PARTIE SPÉCIALE : XIV, 1 -XV
Les divergences entre chrétiens.
Conclusion épistolaire (XV, 14 -XVI, 27).
Tel est le plan ou schème que Tapôtre me paraît avoir eu constamment devant les yeux en dictant cette lettre.
Si telle est réconomie de l'écrit, il ne saurait mieux répondre à rintention que nous avons supposée être celle de son auteur.
Conservation du texte
Pouvons-nous nous flatter de posséder le texte de notre épître tel qu'il est sorti des mains de Tapôtre ?
lo Une première question a été soulevée sur ce point : Notre texte grec ne serait-il point la traduction d'un original latin? Cette manière de voir est déjà énoncée par un scholiaste syrien en marge d'un manuscrit de la Peschito (traduction syriaque), et elle a obtenu l'assentiment de quelques théologiens catholiques. Mais ce n'est là qu'une induction due à l'idée erronée que pour des Romains il fallait écrire en langue latine. La langue littéraire à Rome était le grec. On le constate par les nombreuses inscriptions grecques dans les catacombes, par l'emploi de la langue grecque dans la lettre d'Ignace à l'église de Rome, dans les écrits de Justin Martyr, composés à Rome, et dans ceux d'Irénée, en Gaule. Les chrétiens de Rome connaissaient l'Ancien Testament (Rom. Vil, 4); or, ils né pouvaient avoir acquis cette connaissance que par la version grecque des LXX. Il faut, d'ailleurs, n'avoir pas le moindre tact philologique pour pouvoir mettre en question le caractère original du grec de notre épître et supposer qu'un tel style soit celui d'une traduction.
2® Une seconde question est celle de savoir s'il ne s'est
point introduit dans le texte de notre épitre des passages
. étrangers à cet écrit, ou même composés par une autre
main que celle de Paul. Sans doute, l'exposé que nous venons de faire de la marche de Técrit semble le mettre à l'abri de ce soupçon, en démontrant l'étroite liaison de toutes ses parties et le caractère parfaitement organique de l'œuvre entière. Néanmoins, des doutes se sont élevés dés les temps les plus anciens à l'égard de quelques passages des dernières parties de l'épitre, et ces soupçons se sont aggravés dans les derniers temps de telle sorte que, depuis le ch. XII où commence la partie morale, tout est à cette heure sujet à contestation.
On prétend souvent que Marcion, vers 440, dans l'édi- ; tion qu'il publia de dix épîtres de saint Paul à l'usage de ses égHses, retranchait de l'épitre aux Romains toute la conclusion (nos ch. XV et XVI). Voici ce qu'Origéne dit de lui (ad XVI, 24) : « Marcion a entièrement retranché (penir tus abstulit) ce morceau; et non seulement cela, mais il a aussi tout lacéré (dissecuit) depuis ces mots : Tout ce qui se fait sans la foi est un péché (XIV, 23), jusqu'à la fin. » Mais F. Nitzsch n'a-t-il pas eu raison * de faire ressortir la différence entre les termes lacérer (dissecuit) et retrancher entièrement (penitus abstulit) ? Il se peut donc fort bien que Marcion ne retranchât que la doxologie qui termine l'épitre XVI, 25-27, et que, dans les ch. XV et et XVI, il eût seulement opéré quelques retranchements afin de les accommoder à son système. C'était son procédé à l'égard des livras bibliques qu'il employait. On a allégué aussi l'expression de TertuUien (adv. Marcion. V, 44) qui parle du passage XIV, 10, comme appartenant à la c/ow- 5M/a (la clôture de l'épitre). Mais il n'est pas à supposer que TertuUien lui-même ait rejeté de concert avec son
* Zeitschr, f. histor. Theol., 4860. Gomp. aussi Texcellent travail de E. Lacheret, Revue théologique, juillet 1878, p. 66.
adversaire les deux derniers chapitres, et le ch. XIV est trop rapproché de la fm de Tépilre pour que l'on puisse prouver quoi que ce soit par cette expression * . Ce qui paraît certain, c'est 4° que Marcion retranchait la doxologie finale XVI, 25-27; car elle lui paraissait en contradiction avec son système par la manière dont les écrits prophétiques y étaient mentionnés ; 2^ qu'il taillait largement, d'après le même principe, dans les ch. XV et XVI.
Cependant, les nombreuses finales que l'on remarque à la fin de notre épître — on n'en compte pas moins de cinq (XV, 43; 33; XVI, 16; 20; 24-27), — les déplacements de texte dans les manuscrits, les salutations difficilement explicables ont réveillé les doutes de la critique et jusqu'ici ne lui ont pas laissé de repos.
