‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 2)Chapitre 53 sur 55 · V. 17 : « Car si par la faute d'un seul ' la mort a · texte numérisé non relu

V. 17 : « Car si par la faute d'un seul ' la mort a

» Au lieu de -m xoj svoç que lit le T. tl. avec N B G K L P Syr. Il^'i*i.,

régné par ce seul, beaucoup plus certainement ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice régneront-ils dans la vie par le seul Jésus-Christ. » — Le car en tète de ce v. a lait la torture des interprètes. Il sernlile en clfel qu'il laïKlrail ihmc, puisque ce verset paraît j)résenter la conclusion à tirer de la (liiïérence signalée au v. 16. Hofmann admet ici un tour de force de dialectique. Selon lui, le v. 17 ne prouve pas le fait allégué au v. 16 ; mais le raisonnement de ce v. 17 est destiné à démontrer que la seconde partie du v. H» (depuis To [jh yap jusqu'à la fin) a bien et dûment démontré la vérité de la première (/.al o>/ coç...). Le sens serait : « J'ai bien raison de dire qu'il n'en est pas de la sentence comme du don de grâce, car si... (v. 17). » Dirlzsch répond que la démonstration fournie au v. 16 serait bien faible, si elle avait besoin d'être étayée après coup par l'argumentation compliquée du verset 17. Kl ce serait vrai en effet, si le v. 16 avait pour but de démontrer, et non pas seulement d'affirmer. Dietzsch lui-même, partant de son sens de f^ty.aiwj;.a, le rétahlisscment de la sainteté, v. 16, comprend ainsi le raisonnement : « Cette sainteté sera réellement rétablie chez les croyants ; car, d'après les promesses divines, ils doivent entrer un jour dans le royaume de la vie (v. 17), ce qui ne peut avoir lieu sans la sainteté.)) Tout est erroné dans cette explication : 1^^ le sens de <^(.xatcotj.a ; -1" l'intervention des promesses divines, dont il n'a pas été question dans le contexte; 3» l'idée de la sanctification (pii n'est pas à sa place dans ce passage. Bot/ie a désespéré totalement de découvrir une liaison logique entre le v. 17 et le v. 16. Il a donc essayé de faire porter le car du v. 17 sur le raisonnement du v. IT», m

on lit dans A F G : tv ev. na;arr:(i)ii.aT'., el dans D E Il-»i's. : £v -i» £vt r.a.!:,xr.-.Miia.~i .

faisant du v. K» une espèce de parenthèse. Celle solution a quelque chose de séduisant. Nous avons déjà vu, aux v. I) et 10 de ce chap., deux versets qui se suivaient, comniençanl l'un et l'autre par car, et dont le second n'était que la répétition (renforcée de quelques nouveaux éléments) du premier et, parla, sa confirmation. On pourrait donc supposer qu'il en est de même dans ce cas, seulement avec la dilférence que le v. 10 serait intercalf' afin d'énoncer ces éléments nouveaux (\m doivent jouer un rôle au v. 17. C'est ainsi que, poursuivant la voie ouverte par Rothe, nous nous sommes lont^temps flatté d'avoir résolu la difficulté. Cependant nous avons dû abandonner cette solution par les considérations suivantes : 1" Le car du v. 17 peutil, après l'intercalation d'un nouveau contraste, expressément annoncé dans la première propos, du v. 10, puis exposé dans les deux pi'opos. suivantes du même verset, être purement et simplement parallèle au car du v. 15? 2° Comment se fait-il (ju'au v. 17 il ne soit plus lait mention des plusieurs, ni par conséquent de Vextension des deux œuvres, mais uniquement de Vefj'et produit (d'un côté, un règne de la mort, de l'autre, iin règne dans la vie), et qu'au lieu d'un passé {i-ûe^incvjctv, a abonde, v. 15), nous rencontrions tout à coup un verbe au futur : ils régneront (fin 17)? Dans ces conditions, une liaison logique directe entre v. 15 et v. 17 est impossible. Il faut donc reconnaître avec Meyer et Pltilippi que le v. 17 est destiné à donner la preuve de la dernière affirmation du V. 16, ou même, dirons-nous plutôt, de ce verset tout entier : Aussi réellement la sentence de condamnation est partie d'un seul péché (ou d'un seul pécheur), aussi réellement l'acte de justification a porté sur une multitude de fautes (ou sur les fautes de nombreux pécheurs), et non point seulement sur la faute de l'unique pécheur primitif.

510 i,.\ .irsTii-icATioN l'Ai; i.A roi

M.iis coiiiiiiciil coiiipruiiilro la dérnonslralion de colle llièse que doit donner le v. 17? PliUipin répond : Le f.iil f|iio les croyanls ré^nuronl dans la vie (17'') prouve cpTils possèdent réellennenl la justilicalion de ces (aules nombreuses rappelées au v. 10. Mais esl-il bien lo^itjne d'.irgumenter d'un fait lutur, le règne des croyanls dans la vie éternelle, pour démontrer un lait actuel comme celui de la justification? N'est-ce pas plutôt l'inverse qu'il faudrait faire? Et sur (pioi rejjose la certitude de ce fait (|ii<,' les croyants régneront un jour dans la vie? Il semble que cette assertion ne soit en rien plus certaine que celle du V. 10 qu'elle doit prouver, et que ce soit ici une simple pélilion (le i>rincipe. — Ce sont réellement là les deux grandes difficultés de ce passage.

Nous i>ensons, quant au premier point, que la vérité de la seconde pioi>os. du v. 17 a pour l'onderuenl le f.iit |>alenl rappelé dans la premiéie. Si le premier lait : le régne de la mori résultant de la faute d'un seul, est ceitain, bien plus certain encore doit être le second : rétablissement d'un règne de vie par l'œuvre de CbrisI en faveur îles croyanls, dès qu'ils se sont approprié individuellemeni celle œuvre et la puissance d'action, infiniment supérieure à celle de l'œuvre d'Adam, qu'elle renferme. Or, si la certitude de ce second fait est légitimement démontrée par le premier, la vérité de; ralTirmation du v. IC» en découle irl'ésisliblemeiit. Car ['('tiililisseuieiii d'un i(''L:ne de vie chez les croyanls implique raccpiittemenl de leurs fautes individuelles affirme au v. 10. La conlexture logique de ces deux versets est donc celle-ci : La seconde proposition du v. 17 est prouvée \r.iv la première, puis elle di'monlrt» à sou tour la ib'claratioii du v. 10.

