CII.M». V, l'2. AIW
à ce qui précède : a' de (juoi aussi vous vous occupiez. » Le sens le plus ordinaire dans le N. T. est donc celui de : m raison de quoi (^lo, proplerea) ou de : en raison de ce que (fîioTi, propterea qiiod). Celle locution est ainsi pronom relatif ou conjonction. Il parait, par les exemples cités, que c'est plutôt sous cette seconde forme que cette expression est em[)loyée dans le N. T. Et c'est aussi le cas chez les classiques, comme on peut I(ï voir par les nombreux exemples cités par Meycr, Weiss et OUramare (sous les deux formes scp'w et scpVjt;).
Un certain nombre d'interprètes préfèrent appliquer ici le premier de ces deux sens : 1° Origène, Anrjuslin, la Vulgate, et beaucoup d'autres après eux rapportent £<p'w, pris comme pronom, à évo; àvôpoWju, itn seul homme, et ti'aduisent : <(eii qui tous ont péché.» D'après cette traduction, tous les individus humains auraient péché en Adam. Nous retrouvons déjà cette idée (non cette interprétation spéciale) chez Irénée, qui dit (Adv. Haer. V, 16, .']) : « Dans le premier Adam, nous sommes tombés, n'ayant pas accompli le commandement; mais dans le second Adam, nous avons été réconciliés, étant devenus obéissants jusqu'à la mort. » Ces derniers mots semblent montrer qu'Irénée rattache cette conception à V, 19 plutôt qu'à V, 12. il est impossible, en effet, de donner à ècp'w le sens de sv w, en qui; et le rapport du pronom relatif à un seul homme est une impossibilité grammaticale. 2" Hofmann a donc essayé de rapporter ce pronom à 6avaToç, la mort, ce qui est grammaticalement admissible; et appliquant ici le sens temporel qu'a parfois la prépos. £771 comme désignant le temps, l'époque, il arrive à ce sens : « à l'époque ou en l'existence de laquelle (mort) tous ont péché ; » ce qui veut dire que le péché de tous les individus humains a eu lieu quand la mort existait et
48(1 l,A .IISTII-ICATION l'Ai; l,A l"0|
réonail dôjà et que, par conséqu(3nl, ".si les lioinmes meurent, c'est en veiln du seul péché d'Adam. Mais quel étranj^e emploi de la locution è'p'w ne serait-ce pas là! Paul eût exprimé bien plus clairement cette idée en disant : /.-v. TcàpovTo; vi^y) to'j (JavaTou Travre; yî[7.ap-rov; et le fait même ainsi allét,aié ne serait pas exact; car la première mort, celle d'Abel, a certainement été précédée de beaucoup de péchés individuels, o** Dietzsch rapporte aussi oj à Oavy.To:, mais il trouve dans è^'^o, non une notion de temps, mais une condition morale. Ce fut dans la condition de la mort déjà établie et léguante que tous péchèrent; ce (jui est encore plus forcé que l'explication de Hufmaim. 4^' 1! en est de même de celle de Gess qui, appliquant aussi le pronom ô à 6âvaTo?, la mort, entend celle-ci de la mort spirituelle^ de l'état de péché : a. et qu'ainsi la moit (spirituelle) est venue sur tous, eu vertu de laquelle ils ont tous lait acte de péché. » L'idée se comprend : la mort serait dans ce cas le péché originel lui-même avec l'èlal d'éloignement de Dieu qui en résulte ; et le verbe viaaçTov se rapporterait à tous les actes de péché particuliers par lesquels se manifeste ce péché inné. .Mais nous avons vu que le terme de mort ne peut avoir ici It.' sens de mort spirituelle, surtout en raison du v. 1 i et de la différence manifeste établie entre péché et mort dans notre verset même. — Si l'on voulait absolume'iil rajtpoiter le 39'w, comme pronom, à ce qui précède, il n'y aurai! ([u'un moyen loli'rable de le faire; ce sei'ail de lui donner le sens neutre : sur quoi, c'est-à-dire à la suite de (pioi. « A la suite (le l'entrée du péché et de la mort, piiis de la ditliisioii de celle-ci, tous les hommes se sont mis à pécher individuellement. » -Mais ce sens de la locution èo'w est sans exemple et celte idée ne serait pas en relation essi'utielle avec l'argumentation de l'apôtre. Or nous avons remarqué
CHAP. V, l± /t81
qu'il manquait à collc-ci un chaînon qui doit précisément être renfermé dans ces derniers mois. Le péclié el à sa suite la mort sont entrés dans le monde par la faute d'un seul. Mais comment la mort a-t-elle pu atteindre tous les individus humains en particulier? 11 faut su]»j)oser pour cela un fait intermédiaire qui n'a point encore été mentionné : c'est la participation de tous les individus, par un mode quelconque, au péché premier; car enfin, comme le dit bien OUramare, c'est le péché qui est « le véhicule de la mort. » Et c'est là précisément la pensée qu'exprime celte dernière proposition, qui est, par conséquent, exigée rigoureusement par le contexte ^ Cette remarque nous conduit à appliquer ici l'emploi conjondif de èç'w, qui domine dans le N. T. Mais dans ce cas même, nous nous trouvons encore en face de bien des interprétations diverses.
Julius Millier, prenant è^'w dans le sens de : cmnme en effet, pense qu'il s'agit ici d'un mo\\î secondaire, par lequel Paul justifie la mort des individus humains. Au péché originel qu'ils avaient apporté avec eux (à la suite d'une chute antérieure à l'existence terrestre), tous ajoutèrent leurs péchés propres et achevèrent ainsi de mériter la mort. Rothe fait également de e^'w un déterminatif logique de ce qui précède : « à celle condition particulière ou dans cette supposition que... » Ewald (Sendschreiben d. Ap. P.) l'entend dans un sens analogue : pour autant que. Mais dans ce dernier cas, il eût fallu £<p'o'7ov (XI, 13); le second sens est sans précédent el alambiqué ; le premier
* Nous omettons ici l'explication de Schmid, Glôckler, Umbreit : pour laquelle 'morl;, c'est-à-dire on vue d'obtenir ce triste résultai... — et celle (i'E)-)iesti el Woidt : « à quoi (au fait de la mort on poul reconnaître que tous ont péché, » explications qui dans le contexte n'ont aucune vraisemblance et donnent à io'oi des sens forcés.
Hiposo sur une hypollicse que ririi no juslilio drin? les épîlres de l'apùlre.
On a beau chercher des moyens termes destinés à combiner les deux explications du fait de la inorl universelle, colle tirée du péché d'Adam et celle tirée du péché individuel (voir plus loin celle de Weiss) ; il faut arriver à choisir entre l'une ou l'autre de ces deux manières de voir. La pioposition qui nous occupe ne peut servir à d/oiilrr la seconde explication à la première. Kt nous nous retrouvons encore ici en face des deux principales classes tl'interprétations.