Semler, à la fin du siècle passé, supposa que l' épître finissait à XIV, 23, ce qui expliquerait pourquoi la doxologie finale XVI, 25-27 se trouve dans plusieurs manuscrits placée à cet endroit. Le morceau des salutations, Rom. XVI, 3-16, aurait été une feuille particulière remise aux porteurs de la lettre, comme une indication des personnes qu'ils devaient saluer dans les différentes églises par lesquelles les conduirait leur voyage. De là l'expression : c Saluez N. N.... d Et ce que renfermaient en outre ces deux chapitres était adressé à ces personnes saluées et devait teur être transmis avec une copie de la lettre.
Paulus vit dans les ch. XV et XVI un supplément destiné uniquement aux chefs et aux membres les plus éclairés de Féglise romaine.
Eichhom, et à sa suite un grand nombre de théologiens, ont admis que tout le ch. XVI, ou du moins le passage XVI, 1-20 ou 3-20 (Reuss, Ewald, Mangold, Laurent), ne
* Voir une autre solution dans Meyor, Intr. au ch. XV.
put être adresse à Rome par l'apôtre. Ces nombreuses salutations ne s'expliquent pas dans une lettre à une église où il n'avait jamais séjourné. Nous aurions donc ici un fragment égaré d'une épître adressée à quelque autre «glise, soit Gorinthe (Eichhorn), soit plutôt Ephèse.
Mais il restait une difficulté : Comment cett« feuille étrangère avait-elle été introduite depuis l'Asie ou la Grèce dans les exemplaires d'une épître adressée à l'église de Rome ?
Baur frappa le grand coup. Alléguant le prétendu exemple de Marcion, il déclara les ch. XV et XVI complètement inauthentiques. Ils présenteraient plusieurs idées ou expressions incompatibles avec le point de vue anti-judaïque de Tapôtre. — On se demande cependant comment répitre aux Romains aurait pu se terminer par le passage XIV, 23. Une conclusion répondant au préambule est absolument indispensable.
Schenkel (Bibellexikon, t. V) croit trouver cette conclusion dans la doxologie XVI, 25-27, qu'il transporte (avec plusieurs documents) à la fin du ch. XIV, et dont il défend l'authenticité. Le ch. XV serait un appendice ajouté postérieurement par l'apôtre lui-même. Le ch. XVI serait une lettre de recommandation, remise à Phébé, pour les églises par où elle devait passer en se rendant de Gorinthe à Ephèse et d' Ephèse à Rome.
Scholten n'a maintenu comme authentique que la recommandation de Phébé (XVI, 1-2) et les salutations des compagnons de Paul, avec le vœu de l'apôtre lui-même (v. 24- 24).
Lucht * s'est rattaché au point de vue de Baur, tout en l'adoucissant un peu. L'épitre ne pouvait finir avec XIV,
* Ueber die heiden letzten Capitel des Rœmerbr., 4874.
I. Nos ch. XV et XVI doivent donc contenir quelque chose d'authentique. La vraie conclusion était si sévère pour la minorité ascétique, combattue au ch. XIV, que les presbytrès jugèrent prudent de la supprimer; mais elle demeura dans les archives où la trouva un rédacteur postérieur qui l'amalgama par mégarde avec une courte lettre aux Ephésiens, ce qui forma les deux derniers chapitres.
Hilgenfeld n'accepte de cette construction de Lucht que l'inauthenticité de la doxologie XVI, 25-27. Quant à lui, il reconnaît, ce morceau excepté, l'authenticité complète des» ch. XV et XVI.
M. Renan a émis une hypothèse ingénieuse, qui rappelle une idée de Grotius (p. 448). Partant des finales nombreuses que paraissent renfermer ces deux chapitres, il sup-r pose que Tapôtre a composé, dès l'abord, cette épître ea vue de plusieurs églises^ quatre au moins. Le fond commun, destiné à toutes, se trouverait dans les onze premierschapitres. Puis viendraient les finales différentes, destinées à chacune des quatre églises. Pour la première, celle de Rome, le ch. XV; pour la seconde, celle d'Ephèse, les ch. XII-XIV et le passage XVI, 1-20; pour la troisième, celle de Thessalonique, les ch. XII-XIV et la salutation XVI, 24-24, et pour la quatrième, inconnue, ch. XII-XIV avec la doxologie XVI, 25-27. Tout serait donc bien de Paul, et l'incohérence des deux derniers chapitres ne proviendrait que de l'amalgame qui a été fait des différentes finales * .
