LE TRAITÉ (I, 16 — XV
llïe MORCEAU (I, 16. 17).
Uexposé du sujet.
Y. 16 : ((Car je n'ai pas honte de Tév angile ^ ; car il est une puissance de Dieu à salut pour tout croyant, pour le Juif premièrement^, comme aussi pour le Orec.^ — Les longs retards qu'avait subis l'arrivée de Tapôtre à Rome ne provenaient pas, comme on aurait pu le croire, de quelque anxiété secrète, dans la crainte de ne pouvoir soutenir à son honneur le rôle de prédicateur de la Parole sur ce théâtre. II y a dans le contenu même de l'évangile une grandeur et une puissance qui mettent celui qui en est chargé au-dessus de sentiments de ce genre. Il peut bien être rempli de crainte et de tremblement a moment de délivrer un tel message, 1 Cor. II, 3. Mais l nature même de ce message le relève et lui donne, oC>qu'il se présente, une pleine hardiesse. Par ce qui suit ^ l'apôtre semble dire : « Et je vais vous le prouver en ce moment même, en vous exposant par écrit cet évangile que j'aurais désiré annoncer de vive voix au milieu de vous. » En disant : je n*ai pas honte, Paul ne* paraît pas penser à l'opprobre attaché à la prédication du Crucifié; il eût fait ressortir ce trait plus distinctement. Comp.
* Le T. R. lit ici les mots tou Xpia-cou (dii Christ) avec K L P et les Mnn. Ces mots manquent dans tous les autres Mjj., dans Ital. et Pesch. et dans quelques Mnn.
' Le mot Tupwiov est omis dans B G g ; d'après TertulUen, il manquait chez Marcion.
Cor. 1, i8 et 23. — Le complément toO ypwjTou, du hrisiy que le T. R. lit avec les Mss. byz. est certaineent inauthentique; car il manque dans les documents des îux autres familles, dans les anciennes Vss. la t. et syr. et lême dans un grand nombre de Mnn. — Le mot évangile ésigne ici, comme v. 1 et 9, non le contenu, mais Vacie e la prédication; Calvin dit lui-même : De vocali prœdiatione hic loquitur. — Et pourquoi Tapôtre n'a-t-il pas lonte d'une telle proclamation? C'est qu'elle est le bras puissant de Dieu qui arrache le monde à la perdition et ui apporte le salut. L'humanité est comme au fond d'un ibîme; la prédication évangélique est la force d'en-haut [ui l'eik retire. Il n'y a pas à rougir d'être l'organe de cette îrce-là. — L'omission de l'art, devant le mot 5uva[it.iç, puisïwce, fait ressortir la qualité du fait plutôt que le fait li-même. — Hofmann dit : « puissance, car l'évangile îut quelque chose; puissance de Dieu, car il peut tout * qu'il promet, d — Le mot crwTYipia, salut, renferme deux ^ées : d'un côté, celle de la délivrance d'un mal, la perdion; de l'autre, celle de la communication d'un bien, la ^e éternelle dans la communion de Dieu. La possession de es deux privilèges est pour l'hommô l'état de sanlé rûïTYipta, de l'adjectif cw;, sain et sauf). La vie de Dieu Mis l'âme humaine, tel est l'état normal de celle-ci. La rép. etç, à ou en (salut), indique non seulement la destiition de l'œuvre divine, mais son résultat immédiat et irtain, là où la condition humaine est remplie. Cette conlion est celle de la foi : à tout croyant. Le mot tout inque l'efficacité universelle du remède, et le mot croyant complète gratuité. Ce sont là les deux traits fondamenux du salut chrétien, spécialement sous la forme de la 'édication de saint Paul; et ils sont si étroitement liés le proprement ils n'en font qu'un. Le salut ne sérail
pas pour tous, s'il exigeait de la part de Thomme au. ^r^ chose que la foi. La moindre condition d'œuvre, de rmérite, aurait pour effet d'exclure certains individus. Sa destination universelle repose donc sur son entière gratuite, au moment où l'homme est appelé à y entrer. — L'apdtre ajoute au mot croyant Fart, tô, le, qu'il est impossiWe de rendre en français avec Tadj. tout; ce. mot veut dire: chaque individu, pourvu qu'il croie. Autant l'offre est universelle, autant l'acte de foi par lequel l'homme accepte, est individuel; comp. Jean III, 16. — La foi dont parle l'apôtre n'est autre chose que l'acceptation simple du salut offert par la prédication. Il ne faut pas se hâter de placer dans ce fait moral