Les uns en effet (Mélanchlon, Rems, Weiss, OUramarc, etc.) trouvent dans ces mots : en raison de ce que tous (mt péché, l'énoncé de cette pensée : que tous les hommes meurent pour leurs péchés individuels, et nullement pour celui d'xVdam. Reuss s'exprime ainsi : « Pas question de l'imputation du péché d'Adam, ni de péché héréditaire ; ce sont 1j\ des thèses scolastiques; ils ont tous été frappés de la même peine qu'Adam, donc ils doivent tous l'avoir méritée comme lui. » Ce sens est bien celui qui se présente au premier coup d'œil ; mais (juand on y réiléchil, il se heurte à trois difficultés qui le l'ont paraître iiiailmissible. Et d'abord Paul ilonnei'ail dans ces mots une explication (lu fait de la mort universelle différente de celle qui ressort du commencement du verset et parliculirremeiit du xcà o'jTcoç, et qu'ainsi, dans la propos, précédente. L'idée dominante jusqu'ici dans ce verset avait été que tout le mal est venu par un seul. C'est également l'idée relevée dans les v. IT). l(i. 17. IS. l'.l; c'est en quelqui' sorte le thème du morceau lout entier. Or l'explication cpie nmis venons d'exposer irait à l'enconlre de cette idée, ce (jui est inq)ossible. Celte première dillieullé est renforcée par la suivante. Le passat^e V. I-J--JI repose sur l'idée «pie
CHAI'. V. 1-2. 'i.S.-i
loulc lii Justice vieil! de (llirisl, de niriiie que loiilc l;i condaiiinalion esl venue d'Adam. Or, si l'apôlre atuihuail, en loul ou en partie, la cause de celle dernière aux pécheurs individuellenieni, il en rf'snllrr.iii que, du a'Ar du s.iliil aussi, une portion de la justice doit ap|)arlenir au croyant; autrement le parallèle sérail dèlruil. Comme le dit trèsl)ien Lipsiiis, (de nerf de la eom|)araison suivante sei'ail tranché el toiih^ la dociriiii' pauliiii(3nne de la rédemplion renversée. )) On a cheirlic à remédier à cet inconvénient; les uns, comme Mrldmhloit, Tholucl;, Olshausen, Sahaticr, Lijisiiis lui-même, en donnant à -/îy-apTov, ont jK'c/tc, le sens de «ont été rendus péchenrs ; » d'autres, comme Grotiiis, en inlerpi'étant ce mot dans ce sens : « être puni comme si on avait péché. » Mais le verbe àfxapTavsiv, surtout à l'aoriste, ne peut se rapporter qu'à Vactr de pécher. Weiss cherche à résoudre la dilïiculté loul différemment. Si, dit-il, les péchés des individus font qu'ils meurent, ce n'est pas à cause de ces péchés en eux-mêmes, mais c'est encore par le fait du péché d'Adam, à l'occasion duquel a été irrévocahlemenl établie par Dieu la liaison entre péché et mort. C'est ainsi qu'il cherche à accorder les deux causes possibles de la mort, le péché d'Adam et le péché individuel. Cette solution est ingénieuse; elle pourrait trouver un appui dans les v. iA et 15. Mais estil possible d'admettre que Dieu ait puni de mort les pécheurs subséquents (qui n'ont pas violé, comme Adam, un commandement positif et une menace expresse de mort), uniquement parce qu'il avait ainsi puni Adam qui avait péché, lui, dans ces conditions beaucoup plus graves? Le degré de culpabilité étant difTérenl, celui de la peine ne devait-il pas différer aussi? D'ailleurs il esl clair que, quand Paul dit loul simplement au v. 15 : « Les plusieurs sont morts par la faute d'un seul;y> et 1 Cor. XV, ^2 :
<( Comme tous sont moils iii Adam, ») il ne pense [i.is à une relation aussi déloiirnée que colle à laquelle UV/sv a recours. Il ne veut certainement pas (Jiie : Parce que Dieu avait statué la imni pour le péché (rAiJam, il ne put l'aire autrement (pie d'appiicpier la même peine au péché (les autres hoiiimes. (Juanl à OUnonare, les choses lui paraissent toutes simples et il est intéressant fie voir la placiilité avec laipicilc il contem[ile toute celte discussion : « Il n'y a en tout cela i"ien d'embarrassant , aucune énigme, aucmie contradiction à résoudre, » sur quoi il renvoie avec conliance à sa i)a^e 464 qui doit avoir tout aplani; nous avons vu comiiKiil. — l'ne troisième diKlculté de l'explication précédente, qui a été relevée dés longtemps, c'est la mort des petits enfants. Comment Paul pourrait-il dire d'eux qii^ils )neun'itl ptuce quils ont pcclic iudiriduellemenl? Mançjold répond que Paul n'a pas tenu compte de la mort des petits enfants et n'a voulu pailer que d'une manière générale, \yeiss à peu prés de même : Comme, du côté du salut, il n'est question que de ceux qui se l'approprient, du côté de la condamnation il n'est question aussi que de ceux (pii pèchent réfllement, c'està-dire avec conscience et liberté. Mais y aurait-il donc sur la terre deux espèces de mort, celle des houuues qui pèchent réellement et celle des êtres qui n'ont pas encore pu pécher? Le phénomène de la mort n'esl-il pas "// :' L'a- |)ôlre d'ailleurs ne veut pas expliquer la mort de tel ou tel individu, mais d'une manière Liénèrale le règne d<' la mort. S'il y a \\v< exenq)les de mort, et par millions, tpii ne rentrent pas dans l'explication (piil donne de ce phénomène capital de rcxistence humaine, il ne suflît jias de dire qu'il ne tient pas compte de ces faits-là: il faut déclarer que son explication est fausse.
Nous arrivons ainsi à la seule interprétation admissible^
ciiAi'. V, 11. 185
celle (le lii'niji'l, Mci/cr, llodi/r, P/iilijiiii, etc. Ils cnlen- (lenl. : « en nii^un de ce que (uns ont juxlir [qiuind Adam |)échiiilj ; )) Adamo pcccante, comme dit lienijel, on iiiiciix encoi'e : ipso arlu, (/uo peccavil Adtunus, coriime s'ex|)rinie Kujijie. (jue ce soil là l'idée de l'apôtre, c'est ce qui parait ressortir des expressions déjà rappelées v. 10. 17 et 1 Cor. XV, ^4. Oiiel autre sens pourraient avoir ces locutions : mourir ('// Adam, mourir jx/r la [itule d'Adatti:' Sans doute, l'idée importante en Admit est omise, ce qui paraît cti'ange; mais il faut admettre que la pensée par laquelle a couunencé le verset et qui domine tout le passai^e : jnir un seul homme, remplissait tellement l'esprit de rajxHre qu'il n'a pas juiié nécessaire de la répéter expressément. L'aoriste en gi'ec doit souvent se traduire j)ar le plus-queparlail; or il sui'tit de rendre ainsi l'aoriste rity,asTov : « en raison de ce que tous in'dient péché, c'est-à-dire loi'sque cet un péchait, » [)our que l'expression de l'apôtre devienne claii'e. On peut comparer, comme passage analogue, sinon exactement semblable, '2 Cor. V, 15: «Si un seul est mort pour tous, tous donc sont morts, » ce qui signifie naturellement : morts oi lui. Ce régime est omis dans les deux cas comme s'enlendant de lui-même. 01- Inimare traite sévèi'ement ceux qui se rangent à cette explication : « On a vu, dit-il, des commentateurs se permettre de changer profondément la pensée de l'apôtre et lui faire dire précisément le contraire de ce qu'il dit. » Nous espérons que ceux qui ont suivi avec soin cet exposé, comprendront les raisons sérieuses qui conduisent à l'interprétation que nous venons de donner.
Mais comment se représenter le fait qu'elle implique, cette solidarité mystérieuse entre le père de la race et la race elle-même; et comment concevoir que le sort éternel des individus puisse dépendre d'un acte auquel ils n'ont
48G LA .ICSTII-ICATION l'Ail I.A FOI
pris pail, dans tous les cas, que d'une manière inconsciente et iiiiporsonnclle? — Il n'y a pas de mystère plus impcnélrahlc dans la vie de la nature que la relation entre l'individu et l'espèce. D'un côté, chaque individu est l'incarnation de l'espèce; de l'autre, l'espèce elle-même provient du prototype individuel dans lequel elle était renfermée. La science constate ces faits, mais elle ne les explique pas. Or, la cpiestion posée appartient à cet impénétrable domaine que l'apôtre lui-même n'essayait point de sonder ; il ne dépasse pas la sphère éclairée par le rayon révélateur, qui est uniquement le domaine du salut. — Quant au sort Hernel des individus, il n'en est nullement question dans ce passage bien compris. La solidarité des individus avec le premier Adam reste limitée à la sphère de la nature physique et psychique; elle ne s'étend point à celle de l'esprit. Or, c'est dans cette dernière que se décident les questions relatives à l'éternité'. A la première n'appartiennent que les questions d'ordre inférieur, de portée pédat^ogique, si l'on peut ainsi dire, par exemple celle du péché originel, qui n'est imputé que du moment et dans la mesure <>ii la liberté s'empare de la disposition mauvaise et la confirme, ou celle de la mort physique, qui n'est point essentiellement un mal et n'en devient un réel et durable que comme terme d'une vie dans laquelle l'individu s'est personnellement et volontairement livré au péché.
Résumons les pensées du v. Vl. In homme a donné par sa désobéissance accès au principe du péché ilans l'humanité; le péché a entraîné à sa suite la condamnation à la mort, et cette sentence a frappé tous les hommes, parce que tous avaient par leur union au père de la race péché avec lui. Nous verrons que le sens des ileux versets suivants ne se dégagera clairement qu'en les abor-
CHAI'. V, \2-\:i. i87
(l;inl avec l'cxplicalion (|ii(; nous venons dij (loiuK^r du vimsel l^; co sera la confiiiiialion de son cxaclilmlc.
V. \:\ oi I/i- : « Car jusqu'à la loi, le péché était dans le monde; mais le péché n'est pas imputé ', s'il n'y a pas loi; li mais la mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n'avaient pas péché à la ressemblance de la transgression d'Adam, qui est un type de celui qui devait venir. » — L'épi Uc aux lloinains présenlu peu de i)assaij;es (pii aient été aussi diversement compris que ces deux versets. On j)cnt diviser les explications en deux classes principales.
D'après les uns — ce sont surtout Tholuck et Upsius — la preuve donnée ici porterait uniquement sur la dernière propos, du v. 12 : « parce que Ions ont pcclié. » L'ap<')tre aurait pour but de démontrer que rétablissement de la domination du péché, sur tout le i-enre humain, provient du péché d'Adam, et il le ferait *en s'appuyant sur le l'ait évident de la domination de la mort. Voici quel serait le raisonnement d'après Lipsius : On péchait dans le monde avant que la loi fût donnée; mais quand il n'y a pas loi, le péché n'est pas personnellement imputé, tandis que la mort exerçait déjà alors ses ravages sur tous. De ce fait, il résulte que la domination du péché sur tous devait exister déjà par le fait du péché d'Adam. Cette interprétation doit être écartée par les trois raisons suivantes : l" Il ne s'agit point dans ce passage, comme nous l'avons déjà montré, de l'origine du pécbé, mais de celle de la mort. Saint Paul oppose à la justification de tous en Christ, non l'état de corruption de tous, mais la condamnation de tous (prouvée par la mort). 2o Cette explication
' N* : svsAoys'.TO (était imputé); A : cÀXoyaTO même sens).
- 3 Miiii. |)lii.sieiirs Lcctiunii. Or. oineUciil ;xt, devant afi.ap-:r|7avTa;.
18X LA JUSTIFICATION l'AK LA l(Jl
suppose le sens du -/iy.acTov, v. H, (jue nous avons reconnu ina(Jinissiljle, celui de devenir pécheur. ."3" La preniièi'e proposition du v. 13 ne se comprendrait pas bien, placée comme elle l'est; car elle énoncerait plutôt la conclusion du raisonnement que son point de départ.