Volkmar présente une hypothèse qui diffère peu de celle deScholten.L'épitre proprement dite (composée d'une partie didactique et parénétique) se terminait à XIV, 23. Ici se plaçait la conclusion qu'il faut savoir retrouver au nii-
* Saint Paul, p. 63-74.
lieu des conglomérats inauihentiques des ch. XV et XVI. Et la sagacité de Volkmar n'hésite pas. Les trois versets
XV, 33 à XVI, 2 et les quatre versets XVI, 21-24 étaient la vraie clôture de Tépître. Tout le reste a été ajouté, d'abord vers 120 où Ton continua l'exhortation du chapitre XIV par la parénèse XV, 1-32, et où l'on ajouta le morceau XVI, 3-16. Plus tard encore, entre 150 et 160, ftit ajouté l'avertissement contre l'hérésie XVI, 17-20.
Enfin Schultz vient de proposer uoe hypothèse fort compliquée *. Il soutient habilement la composition par l'apôtre de tous les morceaux particuliers, en partant pour cela de XVI, 17-20, puis en passant de là à v. 3-16, à v. 21-24, à V. 1. 2, et enfin à XV, 14-33. Mais c'est pour démontrer, aussitôt après, que XVI, 17-20 ne peut avoir été adressé qu'à une église instruite et fondée par Paul, ce qui n'était point le cas de celle de Rome. De là il passe aux salutations nombreuses du ch. XVI, qui ne peuvent être adressées qu'à une église connue de l'apôtre, vraisemblablement Ephèse. 11 existait donc une lettre de Paul aux Ephésiens qui se terminait par les salutations si nombreuses (XVI, 5-20). Mais ces salutations ne pouvaient être que la conclusion d'une lettre plus complète. Où était cette lettre? Dans les ch. XII, XIII, XIV, XV, 1-6 et dans la conclusion
XVI, 3-20 de notre épître. Cette lettre fut écrite de Rome par l'apôtre pendant sa captivité. Un exemplaire, resté dans les archives de l'église, fut réuni, après la persécution de Néron, à notre épître aux Romains. De là la forme de notre texte actuel. Cette hypothèse ne présente pas à première vue une vraisemblance suffisante pour que son auteur ait cru pouvoir la proposer avec une grande assurance.
^ Jahrbucher fur deutsche Théologie, i 877.
Résumons cet exposé : Les opinions sur ces ch. XV et XVI se divisent en quatre classes : 1 . tout est de Paul et tout est à sa, place (Tholuck, Meyer, Uofmann, etc.). 2. Tout est de Paul, mais avec amalgaine d'éléments appartenant à d'autres lettres (Semler, Eichhorn, Reuss, Renan, Schultz). 3. Quelques passages sont de Paul; le reste est interpolé (Schenkel, Scholten, Lucht, Volkmar). 4. Tout est inauthentique (Baur) .
Nous aurons à examiner toutes ces opinions et à peser les faits qui les ont provoquées (voir aux ch. XV et XVI). En attendant, qu'il nous soit permis de renvoyer à l'exposé de la marche générale de l'épître que nous avons donné et de demander si l'œuvre entière ne fait pas l'effet d'un vivant et sain organisme, dans lequel toutes les parties se tiennent et s'emboîtent, et dont il n'est pas possible de détacher un membre sans violence et sans arbitraire.
S^ Le lecteur d'un commentaire a le droit de connaître la provenance du texte qui va lui être expliqué.
Le texte d'après lequel ont été faites nos plus anciennes éditions et nos versions en langues modernes (depuis la Réformation) est celui qui s'est conservé, d'une manière à peu près uniforme, dans les 250 exemplaires des épîtres de Paul en écriture courante ou minuscule, et par conséquent postérieurs au X® siècle, qui se trouvent dispersés dans les différentes bibliothèques de l'Europe. C'est sur l'un de ces manuscrits, trouvé à Bâle, qu'Erasme publia la première édition du texte grec; et c'est cette édition qui a formé pendant des siècles le fond des éditions subséquentes. On voit que l'origine de ce qui a porté si longtemps le nom de Texte reçu, est purement accidentelle. L'état réel des choses est celui-ci : Trois classes de documents nous fournissent le texte de notre épître : les anciens manuscrits, les anciennes versions et les citations
que nous rencontrons dans les œuvi*es des écrivains ecclésiastiques.
i. Manuscrits. Ils sont de deux sortes : Ceux qui sont écrits en lettres majuscules et qui sont antérieurs au X« siècle ; et ceux qui présentent récriture cursive et minuscule, employée depuis cette époque.