tout ce qui en découlera plus tard lorsque la foi possédera son objet. C'est ce que font MM. Reuss et Sabatier, quand ils le définissent, l'un: (( une union personnelle, intime, mystique de l'homme et du Christ Sauveur » (Ep. paulin, II, p. 43); l'autre : cla destruction du péché en nous, la création intérieure de la vie divine. » (Uap. Paul, p. 265). C'est faire de l'effet la cause. La foi, dans le sens de Paul, est quelque chose d'extrêmement simple, tellement que cette condition exi-^ gée ne porte nullement atteinte à la gratuité du salut. DieU dit : je te donne; le cœur répond : j'accepte; voilà la foi- Cet acte est donc une réceptivité, mais une réceptivité active. Elle n'apporte rien, mais elle prend ce que DieiB donne : ce C'est la main du cœur, » disait admirablement^ une pauvre Béchuana. A cet acte concourt la personnahtfe humaine tout entière : l'intelligence qui discerne le biem^ offert dans la promesse divine, la volonté qui y aspire, el> la confiance du cœur qui, se livrant à la promesse, s'empare de ce bien promis. La prédication du salut gratuit. est l'acte par lequel Dieu saisit l'homme, la foi est l'acte par lequel l'homme se laisse saisir. — Ainsi, à la place de
ancien peuple de Dieu qui se recrutait par la naissance t la filiation d'Abraham, Paul voit apparaître un peuple ouveau, formé de tous les individus qui accomplissent acte personnel de la foi, quelle que soit la nation à aquelle ils appartiennent. Pour faire ressortir expressénent ce dernier trait, il rappelle l'ancienne distinction [ui avait divisé jusqu'alors l'humanité en deux sociétés reigieuses rivales, les Juifs et les païens, et déclare cette listinction abolie. Il dit : au Juif premièrement^ et au Mrec. Dans ce contexte, le terme de Grec a un sens plus arge qu'au v. 14; car là il était opposé à barbare. Il désignait donc une partie seulement de l'humanité païenne. Ici, où il est employé en opposition à Juify il renferme la gentilité tout entière. Les Grecs étaient, en effet, l'élite de l'humanité païenne et pouvaient être envisagés comme les représentants du paganisme en général ; comp. 1 Cor. I, 22-24. Cette différence d'extension du nom Grecs pro- Vient de ce qu'au v. 14 il s'agissait uniquement du ministère de Pauly dont le domaine se subdivisait en païens civilisés (Grecs) et en païens barbares; tandis qu'ici il s'a- 3^ de la sphère d'action de l'Evangile en général, sphère ' laquelle appartient l'humanité tout entière (Juifs et ^ens). — Le mot irpàTov, premièrement, ne doit pas être ^^rprété, comme plusieurs le pensent, dans le sens de ^^cipalement. Il serait faux de dire que le salut est des- ^ aux Juifs de préférence aux Grecs. Paul pense au droit j)riorité temporelle qui résultait pour Israël de toute ^ histoire. Ce droit. Dieu l'avait reconnu en faisant naî- - Jésus au sein de ce peuple ; Jésus l'avait respecté en iDomant, durant sa vie terrestre, à rassembler les brebis ^^dues de la maison d'Israël et en ordonnant à ses apô- ^s, Act. I, 8, de commencer l'évangéHsation du monde ^ir Jérusalem et la Judée ; Pierre et les Douze y étaient
demeurés slrictemenl fidèles, comme le prouve la premîà partie des Actes, ch. Il-Xll; et Paul lui-même y avait coi stamment rendu hommage en commençant la prédicatia de l'Evangile, dans chaque ville païenne où il arrivai comme apôtre, par la synagogue. Et, en effet, ce droit d priorité reposait sur la destination d'Israël à devenir lui même l'apôtre des Gentils au milieu desquels il vivait. Ce tait aux croyants juifs à convertir le monde. Pour cela, fallait bien qu'ils fussent évangélisés les premiers. Le me •jrpcoTov (premièrement) manque dans le Vatic. et le Cod. d Bœrner (grec et latin). Nous savons par Tertullien qu' manquait aussi chez Marcion. L'omission de ce mot che ce dernier s'explique aisément; il l'avait retranché toi simplement parce qu'il renversait son système. Son n tranchement dans les deux Mss. B et G est plus difficile expliquer. Volkmar admet que Paul pouvait bien attribue une priorité aux Juifs quant