Au lieu de : jxif la (tinte d'un seul, quebpies copistes ont écrit : ce par nnc seule faute, id ou « par lu s,-iile faute. »

Coll(j Icron est une correction [>rovenant de ce que les mots : d'un seul, tlans le texte oiïlinaire, semblaient l'aire double emploi avec l'expression suivante : ]i(ir ce seul. L'apr)li'(', (Ml s'cxpriiiiaiit coiiiiik' il le l'ait et (jn ajoutant ce second n''iiiiiie au j)reiiiier, lors même qu'il ressemhle à un pléonasme, a voulu l'aire ressortir très-éneri:;i(piement la l'aihlt'sse relaliv(i des causes (inic. l'aute, iiti seul pécheur) qui ont produit un résultat aussi immense que celui du régne de la moit dans l'humanité. Il n'y a eu qu'une l'aute (tw Trapa-r-waaTi), cl cette faute a éh'' commise par un seul, un seul pécheur conscient et libre (^tà toO évoç) ; et cela a suffi pour fonder ce rèf/ne de la mort qui s'exerce depuis si lontitemps sur toute la famille humaine ! Le terme de règne indique une puissance contre laquelle il n'y a pas de résistance possible. Il fait bien ressortir le caractère lugubre de toute l'économie qui s'est écoulée dej)uis Adam jusqu'à Jésus-Christ, et (|ui, dans la sphère physique, dure encore cà cette heure (VIII, 10). La race humaine appaiait comme une lionpe de condamnés passivement courbée sous le scej)tre impitoyable d'un tyran. Rien de plus désespérant en apparence que ce fait historique du règne de la mort; et pourtant (juelle conclusion n'en tire })as Tapùtre? Il avait prouvé au v. 15, par l'eflet même qu'avait produit la simple faute d'Adam, que la plénitude de grâce divine et le don d'une justice parfaite agissant en Christ avaient dû à plus forte raison étendre leur action sur tout le domaine de l'humanité. 11 reprend ici le même argument en y faisant entrer un élément nouveau en rapport avec la difficulté nouvelle qu'il s'agit de résoudre. La déclaration de justification obtenue par Christ s'étendra-t-elle sur les j)écheurs, de manière à couvrir aussi leurs fautes individuelles? Assurément, s'ils se ra})proprient individuellement. Une fois qu'ils seront de-

518 I.A .IISTIKICATION l'A H l,A 101

venus dos Xa[j,,vavov-:£;, des rcœvurds, à i'c*i.'ird de cijlle justification univei'selle acquise par Christ, un iv<:ne de justice ne manquera pas de s'établir pour eux, liieu plus cei'taineuient encon- (priiii iriiiie di- uiuit x\^l s'est étal)li en Adam sur tous ses descendants impersonnellement impliqués dans 1(; péché de leui' père. Une cause meurtrière, failde non seulement en elle-même, mais encore par le caractère unique de son auteur, a suffi |i()ur l'niidcr un règne de rnort; comment donc ne pas être assuré qu'une cause infiniment plus îiltondanle de justification et de vie, que s'approprient des individus conscients et libres, fondera en leur faveur un régne de vie, capable de surmonter en eux ce règne de mort? Par là, nous nous rendons compte de la répétition dans ce verset des expressions du v. 15 : la surabondance de la ijrâce et du don de la justice. Non-seulement celte plénitude de grâce, présentée au v. 15 dans son objectivité en opposition à la condamnation universelle, est là dans sa surabondance comme principe de justification universelle, mais de plus les croyants (oî) la saisissent personnelleuKmt pour leur justification individuelle. — L'abondance de la grâce et du don est opposée à : jiar la faute d'an seul, dans le jiremier membre. Et en outre, le terme oî )^«{^.fiavovT£:, les recevants, oppose l'appropriation individuelle et consciente de la foi à la participation inconsciente de toute cette multitude à la faute du seul agissant (par le seuil, dans le premier membre. — Le -o'X'XÔi ^iXko-^, beaitcouj) plus certainement, qui paraît ici comme au v. 15, montre que c'est le même genre d'argumentation qui se répète. La plus grande richesse de la cause, du cùié de C.brist, garantissait avec une certitude plus grande encore la juslilication universelle (v. 15). Eh bien ! cette cause plus efllcace, saisie librement et personnellement par les croyants, ne peut à

CIIAP. V, 17. 519

plus Inilc r.iison iii.'mqiier de |4;ii;inlir leur jiislificalion individuelle. Le (eriiie ol >.a[x(iavovTe; peut si^^nilier ceux (]ui prennent ou ceux qui reeoirenl ; cela ne fait pas ici de diiïéi'ence essentielle. Ce ne sont jilus en luut cas des êtres inconscients et passifs, comme quand le rè<;iie de la mo!l s'est aj)pesanli sur eux. De même qu'ils ont pêclié individuellement, ils s'emparent aussi individuellement des trésors de la i;ràce. — L'ap('>lre m.' dil j)lns oîttoaaoi, parce que les croyants ne sont pas la totalité des humains. — Le partic, présent >.a[y.éavovT£ç se rapporte à l'acceptation permanente des croyants dans tout le cours de la période actuelle. Ils préparent par là leur règne dans la vie, plus certainement que la faute d'Adam n'a produit le régne de la mort. — Il y a ici un renversement de construction semblable à celui que nous avons observé au v. 15. Du côté d'Adam, le règne appartient à la mort; les individus tombent passivement sous ses coups; c'est j)ourquoi la mort était le sujet grammatical dans la premièi'e i)roposilion. Mais du côté opposé, il n'en est pas ainsi. Le régne de la vie ne s'exerce pas sur les croyants; il s'exerce par eux. La vie a de libres agents, non des esclaves; elle fait des rois, non des sujets. C'est là ce que l'apôtre fait sentir en attribuant aux individus, dans la seconde propos., le rôle de sujet grammatical : ceux qui reçoivent... régneront. Dés qu'un homme s'est approprié la surabondance de la grâce et le don de la justice, le voilà roi dans le domaine lumineux de la vie, plus sûrement encore qu'il n'a été esclave dans le sombre domaine de la mort. Le futur éacO.e-jcro'jcii, régneront, est employé ici, et non le passé comme au v. 15 {ÏT.ti^innvjnz^ a abondé), parce que l'appropriation de la justification par les croyants ne faisait encore que commencer au moment où Paul écrivait. — Le rég. sv "{or?,, dans (la) rie, ne se rapporte point à l'époque à venir, comme quand nous