Une autre classe d'interprètes lait avec raison porter l'explication donnée v. \'S et 14- siu' le lait de l'universalité de la mort, [lar conséquent sur toute la proposition précédente : La mort est vernie sur tous, parce que tous
Seulement, aux yeux des uns (de Wette, Lange, Reuss, OUraniare, etc.), l'apôtre expliquerait l'universalité de la mort en la niolivanl par les péchés individuels de chacun : tous meurent, parce que tous pèchent. D'après les autres, il expliquerait l'universalité de la mort par le péché du seul Adam, dans l'accomplissement duquel tous sont mystérieusement impliqués; Weiss représente dans cette manière de voir une nuance distincte.
Voici le raisonnement d'après les premiers : Tous meurent [)our leur propre péché, car même dans le temps où il n'y avait pas de loi, on péchait mortellement. Il est vrai ({ue le péclu'' n'est pas iuiput/' là où il n'y a pas loi; mais il n'en n'est pas moins vrai que la mori n''L;nait, même alors [et que, par conséquent, on s'attirait la mort en péchant]. .Vprès cette conséquence non exprimée, il faudrait sous-entendre encore l'idée (pii donne la clef de l'énigme : Si l'on était mortellement puni, à cette époque (entre Adam et Moïse), même sans loi écrite, c'est qu'il y avait pourtant là une loi, celle de la conscience, gravée dans le cœur, dont a parlé l'apôtre II, l i et 15 et I, .*3:î, (pu dénonçait suffisamment la mort aux pt'cheurs. Il y a contre cette interprétation trois objections qui nous paraissent décisives. 1^' Avant tout, la contradiction absolue de celle explication de la mort avec le but de tout le pas-
CHAI', v. i:{. W^
saj^u. Si cliiKiiic lioiiiiiKi iiioiiiail ié(3ll(!iiionl |)(»iir son pio- [)i(; prclir, la conroiiiiilô avec l() salul par la jiislico (l<3 Christ soiail dclruite; cl c'csl pourtant là l'idée l'ondamentalc du passag(3, que l*aul a signalée connue telle dès les pi'cniiers mots du v, 12 : De même que pur un seul homme... 2° Le ^i (13*') devrait èlre compris dans le sens de : il est vrai, sans doute : «c On n'im{)ule })as le j)éclié, il est vrai, en l'absence de loi. » Mais ce sens de ^é n'est pas possible. jj° L'apôtre poseiait un problème dont il sousenlendrail complètement la solution. «. Tous ineurent ensuite de leui- propre pèche, mais le pèche n'attire la mort que quand il y a une loi poui' le condamner; il send)le donc que les hommes n'auraient pas dû mourir entre Adam et Moïse. Et à celte objection si l'orlc, l'apùtre se contenterait de répondre, v. 14 : Mais on mourait ! ce qui prouve bien qu'on méritait de mourir. Et il n'ajouterait point ce qui doit expliquer le mystère, à savoir que la loi de la conscience était là et justifiait cette peine de mort? Qui a jamais argumenté ainsi? L'apôtre Paul spécialement ne raisonne pas de la sorte.
Weiss a essayé, encore ici, d'échapper aux diiïicullés qui pèsent sur l'explication de la mort par les péchés individuels. Voici d'après lui la suite des idées : Le péché était bien dans le monde par suite de la iàute d'Adam ; mais en l'absence de toute loi, il n'aurait pas, entre Adam et Moïse, attiré la mort sur les hommes; néanmoins la mort a régné même à celte époque, ce qui ne s'explique que parce que dans le cas d'Adam Dieu avait statué la peine de mort sur le premier péché et que cette loi continuait à agir même à l'égard de ceux qui n'avaient pas, comme Adam, violé un commandement positil". — Cette explication ingénieuse, déjà préparée par Beic/ie et jusqu'à un certain point par Tliolack, ne nous parait pas non
tljO LA .lISTiriCATION l'Ai; LA F'»!
|)liis .•irlmissihhi. On clnîrchc à iii;iinlcnir la pnrl do ciilpaliililô (l(;s individus dans le l'ail do leuf jji'opro mort, cl l'on n'y parvient pas inènie à rép,ard des hommes lails, qui onl individuellement péché. Ce raisonnement suppose en ellel, comme nous l'avons vu au v. 12, que la [)ein<.' de mort n'eût pas atteint les honnnes pécheurs si Adam, violateur d'un commandement jtositif, n'eût malheureusement été menacé et rra|)p('' le i»remier. .Mais l'apiitrc ne peut avoir imputé à Dieu une manière d'ai^ir aussi arbitraire.
Il ne reste qu'une explication, celle qui se rattache au sens ([ue nous avons donné aux derniers mots du v. \-2: elle conduit à l'explication la plus simple du raisonnement renfermé dans les v. 13 et li. La mort est venue sur tous |)arce que, Adam péchant, tous en lui ont péché; et la prcuive de ce fait mystérieux, la voici : Le péché avait beau {•tie dans le monde entre Adam et Moïse; tous ces pécheui's n'auraient pas été jtunis de mort, |)uisqu'il n'y avait pas de loi à cette époque pour les avertir et les condamner. Et néanmoins la puissance de la mort s'exerçait aussi sur eux. La conclusion saute aux yeux- et n'avait pas besoin d'être énoncée ou plutôt répétée; car elle était déjà loiiiiulée à la lin du v. précédent : ils mouraient donc tous comme ayant péché en la personne d'Adam. Telle est l'idi'c liénérale du passa<;e ; entrons maintenant dans l'explication de détail.
V. 18'*. Le mot à/ pi, jnsqin), a été compris par Oriijinii', Cln'ijsostonir Q\ plusieurs après eux, dans le sens de junddiil : ri''|Hi(iii(' d(''sii:nt''e se proioMi^erail ainsi juscpi'à la venue de ,lésus-(!hrist . La jtrépos. x/y. [leut avoir ce sens; comp. Ilèb. III, L». .Mais il ne ci»nvienl pas ici, puis- (pi'au V. li il est dit expressiMuenl : (Icfniis AdtDii iiistju'à Miitsc. — L'absence d'article devant voy//j n'empêche pas
CHAI'. V, i;;. l'.M
(|uo ce mot ne désiiiiic la loi do Siiiaï, mais coiiiiik; loi, (jI non coMiino loi utosoiquc, vu la seconde parlie du vcrsel où il s'atiil d'une loi en L'énéial. — \ai iikiI àu-af-xia, jirché, désigne, comme au v. 12, le péché en tant, que principe de révolte; ;\ celle époque il atiissail, comme loi, dans toute riiumanilé (le monde), même chez les meilleurs. — Mais pourtant ce n'était pas, ce ne pouvait pas être pour cela qu'on mourait, puisque il n'y avait pas de loi. Ollnimare ohjecti; ici la destruction des hommes du déluiio et des hahitants de Sodome qui sont hien morts j)our leurs péchés lors même qu'il n'y avait pas loi. iMais il ouhlie qu'ils seraient morts, même s'ils n'avaient pas jjéché de 'a sorte; ils avaient déjà en eux en naissant le tieiine de la mort comme tous les autres hommes, et ils seraient morts s'ils eussent vécu bien innocemment. Ce que leurs crimes ont décidé, ce n'est pas leur mort; c'est leui' genre de mort. Tous ceux qui à cette époque sont restés étrangers à de pareils crimes, Noé, Lot, Abraham, etc., ne sont-ils pas morts, lors même qu'il n'y avait pas loi et que le péché n'est pas imputé en l'absence de loi? — Le terme d'èHoyeîv, porter en compte, a paru à plusieurs interprètes (Amhroise, Augustin, les Réformateurs Luther, Calvin, Bèze, Mélanchton, et plusieurs modernes tels que Riickert, Julins Millier, Mangold, etc.), ne pouvoir se rapporter ici à l'imputation divine. Ils l'ont pris dans un sens purement subjectif : « Quand il n'y a pas loi, les hommes ne se rendent pas compte des péchés qu'ils commettent; ils ne se l'imputent pas comme faute. « Mais le V. '14 prouve clairement qu'il s'agit ici de l'imputation divine ; de même la parole parallèle IV, 15, qui explique ce que dit ici l'apôtre. Il faut la loi pour donner au péché le caractèi'e de transgression (rapàéacriç), et il faut ce caractère pour provoquer en Dieu la colère qui frappe de mort.
î^'.t'i LA JLSTIIICATION l'Ail LA KUl
It.ifis l(j seul cas OÙ so ri.'liouve c vuilir; iA/oyeîv, l'Iiiléiii. V. I(S, il wi peut désigner une iiiipulalion subjective. Le iv, ihm.'i, qui entre dans la composition du verbe, fait allusion à l'inscription r/«m- le livre de compte. La né;;ation subjective [i:r, est employée ici parce qu'il s'a^-^il d'une con(litit)n ■•iujipusce par l'esprit de celui qui formule la maxime citée. — OUmmarc pense que ce verset répond à quelque scrupule qui pouvait s'élever dans i'esjMit des lecteurs, surtout judéo-chrétiens ; il leur aurait paru que le péché ne pouvait être envisa;ié comme péché et soumis à une j)eine qu'autant qu'une loi existait. Mais jamais la conscience judéo-chrétienne s'est-elle montrée si anxieuse (le justifier ou seulement d'excuser les païens qui péchaient sans avoir de loi?