au jugement, comme il le fai II, 9, mais non quant au salut; le Tupôrov de II, 10 serai donc une interpolation d'après 11, 9, et celui de notre v 16, une seconde interpolation d'après II, 10. Ingénieuse combinaison, destinée à faire de l'apôtre l'ennemi acharni du judaïsme, conformément au système de Baur, mai que dément la pratique missionnaire de Paul, parfaitemen conforme à notre premièrement et à celui de II, 10. L'o mission doit être l'effet d'une négligence de copiste, lî forme simple : au Juif et au Grec (sans le mot première ment), s'offrant naturellement à la pensée. — En rendan hommage au droit historique du peuple juif, Paul n'enten dait pourtant pas relever le particularisme. Par le ts m aussi bien que, il maintient onergiquement Y égalité reli gieuse foncière déjà proclamée dans les mots : à tm croyant, 11 importe maintenant d'expliquer comment l'Evangile
peut être réellement le salut du monde, offert à tous les ttoyanis. C'est le but du v. 17. L'Evangile est le salut parce çuïJ offre la justice de Dieu.
V. i 7 : « Car la justice de Dieu se révèle en loi par il foi pour la foi, selon ce qui est écrit : Mais le juste ■ thra par la foi » — La première partie de ce v. est la |[fépétition, en langage plus précis, du v. 16. Paul explique quelle manière fonctionne cette puissance à salut qui lit sauver le croyant : elle le justifie. C'est là l'idée fon-
lentale de Tépître.
Le terme justice de Dieu ne peut désigner ici, comme
fa a lieu quelquefois, p. ex. III, 5 et 25, un attribut de
ieu, soit sa parfaite pureté morale, soit sa justice rétribu-
ive. Cette perfection était déjà distinctement révélée, avant
Ivangile, par la loi; et la parole prophétique que Paul
citer : « Le juste vi\Ta par la foi, » prouve que, dans
pensée, cette justice de Dieu est un état de Thomme, non
attribut divin.
En quoi consiste cet état? Le terme ^ixaioçuvio, justice, ligne proprement la position moi-ale d'un homme qui a isfait à toutes ses obligations (comp. VI, 13. 46; Eph. ^,9; Matth. V, 17, etc.). Seulement ici le complément de et l'expression : est révélée par l'évangUe, condui- ^nt à donner à ce t^rme un sens plus particulier : la relation avec Dieu dans laquelle un homme se trouverait naturellement placé par sa justice, s'il était juste, et que iXeu lui accorde par grâce en raison de sa foi. Deux explications de cette notion sont en présence. Elles sont bien exposées par Calvin : « Certains pensent que la justice consiste non pas seulement dans le pardon gratuit des péchés, Bais aussi en partie dans la grâce de la régénéra tibn, » t.Quant à moi, ajoute-t-il, j'explique que nous sommes rtlablis dans la vie, parce que Dieu nous réconcilie gra-
tuitement avec lui.i> D'un côté donc : une régénération int rieure sur le fondement de laquelle Dieu pardonne; d l'autre, une réconciliation gratuite sur le fondement de laquelle Dieu régénère. Dans le premier cas : Dieu agissant d'abord comme Esprit pour déposer dans l'àme le germe de la vie nouvelle (rendre l'homme effectivement juste, au moins virtuellement), et ensuite comme juge pour pardonner; dans le second : Dieu agissant d'abord comme jugre pour pardonner (déclarer l'homme jus^J, et ensuite comme Esprit pour vivifier et sanctifier.
La première de ces intuitions est celle de l'église catholique, formulée par le Concile de Trente* et professée pai nombre de théologiens protestants (jadis Osiander, aujour d'hui Beck). C'est le point de vue défendu par MM. Reus et Sabatier. Ce dernier définit la justification : « la créa tion de la vie spirituelle*. » La seconde notion est celle au tour de laquelle se sont ralliées en général les églises prc testantes. Elle a été l'âme de la vie religieuse de Lutheï* elle est encore le centre de l'enseignement doctrinal dafi l'église qui se réclame du nom de ce réformateur. Noi3 n'avons pas à traiter ici ce sujet au point de vue dogmat que ou moral. Nous ne nous demandons qu'une chose Laquelle de ces deux intuitions a été celle de l'apôtre < rend le mieux compte de ses paroles ?