540 LA jrSTIKICATION l'A P. LA LOI

(lisons: la vie éternelle; rarlicleT?. poiiiiait /liriicilemenl manquer rlans ce sens. Le iv n'a pas non plus le sens insliiiiiiculal : jiiir la vie ; car la vie ne saurai! être dégradée au l'ant-- d'instrument. Il faut a|)pliquer cette expression dans la vie à l'étdt nouveau des croyants individuellement justifiés. Pénétrés d'une vitalité nouvelle, sainte, intaiissable, victorieuse de tout obstacle, comme le Christ luimême, ils exercent la souveraineté qui a|)parlient à la vie véritable sur le péché et sur la mort. Il est facile de comprendre que dans cette antithèse de la mort et de la vie, il n'y a rien qui nous force à restreindre le sens du second terme à la vie physique ou à étendre celui du premier à la mort éternelle. Il suffit pour que l'antithèse soit justifiée qu'à la mort, prise au sens littéral, soit attachée l'idée d'une condaumation divine, et que de la vie, prise au sens spirituel, doive résulter un nouveau corps glorifié (ceci en réponse à Oltramare}. — Or, si réellement le règne de la vie chez les croyants est plus certain encore que celui de la moi1 à la suite du premier péché, la justification de leuis péchés individuels est certaine aussi, puisqu'on n'est associé au règne de la vie divine (pif comme individuellement justifié devant Dieu. L'aflirmati(ui du V. 10 découle donc de la seconde propos, du v. 17, comme celle-ci de la première du même verset.

Reste un derniei" mot (pii, placé .m terme de cette période si riche et si puissamment construite, a une solennité toute particulière : par le seul, Jésus-Christ. Le seul: l'unique, opposé à l'autre unique dans la première proposition. Ce mot /(' seul n'est i)as adjectif, mais pronom ; Jésus-Christ est apj)osition. Cette parole finale rappelle (pTii a t''t('' Tunique agent du don dr lu justiee divine et (jue, si les croyants ont une justice à s'approprier au

CHAI». V, 17-19. ;)1l\

moyen de laquelle ils peiivcnl régner, c'est celle (|ii(! lui si'id leur a acquise.

Voilà donc coniineiil (\;\\\> la puissance, nièuie si terrible, de l'œuvre d'Adani, l'ap^ilre a trouvé, au moyen de la comparaison des fadeurs respectifs, divins et humains, le moyen de rendre évidente et certaine la puissance plus maiinifique déployée dans l'œuvre de Clirist, soit pour la jusiification universelle du monde condamné (v. 15), soit pour la justilication individuelle des pécheurs croyants (v. 16 et 17).

Après cela, l'apôtre peut procéder hardiment à l'énoncé du second membre du parallèle. On voit si sa logique ne suit pas dans tout le morceau la ligne la plus rigoureuse et la plus directe.

V. 18 et 19 : a Ainsi donc, comme par une seule faute il y a eu condamnation pour tous les hommes, de même aussi par un seul acte de justification il y a pour tous les hommes justification dévie; 19 car, comme par la désobéissance d'un seul homme le grand nombre ont été constitués pécheurs, ainsi aussi par l'obéissance d'un seul le grand nombre seront constitués justes. »^ — • H ne faut point voir, avec Weiss, Oltrainarc, dans ces deux versets une ((récapitulation sommaire » (Weiss), « sous forme de conclusion » (Olfnimare), de tout le parallèle traité depuis le v. 1:2. A quoi bon une pareille récapitulation? Paul ne se répète jamais de la sorte. C'est ici la seconde partie du parallèle commencé au V. 12, qui va enfin être énoncée. Avant de la formuler, l'apôtre rappelle la première, doni la seconde se trouvait séparée par les deux argumentations v. 1,1-1-4 et v. 15-17. La particule ainsi donc sert à la fois à introduire ce qui suit comme repi'ise (donc, par rapport à 18'')

522 LA JUSTIFICATION l'Ai! I.A In|

et cornmo conclusion (ainsi, par rapport à 18*'). Ainsi est af'licvcc la phrase commencée par le de mhnc rpœ du v. 12. — Le verbe soiis-enlendii dans la j)i'(!mière jtruposition est ou èy^'vcTo, // c.sl <nrii'c, ou y-i^W,, it ithm/li ii des cessil, Mcyer). En se reportant au v. 12, on |)Ouirail rire conduit à prendre avec un tirand nondtre d'intfrprrifjs (l'hiisiiir, Ciilri)L, Thiiliich, Jlodyc, Ftilisrlir^ l'/iilijfjii, IIofiiKuiii) évoç comme masculin : « la faute d'un seul. » Pour a[)puyer ce sens, Philippi allèt^ue que ce mot est masculin dans tout le morceau (v. 12. 15. 10. 17 et 10); mais il ne pense pas que dans tous ces cas il est ou précédé de l'article toO (v. 15. 17. 19) ou accompagné d'un suhslantir on participe (v. 12 et l(»i qui le détermine clairement. Ici l'apôtre se serait exprimé de la manière la l)lus équivoque. OUramare suppose que l'article «a été retranché par concision. » Mais la concision est-elle plus nécessaire au V. 1(S qu'au v. 19 où Paul ajoute deux fois l'article ? Le sens est donc : par une seule faute, et non : par la faute d'un seul. L'apôlre pense évidemment à la faute unique, bien connue des lecteurs par le récit de la Genèse, sans tenir compte des autres péchés qu'a pu commettre Adam; ceci pour i(''pondre à DUrannne. Cet interprète revient ici avec son interprétation de ravTe;, Ions, dans le sens de « la grande généralité )^ ; l'exégèse devrait en avoir fini avec des procédés aussi arbitraires. — Le mol {\(i eondii)iintilii)ii i^{' \'[\\^\)()\\Q à la sentence île mort prononcée sur toute l'humanilé en la personne d'.Vdam. — Le verbe sous-entendu dans la secondi' propos, serait selon beaucoup d'interprètes un futur ysv/fcsTai, ou àroor^sTai, // // mira^ ou (ihoulini à. On est conduit à cette idée par le verbe au l'utui' dans la seconde propos, du v. lî»; mais à tort, me jiarait-il (voir plus bas). On jjourrait plutôt sous-entendre un passé d'après le sTTEsîcciS'j'îev, a aluindc.

