V. 7 : ((à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à
iOO l'RKAMP.ILK KI'ISTOLAUiF:
Rome', saints par appel, grâce et paix vous soient données de la part de Dieu, notre Père, et du Seigneur Jésus-Christ. » — Ce datil : (/ Ions ceux, pourrait dépendre du verbe sous-entendu : j'écris ou je m'adresse ù ; mais il est plus simple de le rattacher au verbe sousentendu dans le vœu lui-même : soient données. — Il serait bien inutile d'ajouter ici l'adjectif Ions, si Paul navait pas l'inti'iitinii d'élargir le cercle des personnes désignées <tu V. 0 comme étant du noniltre des Gentils. Paul ne doute assurément pas qu'il n'y ait aussi parmi les clnétiens de Rome un certain nombre de frères d'origine juive, et il les renferme maintenant par ce : à toua, dans le cercle de ceux à qui il adresse cette lettre. 11 ne faut pas sépaier par une virgule les deux datifs : à tous ceux qui sont à Borne et aux bien-aimés de Dieu, comme si c'étaient deux rég. différents, le premier s'appliquant aux cioyants juifs, le second aux croyants païens (Bengelj. Le terme les bienmmés de Dieu est pris substantivement et désigne la totalité des croyants romains, Juifs et païens. Tous les hommes sont dans un sens aimés de Dieu (Jean 111, IC); mais en <lehors de la foi ce sentiment divin ne peut être qu'un amour de compassion. 11 ne devient un amour intime, un amour de coininunion, comme celui qui unit père et enfant, (juc i>ar la réconciliation accordée à la foi. — De cet amour dont ils sont les objets est résulté leur consécration intérieuie à Dieu : xArToî: <x.yio'.:, saints par apiicl. Il ne faut traduire ni : appelés à être saints, ce qui supposelait que la sainteté n'existe encore chez eux qu'en destinaliim, ni appelés et saints lOsterv.), ce qui donnerait à la notion iVappel une valeur indépendante. Paul veut dire :
• Le mot fVoar; manque dans G [i Vi;-*'"i. qui apn» sv li>onl ayxmr 0-oj.
CIIAI'. I. 7. 191
1" qu'ils sont rcelleinenl sainis, ol 2" que, s'ils possèdeni ce caractère, c'est en vertu de l'appel que Christ leur a adressé et par lequel il a lire les uns des souillures du paganisme et élevé les autres de la consécration extérieure de l'ancien peuple de Dieu à la consécration spirituelle du nouveau. Dans l'ancienne alliance, en efîel, la consécration à Dieu était héréditaire et attachée au rite extérieur de la circoncision. Dans la nouvelle économie, la consécration est, avant tout, celle de la volonté personnelle, dominée par la puissance de la foi, et, par là, celle de la vie entière. Elle va du dedans au dehors et non du dehors au dedans; c'est la sainteté réelle. — Les mots iv Woar,, à Rome, sont omis dans le texte grec du Cod. de Dœvner (G), ainsi que dans la traduction latine qui l'accompagne (q). On pourrait voir dans cette omission une faute accidentelle, si elle ne se répétait au v. 15. Rûckert et M. Bcnan pensent qu'elle provient de manuscrits destinés à d'autres églises et dans lesquels on avait, par cette raison, laissé l'indication des lecteurs en hlanc. Mais ne se retrouveraitelle pas en ce cas dans un plus grand nombre de documents? Meyer suppose qu'une église quelconque, faisant copier cette épître pour son usage particulier, avait intentionnellement supprimé ces mots. .Mais il faudrait expliquer pourquoi le même fait n'a pas eu lieu pour d'autres épîtres. Il me paraît, comme à OUramare, que la cause du retranchement ne peut être que la contradiction apparente entre la généralité du contenu de la letlre et sa destination locale attestée par les mots supprimés. On a essayé de transformer cette épitre d'enseignement général « en encyclique; » voir encore au v. 15.
L'apôtre ne salue pas la communauté des cro\tints de Rome, comme celles de Thessalonique, de Galatie, de Corinthe, en lui donnant le titre iVéglise. On pourrait con-
\^:i l'RÉAMblLE ÉHSTOLAIRK
dure (le là que les tliiï(''renls groupes chrétiens qui existaient à Home, et dont plusieurs sont mentionnés au cliap. XVI, n'étaient pas encore liés par une oriianisation coiiiiiiune et soumis à un conseil pi'eshytéral. Cependant ÏMiil. I, 1 et Col. I, ! ne permettent pas de tirer cette conclusion avec certitude.