Dans notre verset même, le verbe se révèle ou est ré(7> lée, s'applique plus naturellement à une justice qui s'off^ et que Dieu attribue à l'homme en vertu d'une déclara
* Sess. VI, c. 7 : [Justificatio] non est sola peccatornm remissio, ^* et sanctificatio et renovatio interioris hominis per voluntariam sas ceptionem gratise.
* L'apôtre Paul^ p. 26^ . On se rappelle que l'auteur que nous ciloffi définissait déjà la foi (p. 265) « la création intérieure de la vie éivine. » Le langage de Paul permet-il de donner une définition idcntitique de la foi et de la justification?
lion, qu'à une justice qui se communique intérieurement par le don de TEsprit. — L'organe d'appropriation indiqué avec insistance par l'apôtre, la foiy correspond mieux aussi à l'acceptation d'une promesse qu'à celle d'une communication réelle. — Le contraste entre les deux expressions évidemment parallèles : « Justice de Dieu se révèle^ d V. 17, et : « Colère de Dieu se révèle^ y> v. 18, conduit également à voir dans la justice de Dieu un état de choses que Dieu fonde en sa qualité de juge plutôt qu'une vie nouvelle qu'il transmettrait par son Esprit. L'opposé de la vie nouvelle n'est pas la colère du juge, mais le péché de I l'homme. — Au ch. IV, v. 3, Paul justifie sa doctrine de ■ la justice de Dieu par la parole de Moïse : « Or Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice » (compté comme l'équivalent d'une vie juste et irréprochable). L'idée de compter^ d'imputer, s'applique mieux à une sentence qui attribue, qu'à un acte de réelle communication. — J^ns le même ch., v. 7. 8, la notion de la justice de Dieu ^st expliquée par les termes de pardon et de non-imputa- ^^^i du péché. Il n'est évidemment pas question là de ^ttimunication positive, d'un don de vie spirituelle. — ^^- V, V. 9. 40, Paul oppose à la justification par le sang "® Christ et à la réconciliation par sa mort, comme '^HcJement du salut, la délivrance de la colère (au jour jugement) par la communication de sa vie, comme ^^ronnement du salut. A moins de faire du couronnement ^ base, il faut bien mettre la justification par le sang en *^^mier, et la communication de la vie par l'Esprit en '^^ond ; l'une, comme condition de l'entrée dans l'état de *^Vxit ici-bas; l'autre, comme condition de l'entrée dans ^ ^tat de gloire là-haut. — La structure même de l'épître ^>xx Romains ne permet pas de concevoir un doute sur ^^intuition de l'apôtre. Si la communication de la vie spi-
rituelle était, selon lui, la condition du pardon, il deAra/7 commencer son épître par les ch. VI-VIII, qui traitent de la destruction du péché et du don de la vie nouvelle, et non par le grand passage I, 18 — V, 21, qui se rapporte tout entier à renlèvement de la condamnation et aux conditions objectives et subjectives de la réconciliation, — Enfin, il est contraire au principe fondamental de l'évangile de Paul, la gratuité complète du salut, de mettre à la base de la réconciliation et du pardon la régénération à un degré quelconque. C'est faire de Teffet la cause et de la cause Teffet. D'après saint Paul, Dieu ne déclare pas l'homme juste après l'avoir renrfu juste; il ne le rend juste qu'après l'avoir d^c/are juste. Toute l'épître aux Romains exclut le premier de ces deux principes (qui n'est autre que le principe judaïsant ramenant constamment l'homme sur lui-même) et sert à établir le second (le principe évangélique qui détache radicalement l'homme de lui-même e* le jette en Dieu) ^ Voir à la transition de ch. V-VI. — Noixs joignons ici comme complément nécessaire une étude sur le sens du mot StxatoOv, justifier.
Etude sur V emploi du mot Sixaiouv, justifier'^, — La question est celle-ci : Faut-il entendre le mot Sixatcuv, justifier, dans le sens de rendre juste ou dans celui de déclarer juste?