Les majuscules dans lesquels nous ont été conservées les épîtres de Paul sont au nombre de H :
2 du IV® s. : le Sinaïticus (H) et le VaticanUrS (B);
2 du V® s. : Y Alexandrinus (A) et le Cod. d'Ephrem (C); 1 du VI® s. : le Claromontanus (D);
3 du IX® s. : le Sangermanensis (E), simple copie du précédent; le Augiensis (F); le Bœmerianus (G).
3 du IX® au Xe s. : le Mosquensis (K); VAngelicus (L), et le Porfîrianus (P).
Nous ne parlons pas d'un certain nombre de fragments en écriture majuscule. Nous avons déjà mentionné les documents en caractères minuscules. Dés qu'on étudie d'un peu plus près tous ces documents, on y discerne trois courants de texte assez bien marqués, qui se retrouvent aussi, quoique moins prononcés, dans les évangiles : 4<^ Le courant alexandrin, représenté par les quatre plus anciens majuscules (n A B C), et ainsi nommé, parce que ce texte était probablement la forme usitée dans les églises d'Egypte et d'Alexandrie; 2^ le courantgfreco-/a^m, représenté par les quatre manuscrits qui suivent en ordre de date (D E F G); ainsi désigné parce que c'était le texte répandu dans les églises d'Occident, et parce que dans les manuscrits qui l'ont conservé il est accompagné d'une traduction latine; et 3^ le courant byzantin, auquel appartiennent les trois plus jeunes majuscules (K L P) et la presque totalité des minuscules; ainsi désigné parce que c'était le texte qui
s'était fixé et comme stéréotypé dans les église^B de l'empire grec.
En cas de variante on voit ces trois courants ou se dessiner chacun à part, ou se réunir deux contre un ; parfois aussi les représentants ordinaires de l'un se séparent pour s'unir à ceux ou à quelques-uns de ceux de l'autre. Et il n'est pas aisé de décider à laquelle de ces formes du texte il faut donner la préférence.
f De plus, les deux plus anciens majuscules ne remontant que jusqu'au IV^ s., il reste un intervalle de 300 ans entre eux et l'autographe apostohque. Et l'on se demande si durant ce long intervalle le texte n'a pas subi des altérations plus ou moins considérables. Heureusement, nous possédons dans les deux autres classes de documents les moyens de combler cette lacune considérable.
2. Les versions. Il existe deux traductions du N. T. qui remontent jusqu'à la fin du 11^ s., et par lesquelles nous constatons l'état du texte à une époque déjà beaucoup plus rapprochée de celle où les autographes existaient encore. Ce sont l'ancienne version latine que l'on s'accorde à désigner du nom d'Itala, et dont la Vulgate ou version reçue dans l'EgUse catholique est une révision; et la version syriaque, appelée Peschito. Non seulement ces deux antiques documents concordent entre eux pour le fond du texte ; mais leur conformité générale avec le texte de nos manuscrits grecs nous garantit dans l'ensemble la pureté de celui-ci. De ces deux versions, l'Itala présente plutôt le type gréco-latin, la Peschito le type byzantin. Une troisième version un peu plus récente, la version copte (égyptienne), reproduit exactement la forme alexandrine.
Mais nous possédons même un moyen de remonter plus haut et de franchir une bonne partie de l'intervalle qui nous sépare encore du texte apostolique; ce sont :
3. Les citations du N. T. chez les écrivains du 11^ siècle ^ — En 185, Irénée cite fréquemment dans son grand ouvrage le N. T. Il reproduit en particulier de nombreux passages de notre épître (84 versets environ). — Vers 150, Justin reproduit textuellement un long passage de l'épître aux Romains (III, 11-17). — Vers 140, Marcion publiait son édition des épîtres de Paul. Tertullien, dans son ouvrage contre cet hérétique, a reproduit une foule de passages de ce texte des épîtres, et particulièrement de celui de Tépître aux Romains. Il les citait évidemment tels qu'il les lisait dans l'édition de Marcion ^ Nous possédons dans cette série continue de citations (L. V, c, 13 et 14), qui comprennent 38 versets environ, le plus ancien témoin connu d'une partie considérable du texte de notre épître. Outre cela, Tertullien lui-même (190-210) présente dans ses ouvrages plus d'une centaine de citations de cette lettre.
Un écrivain nous permet de remonter, au moins pour quelques versets, jusqu'au siècle de l'apôtre. C'est Clément de Rome qui, vers l'an 96, adresse aux Corinthiens une épître dans laquelle il reproduit textuellement (c. 35) tout le passage Rom. I, 28-32.
L'intégrité générale de notre texte est ainsi solidement établie.