V. 1 i. Mais, nonoijslant cette absence de loi entre Adam et Moïse, la mort n'en a pas moins exercé son emi)iie toul-puissanl sur toutes les générations qui se sont succédé, preuve qu'elles ne mouraient pas jjoui' leurs péchés propres, mais pour la faute piimordiale qui pèse sur l'humanité connue ayant péché en son clief. Le à/Aa, hiiiis, est fortement adversatif: umis, c'est-à-dire malgré cette absence de loi. H fallait donc qu'il y eût à cette époque un péché possédant, malgré celte absence de loi, le caiactére de Irtin^i/rcssion qui produit seul la colère et la mort; et ce péché ne pouvait être que celui d'Adam. Ce iXKoi, )i(ais, embarrasse extrêmement Reii^s cl Olliainare ; il est en cHel incompréhensible dans leur explication. Voici comment s'en lire ce deinier : ci Le péché n'est pas porté en conqite, sans doute, s'il n'y a pas loi (v. 1."]^ ); et par çunséquenl, il seiidde (jue les houuues à celte éjioque ne pouvaient pas mourir pour leurs j^échés propres. Mais n'iiiijiorlc! .le passe oulre. Le l'ail est (pion mourait. » l'uis l'apôlie garderait in l'cltu son expli-
ciiAP. V. i;;-ii. i9:>
cation do ce l'ail, tirée du la loi naliiivllc <\u\ ('tail vidicc cl (jui niilorisail ainsi la peine de mort. (IcUe inlerpivtalioii du mol iiiiiis est la ineilleiire ivliilalidii (jiic l'on pnissc ddiincr de l'explication tout entière. — Le mot a m/H)' 110 siiinilie pas seulcmenl a r.rislr (on est mort), mais a exercé son pouvoir d'une manière inèsislihie (tous s(tnl moris). G'esl ici, vu le passé a ir(/iir, un l'ail liistoiicpie que Paul constale ; comment donc serait-il queslion de la C(uidauuialion élernelle, ainsi que le veut OUramarc! — (Juand i'aul ajoule : même sur ceux qui n'avaient jias jiéc/ir à la ressemhhmce fie la transyression d'Adam, il si*>nale le caraclèfe (pii auiail dû, semble-l-il, les soustraire au châtiment de la moi t. Ils n'avaient pas violé un commandement positif comme Adam, puisqu'il n'y en avait pas. Le xai, aussi, même, sitinilie : « même dans cette situation qui semblait les mettre à l'abri d'un tel cliàtiment, » Fritzsclie, Meyer, Ollrauiare pensent qu'il ne s'atiil dans ces mots que (\'itne partie des hommes de ce temps, ceux qui n'avaient pas reçu (juelque ordre exceptionnel et positir, comme il en fut donné un à Noé et à ses fils, Gen. IX, .} et suiv. Il résulterait de là que Xoé et ses fils sont morts pour avoir violé les commandements a])pelés noacliiques, tandis que tous les autres hommes de ce temps seraient morts pour avoir violé la loi de la conscience ! Comment peut-on imputer à l'aixMre une pareille idée? Les mois à la ressemblance (littér. te sur le fondement delà l'essemblance») font ressortir ce fait que tous ces hommes n'avaient pas péché en transgressant, comme Adam, une loi expresse. Le complément de la transgression est le génitif de l'objet. Le mot op.ouojj.a est ainsi pris dans le même sens que i, 23; VI, 5; VIII, 3, et non dans le sens d'ôjxoioTr,;, comme le pense Hofmaun. Le terme racx'îaciç, trcinsç/ressiou , est employé ici à dessein au lieu de celui
494 i.A .irsTii-ic.vTioN ywh l.v roi
do péclu':; c'est l;i loniie sous laquelle le |»éclit'' allire l.i morl. L'universalité de la mort ne s'explique donc que parce que l'universalité de la race a pris part à un péché qui avait 1»; caiactéie de transgression, ct; qui n'a pu avoir lieu qu'en Adam. C'est pai' là que nous sommes amenés tout natuiellement à la dernière proposili(»n i\v\ versfît dans laquelle (îluist, auteui- de la justice universelle, apparail comme le pemlant du prenuer Adam, cet auteur de la mort univt,MM'll('. — Le terme tj-oç, tupe, désigne pi()i)rement une ciiipieinle liap]i('' (t-j-tco), (le n'est pas le précurseur qui impiime son image à i'aprésvenant, c'est l'inverse; car celui-ci précède l'autre dans la pensée divine. Il laul <''\i(li'iiiiiirMt sous-entcndre avec le partie. [jiVAfJVToç, fuhir, lesubst. 'A^ày. : (( l'Adam qui devait venir. » En efl'et dans 1 Cor. XV, i5, Paul app.dle Christ le dernier Adant, et, au v. 47, le seco)id honnnc, cliel'de la seconde hiiinanilé. Comme le dit Enidd : n Adam et Christ entraînent chacun après eux toute l'humanité ;» et par conséquent : « De ce que l'un a été pour elle, on peut conclure à ce que l'autre sera pour elle « iHofttiinui). C'est là la relation exprimée par le mot de fijpe qui, dans la langue scripturaire (I Cor. X, 1 1 1. désigne un événement ou une i)ei'sonne réalisant à une cei'taine époque une loi du règne de Dieu dont on letrouve la réalisation plus parfaite dans un événement ou un personnage appartenant à une époque subséquente. Itt'in/rl a j)iis le mot toO [jl£>.Vjvto: dans le sens neutre : a de œ qui devait arriver plus laitl.» Celte emploi de ô; j)our o (par une attraction du masc. -•i-rro;) ne serait j)as impossible; mais il est i)lus naturel de rapporter le pronom toO {AsXT^ùvTùç au substanlir qui précède innnédiatement. Il parait également moins simple de taire i^avec lIoftiKiinu de TCi'j .asXXovToc un subslantil : /e rcnunt. — Fiilisthr et de
CHAP. V, li. ^05
WcUc ont r;ip|inrl('' l'idrc de rciiir à l'avénoincnl glorieux tie Christ; évitkîmmcnl à tort; car, dans ce (jiii siiil, c'est l'œuvre rédemptrice de Jésus qui est opposée à celle d'Adam, et non son ré^ne de gloire. Tout naturellcmeiil, Paul emploie ici ce mot : celui (jtii doit venir, comme parlant au point de vue de l'époque d'Adam et du moment de la chute.
Observations sur v. 12-i4. — Première remarque. On a (li'iniiiKJé jusqu'à quel point cotte relation typique, étahlic par Paul entre Adam et le Messie, lui avait été suggérée par son (Hku'ation judaïque. Dans les écrits de quelques rabbins se trouvent réellement des paroles analouues. ainsi dans le Xevi'' Sc/ia- Inm : « De même que le prenuer homme fut le premier quant au péché, ainsi le Messie sera le dernier pour enlever entièrement le péché, » et encore : « Le dernier Adam, c'est lui (lui est Messie. » Le Targoum des Psaumes ofl're aussi des expressions semblables. Mais ces écrits sont de beaucoup postérieurs au christianisme (YlI'-'-Xyie s.), et il est impossible de savoir jusqu'à quel point ils ont été inlluencés par ceux de Paul lui-même. M. Renan dit nettement : « Dans les écrits talmudiques Adam ha-Rischon désigne simplement le premier homme, Adam. Paul crée Ha-Adam ha-Charon par antithèse. » Quant à la conception énoncée ici touchant Y origine adamitique du péché et de la mort, comme puissances régnantes dans l'humanité, il est bien évident qu'il la doit, non à son éducation rabbinique. mais à la révélation mosaïque. Le troisième chap. de la Genèse est, simultanément avec l'expérience de l'humanité dont il donne la clef, la source des déclarations que nous venons d'étudier.
Deu.cième remarque. La géologie démontre que la mort existait sur la terre avant le péché humain : et comme le corps de l'homme ne dilîère pas essentiellement de celui des animaux, il semble résulter de là que l'entrée de la mort dans Ihumanité est due à la nature du corps dont elle a été douée, non à une faute qu'elle a commise. — Sans doute, le corps de l'homme était originairement mortel, aussi bien que celui des animaux. Mais cela n'empêche nullement que ce ne soit le péché qui
AW> LA JUSTIPICA riON l'AR LA KOI
ait (ItHiTinitiL' l'eiilrée de la mort dans riiumanité. puisque si riioiiiiiie n'eût (>oint pérlié. il eût été, •■onime n<jus I avons vu p. 'i71 et sui\ ., all'ranclii. par la participation à une \ ie supérifure dans la communion de Dieu, de la loi naturelle de dissolution attachée à son corps terrestre. Celte connnunication eût transformé son départ de la vie en une glorieuse métamorphose. Il n'y a donc aucune contradiction entre l'enseignement de I ap«">tre et les résultats de la science sur ce point. Comp. i Cor. Y, i. \.
Troisiéine vemarqaa. (Juant à la sentence de mort prononcée sur l'humiinité à l'occasion du péché de son premier chef, il est évident (ju'unc fois le péché commis, elle était inévitable. I) un côté, l'homme ne pouvait plus être glorieusement transformé pour entrer (lirect<;ment. en (juittant la terre, dans son état supérieui' et délinitif. De lautre côté, il ne pouvait vivre à toujours ici-bas dans son état de corruption qui se serait indélininuMit accru. Il ne restait qu'une voie, c'est qu'il sortît de la vie par la porte de la mort. « Au jour que tu pécheras, tu mourras « {\^ sentence de mort sera prononcée). Un s'explique plus facilement sans doute cette condamnation, lorsqu'on traduit les derniers mots du v. lide cette manière : « et la mort est venue sur tous, parce que tous sont devenus pécheurs t {Tholuck, Lijjs/us). Mais, malheureusement, cette traduction est incompatible avec la grammaire. Le sens est : parce que tous o«f /îJcA(' (fait r^e/^ de péché) ; ce qui. comme nous l'avons vu. ne peut s'expliquer qu'en sous-entendant cette idée : ont pi'ché quand Adam lui-même a péché. Nous avons dit déjà (p. 486) ce qui nous empêche de nous rendre compte de ce fait originel.