(lu V. 15; car il s'at^il ici (l'uii fait déjà accomj)li, celui «if la jiislilicalion luiivciscIN! iJiononccc j)ar Dieu siii' li; rondement de l'œuvre de Clwisl. Mais coiiiiiie ce l'ail siihsisle el qu'il demeure la base de l'économie actuelle, en opposition à la condamnation, hase de l'économie passée, il me paraît i)référaljle de sous-enlcndre un présent : il y a désormais justification pour tous. — Les particules o'jth y.ai, ainsi aussi, se rapportent, la première, à la ressemblance des deux laits comparés, l'autre, à la rrjirlilio)! d'un second fait analogue. — On attendiait dans le second membre de la phrase, comme antithèse du mot TvapaTTTWf^.a, faille, un terme désignant l'œuvre de Christ au point de vue de son obéissance parfaite; et c'est ce qui a conduit plusieurs interprètes à donner ici ce sens à ^i/taîojv.a ; ainsi Hofmann : l'état de justice de Christ ; Dietzsch : sa sainte vie, comme principe d'une humanité sanctifiée; de Wette : sa parfaite obéissance. Mais ce mot ne vient pas de ^ixaio;, jiiste, mais de ^ly.aioto, déclarer juste. Il ne désigne donc pas ce qui est juste, mais ce qui est reconnu et déclaré tel. Cette observation nous fait écarter aussi le sens de réparation que donne Rallie à ce mot, comme au v. 16, et même aussi celui (Varcomplissement du droit, donné par Pkilippi. Ces sens ont d'ailleurs contre eux les raisons suivantes : Si l'on applique ce mot à la sainte vie ou même à la mort expiatoire de Jésus-Christ, son sens se confond plus ou inoins avec celui du terme d'j-ûa-z.or;, obéissance, au v. 19; ce que ne permet pas le car, qui lie les deux versets et qui implique une gradation logique. Enfin, en opposition au terme de -/.aTà/.pijj.a, sentence de condamnation, ce terme ne peut signifier ici, comme au V. 16, que sentence de justification: ((Comme la faute d'Adam a abouti à une sentence de condamnation sur tous (dont la mort universelle est la preuve), ainsi la sentence

524 I-A .IISTII-ICATION l'Ai; l..\ FOI

(l(! jiislilif.ilioli ohli-niio j);ir (llirist ;tl)Oiilil à la jiislificiilion oHcile iiidividuclleiiKMil à Ions. » Lijisins ('luet Vuh'm qu'il s'ai^it ici (Je la jiislilicalion de Christ liii-rrKMiie pai' racle (Je sa résuri'eciion. Celle ifl(3e a sa vérit(:' (voir à IIJ, 25); mais elle ne sei'ait j»as à sa j)lace ici. — Les rnols ev: (^•./.««•jcv, l'ii jii.sll/iaUioii, se lapporleiil à Tacle de la justilicalidii individuelle, par lecpiel Dieu apj)lique à chaque croyanl Je décret de grâce olitcnu par Clirisl en laveur de ((jus. OUniiiiiirc (li'couvre ici un c d(''sarroi coinplel » chez les cuniuicnlaleurs; mais pour le prouver, il devrait les citer exaclemcnt; ce qui n'est pas Je cas, au moins à mon éiiard; car il pn'îlend que «tous les hommes » se r(!'duisent ici selon moi à a. tous les croyants. » Or, ce n'est nullement ma pensée. La sentence d'absolution est certainement rendue pour tous 1rs hommes, comme dit J'ajx'itre, mais nalurellcmenl en vue de rapj)ro|triafion individuelli.' par cluKpic (Toyaiit. (".elle liiiiil.ilidii de l'ail, non de di'oil, n'est pas iiidi([ii(''e ici, pai'ce (pTil s'ai^it uniquement de la sentence divine valable pour tous. Comme le dit bien Thomas d'Aquin dans un passage cité par Thuluck : « Quoiqu'on puisse dire que la justitication en Christ s'applique à tous les lioiiimes (piani à la siiriisaiice («pianlum ad sullicienliam), cependant elle ne se réalise que pour les seuls lidèles quant à l'elficacité (quantum ad eriicientiam). » Le terme de f^i/.atWic, l'acte de jusliner, convient parl'aite-

liieill à celle ap|)licali()ll indix idiirlli' (pii esl le bul (el;) de ra((piilleiiieiil général. — Le giMiiliC -^(oy,:, de rie, iiidit[ue l'ellet : «la Justificalion (jui produit la vie; » c'est ce (jui sera expliqué du ch. Vl au ch. VIII. La juslilication met riioiiiiiie en ('lai de recevoir TK-spi'il de vie (pii esl en .!•''sus-ChiisI (VIII, 2), et cet JOspiil lui apjiorle |,i vie nouvelle. Celle noliiui de r/V esl oi)j»o.>^ée à celle de mort implicilemenl reidermée dans le mol coiidamiiuliitii ; cl cette

c.iiAi'. V. i.^-i'.i. 525

opposition pi'dinc (pic le iikiI. de /vV, tmil en (l(''si^'n;irit avant IdiiI la \i(; spiriliicllc (•()iiiiiiiiiii(pi('(: par lo Saiiil-I'ispril, coMiprciKl aussi la vie du corps ressuscilé cl tilorilin (pii c.sl le eoiiroiiiiciiicMl do la proniicrc (\lll. II). — L'apôlrc viciil (ralliriiKîr, (mi raison des preuves données V. 1,1-17, ([uc le salut CM (Unis! s'étend aussi loin que la condarunalion prononcée en Adaui, c'esl-à-dire à tous les lioiunies, .luil's el païens; c'esl le eiç -ûav-aç, /»;///■ hms, de III, 4^2, alisoluuicul justifK''. Dans le v. suivant, il remonte au lait qui est à la base de chacun de ces deux universalisnies de niorl, et de salut: l'action de un sur les plusieurs, sans laquelle rien de semblable n'eût été possible. V. 10. Le car est ])arrait(;m('iil cxjtliqué par Hofmann : « L'obéissance de (Mirist sera-l-cllc uniquement .so» obéissance et rien de plus, ou bien est-elle propre à l'aire le bien de toute une pluralité qui deviendra juste par elle? Réponse : Si c'esl un fait certain que la désobéissance d'un seul a rendu pécheurs les plusieurs qui descendent de lui, il est encore plus certain (v. 15-17) que par la justice de Christ sera obtenu pour les mêmes plusieurs sans distinction le contraire de ce qu'il leur est advenu par le méfait d'Adam. » Le v. 18 a formulé le grand fait hislorique, le V. 19 l'explique en remontant jusqu'au fait monil, par lequel il a pu se produire. — Au lieu du simple ôk, comme, V. 18, Paul dit ici ôiGTrsp, qui est plus insistant : précisément comme. C'est que cette nouvelle antithèse est la clef de la précédente. — Puis, Paul revient ici du ravxeç, tous (v. 12 et 18), à l'expression oï ttoIVji^, les plusieurs, des V. 15 et 17. Ollramare pense que c'est «parce qu'il tient à être plus précis ({u'au v. 18. » Mais pourquoi tiendrait-il à plus de précision au v. 10 qu'au v. 18 ou aux v. 15 et 17 qu'au v. 12? Et en quoi le terme les plusieurs serait-il plus précis que celui de tous, surtout si l'on fait