La lin du v. 7 renferme le développement de la ti'oisième partie de l'adresse, du vœu. \\\ terme ordinaire yy.i^îiv^ joie et })rospé)-iti', Paid substitue les biens qui font la richesse et le bonheur du chrétien. La (/rdce, /.«p'.;, dési^ïne l'amour de Dieu manifesté aux croyants sous la forme du pardon et de tous les biens qui en découlent; la finir, clovrr,^ le sentiment de calme profond, d'intime quiétude que communique au cœur la possession de la réconciliation et de l'adoption. — Nous ne voyons aucune raison de nous écarter de ce sens naturel du terme p:rec et de lui donner, comme le fait encore Wms;, le sens plus général de salut, prospérité, qu'a souvent le mot hébreu schaUnn ; comp. V, 1 et Jean XIV, 27 où le sens de paix pai'ait assuré par l'opposition à l'idée de Irouhic, v. I, et pai" les deux expressions : ht (Kiix, ma paix. L'idée du salut rentre plutôt dans le terme de f/ràce. — Il peut paraître que le titre : bicn-nimcs de Dieu, donné [)lus haut. iuq)liquait déjà la possession de ces dons; mais le cliiétieu n'a rien qui ne doive être toujours de nouveau reçu et journellement accru au moyen de nouveaux actes de foi et de priéi'e. — L'Apocalypse dit cpie u le salut descend du ti'i'me lie Dieu et de l'agneau ; » c'est de Dieu et de J.-Cln isl que Paul fait i''galeiiieiil descendiv les deux biens ([u'il souhaite aux lideles de Home; de Dieu, en tant que Pire, et de J. -Christ connue Seii/neur, ou chef de l'Kglise. Il ne faut pas expliquer ces deux rég. comme s'il y avait : a de Dieu juir t'.hrisl. o Les deux subst. dépendent d'une prép.
uniqiif et commune : ilc la juirl de. L'ajxMi'e contemple donc, non une source et un canal, mais deux sources. L'amour de Dieu el l'amour de Christ sont deux amours distincts; l'un est celui d'un père, l'autre celui d'un iVère. Christ aime de son amour, Rom. V, 15; comp. Jean V, 21 (ceux qu'il veut) et :2G (il a la vie en lui-même). Erasme a eu la malheureuse idée de l'aire des mots : Jesus-CIrrisl, notre Seif/neur, un second complément du mot Père : « Père de nous et de J. -Christ. » Mais, dans ce cas, le complém. J. -Christ aurait dû rtn,' placé le premier, et la mention de la paternité de Dieu à l'égard de Christ serait sans but dans le contexte. — Le sentiment de la nature divine de Christ peut seul expliquer cette construction, d'après laquelle sa personne et celle du Père sont mises sous la dépendance commune d'une même préposition.
On ne peut qu'admirer la circonspection et la délicatesse avec lesquelles saint Paul procède dans l'accomplissement de la tâche qu'il a à remplir auprès de l'église de Rome. Pour justifier sa démarche, il en appelle à son apostolat auprès des Gentils; pour expliquer cet apostolat, il remonte à la transformation que la résurrection a opérée en la personne de Christ quand de Messie juif elle l'a fait Seigneur^ dans le sens absolu du mot. C'est ainsi qu'il associe la conscience de l'église à celle qu'il a lui-même de sa personne et de sa charge.
Ile MORCEAU (1. 8-13).
Lintérct profond et constant que porte l'apôtre à la propagation de l'Evangile dans la capitale du monde.
Le lien en quelque soite officiel établi par l'adresse doit devenir encore une relation de cœur; c'est à ce but que
Inivaille l'apôtre dans le morceau suivant. 11 commence, comme d'oidinaire, par remercier Dieu de l'œuvre déjà accomplie chez ses lecteurs, v. 8; puis il leur exprime son vil' et ancien désir d'y Iravaillor lui-inéiiie en les l'urtiliant spiiiluellemenl, v. 0-12, el en concourant à la propagation de rEvan<:ilt; dans la ville de l»ome, v. l.'Mr).