Nous terminons ces observations par quelques réile.xions de Pliilipj-ji auxquelles nous adhérons pleinement ; « La volonté humaine générale a comnn's en la personne d'.\dam l'acte conscient et personnel de la transgression et ainsi attiré la mort. Pour les individus qui ont suivi, cette transgression n'est plus (|u'un acte généri(iue inconscient: mais elle n'en reste pas moins attachée à chacun d'eux comme penchant mauvais. Dès lors le péchi''. d'une part, est nrcessaire en tant que conséquence inévitable de la transgression primitive : mais, d'autre part, il est libre, en huit (]ue le caractèr»' issenliel de l:i volonté hmnaine est la liberté. Va\ [jéchant. l'indiv iiiu s approprie, eoinnie ^'Mi
ciiAi'. V, 11-ir.. 4.1)7
propre fiiit. riiiclination naturelle, et il en «lovient persoiiiielleiiient responsahle. Mais sa condaniiijilioii ne se consoiniiie (jue l()rs(|u'en face de la loi de Uieu révélée, son péché devient, roinnie celui d'Adam, violation consciente et personnelle de l'ordre divin. » Je doute qu'il soit possible, dans l'écononiic actuelle, de sonder plus avant ce prohiétne. L'expérience de I liutnanité et de clia(|ue individu parle; il faut l'écouter.
Dans ces trois versets, (Jeux dilTéienees sont sit>nalées entre l'œuvre d'Adam et celle de Christ. Mais l'on se demande à quoi bon celte observation qui pai'ait aller à rencontre de la marche du passage; car celle-ci tait phit(3t attendre l'indication d'une parité que celle d'une dillërence ; comp. le île mente que, v. 12. I*lusieurs ne voient là qu'une digression; d'autres pensent que par cette restriction apportée au parallèle commencé, Paul veut éviter de paraître rabaisser trop l'œuvre de Christ en la mettant exactement sur la môme ligne que celle d'Adam. Le besoin de son cœur le presserait de faire ressortir dès l'abord très-clairement la richesse surabondante qui caractérise l'œuvre de Christ, afin de pouvoir se livrer ensuite sans scrupule à l'exposé de l'égalité entre les deux œuvres (y. 18 et 19). Mais nous avons reconnu jusqu'ici que les effusions mêmes du sentiment sont toujours dominées chez Paul par les exigences d'une rigoureuse logique. Nous pensons donc que ces trois versets, qui comptent avec raison parmi les plus difficiles du N. T., ne peuvent être réellement compris qu'autant que l'on parvient à y discerner un chaînon nécessaire de l'argumentation.
La sagacité des interprètes s'est usée à ce passage. Tandis que Monts prétend que du v. 15 au v. 19 l'apôtre ne fait que répéter cinq fois la même chose avec des mots différents, tandis que Bikkert suppose que Paul lui-même
/j-98 LA JUSTIFICATION PAR LA FOI
ne s'est pas rendu parf'aiteinenl compte <le ses propres pensées, riol/œ et Meijcr trouvent dans ces v. les traces de la méditation la plus profonde et une niathémalique précision, Maliiié le jugement favorable de ces derniers, il faut avouer que la variété considérable des interprélations proposées pour rendre compte de la marche et de la gradation des pensées semble encore donner raison jusqu'à un certain poiiii aux plaintes des premiers. Thohick trouve dans le v, 45 un contraste de rjuantHr entre les deux œuvres, et dans les v. 16 et 17 un contraste de (jualitf (l'op- ])Osition entre droit et grâce). Ewald pense que le contraste (lu V. 15 porte sur la chose elle-même (un effet triste et un effet heureux — ce serait la qualité), celui du v. 10 sur le nombre et Y espèce des personnes intéressées (un [)écb(!ur condamné, des milliers justifiés); puis il passe au V. 17 en disant simplement : « Pour conclure, » et cependant il y a un car. Mcyer et Holslen trouvent au v. 15 le contraste des effets (la mort et le don de grâce i, au v. 10 un contraste numérique, comme Ewald, et au v. 17 le sceau apposé au contraste du v. 16 par la certitude de la vie future. Dietzsth trouve la gradation du v. 15 au v. 16 dans le passage de l'idée de la gruce à celle du rétablissement de la sainteté chez les fidèles pardonnes; c'est ainsi qu'il entend le ^i/.atcoLta du v. 16. Reuss voit au v. 15 l'opposition du juste salaire et de la lihre grâce (contraste de qu(dilé), au v. 16 celle d'un seul pécheur et de toute une iuultitude de pécheurs (contraste de quantité), et au v. 17 enfin celle du degré de certitude, ainsi une gradation logique. Hodge trouve au v. 15 le contraste entre le caractère plus mgstérieu.r de la condamnation et le caractère jdus intelligible du pardon en Christ (contraste évidemment importé dans le texte), et au v. 10 l'idée que Christ nous délivre d'une culpabilité plus grttnde encore que celle
(lu péclic irAdain, di.' ccWr. de nos pncbôs propres; enfin, an V. 17, il trouve colle Liradalion : (jn(î non scidenKMil Christ nous sauve d'un mal (la uiorl), mais (ju'il nous acquiert une félicite' positive (le règne dans la vie). D'après Wciss, l'apôtie décrit au v. 15 l'opposition enlre \c point de départ de la mort et celui du salut; et dans les v. IC» el 17 la dillérence de ces deux œuvres quant à laur wodc d'opération. Oltramare voit au v. IT) rin(licali(»n d'une difl'érence dijuamique, en ce sens que la grâce est capable d'atTranchir les hommes du péché qui les dominait; dans les v. 1G et 17 celle d'une difïerencc qinnititatii'r, en ce sens que la l'iclif^ssc })liis grande des résnllats démontre la supériorité de puissance de la grâce sur le péché (p. 498 et 500). — Après tout cela, il faut un certain courage pour s'engager dans ce labyrinthe, })ar où nous entendons non seulement les difficultés du texte, mais aussi cette multiplicité d'explications proposées.
Commençons par bien fixer le point de mire de l'argumentation de l'apôtre. Son dessein est d'arriver à affirmer que, de même qu'une économie de mort universelle a été fondée en Adam (v. 12), de même une économie de salut universel a été établie en Chi'ist (v. 18). Entre ces deux phases principales de l'histoire de l'humanité vient se placer l'économie de la loi (v. 20), mais qui ne joue dans ce grand drame qu'un rôle secondaire et transitoire.
Au V. 12, il a énoncé le premier membre du parallèle : la condamnation de tous en un seul; et dans les v. 13 et 14, il a démontré qu'en effet, il y avait une période de l'histoire de l'humanité durant laquelle, vu l'absence de loi, les hommes n'avaient pas pu mourir pour leurs propres fautes et mouraient certainement pour la faute du père de la race, ce qui doit s'appliquer par conséquent à la race entière. A la fin de ce passage, il a, comme par
anlicij);ition, annoncé, dans les derniei'S mots du v. 14, le second membre du parallèle. Mais tout à coup, au lieu de continuer et d'achever ce parallèle, il s'arrête et intercale les V. I.VIT, évidemment dans le but de préparer h- v. IS qui clora la comparaison commencée.
A quoi bon cette argumentation préparatoire? En quoi est-elle nécessaire pour fonder la déclaration du v. 18?
Au moment d'affirmer, conformément à renseignement donné 111, 21- V, 11, que Jésus a opéré le salut du genre humain tout entier, aussi bien qu'Adam avait attiré sur lui la condauuialion dont la mort est la preuve, deux questions arrêtent un logicien tel que l'apôtre. 1° 11 ne peut se cacher que de ce que l'humanité a été perdue par un seul, il ne résulte pas encore logiquement qu'elle puisse ètie sauvée par un seul. Car le salut n'i/st pas une œuvre à côté de la condamnation et simplement /)ar«//t^/(? à celle-ci; comme c'est dans la même race qu'elle s'accomplit, la première n'a pu se réaliser qu'en sxrmonlaiit la puissance de l'autre. Quelle force plus grande n'a-t-il pas fallu pour cela ? 2° La faute du premier pécheur qui avait provoqué la condamnation de la race, n'est pas restée isolée. Elle a comme foisonné en une multitude de fautes individuelles, commises par les descendants d'Adam en plénitude de conscience et de liberté. Ceux-ci se sont donc aussi attiré une condamnation personnelle ; et par conséquent, pour affirmer maintenant le salut de tous en Christ, il faut être assuré qu'il y a eu en Christ un pouvoir de sauver, non seulement égal, mais supérieur à celui de perdre qui s'est trouvé en Adam, afin que, par cette supériorité de force, Christ puisse surmonter non seulement le premier péché et ses effets, mais encore tous les péchés subséquents et leurs effets. La verlu iVuiw étincelle suffit pour allumer une forêt; mais quand celle-ci est embrasée tout entière.