526 I,A .ÎT'STIFICATIOX PAR LA FOI

sifinilier à celui-ci : « la grande '^ï'nt''ralité » ! L'intcnlion de ce clianiieiiienl est ceilainciiieiil celle-ci : Pour que la justificalion de tous par Christ suit possible, il laut que l'aclion morale d'un seul puisse s'exercer sur toute une pluralili' ; et voilà pounpioi Paul revient de l'idée de la totalité à l'antithèse de nn et plusieurs. — Au terme de faute est substitué ici celui de désobéissance, qui désigne la violation volontaire d'une défense entendue, mais traitée sciemluent par le trans|^resseur comme nulle et non avenue. — L'influence exercée sur les descendants d'Adam par un pareil acte est exprimée par ces mots: ont été constitués ;)t'c^eî/n<f. Plusieurs (moi-même, 1'"^ édition) ont entendu cette expression dans le sens de : ont été rendus pécheurs, en alléguant l'emploi de ce verbe dans le grec classique et dans les deux j)assages Jacques IV, 4 et '2 Pierre 1, 8. Cependant, en examinant de plus prés l'usage fait de ce terme dans le N. T., je me suis convaincu qu'il ne con-espond point à l'expression française : ètie rendu, être fait ceci ou cela. Le plus souvent, il signilie : être établi dans une charge; Luc XII, 14 : « Qui est-ce qui m'a établi juge? » comp. V. 42. Act. VII, 10 : « Il l'établit chef.... >> Le sens est donc : être mis dans la position de... Ce sens s'aj)plique aussi à Jacq. IV, 4 : « Si quelqu'un veut être ami du monde, £/()po; toO ôeoO xorBiaTaTai. » Faut-il traduire : il est par là rendu ennemi de Dieu? Non, mais : il se constitue, il se met par ce fait même dans la position d'ennemi de Dieu, quoique ce ne fût pas là son intention. De même dans "2 Pierre I, 8 : « Ces choses-là (^les vertus énumérées V. 7), en se trouvant et en abondant chez vous, oôx àpyoj; o'j^è àxàpro-j; /caGicTr.oriv....)^ On traduit : ne vous rendent \y,\s oisifs et stériles. Ce serait une litote un peu ironiqu(\ mais bien mal i)lacée. Ne vaut-il pas mieux entendre : ne vous mcllciil pas dans la position d'honunes qui puissent

CHAIV V, 19. 527

rester oisifs et stériles? On peut disculcr (Ni inèmc sur les passages classiques', il me parail l'csuller en tous cas de l'emploi que fait de ce mot le X. T. qu'il désigne une position reçue en vertu d'une volonté étrangère à celui qui l'occupe. L'expression employée ici dit donc nidins (juc l'expression française : être rendu pécheur. Cependant elle dit plus que celle de : être traite comme pécheur (par le fait de la mort), à laquelle plusieurs ont voulu la réduire. Paul veut dire que les descendants d'Adam, sans avoir participé comme individus distincts au péché de leur premier père, ont cependant été mis par là devant Dieu dans la position d'êtres qui y ont pris part d'une certaine manière; de là, il est résulté qu'ils ont été traités comme pécheurs, quoiqu'ils ne le fussent pas à la façon d'Adam lui-même.

11 se passe un fait analogue du côté de Christ, L'acte moral qui est à la base de cette nouvelle influence est un fait d'obéissmice, h-'r/j/f,. Ce mot désigne évidemment non la vie de Christ dans son ensemble, mais un acte spécial opposé à l'acte particulier d'Adam ; c'est le fait de sa mort, auquel a abouti l'obéissance de sa vie entière, Philip. Il, 8. Grâce à cet acte expiatoire, la multitude sera mise devant Dieu dans la position de pistes, aussi certainement qu'elle a été mise devant lui par la désobéissance d'Adam dans la position de pécheurs. Sans doute, il y a ici une différence ; caries hommes n'ont pas concouru, même involontairement et mystérieusement, à l'acte d'obéissance de Christ, comme ils ont concouru au méfait d'Adam. Mais ce qu'ils n'ont pas fait avant, ils le font en quelque manière après, par l'acceptation de la foi. De là,

' Par exemple : tivi h?; à-o^oi'av xaO'.Ttâvac, mettre quelqu'un dans l'embarras ; xÀa;ovTa xaiaor^CTat îiva, faire pleurer quelqu'un.