V. (S : (' En premier lieu, je rends grâces à mon Dieu par Jésus-Christ au sujet de ' vous tous, de ce qu'on parle de votre foi dans le monde entier. " — Il n'y a pas de marque plus réelle d'une sincère atleclion que l'intercession; voilà pourquoi l'apôtre mentionne sa prière pour (;ux en première ligne. Le mot -côjtov, en premier lieu, fait attendre (surtout avec la particule y.a'v) un secondement (eTTsira 8é). Comme ce mot ne se trouve pas dans ce qui suit, plusieurs traduisent ici -oojtov : ]irincipalemenl. Mais dans ce sens cet adverbe ne s'appliquerait point logiquement au verbe t-jfy.y.n-i,^^ je rends grâces. Car Paul ne veut pas dire qu'il rend grâces par dessus tout de la foi de ses lecteurs. La seconde idée qu'avait en vue l'apôtre el qui doit compléter celle de l'action de iiràces, se trouve réellement énoncée aux v. lu et 1 I isa prière de pouvoii- enlin venii' liii-niènie à Rome). Seulement l'apôtre ne juge pas nécessaire de l'exprimer sous la forme pédante d'un : en second lieu. — Dans l'expression (( mon Dieu » il renferme toutes les expériences qu'il avait faites j)ersonneUe))H'iil du seiHuirs paterui-l de Dieu. Ces manifestations de la sollicitude divine sont une révélation particulière que chaque fidèle reçoit pour son propre compte et qu'il résume en appelant Dieu ^tm Dieu ; comp. l'expression Dieu dW^brahum, d'Ismic, de Jacoh, et
' Lo T. R. lit u:ï£p avec E (i L P et los Miiti. ; n A H C D K et 10 Mnn. lisent repi.
plus sp(''(;i;il<;irieiil la parole (i<;ii. XXVllI, 'li). "-11. — L'action (le places (le Paul a poui' inlennédiaire J.-Clirist. La pliiparl pcnseni que Christ est désitiné jiar là cominc ïaiilcur (lu lucii pour lequel Paul l'eiuercie (VII, 25). Ce n'est pourtant pas le sens naturel de la locution : je remercie pur. Celte expression l'ait i)lutôl penser à Christ comme au sacrificateui' qui présente à Dieu l'action de grâces offerte par le fidèle; comp. VIII, 34; llcb. XIII, 15. — Paul remercie de la propajiation de l'Evangile à Rorne comme d'un hienlail qui le concerne personnellement, en tant qît'apùtre des Gentils. — L'expression au sujet de rous loKs parait un peu exagérée, puisqu'il ne les connaît pas tous individuellement. Mais y aurait-il à Home un être humain liagné à Christ, connu ou inconnu, dont la loi ne fût [)0ur Paul un sujet de joie? La prép. ÛTrep, en faveur de, que lit le T. Pi. avec les plus jeunes Mjj., a quelque chose de plus affectueux que -cpi, au sujet de; mais celleci est plus simple et se lit dans quelques Mjj. appartenant aux trois familles. — La joie de Paul est d'autant plus grande que non seulement ils croient eux-mêmes, mais que le bruit de leur loi, en se répandant, ouvre partout l'accès à l'Evangile. Comp. une parole semblable adressée aux Thessaloniciens (1''^ ép. I, 8). Le oti, parce que, sert à faire ressortir un trait particuliei' dans le sujet de joie générale qu'indiquaient les mots : au sujet de vous tous. Comp. i Cor. I, 5 (le o-i dans son rapport au v. A). L'expression : dans le monde entier, est hyperbolique; elle fait allusion à la position de Piome, comme capitale du monde ; comp. Col. I, 6.