CIIAI». V. IT). 501
(|ii('llo piiissiince plus l;i;iii(I(.' ik; l'aiil-il pas pour éteindre riiiceiidicV L'aHiniialioii à laquelle devait ahoulir le parallèle commencé v. 12, cxit;eait donc une discussion j)réalnljle, et cela sur ces deux points: 1" Y a-l-il eu en Jésus de quoi créer une justice universelle capable de sur- 'vioiilo'hi condamnation universelle qui est résultée de la iaule d'Adam, ainsi que le démontre le fait paient de la mort univfîrselle ? 2" Cette justice universelle peut-elle s'ap- [)liquer également aux fautes particulières des nombreux pécheurs subséquents et leur procurer la justice individuelle capable de surmonter aussi leur condamnation proj)re? Voilà les d(!ux (piestions que la sévère logique de l'apôtre rencontrait sur son chemin. Et il est évident qu'avant d'avoir écarté ces deux obstacles, il ne pouvait se livrer avec une joyeuse et triomphante assurance à l'afliimation qui devait clore le parallèle ouvert au v. 12. C'est à fouinir cette double démonstration qu'est destinée l'argumentation des v. 15-17 dont voici sommairement le sens : 1" 11 y a eu en Christ une justice niiiversdle qui a été capable de surmonter la condamnation universelle. 2° Cette justice universelle renferme en outre h\ jus lice individueUe de tout pécheur, qui se l'apiu'oprie par l'acte personnel de la foi.
Comment l'apôtre s'y prend-il pour démontrer ces deux points? Son argumentation est d'une hardiesse étonnante. 1" il part de ce fait même de la condamnation qu'a pu attirer la faute unique d'Adam sur toute sa race. 2° 11 montre qu'il y a eu du côté de Christ des moyens d'action infmiment plus puissants encore que ceux que renfermait l'acte d'Adam ; il conclut de là 3° que, si Adam a pu faire beaucoup en ftiit de mort, Christ n'a pu manquer de l'aire inliniinent davantage en fait de vie, et par conséquent de suiinonter collectivement et individuel-
502 l,.\ .IlSTIFICATION PAI! I,.\ KOl
li'iinMil ((jiuiril aux ci'oyanLs) le mal caiiîjé par Adam.
L(3 pifMiiior [)oint, celui de la juslificalion universelle par Christ suiiuonlanl la condamnation universelle en Adam, est ti'aité au v. 15.
V. 15 : « Mais il n'en est pas de l'acte de grâce comme de la faute ; car si par la faute d'un seul le grand nombre ont été frappés de mort, beaucoup plus sûrement la grâce de Dieu et le don accordé dans la grâce d'un seul homme, Jésus-Christ, ont-ils abondé envers le grand nombre. » — Lajtivuurre propos, de ce v. ne doit point èti'e j)rise, connue plusieurs l'ont l'ait, dans un sens interrogalif : «Mais n'en cst-U jiks du don de liràce comme (1(3 la faute? » Ainsi Cduipiàs, ce préaudjule rc-nlermerait l'annonce d'une ét^alilé et non pas d'une dilférence. Or, dans ce cas, il ne devrait pas commencer par (xXky., iiKiis^ mais |)ar le ri, ou, on bien, que Paul emploie si souvent ([uand il veut conliruHîr par une question ce qu'il vient de (hiclarer. — La faute d'Ad-iiu est désitinée pai' le ter'uie de irapaTUTWfAa, ftiKX pat:, clnilc. Weiss pense que ce mot a ici à peu prés le m(^me sens que -apàéa'71:, Iraiisi/fcssion, cl que ces deux mois doivent (Mre envisagés connue « des synonymes populaires. » Il est bien vrai que du V. ^li^ on pourrait tirer une conclusion de ce genre. Cependant il ne faut pas ellacer enti(!'remenl la dilVéï'ence entre ces deux termes. napaTTTcou.a, en opposition à àu-ap- Tia, la disposition péchenisse, désigne un acte de lu'chr particulier, et -apariaGi; s'applique seulement à ceux de ces actes de péché qui ont le caractère de violation d'une loi positive. Celte dernière expression aurait donc un sens plus fort. l*aul ne l'a pas (Muployèe, j^arce qu'il leiid plul(H, connue nous le verrons, à atténuer la gravité (!(> la cause qui a produit la cofidamnalion. Ce Icnnc de -apa-- Ttojy.a, c/iiUe, est aussi employé Sapience .\. I pour dési-
CHAI'. V. iT). 50r]
L^iiiM' l;i l';iiil(' d'Adjini. — ■ Toiil vc (|ii<! riijx'ilic onleiid |»;ii' Ir iiidl /api'jixa, nniinfeshilioii on don dr ijti'ne, sera |>lf!iiiciiiciU (léj)Ioy('' dans le siijci do la propos. pi"incipal(3.
La coiij. et, si, n'a [)oinl ici un sens dnltilalil'. Sa poitée est j)iii<'inenl loL;i(iU(!. Si le j)ieniier (ail est réel (ce qui n'est pas douteux), à plus l'oile raison le second a-l-il dû l'être. Le terme ol roUoi, que nous avons traduit par le (/rand iiohi/irc, et qui sitiuifie litli-r. les plusieurs, est aussi mal r(!iidu par Osicrvald (jd'usieursj que par Ollromarr (l<i idiiparl). L'apôtre ne songe pas à partager l'humanité en deux classes dont l'une, conq^renant un grand nombre ou /(' iihis iiriind nomhre des liomiries, périrait pour le péché d'Adam et l'autre pour une autre cause. Logiquement parlant, le terme les plusieurs ne peut être ici que ré(piivalent du tous, v. 1^. il renlerme la totalité des liounues, mais considérée en tant (pu; phinditr et en opposition à Tauleur unique (toO évoç) de la condamnation. Un peut se convaincre par XII, 5 et 1 Cor. X, 17 que oî -ol>oi, les plusieurs, désigne cliez Paul non une majorité, mais une totalité (dans ces deux passages celle des chrétiens) envisagée au point de vue de la multiplicité des individus qui la composent. Sans doute dans certains contextes oî ttoHol peut aussi signifier : la plupart, le grand nombre. Mais ici ce sens quOltramare cherche, presque seul, à défendre, est absolument impossible. En effet, Paul veut-il j)ai'ler de la mort proprement dite, comme nous le pensons, le tei'me la plupart est évidemment trop faible. Ou bien pense-t-il, connue le veut OItramare, « à la condamnation éternelle, » il y a dans ce cas deux suppositions. Ou bien il s'agit de la condamnation de droit, celle dont Christ a pu nous relever; mais, d'après saint Paul, cette condamnation s'applique, non à la plupart des hommes, mais à tous; comp. III, -io : ((Car tous ont péché et sont privés
7){)i \.\ .11 S'i'IliCATION IWI; LA IU[
(le l;i i;l()iic de Dieu. » (Jii hioii .s';ii;il-il de la cundaiiinalion de [ait, telle qu'elle se réalise dès le jugement, coiiiment expliquer ce terme (!•.' la iihipait/ Où Pa\il a-t-il jamais exprimé l'idée que la majorité (\i;^ Immains serait dairniée? Et comment la S(iConde partie du verset s'accorderail-elle avec la première? il n'est pourtant pas possible qu'il y ait à la lois dans l'humanité une majorité de sauvés et une majorité de condamnés! — La démonstration donnée dans les v. 13 et 14-, nous l'avons reconnu, ne permet pas de douter que le mot à-iOavov, sont )no)i.->, ne se raj)port<; à la mort proprement dite. Seulement il ne l'aul })as oublier que la mort est envisasiée par Paul comme l'eiTelet le monument visible d'une condamnation divine, et par conséquent d'un état moral de l'homme opjtosé à la volonté de Dieu et qui peut conduire, s'il persiste, à la condamnation éternelle. — Nous retrouvons donc ici loiimilée bien clairement l'idée que la mort du <:eme humain n'est j)oint le résultat des péchés individuels, mais celui d'un juL-ement prononcé sur toute riuimanitè en la personne d'Adam.
La relation du -oa'Xw [xc/Xaov, Oii'n (iKnmliiiic, avec le si qui commence l'ariiimienlation, prouve que cette locution doit être prise également dans le sens logique : ainsi dans celui de beaucoup jthis certaineinenf ou èridcmntent, et non dans celui de hiuninnip plus alnuKlanniiciil (piOiit préleré Erasme, Calvin, lliïckert, etc. Dans ce dernier cas, cette expression signifierait : qu'il y a beaucoup plus de salut en (Ihrist que de umit en Adam, (lette idée se trouvt» sans doute indiquée dans le verbt? £-£pi'7'7£'j'7£v, a ahoinh:, qui se rapporte à une notion de (|uantil(''. Mais cela ne change rien au sens naturel du ttoaaw u.àl'Xov après le si qui précède ; couq). la même locution v. Il et 10 où elle est prise aussi dans le sens logique. Lipsius paia})hrase ainsi : « La
li"insniis.si(in do la Lilàcu est eiicoiu jilifs conceviihte (drnkhtiij que ciîllo (lo la niorl. » Le lei'iiie : filK.s certaine, nous paraît |)réfcrable à celui de idus conœvahle, qui est trop altstiail.