* On voit ce qu'il faut penser de la véhémente sortie de M. Sabatier contre la doctrine de la justice imputée (ou forensique, comme il s'exprime) : « Paul n'aurait pas eu de paroles assez sévères pour flétrir une si grossière interprétation de sa pensée » (p. 260) ! — Holslen lui-même ne peut s'empêcher de rendre hommage à la vérité exégétique et de dire : « La justice est un état objectif, dans lequel l'homme est placé par un acte divin. »
2 Je renvoie une fois pour toutes, en évitation de citations continuelles, à la dissertation de M. Morison, dans son Commentaire sur Rom. III, à l'occasion du mol ôixai(o67[a£Tai, v. 20 (p. -161-200). Je ne pense pas que la théologie ait jamais offert sur ce sujet quelque chose de mieux étudié et de plus complet. L'étude suivante n*est en quelque sorte qu'un extrait de ce travail.
Les verbes en oco ont souvent le sens factitif : Sr.Xow, rendre clair; SouXdw, rendre esclave; TucpXow, rendre aveugle. Mais cet emploi de la terminaison oco ne fait pas règle; on le voit par les verbes ÇTri[i.tow, punir; [jli<j6o(o, prendre à gages; XourpAo, baigner; iLacnifway fouetter.
Quant à Sixatoco, il n'existe pas un exemple dans toute la littérature classique où il signifie : rendre juste. Avec les accus, de choses il signifie : estimer juste. Voici quelques exemples : Thucyd. II, 6 : t Estimant juste (Sixaiouvrsç) de rendre aux Lacédémoniens ce que ceux-ci leur avaient fait. » IV, HQ: « Il ne se fera pas une idée juste de la chose (oùx -^pôwç Sixaiwaei). » Hérod. I, 133: t Ils jugent bon (8ixaieu<ji) de charger la table. » Justin, Cohort. ad Gentil. (II, 46, éd. Otto) : t Lorsqu t7 ^w^^a bon (^Sixatcoffe) de ramener les Juifs d'Egypte. » Enfin, dans la langue ecclésiastique : « Il a été trouvé bon (SeSixaiwTai) par le wint synode. » Avec les accus, de personnes, ce verbe signifie : ^^diter justeme7it, et le plus souvent «cn^w malo, condamner, P^nir, Aristote, dans Nicom, V, 9, oppose à^txeiaôai, être traité ^^Justement, à Bixaiouoôai, être traité selon la justice, Eschyle, ^9am, 391-393, dit de Paris qu'il n'a pas à se plaindre s'il est ^^gé dé favorablement {^oLOLua^tU) : il recueille ce qui lui revient, ï^hucyd. III, 40: « Vous vous condamnerez (8ixaito(i6a6e) vous- ^^mes. » Hérod. I, 100 : t Quand quelqu'un avait commis un ^élit, Déjocès le faisait venir et le punissait (IStxaCeu). » A l'occasion de la vengeance que Cambyse tira des prêtres égyptiens, Hérodote dit (III, 29) : t Et les prêtres furent punis (iSixateîîvTo). » On trouve de même dans Dion Cassius : Scxaiouv, et dans Elien : ^exaiouv tw ôavaTcj), dans le sens de punir de mort.
Ainsi l'usage profane est manifeste : estimer juste ou traiter 'ustem,ent (le plus souvent en condamnant ou punissant); ans les deux cas, par voie de sentence établissant le droit, amais par communication de justice. Il résulte de là que des eux acceptions de ce mot que nous examinons, celle qui se raproche le plus de l'usage classique est indubitablement celle de léclarer, et non celle de rendre juste.
Mais le sens du verbe Sixatouv,yw5<z/î^r, dans le N. T., repose noins sur le grec profane que sur l'usage de l'A. T., soit dans original hébreu, soit dans la version des LXX. C'est donc celuii qu'il faut surtout examiner. Au terme ^i^^^i/î^r correspondent
SOO LE SO&DIÂIRE.
en hébreu le pihel et le hiphil de Uadak, être juste. Le pîAel tsiddeh dans les cinq cas où il est employé signifie, non rendv^ juste intérieurement, mais faire paraître ou ef^c^ar^r Juste*. L'hiphil ^îï^ec^tT; se présente 12 fois^; dans 11 cas le sens de jusi\^\ev juridiquement parlant, ne peut être sujet à contestation ; par ex. Ex. XXIII, 7 : t Car je ne justifierai pas le méchant, • signifie certainement : je ne déclarerai pa^s juste le méchant ; et non : je ne le rendrai pas juste intérieurement; Prov. XVII, 15 : « Celui qui justifie le méchant et celui qui condamne le juste sont en abomination à T Eternel, » tout autre sens que celui de déclarer îusie est absurde. Ainsi des autres. Dans le douzième passage seul, Dan. XII, 3, le mot peut être compris soit dans le sens de rendre juste, soit dans celui de présenter comme just^ - (Les LXX traduisent tout difTéremment et sans employer le mot $cxaiouv.)