V. 9 et 10 : ce Car Dieu que je sers en mon esprit dans l'Evangile de son Fils m'est témoin commentée fais incessamment mention de vous, 1 0 demandant, chaque fois que je suis en prière, si peut-être une fois
enfin je ne réussirai pas, par la volonté de Dieu, à arriver vers vous. <> — Onwwu^ raction de ,ur;ic(.'s conlinucllu (le rapùlie ('tait un lait intime, dont nul autre que Dieu ne pouvait avoir connaissance, et que la parole du V. 8 pouvait ais(îrnent (Hre soupçonnée d'exagération, il en appelle à Tunique témoin de ces faits de sa vie intérieure. Paul pense à ces moments d'intime confabulation qu'il a chaque jour avec son Dieu dans l'exercice de son ministère; car c'est comme à ses pieds qu'il s'acquitte de cette tâche. 11 dit : en mon esprit, c'est-à-dire dans cette partie la plus intime de son être, où se trouve l'organe par lequel son âme communique avec le monde divin. Vesprit est donc ici l'un des éléments de sa nature humaine (1 Thess. V, :23); seulement il est évidemment supposé pénétré de l'Esprit divin. — rHi'^nd Paul dit : dans rEvmKjile de son Fils, il est bien clair qu'il pense à Vacte de la prédication évangélique. Cet acte est pour lui un culte continuel qu'il n'accomplit qu'à genoux. Les mots de su)i Fils font ressortir la gravité suprême de cet acte. Comment, en effet, travailler à une œuvre qui concerne le Fils, autrement que de concert avec Dieu lui-même! Il ne faut traduire le w: ni par (pie (le f(tit), ce (pii dit trop peu, ni par combien (le degré), ce qui est trop fort, mais par comment. Ce mot se rapporte au mode de ce culte intime. Le mot incessamment peut seul faire comprendre le : ft pour cous tous, ^) ([ui avait précédé (v. 8). De là le car au commencement du verset.
V. 10. A l'action de grâces continuelle pour leur conversion se rattache, comme second objet de la conuuunication ([u'il a à leur taire, sa jtricre non moins constante de pouvoir liicnirit h's risifcri Les mots : lonjonrs tlans mes prières, se ra[iportent certainement au participe suivant demandant, et non à ce qui précède, liaison qui con-
CH/VP. I, 0-11. 107
diiirail à un {tléuiiasiiie. Pas un des entretiens intimes de rapotre avec son Dieu, dans lequel ce sujet ne reparaisse. — 'Etti, ici : à ioccasiun, dans le cours de. Le eir:o>;^ si peut-êlre, indique le calcul des chances, et les adv. une fois et enfin, l'espèce d'impatience qu'il apporte à ce calcul. Le terme eOo^oOv sit^nilie proprement : faire fahe heureusement le chemin, d'où en général : faire réussir quelqu'un dans une affaire ; comp. 1 Cor. XVI, 2. Comme dans ce contexte il s'agit précisément de la réussite d'un voyage, il est difficile de ne pas voir dans le choix de ce terme une allusion à son sens propre : « si enfin je ne serai pas acheminé hcureusenwU vers vous. » Vd.v qui? Les mots : par la volonté de Dieu, le disent. Les circonstances favorables seront l'œuvre de cette main toute-puissante. Les V. 11 et 12 indiquent le motif le plus immédiat de cet ardent désir.
V. 11 et 12 : (( Car je désire ardemment de vous voir, afin de vous communiquer quelque don spirituel pour que vous soyez fortifiés 12 ou, pour mieux dire, que je sois encouragé avec vous, au milieu de vous, par l'action mutuelle de notre foi, à vous et à moi. » — Avec la richesse des dons de Dieu qu'il possédait, comment l'apôtre n'aurait-il pas éprouvé le besoin d'en communiquer quelque chose à une église aussi importante que celle de Rome? Il y a dans le verbe £7:i,r:o6co, avec l'expression du désir qui se porte vers eux, celle du regret de n'avoir pu venir plus tôt. — Un yoi^'.'JiJ.T., don, est une manifestation concrète de la grâce (/.«p'-ç). Mais il ne s'agit nullement ici de quelque don spécial, dans le sens de 1 Cor. XII-XIV. C'est un accroissement de foi, d'amour et de vie intérieure. L'épithéte spirituel dit quelle sera la nature et par conséquent la source de ce don qu'il espère communiquer aux lecteurs d'Esprit, le 77v£j|7,a). Le mot Of/.îv, à vous, est