Et coiiunenl l'apùtro jusli(ie-t-il cette certitude plus gi'ande? Viw le conliaste entre les causes ai>issanles, d'un coté, dans l'œuvre d'Adam, de l'autre, dans celle de Christ. Là: u)i l'iiii.r fids (riiiourcusement châtié) ; ici l'eiïusion lihre d'une douhie ///v/cf, celle de Dieu, d'abord; puis celle de Jc.su.'i- Christ hii-niènie; la première éclatant dans II' don (II' la seconde. Voilà les puissances bien supérieur(3s (|ui, (lu ('(Hé de Christ, ont déployé leur action. Ln (jrdce de Dieu : cette abondance de charité divine qui s'est répandiu' spontanément sur la terre et qui est la source première du salut. Le complément de Dieu l'oppose à la itràce de l'homme Jésus-Christ. Puis, comme fruit de cette liràce de Dieu, un ilou (pii a consisté dans une graœ nouvelle. Car l'amour de Jésus n'est pas moins libre et personnel que celui de Dieu ; il est et reste à certains égards indépendant de celui-ci, quoique un avec lui. Sur l'expressi(>n : lu (/race de Jésus-Christ, comp. :2 Cor. VIII, !> : (.< Vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ qui étant riche s'est fait pauvre pour nous, afin que par sa pauvreté nous soyons rendus l'iches. » — Le rég. èv yàpiTi, en yràce, ne peut être que le déterminatif de vi ^topeà, le don : le don (qui consiste) dans la gi'àce de ... » Friizsche et Meijcr font poiMer ce régime sur le verbe : «a (d)ondé par la grâce de Jésus-Christ; » et cela parce qu'il doit naturellement correspondre au régime : par la faute d'un seul, dans la première proposition. Mais ils n'ont pas remarqué qu'il y a ici un renversement de construction intentionnel, en vertu duquel le sujet de la prenjière propos, devient légime dans la seconde (les plu-
."■)()() LA .IISTiriCATION l'Ail i.A FOI
sknis) el, on écluintic, lo réi;iiiic dans la première (par la faute (l'un seul) lionve son pendant dans le sujet de la seconde. Ce cliani-einenl a pour but de mettre en relief la richesse et la spontanéité des deux causes opérantes du côté de l'œuvre de Christ, en en faisant le sujet de la propos, principale. — L'absence d'article entre (^tocca et èv /àpiTi s'explique par l'étroile relation qui unit ces deux siibslantils : «Un don (consislunlj dans une liràce; » un amour donnant un amour, iiii père envoyant un frère. — Celle idée de IVèie est bien celle qui ressort de ce terme : n un seul /lonime... ^) Ce n'est })as un salut sous forme d'idée ou de dotiuie que Dieu nous donne; c'est un être vivant ipii |i;ir amour s'incorpore liii-imMiie à nuire race el en devient membre, afin de la relever, avant tout, en sa personne même; comp. 1 Tim. 11, ."» el 1 Coi'. \V, ^1\. Comme l'expression: la f/ifia' d'utt hinimn' lèpdud à celle de tu f/rdœ de Dieu, ainsi li; tei'me : du seul, toO évo;, a son anlilbêse dans le terme suivant : envers les plusieurs, eï; To'jç ttoT^Vjuç. Des deux côtés, c'est mi seul qui délerluinc le sort de la multitude. — Ce n'est qu'après avoir ainsi accuiuuh' dans le sujet de la seconde ]ir(tpns. ces expressions destinées à faiie ressortir la richesse des lacleurs agissant dans l'oeuvre de Christ, que rap('itre prononce enfin le nom de celui qui peut seul dans rbumaiiili'être mis en parallèle avec le chef naturel de la i-k c : Jésus-l'Jii'isI ; comp. .bian 1, 17, où ce nom, après avoir (''l('' loni;lemps attendu, est ju'ononcè (Milin avec la UK-iiie solennité qu'ici (en opposition à Moïse); et Jean XVil, ;> où le titre de Christ est ajouté, comme ici, au nom du persoimaiic liislori(|ue. Jésus, pour caracti'i'iser ci'i lioiiime uiii(pie coiimu; cause HM'iliale (hi salut doïit Dieu est l'auteur supi'ème. Ouelle na pas dû ("•Ire l'impression produite par la pei'sonne de Jésus sur ses conteuqioraius,
CHAI'. \. i:.. 507
pour (HIC, viiii^l. ol (jncl(|iios aniicos simiIoiiichI, après sa iiioil, Paul ail pu pivsenlcr cel liomiiu!, ce ci'ucilié, el cela en coriiplanl évidemiiienl sur rassenliiuent de ses lecteurs rouiains, coMiiiie !<> pendant du pèi(! de rinuiianilé !
Cette richesse des facteurs opérant du c()lé de Christ est opposée à la cause relativement l'aildc agissant du côté d'Adam, et motive la conclusion a furtiun' énoncée dans les dci'uici'S mots : a <(hondé envers les pliisieuis. La })osition des mois en i!,rec prouve rpie l'accent est non sur le verbe, mais sur le régime: envers les jiiiisieurs. Le raisonnement est celui-ci : Si une cause aussi peu considérahle que la rante d'Adam, a été capable de détei"nn'nei" le sort d(3 toute la multitude humaine, bien j)lus certainement encore une r(''union de causes aussi puissantes que les deux mentionnées (la grâce de Dieu et la grâce de l'homme Jésus-Christ) a-t-elle dû être assez forte pour déteniiinei' en sens inverse le sort de cette même nmltitude. Une comparaison peut faire comprendre cet argument. Si une source très-faible a suffi pour inonder une pi'airie, bien plus cerlainement une source beaucoup plus abondante, venant à jaillir dans le même espace de terrain, ne manquera-t-elle pas de l'inonder tout entier et plus richement encore. — Le verbe -apiacsusiv désigne l'elTusion d'un liquide qui déborde tout à l'entour (ivepi) d'un vase plus que lempli. L'idée de surabondance que renferme ce mot s'applique sans doute à la vertu supérieure de l'œuvre de Christ. — Si Paul emploie ici le jKissv (sTTsptGce'jGev, a abondé), c'est qu'il veut rappeler par là l'œuvre décrite dans ce qui précède III, 21- V, 11 : l'expiation des péchés du monde par le sang de Christ et la sentence de justification qui en est résultée pour l'humanité (voir en partie. 111, 2i-26). Ce qui est étonnant, c'est que ce soit l'efficacité même de la faute d'Adam poui'
^J(I^< LA .irSTIFlCATION l'Ali I.A I Ol
(;(jn(l;iiiinf*r, dont il se serve pour dérriorilier la puissance surabondante de l'œuvre de Christ poui' justilier. — Le eïç Toùç 77o>.V/jç, envers les plusieurs, dit non que le salut se soit drjà réalisé chez tous, niais seulement qu'il l'est déjày/07//' tous. Tous ne se le sont pas encore approprié ; tous ne se l'approprieront pas. Le eî;, pour, enrers, sii^^nific qu'il est accompli en vue de tous, acquis à tous, ollci I à lous. Il n'est donc pas nécessaire d'envisager, avec Weiss, le cercle désigné par ce second les plusieurs, comme plus reslieint (les croyants) que le cercle désigné par le pi'emier (tous les lionmies). Comp. 111, :21, où l'aul a déclaré ([ue la justification est actuellement révélée et; -xvTa:, pour (oii.s. Ainsi tombe aussi l'objection (''lev(''e par (Htruluiire contre l'ai^plicalion du terme sonl tnurts à la mort proprement dite. Il allègue que le salut réalisé par Christ est bien loin de s'étendre aussi loin que s'étend le règne di3 la mort. Mais la justihcation en Christ est universelle, obtenue en faveur de toute àme d'homme; et pour se réaliser comme telle, elle n'attend que l'acceptation libie de chaque pécheur. Il peut être décourageant pour moi, iiicinbrc de la famille humaine, de me dire : L'iiilliiciu'i' de la faute d'Adam s'est étendue jusqu'à moi, et c'est à elle que je dois la triste fatalité de la mort que j'ai à subir. Mais quelle révolution ne se pi'oduit pas dans mini sentiment intime, lorsque, suivant l'apôtre dans son argumeiilalion, je puis me diie : Si le jugement de la iiiorl causé jiarla simple faute d'Adam a pu s'étendre jus(|ue sur moi, à combien plus forh' raison ne doil-il pas en élre ainsi de la grâce de la justification due tout ensemble au libre .iiiKiiii' de iiKMi Hieii et à ci'lui de mon Seigneur .li'-sus-Christ? Ainsi : rextension du bienfait de l'œuvre de Christ à tout(3 la imiltitude humaine est beaucoup plus cerluinc encoie que l'extension de la mort par un seul à
CHAP. V, ir>-Hi. 509
loiile rclti' inriiio miilliludc ; cl collo ccrlitndo siiprri(;iire est (lédiiile (1(3 ce lait iiicJiue (l(j la niorl do tous en un, qui a été l'edet d'une cause beaucoup plus l'aihle. — Mais la juslificalion (»l)tenu(3 par 1(3 seul Jésus-Christ s'applique-lclle réellenienl à tous les péchés particuliers que nous, honuiies, avons ajoutés à celui qui a attiré primitivement sur nous la sentence de mort? Oui, répond rap(jtre à cette seconde question. Il raffirme au v. iC et le démontre au V. 17.
