à la foi individuelle de chacun de ceux à (pii elle est offerte, en tant que la foi leui" est présentée comme le moyen de se l'approprier. Pour hien saisir le sens de celte douhle expression, il suffit de se représenter la fornude opposée : La justice légale est « une justice d'œuvre pour l'œuvre, i> c'est-à-dire consistant dans l'œuvre et rédymant l'accomplissement individuel de l'œuvre. Pour être tout à fait exact, il ne faut donc pas dire que pomlo foi équivaut ici à jioiir II' cioi/diit. Paul ne se pi'éoccupe pas de la jtei'sonne qui s'approprie, mais uniquement de la condition d'appropriation, et sa pensée, en cumulant ces deux léoiiiK'S, a été de faire conqM'endre : que dans celte justice la toi est tout, alisolumenl tout; dans son essence, elle n'est que fiu, i)uisqu'elle est la foi t.'lli'-mèuie imputée à justice (Rom. IV, :\), et (piand elle est prècht'e connue telle, c'est atin que chacun se l'approprie par la foi et pour être immédiatement conférée à quiconijuc croit. Nous retrouvons ces deux n''L:imes sous une foi'ine un peu dilîérenle dans plusieurs autres pass.»<;es; 111. -'2: " La justice de Dieu jnn' hi foi en Christ pour tel son tous ceux (pii croient; » Gai. 111, iiL : ^t Afm que la promesse soit donnée juir la foi en .h'sus à ceux (pu croient; i> Phd. III, 9 : « Possédant la justice ipii est pur la foi eu Christ, la
justice de Dieu pour la loi. )> Cependant nous ne paraplii'aserions pas les mots pour la foi dans ce sens : pour faire naître la foi, comme quelques interprètes, par exemple PfleidertT qui dit : « en tant ([u'en'cl de la foi (iy.) et pour éveiller la foi (si;). » Le ei:, pour, nous parait sijiuifier : destinée et accordée à la foi. — Il faut se garder toutefois de faire de la foi un mérite. C-e qui lui donne cette valeur justifiante, c'est son objet sans lequel elle resterait une stérile aspiration, et qui seul la rend efficace. Mais, d'autre part, cet objet ne peut agir sur l'homme que par l'intermédiaire de la foi.
L'apùtre est tellement convaincu d(; l'harmonie profonde qui existe entre l'ancienne et la nouvelle alliance^ qu'il ne peut affirmer cette vérité fondamentale de l'Evangile sans citer à l'appui une parole de Y\. T., dont il fait comme le texte d'où est tiré ce thème de son écrit : c'est le passage Ilabacuc II, -4, qui avait sans doute joué dans sa vie intérieure un rôle analogue à celui qu'il a joué plus tard dans la vie de Luther. Il le cite de nouveau Gai. III, M (comp. Iléb. X, 37). A tout homme qui s'enorgueillit dans la confiance en sa propre force, soit parmi les conquérants païens, soit en Israël même, le prophète oppose l'humble croyant qui met sa confiance qu. Dieu seul. Le premier périra : le second seul est envisagé et traité comme juste par Dieu, et par conséquent vivra. Le ^i, mais, qui commence la citation chez Paul, a été conservé tel quel du texte prophétique où il oppose le juste sauvé à l'orgueilleux qui périt. — Le mot hébreu que nous traduisons par foi^ émounah, vient du \erbe aman, être ferme ; d'où à l'hiphil : s'appuj/er sur, s'assurer en. Il y a dans l'hébreu : sa foi (émouuatito) : les LXX ont traduit comme s'il y •àxailémounathi, ma foi (^celle de Dieu), ce qui peut signifier soit ma fidélité, soit la foi en moi. Peu nous importe la pensée
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des traducteurs. l'aul leinonte évideiiiinent au texte original et cite correctement en disant : <( sa foi, » celle du fidèle en son Dieu. Dans le texte hébreu, chacun le reconnaît, les mots par sa foi dépendent du verbe rivra, et non du mot le juste. Mais, depuis Théodore de lièze, un très-grand nombre d'interprètes pensent que Paul a fait dépendre le régime par la foi du mot le juste : « Celui qui est devenu juste par la foi, vivra. » Ce sens parait en effet répondre plus exactement au contexte, dont l'idée générale est que la justice (non la vie) provient de la foi. Ce n'est pourtant là qu'une apparence ; cai- la parole de Paul ainsi comprise opposerait, comme l'observe fmement 01tramare, au juste par la foi, qui vivra, \c juste par les œuvres, qui ne vivra pas. Mais ce ne peut être là la pensée de Paul. Car il reconnaît lui-même que celui qui parviendrait à être juste par ses œuvres, vivrait par rllcs (X, 5). Il faut donc traduire, comme dans l'hébreu : le juste vivra par la foi. Le sens est celui-ci : « Le juste — il est appelé ainsi par anticii)ation — vivra par la foi (par laquelle il aura été rendu juste). )^ Il est contemplé dés l'abord dans l'état de justice dû Ta })lacé sa foi. S'il /•// par sa foi, c'est évidemment qu'il a été renilu juste par elle, jiuisqu'on n'est sauvé que comme juste. — Dans la pensée (lu prophète, le mot 'Ç-nce-y.'., vivra, renfermait : 1" la ilélii'rana' de?' maux présents (ceux de l'invasion chaldéenne), coiimie, pour la postérité, celle des maux futurs ; fî^Ma possession de la grâce divine dans la jouissance des biens de la leri'c promise. Ces deux notions sont spirilualisées chez Paul. Elles lievieniieiil : la délivrance de la perdition et la possession de la vie éternelle. Ce mot rivra reproduit l'idée île r;i-iTr,oix, le salut, \. II». Il résume toutes les conséquences salutaires de la justification par la loi, telles qu'elles seront exposées depuis le cli. VI. .lus-
qu'au chap. V, en eiïet, l'apotre analysera l'idée de hx justice de la foi; mais, après cela, ce sera le moi vivra qui sera le llièiiie du lahlcau de la vie du justifié, cli. VI-VllI et XII-XIV. Le théine l'oi-inulé dans les v. 16 et 17 renferme ainsi la notion complète du salut, dans son piincipe {làjusiiee) el dans sa conséquence (la vie). Lajtarlie même qui traitera de la marche du salut dans l'humanité, ch. IX-XI, y est également comprise : car elle ne fait qu'appliquer au sort actuel et futur d'Israël et des Gentils ce que l'apôtre vient d'enseigner relativement au mode du salut individuel. L'apôtre passe donc dés le v. 1(S au développement du thème qu'il vient de formuler; et d'ahord dans un enseignement didactique (ch. I-XII) qui sera complété par un enseignement de nature pratique (ch. XIII-XV, 13).