198 priKAMiii.Lt: i-:i'IStolaii:i-:
interposé entre le siihst. et l'adj. pour mieux l'aire ressortir ce dernier. — I/apùire espère que par celle communication ils recevront un accroissement de la force de Dieu au-dedans d'eux. Il met le verbe au passif : rjue rons soyez fortifiés. Il ne faut pas traduire : jiour vous ajfermir (01tramarej; Paul veut au contraire, par celle forme passive, effacer son rôle personnel, pour ne laisser paraître que le résultat que Dieu lui-même opérera. — Il y aurailqucique charlatanisme dans le choix de ce terme fortifier, alferniir, si, comme le pensent Baur et, d'après lui, MM. Maxi/old, Sabatier, etc., l'api'iln; avait pouf Init d'op/'i'ei" par celle lettre une transformation plus ou moins profonde de la conception de l'Evaufiile, telle qu'elle existait :i Rome. Fortifier, ce n'est pas jeter dans une autre voie, c'est faire marcher plus fermement dans celle dans laquelle on est déjà. — Mais Paul était trop sincèrement humble el en même temps trop délicat pour donner à supposer que l'avantage spirituel résultant (h son séjour au milieu il'eux ne serait que de leur coté. Il se hâte d'ajouter qu'il espère bien lui-même en avoir sa part, v. 1:2. Les premiers mots de ce verset ont été en général mal compris; on leur a donné le sens de la formule to-jt' £'7ti, c'est-à-dire {Osterv., Oltram.). On oublie que le ^i ajouté ici (toOto <^£ icTi) indique, non une répétition explicative, mais une niodiiication de l'idée et une gradation. Le sens est donc : ou pour mieux dire. En eflel, il restait à Paul à ajouter à l'idée du bien qu'il comptait faire celle du bien qu'il espérait recevoir lui-même. C'est à tort quOllroinitre réclame pour ce sens un [ji.à'Xlov f^a, qui serait trop fnri l't même singulièrement lourd. — La prép. t-jv, onr, dans le verbe conqiosé «j'jy.rapa/tAr.Ôr.vai, être eucounniè nrec, ne peut signilier que : (( moi arec rous, chrétiens île Home. ^> Car le sujet de cet infinitif doit êlie l'apêitre, vu les mots sui-
cii.\i\ I. \i-[± 199
vants : au n/iiieu de vous, il est donc impossible de sousontendrc avec Fritzschc 'j[^.àç, vous, comme sujet de cet infiiiitir. Mri/rr et Hofmann l'ont de ce verbe vm second objet de i-'-odco (je désire), parallèle à <-8eu (voir) : « Je désire vous voir et être encouniriv au milieu de vous. ») Mais c'est méconnaître la i-elation évidente entre les deux infinitifs passifs, étroitement liés l'un à l'autre : « Pour que vous soyez fortifiés et (pour mieux dire) qn'avec vous je sois encouragé parmi vous. » — Le « avec (vous) » reprend la notion de leur affermissement, pour y ajouter immédiatement, et ce|a dans le même mol (en L;rec), celle de l'encouragement de Paul lui-même, comme n'étant qu'un avec le leur. On reçoit une part de la force que l'on communique. L'apôtre paraît dire qu'il y a dans son désir non seulement un saint zèle, mais aussi un saint égoisme. La substitution du terme encourager (en parlant de Paul) à celui de fortifier (en parlant d'eux) est significative. Il s'agit uniquement pour l'apôtre de son sentiment subjectif qui pourra être un peu déprimé quand il arrivera, mais que la vue et l'influence de leur foi relèvera bien vite. C'est ce qui est arrivé en effet; comp. Act. XXVIII, 15 (il prit couraffc, â'ia^s Bàc^o;). La même délicatesse d'expression continue dans les mots suivants. Par le : au milieu de vous, l'apôtre fait entendre que le seul fait de se trouver entouré d'eux sera déjà pour lui un réconfoi't. Le sens des mots suivants est : « par la foi et de moi et de vous agissant des uns sur les autres, vous fortifiés par ma foi, moi par la vôtre. )) L'apôtre eût pu écrire àVArlXcov au lieu de sv àUrllrji:; l'appos. 'jumv ts -/.al saoO se serait ainsi rattachée régulièrement à ce pronom. Mais il voulait faire de la foi qui leur était commune quelque chose d'indépendant et de sa personne et de la leur. Car elle sera la puissance qui agira par lui sur eux et par eux sur lui.
