PREMIÈRE SECTION 1, IS-III
LA CONDAMNATION LNIVERSELI.E
Avant d'exposer le moyen de salut si extraordinaire et, en apparence, si anormal révélé dans l'Evangile, l'apùlre sent le besoin de rechercher ce qui a motivé de la part de Dieu une pareille dispensation ; et il trouve la réponse à cette question dans l'état de condamnation dans lequel l'humanité entière est plongée vis-à-vis de Dieu. Tel est le sujet de la première section I, 18-111, 20. Si l'Evangile apporte la révélation de la justice de Dieu accordée à la loi, c'est que dans rétat du monde éclate une autre révélation de Dieu, celle de sa cothc, qui, sans la première, entraînerait la perdition de l'humanité.
Cette révélation de la colère divine frappant la pei versité humaine est exposée de la manière suivante. Depuis le V. 18 du ch. 1, -^aiiit l'aul retrace l'état misérable du
cuw. 1, i«. -21î>
hionde punit. Hepuis le commciiccinciit. du cli. Il, il s';t- (Iresse à im pcisoiinni^c qui juiic frès-sévèrcnieril les ahoiiiiii.ilidiis |i;ii('Mnes, et (|ui représenic évidciniiicul nno Idul aulic porlioM di; riiuiiianili' ; au v. 17, il ra|)()sli()|)lie par sou uoui ; c'csl le •liiif; et il lui déuioulie tpic, lui aussi, il est sous le poids de la colère. De là \\ couclul !!!, !l-ri(l (pie II' iiuiiidc ciilicr est sujet à la coiidaiiiuatioii. l.e premier moiceaii de celle secliou va doue jusqu'à la lin (lu cil. I ; il a pour sujet : le d<''ploieuieut visibii' de la colère divine sur le monde païen conlemporain.
lYe MORCEAU (I, lH-:\-l).
L'elul (le coiidamitdNun de l'huiinnulr jKi/riiiic.
Dans le premier verset sont renleituées sommaii'emenf, conrormèmenl à la manière ordinaire de Paul, toutes les idées développées dans le morceau qui va suivre. L'étude de ce verset sera donc comme une analyse du chapitre tout entier.
V. 18 : (( Car la colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et injustice des hommes qui retiennent méchamment la vérité captive; » — La transition du V. 17 au v. 18 est indiquée par car : 11 y a révélation de justice dans l'Evaniiile, parce (jtiil y a révélation de colère dans l'état du monde. — De la notion de colère, appliquée à Dieu, il faut naturellement éloigner tout ce qui souille la colère humaine, le ressentiment personnel, le trouble moral qui donne aux manifestations de l'indignation le caractère égoïste de la vengeance. En Dieu, le Bien vivant, la colère ne peut être que la sainte désapprobation du mal et la ferme résolution de le détruire. Seulement il est faux de dire, comme on le fait si souvent,,
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(jue celle émotion liiviiK' iil' .s"a|)|)li<|iie qu";iii iii:il et non au inécliant. Car, dans la mesure où celui-ci refuse de réagir avec Dieu contre le péché el s'idenlifie volonlairemenl avec le mal, il loirdje lui-même sous le coup de la colère et subit toutes les conséquences de celle position coupable'. L'absence d'arlid'' (levant li' mol ôp-'-/;, wli're, fait r(,'ssortir la (jutililc ilu lait : la inanireslalion dont il s'agit porte un caracteie de colère-. — Cette manilfstalion vient du ciel. Le ciel ne ilésigne pas ici le ciel atmosphérique ou stellaire; ce terme est l'expiession emblématique de l'invisible résidiMice île Dieu, ce siège de l'oidre parfait, d'oii émane toute manilVslation de justice sur la terre, toute l'éaclion sainte du bien contre le mal. Le ciel visible, la réjiularité du mouvement des asti-es, le vif et pur éclat de leurs feux, tout ce grand spe'Ctacli' a toujours été pour la conscience humaine la représentation sensible de V ordre divin. Le sens est le même que dans ce cri de remords du fds prodigue : (c Père, j'ai péché contre le ciel et devant toi. » Le ciel, si'jour de Dieu, se présente à la conscience troublée comme le vengeur de tous les sentiments sacrés outragés. — i*ar àTÊ^isia, inijnrfé, Paul désigne tous les rnanipiements dans la sphère religieuse, et par à'^-.x.îa, iii/usliir, tous ceux (pii a]tpai-lii'nniMit au domaine moral. Vulhinur dèlniit bien ces deux termes : (( Tout reniement soit de Xessence, soil de la rolonté de Dieu. » Nous retrouverons ces <leux gtMires de manquements signalés el développés dans ce qui suit, le premier, dans le refus d'adoration l'I iraction de grâces, v. 21 et suiv.; le second, dans le icfus de reconnaître la n(»rme du bien moral émanant de Dieu, v. 2S'. — 'K-i, sur. a ici un sens très-hostilt.'. — L"a|»("itre ne dit |ia> : des honimes,
' Nous ren\o\ons à un appondioo placé à la fin tie ro mt-^'I i'i>\,iim-ii (lo la tliéorio ilf Hitsclil sur la ooloro do Dieu.