52S f.A .irSTIFICATION PAR LA FOI

l.i pdssihililé du paialN'lc qirélnhlil i'apùlre. li rnel le second veibe au lutur : .seront œnslUués (rnis dans la position de) JHMtes; ce futur ne se rapporte pas directement à la vie à venir, car ce n'est pas alors seulenient que commence la justification. Il est, comme dit IJofmtmu, analof^ue à l'expression : duil être imjmté, de IV, 24. Le nombre des croyants au moment où il écrit n'est point encore complet; il va grossissant de jour en jour. Chaque lois qu'un )vai7.êàvwv, un acceptant (v. 17), se présente, la justification, conséquence de l'œuvre de Christ, a lieu à son é^ard. 11 n'est j>as question ici, comme le veut DictzsrJi, de sainteté réelle; il y aurait ayioi, saints, non èix.T.ifA, justes. — vSelon beaucoup d'interprètes, irm.s- par ex., le ternie les pltisieiirs dési(:nerait dans cette seconde propos., comme dans la seconde du v. 15, un cercle plus restreint (celui des croyants) que dans la première propos, flous les pécheurs). D'aulies, ne pouvant admettre cette dilVérence, ont conclu de notre passage à la doctrine de la rèhahililalion finale universelle. Nous ne croyons pas cette dernière opinion soutenable, en face de Phil. III, 19 («dont la fin est la perdition ») et de 2 Thess. I, 9. Mais à la totalité des pécheurs est substituée tout naturellement celle des croyants, qui est aussi appelée dans plusieurs autres passages les plusieurs (XII, .') ; I Coi". X, 17), par la raison que l'acceptation de la foi est un lait de liberté possible à tous et que l'apôtre ignore quels pécheurs et combien de jjéclieurs l'accompliront. Le cercle des pécheurs, en se transformant en celui des croyants, subit naturellement une réduction ; mais cette réduction est le fait de rhomme et non pas de Dieu, et voilà pourquoi l'apôtre, qui décrit ici Vœuwe (Urine, peut ne pas tenir compte de cette ditïérence et désigner les deux cercles par la même expression. Comme dit lIojiKanH dans une phrase étrange, mais lo-

giqueiiicnl exaclo : « (le que (îlirist est propre à èli"c jtonr 1rs iihisii'Ki.s [piiiicipc de jiislilicalioii |, il l'est pour tous, quand uièine tous ne lui pernielteiil pas de l'èlre pour eux; de Mième qu'.Adaui ne reste ce (pi'il a été pour tous ||)i'incipe de coudaïunatiouj (|uc jjoui" ceux qui ne permettent |)as à (llirisl d'èlre pour eux ce (pi'il est pour tous. »

Résumons la tnarclie loiiitiue de ce morceau :

1" Entrée de la mort dans l'humanité par un seul : v. 1:2.

"i'^ Démonstration de la vérité de ce fait (ceuxdà mêmes tneurent qui n'ont |)as accompli la cotulilion de la mort, la violation d'une loi |)ositive); v. lH et 14.

)i° Indication anticipée du second membre du parallèle; derniers mots du V. l\.

ï" Préparation de l'aftirmation de ce s<'cond membre (action de Christ sur la inullitude des hommes [)lus assurée encore (jue celle d'Adam, vu la supériorité de facteurs ; action de (>hrist sur les individus plus assurée encore (pie l'action d'Adam sur les mêmes, vu l'acceptati^JU personnelle par la foi de l'action surabondante de Christ) ; v. 13-17.

5" Affirmation du second membre du parallèle, la justification de tous en un seul ; v. 18 et 19.

Il était impossible qu'en jetant ce coup d'œil i^énérai sur l'hisloire reliiiieuse et morale de riiumanité et en opposant à l'universalisme de la condamnation celui de la rédemption, l'apôtre ne se demandât pas quel était dans cet ensemble le rôle de la loi ; car c'était de cette institution que les Juifs faisaient dépendre le salut du monde, et leur ambition était, en répandant partout l'institution mosaïque, d'établir à la fois dans riiumanilé le règne de la justice et le leur propre. L'apôtre jette comme en passant un rayon de lumiéi'e sur ce problème au v. :20 ; puis il conclut au v. 21 .

V. ^0 et 21 : (( Or la loi est intervenue afin que la faute abondât ; mais là où le péché a abondé, a surabondé la grâce, 21 afin que, comme le péché a régné dans la mort, de même aussi la grâce règne par la justice pour la vie éternelle, par Jésus-Christ notre Seigneur. » — Le mol voaor, lui, qiujiquc sans arlicli.-, désigne dans la pensée de Paul la loi mosaïque; ce sens est exigé par le contexte, qui montre clairemenl que Paul veut traiter du rapport de l'époque légale avec les deux époques du péché et du salut. De l'absence d'article, 01tmmare conclut qu'il veut parler de la loi de la conscience ; mais n'avons-nous pas vu maintes fois que la loi mosaïque est désignée par vou-oç tout court, de manière à signifier : une loi telle que celle d'Israël? On peut s'étonner i[u()llra)narc appelle son sens « évident, » tout en déclarant (ju'il a été le premier à le discerner. Qu'estce qui aurait amené Paul dans ce coup d'œil historique à parler delà loi de la conscience? D'ailleurs, le terme -ap£icr,7.6£v, est intervenue ou survenue, écarte ce sens. Ce mot, en effet, désigne un fait historique positif aussi bien que le £wr>.0£v, est entre, du v. 12, tandis que la loi de la conscience est un élément appartenant à l'essence de l'âme humaine. Ce vei'bc signifie : « entrer en passant à côté de )> (Marc VI, -icS, Traps^.Oîiv). La loi est entrée sur la scène ilu monde à côté d'un aulre fait j)lus décisif dont ellf a accompagné le développement, le règne du péché. C'est parallèlement à ce règne que l'ècononue légale a pris son cours, afin de frayer la voie à l'économie du salut. Le sens de ce à eôté de est donc que le don de la loi n'a pas Inndt' ici-jias une l'pixjut' nouvelle, ainsi ipie se le liguraient les Juifs. Connue le dit Irès-liien HV/.v.s-. «La loi n'a pas, cdumie Adam, fait ili'^r: liounnes des |)èclieui"s. ni.