C'est sur ce sens presque constant du verbe tsadak au pihel et à l'hiphil que s'est formé l'emploi du mot 8txaiotïv, justifier', chez Paul et les autres écrivains du N. T. Car ce mot ^txaiouv est l'expression par laquelle le mot hébreu était régulièrement rendu par les LXX 3.
L'usage du mot Stxaiouv, justifier, dans le N. T. est constaté surtout par les passages suivants. Rom. II, 13 : il s'agit du jugement dernier; à ce moment-là on n'est pas rendu, mais reconnu et déclaré juste. III, 4 : il s'agit de Dieu ; Dieu n'est pas rendu, mais reconnu ou déclaré juste par l'homme. ÏII, 120: être justifié devant Dieu, ne peut signifier : être renrfu juste par Dieu; le terme devant Dieu implique le sens juridique. IV, 2: être justifié par les œuvres; cette locution n'a de sens que dans
» Job XXXII, 2; XXXm, 32; Jér. III, \\\ Ezéch. XVI, 54. 52.
« Ex. XXUI, 7; Deutér. XXV, \ ; 2 Sam. XV, 4; 4 Rois VIII, 32; 2 Chron. VI, 23; Job XXVII, 5; Ps. LXXXII, 3; Prov. XVII, 45; Es. I, 8; V, 23; LUI, W ; Dan. XII, 3.
* Les LXX emploient quelquefois SixaioSv là où se trouve en hébreu quelque autre verbe, et, dans ces cas-là, 8 fois dans le sens strictement juridique, 7 fois, comme dit Morison, dans un sens demi-juridique. Une seule fois ils remploient dans le sens de purifier. Ps. LXXIII, 43 : «J'ai purifié (ziqqiti) mon cœur (lôixa^oxja Itt^v xapÔ^av {Aou).» C'est le seul cas où ôixaiouv ait ce sons chez les LXX dans tout l'A. T.
l'acceptation juridique du mot justifier, i Cor. IV, 4 : Paul
f D'est conscient d'aucune infidélité; mais pour tout cela il n'est
]^ encore justifié ; impossible d'appliquer ici un autre sens que
le sens juridique. Que Ton veuille bien consulter encore Matth.
XI, 19, et Luc VU, 35 (t la sagesse [de Dieu^j a été justifiée par ses enfants »); Luc VII, 29 (les péagers ont justifié Dieu); Matth.
XII. 37 (« par tes paroles tu seras justifié et par tes paroles tu mas condamné •); Luc X, 29 (t lui voulahf ^<? justifier »); XYI, 15 (« vous êtes ceux qui vous justifiez vous-mêmes »); XVIII, 14 (le pé^ger justifié) ; Act. XIII, 39 (t être justifié des ûoses dont on n'a pas pu être justifié par la loi »); Jacq. Il, 21. 24. 25 (être justifié par les œuvres)A
; Il n'y a pas un seul de ces passasies auquel puisse convenir
lidée d'une communication intérieure de justice. On a cité j <ïuelquefois en faveur de ce sens la parole 1 Cor. VI, 11. Si on a ; mn d'expliquer ce passage d'après le contexte VI, 1-10. on
Terra bien qu'il ne fait point exception à l'usage constant du N.
T., tel qu'il résulte de la totalité des passages que nous venons de
citer.
Qu'au point de vue dogmatique, on refuse d'admettre cette notion de la justification comme trop extérieure et juridique, nous le comprenons *, quoique nous soyons convaincu qu'on brise par là le nerf de l'Evangile. Mais que, exétiquement parlant, il puisse exister deux manières de comprendre la pensée de l'apôtre, voilà ce qui nous surprend.