V. 10 : « Et le don n'a pas eu lieu comme par un seul qui a péché ' ; car sans doute la sentence a abouti d'un seul à condamnation ; mais c'est de nombreuses fautes que le don de grâce a abouti à justification.» — Le -/.ai signifie : El de plus. En elïet, ce nouveau raisonnement vient s'ajouter au précédent comme seconde prémisse indispensable de la conclusion à tirer. Si Christ n'eût enlevé que la condamnation collective prononcée en Adam et que les tantes subséquentes restassent au compte des individus qui les ont commises, Paul ne pourrait affirmer la proposition du v. Xd' k laquelle il vise. Après la justification objective ou collective, nous arrivons donc à la justification individuelle. — Ici l'apôtre varie, non le fond, mais la forme de son argumentation, Au v. 15, il avait réuni en une seule période et les prémisses (|o l'efficacité de la faute d'Adam et 2° la supériorité de puissance des causes agissant en Christ) et la conclusion (l'action plus certaine de Christ sur les plusieurs) . Pour traiter le second point, il sépare les prémisses et la conclusion en deux périodes. Il commence par énoncer celle-ci v. 16 pour en indiquer ensuite les considérants au v. i7. C'est qu'un
< Le T. R. lit avec A B G K L P Mnn. aaacTr.aavto: ; D E F G If. Syr. Or. (trad. lat.; lisent 7.'j.xy.r,'j.%-rjt. n est douteux, la syllabe qui' suit -7, manquant.
510 l,.\ .irSTIFICATION P.\(! T.A FOI
nouvel élémcnl inleivioiil ici dans l'aiguinonlalion, la parlicipalion conscifnle (;l lihre dos individus au rrsidlal final, el qu'il ('lait impossible de l'aire rentrer dans uni; seule el nième phrase une pareille rnulliplicilé d'idées.
Lo. verbe sous-enlendu de la première proposition esl tout simplement èyeveTo, a eu lieu : a. Le don n"a pas eu lieu. ï) Hofmann rattache encore ces premiers mots à la dernière proposition du v. 15, et sous-entend les mots a nhoiid/' sur plusieurs aussi bien dans celte propos, que dans les deux suivantes. On sent combien celte ellipse trois fois répétée rendrait la pensée lourde et embarrassée. — Nous rencontrons ici une variante importante. Au lifu de àixapWTavTo; (« un seul qui a péclié »), les gréco-latins lisent à[;-apTrjf;.aToç : « un seul uclc de péché. » Cette leçon est appuyée par les anciennes versions. Au ch. V, 1, nous avons trouvé les mêmes documents dépositaires du vi'ritable texte (eyov.ev); et plus on lit et relit ce verset, plus on est tenté d'adopter celle leçon. En lisant âaapr/icavToç, qui a péché, on esl presque forcé de faire du évo: qui suit un masculin : d'un seul pécheur ; et il résulterait delà que le xo'X>.wv suivant, devant TrapaTTTcoaarwv, ne pourrait guères être envisagé aussi que comme mascidin : les fautes de plu-' sieurs, sens qui n'est pas impossible sans doute (comp. Luc 11, 35 : des cœurs de plusieurs, et 2 Cor. 1,11; voir notre 1'*^ éd.), mais ({ui présente pourtant quelque difliculté. Si on lit au contraire àu.apT-/;[AaToç, acle de péché, le évo; suivant esl tout naturellement neutre : d'un seul péché, et le 7:oXkC'iv n'offre plus aucune difficulté ; il signifie tout naturellement : de nombreuses fautes. Cependant, comme dans la notion d'une seule faute esl renfermée celle d'un seul péchuni, et dans celle de nombreuses fautes, celle de nombreux pécheurs, la dillérence entre les deux leçons n'esl pas aussi jurande qu'il pnurrail iiaraitrr au
promior coup d'œil. Nous (\i\ lésions donc à la \o(;on In plus jiénéralt'iiioiil leçiie. — l/idée do cos premiers mois est celle-ci : «Le don (de la jiislificalion en (Ihrisl) ne jjorle pas snr un seul qui a péché, comme l'avail l'ail l'acte de condamnation primitif; il s'applique à louli; ime multitude de fautes connnises par le t^rand nombre des individus qui ont suivi.» Le W, pcn-, indique l'intermédiaire supposé, le pécheur unicjue à l'occasion ducpiel le don aiiiail pu avoir lieu ou par lequel il aurait pu être provoqué. S'il y a eu un pécheur unique, c'est du côté de l'acte de condamnation, et non du côté de l'acte de justilicalion. Celui-ci a trait à une iimltitud<! (\r. fautes et de pécheurs. — Cela est ex[)liqué dans les deux propositions symétriques suivantes. Ici la traduction française est embarrassée pour rendre complètement le sens de l'original. Si l'on tient surtout compte de la prépos. ix., de, il faut traduire : (cCar l'acte de jugement a tiré la sentence de condamnation d'un seul péché (ou d'un seul pécheur), tandis que c'est de nombreuses fautes que l'acte de grâce a tiré la sentence de justification. » Si l'on veut appuyer plutôt sur la prépos. eiç, en, on devi'a traduire: «L'acte de jugement a opéré sur une seule faute en condamnation; tandis que l'acte de grâce a opéré sur de nombreuses fautes en justification. » Les deux prépos. £/. et ei; indiquent l'une la matière, l'objet des deux actes divins ; l'autre le résultat de ces deux actes contraires. — Le mot xpîp-a désigne l'acte judiciaire qui a tiré du premier péché la sentence do condamnation universelle, le xaTay.pt[-/.a : « Tu es poudre et tu retourneras en poudre. » — L'acte de grâce est celui qui s'exerce en Christ à l'égard des fautes multiples des hommes pécheurs (des àjxapTriy.axa, 111, 25); il a abouti à une sentence de justification valable pour toutes ces fautes particulières. — Le mot ^ix.auoaa en effet ne peut être
512 LA .H'.STinCATIOX l'AH LA FOI
pris ici que d.'ins le sens (l'.'icle on de sentence jnslificaloire. Cela ressort de son opposition avec le terme x.arâ- •/.pifxa (acte de condamnation), ainsi que de l'emploi des n\ols jt(s lice, justifier, dans toute celte partie de l'épîlre. On jxMit seulement se demander si l'apùtre n'applique ce leiine qu'à la justification inilidle par laquelji* le jiécheur passe de l'état de condamnation à la réconciliation, par l'acte de la conversion, ou i)ien s'il comprend aussi la justification finale dont paileni les v. 9 et H», (jui sera prononcée sur le fidèle au jour du jugement. H me parait probable que l'apôtre prend ce mol dans le sens le plus large, de manière à comprendre toutes ses aj)plications possibles. Mais il y a deux sens que l'on doit certainement exclure; ce sont ceux de Dictzsch, qui applique ce mot à la sandification du pécheur par le Saint-Esprit, et de Uiithi' qui, d'après quelques passages des auteurs classiques, lui donne le sens de réparation juridique, qui est étranger au N. T. — Il n'est pas nécessaire de réfuter les constructions proposées par ces deux interprètes d'après lesquelles les mots to [jt-ev et to ^e, pris comme pronoms, seraient sujets dans les deux propositions, tandis que les deux substantifs y.pîaa et xaTax.Giaa seraient soit les ajtjitisitions (Dietzscli), soit les attriiuls (liutlie) de ces deux sujets.
Ce verset ne démontre rien ; il affirme simplement ce fait : que ce n'est pas sur un seul pécheur qu'a porté l'acte de grâce qui a justifié (comme l'avait fait l'acte de justice qui avait cond;umié), mais sur toute une multitude de pécheurs, (pii tous on! été justifiés en une fois. Ce fait prodigieux est-il réellement possible ? L'apôtre répond au V. 17 en s'a|)i)uyant de nouveau sur l'action même exercée par l'unique fauti' de runi([ue AdauL
Dans rexplicalion du verset que nous venons d'étudier.
ciiAi». V. i(;-i7. 513
Ollnnnare se sépan- ilr ions les iiilerprètos connus, si je ne me frompc. Non seulcmeiil, ee qui a peu d'iniporlanct!, il (lounc au iç évoç, il'vii seul, le sens de : un seul pcchi', lois uirnie que dans la prciiiiri'e |)ropos. il avail prél'éi'é la lerou âixapTriGavTo;, uu seul péchmiL (\c sens neutre lui parait ressortir de l'antilhèse suivante : tic uonihrciisrs faiili's. Et cependant le lecteur ne doit-il pas (•\pli(pier le mot vu seul d'après ce qui précède i)Iulùl (pic (ra|)rès ce qui suit? Mais, ce qui est plus grave, Ollramarc applique cet unique péché, non point à la faute d'Adam, mais à tout péché que chaque homme commet individuellement. Paul voudrait dire, non que la sentence prononcée sur le péché unique du premici' lioinmc a abouti au cliàtimcnt de la mort, mais en i;énéial qti'un péché quclconqu(! d'un homme quelconque sulTit pour que le jugement de Dieu le frappe de condamnation; d'où cet interprète conclut que Paul enseigne ici expressément que l(^s liommcs sont condamnés, non pour le péché d'Adam, mais pour les leurs propres. Mais cette interprétation du mot £-.;, ^''/ se\d, est contraire au sens de ce terme dans le passage entier (comp. v. 12. 15. 17. 18. 19), et elle nous transporterait subitement dans un ordre d'idées entièrement étranger et même opposé au parallèle établi entre ce qui s'est passé en Adam et ce qui doit s'être passé en Christ. Paul peut bien signaler des différences entre les deux œuvres qu'il compare ; mais non de manière à rompre entièrement le parallèle qu'il établit entre elles. Oltmmare a beau faire des tours de force pour introduire dans ce morceau son idée pélagienne du péché. C'est se briser contre une muraille. On réussirait plus facilement à faire de saint Paul un manichéen qu'un pélagien.