CUAP. V, '2(V2|. 53i

(•((iiiiiic (llirisl, l'ail des iH-cliniis des jiisics ; cINMi'a pas s|»(''(ili(|ii('iii('iil ciiaiiLii' Tf'lal (h^ riiiiiiiaiiilt!'. » C'est un l'ail auxiliaire dans l'Iiisloiic du monde. On a donne au verbe 7rap£'.oY;).Ô£v le sens de venii' ru aiiheUe, suhieplicemenl, ou ciilrc (li'ii.r, c'esl-à-dire entre Adam cl {]\\\\^l (CiilriH, p. ex.), ou en pas.sditi, pour un temps (C/ni/sos/otnf et autres). Mais ces deux derniers sens ne peuvent se juslilier, et le pi'emier (qui aurait en sa laveur celui du mol TT^psiTax-To:, (lai. Il, i) est contraire à la puhlicalion solcnnidle de la loi sur le monl de Sinaï. — A quoi bon celte intervention delà loi? L'apôtre répond: afin que la faute ahondàl. Faut-il entendre par la faute les pécliés des hommes en général; mais pourquoi dans ce cas le singulier? Faut-il prendre ce mot -apa-Tcoaa, la faute, dans le sens de -apaÇacr'.ç, riolation d'une loi:' L'abondance des pi'csci"iptions légales aurait eu pour but de faire abonder le l)éché sons forme de transgression, et par là de l'amener plus énergiquement à la conscience de l'homme. Mais pourcpioi Paul n'anrait-il pas employé dans ce sens le mot TrapaÇact:, comme v. \A; IV, 15; Gai. III, 19? Le mot -apà--(oj;.a, f<(ute, a désigne dans tout ce passage la faute d'Adam; ce sens serait-il ici inapplicable? Non, si l'on admet avec Philipjii que Paul se représente la faute d'Adam connue désormais inhérente an cœur de ses descendants sons forme d'inclination mauvaise. La détermination réfléchie du premier homme en laveur du penchant et contre la défense divine n'est pas restée un fait isolé; elle a créé dans la volonté humaine une inclination permanente à se décider en faveur de la jouissance au mépris du devoir. Et la venue de la loi n'a pas pu avoir pour but de changer cette inclination en inclination contraire. Dieu savait trop bien que ce résidtat ne pourrait être obtenu par un semblable moyen. L'apôtre dit bien plutôt 1 Cor.

5ri^ I.A .11 sriIlCATinx l'Ai; |,A I n|

XV, 50 : " La imissaiici! du piicln'', c'csl la lui. » il dil même Hoiii. VII, N. 1 I. l.î : (jiie la convoilise, an lien d'èli(! anioilic, est au cniiliaiic <';vL'illi'fj el exciléê par la loi. A rohJLM-lioii naliiiellc (jin' I)i<'ii lut |i(,'iil avoir donné la loi dans nn pareil hnl, les nns ivpondenl en donnant à l'va, afin <pic, le sens de cit.sorlc que, ce (pii est lirammalicaleiiM'iil impossible et ne résondrail pas mrme la dillirnlh'. La pinpait répondent avec saint Au(ju.sltn que ce Iml n'est en réalité ({u'un moyen en vne d'un liul plus éloiLiné et qui est le véritajjle, celui qui est énoncé au v. '1\ , l'établissement du règne de la grâce : .Vo;/ ciiiiIrlUrf Imt /ail Ih'ii.s, A7'(/ œnsilio ntrdiciitir. Il l'allail (|u<' le péché se niiinilestàt dans toute sa mécliancclé, pour que riiomme humilié et désespéré acceptât le secours de la grâce. Peulêlre cependant n'est-il pas nécessaire d'aller jusque-là j)0ui' expliquer le a/in (juc de l'apùtre, ainsi que la puissance que le péché trouve dans la loi. Celle-ci Tait sentir au pécheur d'une manière indubitable la désapprobation divine; le coupable se sent ainsi condamné de Dieu et séparé de lui, et dans cet état d'éloignemml de Dieu, les convoitises dominent sur lui d le péché se multiplie. Non que l'homme devienne pour cela plus mauvais, mais c'est le vrai fond de son cœur qui se montre; et cetle vue du mal peut seul conduire le malade à la guérison.

Rotlic et Tholucli pensent qu'il faut envisager la seconde propos, du verset comme exj)rimanl sous forme de parenthèse une expérience générale et constante, et faire du l'va, afin <]ue, du v. 41 une seconde dépendance de la jthrase la loi rsl iulnirinic. v. :li). Ce sérail là le but final auquel tendiait, c»»mme moyen, le but prochain énoncé V. ilO. Mais celte parenihése est peu naturelle, et la seconde propos, du V. ::^0 se comprend mieux si l'on en lait un chaînon réel de l'histoire du péché sous la loi, exposée ici

CIIAl'. V, 2<»-'2l. .VÎS

p.'ir r;i|M")lr('. yi Or l;"i ou le ik'cIk'' ;i .'iIioikIi'' , » dil il, m icpicii.iiil coiiiiiic |i()inl(l(' (lt''|»;iil le ivsull.'il (in'il vioiil d'indiquer. I.;i siil)sliliiti(»n du mol ijy.aûTÎa, (jui désigne le prrlié connue; inclin.-dion, ;iu mol racaTTcov.a, lit fiitilr, conlirme ce ((uc nous venons de dire de la irlalion eiMi'c la laule d'Adam et le péché liérédilaire. Celui-ci n'est que celle-là demeurée, comme force d'imi)ulsion, dans la volonté humaine. I.'adverhe oj a souvent été expliqué dans le sens temporel (Grotiu.s, de Wctit'} : a Av utomcnt un le péché s'était ainsi multiplié, la t;ràce a (I/'ImuiIi'. » Le sens est excellent; le salut es! venu en eOet à réjtoque où le développement du péché atteiL^nail son laile ; mais ce sens est sans exemple dans le N. T. et ne peut même être démontré sûrement dans la prose classique. Les passages IV, 15 et 2 Cor. 111, 17 parlent plutôt pour le sens local : là où. 11 s'agit donc {]u peuple chez lequel celte grande expérience de l'efTel j)roduit par la loi a été faite, c'està-dire du peuple d'Isi'aël, et non, connue le pense TIV'/.v.v, de l'humanité tout entière. C'est en Israël, en effet, que le péché a pris sous la |)ression de la loi le caractère le plus volontaire et le plus coupahie, et s'est présenté comme révolte et comme orgueil pharisaïque. Ce sens convient à ce qui suit; cai- c'est en Israël aussi que la grâce a déployé toute sa richesse. S'il est impossihie de ne pas appliquer ces mots : la grâce a surabondé, à la venue et à l'œuvre de Christ, il sera naturel aussi de rapporter la proposition précédente : le jiéclié a ahondé, au rejet et au meurtre du Christ, point culminant de l'histoire du péché sur la terre. Le théâtre sur lequel s'est étalée de la manière la plus révoltante la perversité humaine, a été aussi celui de la manifestation la plus extraordinaire de la grâce divine. — Le terme 'j-tcz-idrjnvjoz-^ , a fnirahoudamment débordé, signifierait d'après Hofiiiaun : s'est surpassée elle-

534 LA JUSTIFICATION l'Ail LA FOI

môrric. Ce sens esl reclierclu'! ; il vjiiil iniciix i-;i|)j)orlor celte expression si énergique à la relalioii de la liiàc»; avec le péché. Ce verbe est, comme l'ohserve Philijifii, un superlatif par i'a|tp()il à i-'}.cû^rj.nvt . Si iMeu avail (luniii'' la loi pour l'aile aliomlcr le péché, c'était alin qui* ce péché en ahoiidant devint rojijcl d'une snialiondance inhnif île |;ràce. - Ciîlle ahoiidaiicc du |ié(|i('' n'i'lail pas un accroisseiiii'iil l'i'-cl du mal, iiiai> une uiaiiirestalidii |iliis complète de celui (pii existait ilejà.