200 PRÉAMBULE ÉHSTOLAIRE
Les deux pronoms : de vous et de moi, au lieu d'être appositions (ïàX>:/iloiç, deviennent ainsi les compléments de -ninreojç. — Quelle diiiiiité, quel tact, quelle ^iràce dans ces paroles par lesquelles l'apùlrc transforme immédiatement le rôle actif qu'il s'était attribué en premier lieu, en un rôle réceptif, et cela en vertu de la vie nouvelle qu'il j»artage avec ses lecteurs et qui est fondée sur la connnunaulé de la foi. Erasme n'a vu là que pia vafrilies et sondu adulatioK 11 n'a pas compris la sincérité de l'humililé de Paul. Ce jugement serait fondé cependant si l'apiHre avait affaire à une église judaisante, comme le pensent tant d'interprètes. Nous aurions même ici, dans ce cas, comme dit Weiss, « une ignoble llallerie. ))
Paul ne désire pas seulement apporter une force nouvelle aux -chrétiens de Rome, tout en se réconfortant luimême; il veut encore concourir à l'agrandissement de l'église, car il vient en apôtre et non pas seulement en ami chrétien : tel est le sens des paroles suivantes (v. 13-15).
V. 1,1 et 14 : « Or, je ne veux point que vous ignoriez, frères, que plusieurs fois j'ai formé le dessein de venir chez vous — mais j'en ai été empêché jusqu'ici, — afin de recueillir quelque fruit- chez vous aussi, de même que chez les autres Gentils. 1 1 Je me dois et aux Grecs et aux barbares, et aux sages et aux ignorants. '» — Les lecteurs pouvaient se deiuauder avec ipielque raison comment il se faisait que Paul, étant ap"''tre depuis })lus de vingt ans, n'eût pas encore trouvé le tt-mj^s de venir })roclaniei' la bonne nouvcllf dans la capital»' tlu monde. L'expression : Je ne rein jKit! ijue roua iipiorii':, annonce une comnuinicalion à laquelle l'apôtre attache
* Ruse pieuse el sainte adulation.
* Le T. R. lit r.xç)-oM Tiva avec quelques Miin. Tous les Mjj. : f.v»
CHAI". I. i^-i;^. 401
quelque iuijtorlance (2 Cor. 1, 8; 1 Thess. IV, io; coinp. IMiilip. I, 12). Le 8é, or, indique une c;radalion; c'est d'ahord celle du simple d/'si)- (v. M) au j/rojel utvétr (v. 13). Mais il y a i)lus : la seconde partie du v. prouve que la pensée de Paul passe de l'idée du bien spirituel qu'il désire faire aux croyants de Rome, à Vcxtension de leuiéglise à laquelle il espère pouvoir contribuer : a Je ve vous cacherai point ma pensée : en formant à diverses reprises le dessein de me rendre cbez vous, j'avais même l'ambition d'y faire quelques nouvelles conquêtes semblables à celles que j'ai faites ailleurs. » C'est là ce qu'il appelle cueillir quelque fruit. L'expression est aussi modeste que possible. A Corintbe, à Eplièse, il avait recueilli de pleines moissons; à Home, où l'église existe déjà, il veut seulement ajouter quelques poirpiées d'épis aux gerbes déjà moissonnées par d'autres. Le afiu que ne peut logiquement dépendre de /fa t'/f?empt%/^(^; il dépend donc de: Je Vie suis proposé. La propos. « mais j'ai été empêché)) est une parenthèse. KapTrov â'ysiv, littéral, avoir du fruit, ne signifie pas ici : porter du fruit, comme si Paul se comparait à un arbre. Le N. T. a pour cette idée d'autres termes plus usités : -/.ap-ov (pspsiv, ttoisÎv, r^i^ovai. Le sens est plutôt obtenir, recueillir du fruit, comme le cultivateur qui serre sa récolte. Le gain fait pour Christ est comme son propre gain, tant il identifie sa cause avec celle de son Maître. Comment Oltramare peut-il dire que ce motif ne s'accorde guère avec le dévouement de l'apôtre? — Le même interprète explique bien le conjonct. r;yô>, au Heu de l'optatif que semblait exiger le passé rpoeBiaTiv : ce que Paul s'était proposé, il se le propose encore. — Les deux y.al, aussi, que présente le texte grec (sauf dans G, qui omet le premier), signifient, le premier : a. chez vous tout comme chez les autres Gentils ; )) le second : « chez eux
'2^^'l PRÉAMBULE KPISTOLAIHE
tout comme chez vous. » Saint l'aul a j)résenfs à sa pensée les succès qu'il a remportés ailleurs. Il esl tout particulièrement impossible d'enlenflre ici par eOv/; les rmtiuns aw général, en y comprenant les Juifs. Ce sens est exclu positivement dans ce passage par la subdivision suivante : Grecs et barbares. Les Juifs, en effet, dans le sentiment de l'aid, ne rentraient ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux classes. S'il eût compris les Juifs flans ce terme de s6v/i, il eût dû appliquer ensuite la classification empinvi'c au v. Ki : au Juif et au Grec.