mais littéral. : (l'iKniiiiifs tjiii iclieHiicHl. On [icul ch'jà conclure (Je ce matKjuc de l'ail, twv (les) (levant le siibst., (jue Paul n(,'j)C'ns<' pas ici à riniiiiaiiil('; tout ciiliiTc, comme le veulent Mr/niii;/ cl d'aiilrcs. Kl, en elïet, il n'eût pu l'eprocher aux Juil's de rcleiùf citjiUrc la vcrilé ([ui leur avait été révélée; comp. Il, l*.t-^l ; ol la vérité à laquelle il pense n'est pas le conli'iiu d(' la r(''V('lali()ii tlK-ocralicpic, mais celui de la révélation naturelle (v. 19-20). Le v. 18 est donc le thème non des ch. 1 et II, mais du ch. 1 seulement. Mous verrons II, 5 que la colère n'était |»as encore manifestée sur le monde juif, (pTclIc ne taisait que s'amasser sur lui. En s'exprimanl comme il le l'ail ici, l'apùtre ne méconuait certainenicnl pas les nuances qui existent dans la conduite de rhuiiianili'' paieiiue vis-à-vis de Dieu; comp. Il, \i. 15. Il caractérise seulement en traits généraux la vie (\e!> (lentils. — La irrité est, comme le prouvent les v. lit et 40, celle de l'existence et. du caractère de Dieu. Le terme de x.aTs/eiv est employé ici dans le même sens que Vil, 6; Jean V, 4; :2 Thess. il, 6. 7 : retenir pour arrêter, comprimer. D'autres (Erasme, Bavr, Lipsi'Ks) prennent ce mot dans un sens favorable : retenir pour posséder, comme Luc VIII, 15; 1 Cor. XI, 4. La nolion du péché commis serait ainsi dans £v ck^iy.iot. : posséder la vérité tout en pralicpiant l'injustice. Mais Paul prouve,, au contraire, dans ce qui suit, que les païens n'avaient pas conservé le dépôt de la vérité qui leur avait été confié par la révélation naturelle. Le mot y.7.xv/eiv, retenir, indique donc l'activité perverse de la volonté par laquelle les païens ont empêché la connaissance qu'ils avaient reçue de Dieu, de s'épanouir dans leur intellit;ence comme une lumière et dans leur vie comme un pi'incipe de sainte obéissance. Ils ont comiirime l'action de cette révélation. — La plupart traduisent les mots sv àr^r/.ia : par
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t'iiijii.slln' : ils onl p.'iralysé en eux rinlliiencf d».' la vt-rilé })ar r.'iiiiour ri la [trali(|ii(; i\u mal. Mais rali.sonce d'article fiKir iii/usticr) nous fait prélérer, avec Cdhiu, Jihe, Thoiucii, le sens adverbial : injustcmcitl. On olijecle que dans ce sens ce régime seiait oiseux, puisqu'il est iin])o<sihle d'étouffer la v(''rit('' juslemont iWeiss^ Ollifnninr). Mais la li'aducliou iiicc/nniiinfiil, mi mieux encore : tmil cl iticc/niiinurnl , ii'soul d(''jà rohjrction. Ce mot est l'expression de l'indi^nalioii divine à la vue de celle perversité volontaire; il })répare le: a/in (ju'ih soient ine.rcusahli's (lin V. ::^(J). Autrement on serait loicé de donner à yJiv/ly., connue le l'ail Wciss, un sens assez lar|j:e poui' comprendre V(x.ai(ieio(. elle-même, ce qui est tort peu naturel, après que les deux termes viennent d'être expressémeiil distiniiiiés.
A quelles manifestations divines fait allusion l'apôlre par le terme à-ox.aA-JTTTc-ai, se réirle:' S'agil-il simplement du jui^ement de la conscience [Anibroise, Hotli/ei:' M;iis Paul veut j)ai-Ier d'un lail |);ileiil, pnlilic, exli-rieiu- donc, parallèle à celui de la révélation évangéli([ue (v. 17». //.7larniin. Gratins, Semler, etc., pensent qu'il s'agit ih'> menaces de jugement renfermées dans l'EcnnijHe lui-même. Mais il y a anlilliese éviilente entre les régimes iln ciel, v. i(S, et en lui d'Kvangile), v. 17; et le passage tout entier a en vue Topposilion eiilre la révèlatinn de la grâce dans l'Kvangile et celle de la colère décrite dans ce tjui suit. — D'après les Pères grecs, Eirold, lUlsilil o[, précédenunent, /'///////y*/, cette ré'Vt'lation de la colère beiail celle du /in/enn:nl ilernii'r. Le pi'èsent du vérité ise inrlei serait le prissent de l'idée, indiquant (Miergicpiement la certitude du l'ail annoncé. Mais les deux i-rj/.oCkJ-zzTX'. des v. 17 et IS son! dans une relalion logique si l'Iroite (pi'il est imj)ossilile dt' ra|i|i(U'ter l'un au moment prt'sent et l'autre à