Quant aux variantes, je ne pense pas qu'il soit possible d'accorder a priori une préférence à l'un des trois textes mentionnés plus haut. Et c'est, je le crains, l'un des grands torts de Tischendorf, d'avoir admis dans la règle le texte alexandrin. En publiant sa 7® édition, il avait re- connu jusqu'à un certain point l'eiTeur de cette méthode t
* Il dit lui-même : « Quelles que soient les fosses que Marcion ait creusées, même dans cette épître la plus considérable, en supprimant ce qu'il a voulu, les choses qu'il a conservées me suffisent...» Adv. Marc. V, 13.
CONSERVATION DU TEXTE. Mil
qui avait peu à peu prévalu depuis Griesbach. Mais la découverte du Sinaïticus l'y a replongé plus que jamais. Cet engouement pour les vieux documents alexandrins provient de plusieurs causes : leur ancienneté, la supériorité réelle de leur texte dans une foule de cas, et surtout la réaction contre la domination non motivée du texte byzantin dans l'ancien texte reçu. Quiconque a pratiqué longtemps Fexégése du N. T. reconnaîtra, ce me semble, trois choses : \^ que toute préférence a priori accordée à Tun des trois textes est un préjugé; 2° que le seul motif extérieur un peu probable de préférence en faveur d'une leçon, est l'accord d'un certain nombre de documents de types opposés; 8^ que le seul moyen de décision fondé se trouve dans l'étude approfondie du contexte.
Au reste, il faut le dire, les variantes sont aussi insignifiantes qu'elles sont nombreuses. Je n'en connais qu'une dans l'épître aux Romains, cette œuvre si éminemment dogmatique, qui pût exercer quelque influence sur l'enseignement chrétien, celle de VIII, il. Et le point auquel elle se rapporte (la question de savoir si le corps est ressuscité par ou à came de l'Esprit qui habite en nous) est un sujet qu'aucun pasteur n'a probablement jamais traité ni dans son instruction catéchétique, ni dans sa prédication.
Principaux commentateurs.
Ancienne éghse : Origène (1II« s.), en traduction latine.
— Chrysostome (IV^ s.), 32 homélies.— Théodoret (V^ s.).
— Ambrosiaster, probablement le diacre romain Hilaire (Ille ou IV« s.). — OEcumenius (X^ s.). — Théophylacte, évêque de Bulgarie (XI^ s.). — Erasme (XVI^ s.), Annotationes in N. T.
Depuis la Réformation : Calvin et Théodore de Bèze, —
Luther (sa célèbre préface); MélanehUm, AnnotaUonts (1522) et Commentarii (1532). — Btioer, Enarratùmes (1536). — GrotitiS, AnnoiaUones (1645). — Calav, BibUa illustrata (1672). — Betigel, Gnomon (1742).
Temps modernes : Tholuck (1824, 5« éd. 1856). - Ruckert (1831 ; 2^ éd. 1839). — Stuart, théologien américain (1832). — Olshausen (1835). — De Wette (1835; if^ éd. 1847). — Hodge^ de Princeton (1835, publié en français 1840). — Friizsche (1836). — Meyer (1836; 5* éà. 1872).— OUramare, ch. I-V, 11 (1843).— PhUippi (iMS). P/ielsen, Danois (1856). — Umbreit (1856). — Ewcdd^ dk Sendschreiben des Apostels Paulus (1857). — Theod. Schott (1858). — Lange et Fay, dans le Bibeltoerk (1865; 3* éd. 1868). — Hofmann (1868). — Ph. Schaff, travail publié en anglais d'après le commentaire de Lange (1873). — Volkmar (1875). — Bonnet, le Nouveau Testament, 2« éd., Epitres de Paul (1875). — Reuss, La Bible, Epttres pauliniennes (1878).
Nous joignons ici l'indication de trois monographies remarquables, dont deux sur le passage V, 12-21: Rothe, Neuer Versuch einer Ausl. der pauL Stella V, 44-^4 (1836); et Dietzsch, Adam und Chmtus (1871). La troisième est l'ouvrage de M. Morison, de Glasgow, Critical eœposition of the third Chapter of PauCs epistle to the Romans (1866).
Les commentaires anciens sont connus : il serait oiseux de chercher à les caractériser. Je dirai un mot des plus importants parmi les modernes. Tholuck, le premier, après l'époque desséchante du rationalisme, a rouvert à l'Eglise les sources vives de la vérité évangélique qui jail- Ussent dans notre épître. — Olshausen, continuant Tœuvre de son ami, a exposé avec plus d'abondance encore les trésors de ce salut par la foi remis au jour par Texégèsc