V. 1 i. f^as de pai'ticule de liaison. C'est toujoui's Tindice d'un sentiment qui en s'exaltant éprouve le besoin de se réaffirmer avec une énergie croissante : « Oui, je me sens l'edevable de moi-même à tout ce qui est païen. » D'après (ial. II, 7, Tapôtre ne se devait pas ainsi aux Juifs (PhUippi). — La première division, Grecs et harhares, porte sur le langar/e et par là même sur la nalionalité; la seconde, sages et ignorants, sur le degré de culture. Dans quelle catégorie Paul range-t-il les Romains? D'après Olfraniare, Meyer, ni dans l'une ni dans l'autre. Mais alors, à quoi bon cette classifîcalion qui doit j)réparer le : à vous (pn êtes à Borne (v, Lj)? PhiUjifii, ]\'eiss, pensent que Paul ajoute la seconde division à la première, parce que si les Romains ne [)ouv;iienl être rangés parmi les Grecs, ils devaient être en tout cas placés panui les sages. C'est bien recherché! Comment Paul ne rangerait-il pas parmi les Grecs ceux auxquels il écrit en ce moment même eu langue grecque? Les Rouiains, dès les temps les plus anti([ues, avaient reçu leur culture des colonies grecques (pu s'étaient établies en Italie. Aussi Cicéron, dans un passage connu du De (inibus (II, l,')), ojipose-t-il Grœcia et Italia i(''uuies, à llarbaria. (juant au second contraste, il envisage riininense population de Home, com-
CllAl\ I, i:M5. nos
posée (l'cléiiieiUs si (liv(3rs, couiiiio se répailissaiil entre les deux classes indiquées. — Tous ces individus, de toute catégorie, par cela seul (prils sont (lonlils, l'aul les déclare SCS créanciers. 11 leur doit sa vie, sa personne, en vertu de la grâce qui lui a été faite et de la charge qu'il a rerue (v. d). C'est l'émotion que lui cause celte pensée qui a {)roduit l'asyndeton ' entre les v. 13 et li.
V. 15 : « Ainsi, quant à moi, j'ai le vif désir de vous annoncer aussi l'Evangile, à vous qui êtes à E.ome -. ') - Lo o-jtw, nin^i^ est ici pai'ticule, nun de eouiparaison, mais de conclusion. Paul lait rentrer sa relation avec les Romains dans la relation générale (lécrit(i v. 14.
— Des trois explications par lesquelles on a cherché à rendre conq)te de la construction gi-ammaticale de ce v., la plus simple me parait être celle qui lait des mots -h •/.ax'iaè -po6'j|xov, le sujet de la phrase : « Mon vil' di-sir, en ce qui me concerne, c'est-à-dire indépendamment des circonstances qui peuvent en empêcher la réalisation, est de....» Ainsi expliquent Fritzsche, Reiche, Philippi, etc. De Wette et Meyer réunissent to à -/.aT' vj.i pour en faire une locution adverbiale dans le même sens que nous venons de donner à x.ar' i[j seul, et font du mot ttcoG'jv.ov pris substantivement le sujet de la phrase : « Il y a, quant à ce qui me concerne, empressement à....)) On a fait aussi de to /.ax' vj.i une périphrase de iyw connue sujet de la propos, et de rrpoô'jttov, l'attribut : « Ma disposition personnelle est l'empressement à vous annoncer...» Le sens est à peu près le même dans les trois constructions.
— Le terme (Vévangéliser, littéral. « annoncer une heureuse nouveUe,D parait ne pas s'appliquer à une église déjà fondée.
* L'absence de toute particule logique.