V. i21. Mais — et c'est ce que n'ont pas conquis MV/v.s, OUnimarc, <^lc., qui se refusent, à cause du caractère général de ce v., à applicjuer le v. précédent à Israël — l'œuvre de yràce accomplie au sein de ce peuple n'avait jias pour bul seulement ce |)euplc lui-même. De ce point central et en quelque sorte culminant de l'humanité, la |;ràce devait étendre ses elTels sur le monde entier et avoir pour résullat la substitution universelli- du rè«ine de la Liràce et de la vie à celui du péché et de la luorl. Dans le passage Gai. III, \â et 14 se trouve aussi exprimée cette idée que l'œuvre expiatoire accomplie en Israël et pour ce peuple de la loi avant tout (v. 13), devait frayer la voie à l'elTusion de la bénédiction d'Abraham sur tous les (ienlils. — Ce but /inal esl décrit dans toute sa grandeur au v. -21. La puissance épouvantable du péché sur la terre est en cpielque sorte un type (voir v. !."> el 17) de la puissance j)lus grande (pie doit exercer la grâce sur celte même tei're; (''')'77:£p, iihs()li(iin')il cotinin' : le régne de la grâce ne doit rester sous aucun iapp(Hl, ni en intensité, ni en extension, inlV'i'ieur à celui du pi'clie. — Le pcMln'' a régné ddiis la iiKiil, dit l'aul. La mort a ét('' la sinislie mauit'eslatioii de la douiinalioii du pi-elit''. Les mois àv t<o OxvaTÔ) ont «'lé conij)ris par Luther, (lahiii, comme s'il y a\ail si: tov 0. : jH)iir la mort; d'autres (Mci/cr, liitchcii, etc.) ont expli-

CHAI'. V, 'ii)--i\. 535

que: luir la mort. Il l'aiil plut/»!, onvisagor la iiioiL coirime lo l'ail |)alj»alil<! sons Ui [nniif dinjurl éclalc iiic(!ssaiiiiiit'iil le règne du péclié. — Au légue du péché manifeslé dans la moi'l universelle, Paul oppose celui de la giàce qui se l'onde par le nioy(^n (f^ia) de la justice. Le mol f^ix.ai'-j'îuv/;, jiislir<\ à la lin de C(;tle partie, n(; peut désigner (pie le l'ail d(^ la justification qui en a été l'ohjel uni(pie. Les exi'gèles qui rapportent ce mol à la justice inorale, ne peuvent le distinguer nettement du teruie suivant la vie éternelle, et font du moyen h; l)ut. La justilication est le moyen par lequel riiomme réconcilié avec Dieu peut recevoir le Saint-Esprit (jui le vivitie. Le but linal est indiqué dans les mots suivants : pour la vie éternelle, expression comprenant d'abord la sainteté, qui découle immédiatement de la justification, puis la gloire, coui'onnemenl de la sainteté. — Comme les mots : par la justice, résument toute la partie de l'épître maintenant achevée, l'expression : pour la vie éternelle, foime la transition à la partie suivante (ch. VI-VllI), en indiquant le thème de celleci. — Dans les derniers mots, par Jésus- Christ notre Seigneur, nous entendons retentir comme un dernier écho du parallèle qui a été le sujet du passage précédent. Paul semble dire en finissant de la sorte: Adam a passé; le Christ demeure.

Adam et Christ. — Le juriste Sfahl a appelé Adam a la substance de lliunianité naturelle » et Christ « lidée divine de rhumanité, parfaitement réalisée. » S'il en est bien ainsi, Adam, puis chaque homme, qui n'est qu'un dédoublement d'Adam, n'est encore qu'une humanité ébauchée ; l'humanité réellement voulue de Dieu, Ihumanité définitive, c'est Christ et tous ceux qui sont en lui. Par conséquent, naissance naturelle, péché héréditaire, mort, tout cela appartient à un état provisoire: et voilà pourquoi tous ces efTets peuvent procéder d'une cause unpersonnelle et inconsciente. — En échange, la foi, ainsi que son contraire : lin-

536 LA .irsTiFir:ATio\ p.\n la foi

(T(''(lijlit<''; la sairitctf' par (llirist, ainsi i\ut; son contraire: la forluption par le rejet de Christ; la vie jilorieijse. terme de la sainteté, aussi bien que son contraire : la condamnation, la niurt seconde, tous ces faits apparliennent a l'evi^tence delinili\e et irrévocable ; et en elVet. nous constatons (juils dépendent d une détermination personnelle et consciente, de lacceptation nu du rejet de riirist en (|ui réside V'uV'c di\inede notre propre [)ersornialité. Les (|uestions (l'i-fernifi' se décident donc, tout i-omme celles doiit le résultat n'est (jue provisoire, sur le foiidciiient de la solidarité a\ec un bomme-t\pe; mais avec cette dillérence (|ue Uî lien, par lecjuel nous cmilracloas la solidarité avec le nouvel Adam ou maintenons au contraire la solidarité naturelle avec l'ancien, est notre [)ropre (puvre libre et réllécliie et a une valeur délinitive.

Cette conception, qui est celle qu'expose l'apôtre dans ce parallèle, nous paraît rendre liommage au\ faits de l'histoire sans froisser ceux de la conscience.

Ici se terinine la section fbnfiainenlale de la première partie du Tiailé docliinal, l'exposé de la jiistilicalioii parla l'oi. Paid a d'abord démontré la aindaiinidiioit iiniffrselle: puis il a exposé la justification iniircrscUr obtenue par Christel olVeile à la loi. Enlin, il a rapproché le l'ail de la condaumation univci'selle de celui de la justification universelle et fait ressortir du premier la (tcmoNstration du second. Il s'agit maiuleuanl de savoir si le mode de juslicalion ainsi exposé el démonlré est cajtalde d'assurer le renouvellement )nin(il de l'iiumanilé. (Test là le sujet de la section suivante.

TADLK DU imWi VMMWM

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Av^nt-propos v

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