"•^ G g omettent : to-.; vi Ptoar..
^04 PRÉAMBULE ÉPISTOLAIIŒ
M;iis ce lerme prouve précisémenl que Pau) pense surtout ici, non à l'afTermissement des fidèles, mais à l'extension de l'église parmi les Juifs et les païens de Rome. 11 laut donc donner aux mots : vous qui êtes à Borne, un sens large. Ils désignent en général toute la population de la grande ville, représentée aux yeux de Paul par ses lecteurs. Comme le dit Hofmann, « il considère ici les membres de l'église comme Romains, non comme chrétiens. » — Les mots à Rome sont omis par le Codex G, comme au V. 7 (voir à ce verset) '.
' KIoslermann objecte à rinlerprétation ordinaire qu'après les mois : Je ne veux pas que vous ifjnorie:, un attend naturellement, comme objet, le motif qui le porte à leur écrire; et cet objet, il le trouve en elfet au v. \o : c'est l'empressement de Paul à leur annoncer l'Evangile. Le ot-. du v. 13 ne doit donc pas signifier que, mais imrce que; il indique la raison pour laquelle Paul va leur prêcher par écrit : c'est qu'ayant été empêché si souvent d'aller chez eux. il craint de l'être encore cette fois. Les mots : afiyi que j'obtienne du fruits ne dépendent pas de : Je me suis pro-posc, mais de : Je ne veux pas que vous irjnoriez. Le xaOw; iv jaîv ne dépend point de ce qui i)récède immédiatement; c'est l'antécédent du ojto {de mémei du V. I-i. el le V. 14 est la proposition dépendante de ce xaOdj;. Le sens général est donc : c Vu que j'ai déjà été empêché tant de fois, je ne veux pas que vous ignoriez — afin que je [)orle aussi du fruit chez vous — que je suis disposé à vous annoncer ^par écrit l'Evangile à VOUS qui êtes à Rome, de même que je suis tenu do le faire cliez les autres Gentils, pour les Grecs et les barbares, pour les sages et les ignorants. » — Je pense que |)eu de personnes envisageront cetttnouvelle interprétation comme une correction apportée à l'ancienne explication. 1" Le oti après la locution : Je ne veux pas que vous ignoriez, signifie naturellement qi<e. et non parce que. i" Le afin que dépend tout naturellement du verbe : Je nie suis propose. 3'^ Les mots zaOfo; /.a"' iv ne peuvent se séparer du xa': fv daîv qui précède. 4'^ A quoi bon cette prépos. iv, si les mots iv toî; Ào-.noî; sOv^aiv dépendaient du verbe Je suis redevable (v. 14 ? 5" Enfin si la pensée de Paul eût été celle que lui prête Kl., il pouvait l'exprimer tout simplement ainsi ; « Tout en rendant grâces pour votre foi. je vous déclare que c'est un besoin pour moi de venir travailler aussi chez \ous comme ailleurs, et je me hâte de le faire en ce moment même par cet écrit que je vous adresse, parce que je crains d'être encore arrêté cette fois. »
ciiAP. I, i5-i(;. 205
C'est ici que finit, provisoirement la lettre et que commence le traité. La première proposition du v. Kl : Je n'ai point honte de l'EvautjHr, est la transition du l'uni; à l'autre. Car les mots : je ii'ni point honte, sont destinés à écarter un soupçon qui pouvait s'élever contie l'empressement ;\ prêcher à Home que Paul venait de professer; ils appartiennent donc encore à la lettre. Et, d'autre part, le tei'me évangile résume en un mot tout le contenu du traite didactique qui va suivre. — Mais il est impossible de voir dans cette première proposition du v. 1() autre chose qu'une transition et d'en faii'e sortir, comme le prétend Hofmann, l'explication du but de l'èpitre entière.
Ces deux termes : évangéliser et Eran;iile, v. 15 et I(>, qui renferment tout ce qui va suivre, prouvent bien que notre épître ne renfeime pas un enseignement quelconque adressé à des chrétiens plus ou moins avancés, mais qu'elle est-dans l'intention de Paul, Xenseiipienient proprement dit de l'Evangile, tel que le concevait l'apôtre. Nous trouvons donc ici la confirmation du but de l'èpitre tel que nous l'avons établi dans l'introduction.