La notion de la justice de Dieu, chez Paul, comprend •deux grâces : l'homme traité \^ comme s'il n'avait jamais commis aucun mal, 2» comme s'il avait toujours accompli
* Il ne resterait à citer, pour avoir la liste complète, que Rom. VI, 7; VIII, 30. 33 ; GaL II, 16. 47; III, 8. \\. 24; V, 4. Il n'y aurait à feuler que sur Rom. VI, 7, où SixaioSv ne peut en tout cas signifier ^^re juste intérieurement (voir à ce passage).
' Sur le point de vue juridique en général et la notion de droit appliquée à Dieu, voir à III, 25.
tout le bien que Dieu peut attendre de lui. La sentence de justification qui met Thomme par rapport à Dieu dans cet état privilégié, est la Xixauocji;, l'acte justificatoire. En vertu de cet acte « Thomme a désormais, comme dit Hofmann, la justice de Dieu pour lui, non contre lui. »
Quel est le sens du gen. ôeoO, de Dieu,da.ns cette locution: justice de Dieu? On connaît l'interprétation de Luther, maintenue par Philippi : une justice valable devant Dieu (III, 20; Gai. III, H). Mais ce sens du complément est bien forcé. Baur en fait un gén. de qualité : une justice conforme à la nature de Dieu. N'est-il pas plus simple d'y voir un génitif A' origine : une justice dont Dieu lui-mêmfr est l'auteur? C'est à ce sens que conduisent aussi les expressions parallèles : (( La justice venant de Dieu y> {i i^ ôeou ^aatoduvYi), Philip. III, 9; la justice de Dieu (iï toG ÔeoO ^i>caioc'JvYi) opposée à la propre justice, Rom. X, 3. Naturellement une justice dont Dieu est l'auteur, doit répondre à son essence (Baur) et être acceptée de lui (Luther)»
Le mot a7ro3ca>.urT£Tat, est révélée ou se révèle, indique l'acte par lequel une chose jusqu'ici voilée éclate au grand jour en ce moment même; comp. l'expression parallèle, mais différente, reçavepcoTat, a été manifestée^ III, 21. Le présent se révèle s'explique ici par le rég. en lui, sv aÙT(o^ c'est-à-dire dans l'évangile. Ce subst. doit se prendre encore dans le sens actif que nous lui avons donné : Yacte de la prédication évangélique. C'est par cette proclamation que la justice de Dieu se révèle journellement au monde. — Les mots ix rtGTewç et; tuigtiv, de la foi pour la foi, ont été interprétés assez différemment. On y a vu le plus souvent l'idée du progrès qui s'opère dans la foi ellemême, et on a traduit dans ce sens : de foi en foi. Ce progrès, plusieurs Pères (Tert., Orig., Chrysost.) l'ont appliqué au passage de la foi dans l'ancienne alliance à la foi
telle qu'elle existe dans la nouvelle. Mais rien n'indique ici une comparaison de l'ancienne alliance avec la nouvelle. Les réformateurs ont pensé à un progrès de la foi dans le cœur même du croyant. Sa foi, faible d'abord, s'affermit de plus en plus. Calvin : Quoiidianum in smguUs fidelibus progressum notât. Ainsi pensaient aussi Luther et Mélanchton ; Schaff : ^ L'assimilation par la foi doit être continuellement renouvelée. » Mais l'expression ainsi comprise ne convient nullement au verbe se révèle; et, ce îui est plus grave, cette idée manque absolument d'à-propos dans le contexte. Une notion aussi spéciale et seconlaire que celle du progrés qui s'opère dans la foi, est délacée dans un sommaire qui ne comporte que l'indication les idées fondamentales. 11 serait même opposé au but de *apôtre de rattacher ici l'acquisition de la justice au progrès subjectif du croyant dans la foi. On ne parle que îomme d'une curiosité de l'explication de ceux qui entenient : par la foi à la foi, c'est-à-diré à la fidélité de Dieu (III, 3). La vraie pensée de Paul est certainement celle-ci : U justice de Dieu se révèle par le moyen de la prédication évangélique comme provenant de la foi (sx TciaTecoç), en ce sens qu'elle n'est autre que la foi elle-même comptée à l'homme à titre de justice. Ce e>c, proprement hors de, que îious ne pouvons rendre qu'au moyen de la prép. par, indique Yorigine, Ce régime est lié au verbe se révèle par l'idée sous-entendue : comme étant. Cette justice de foi est révélée en même temps comme étant pour la foi, eiç TfWTiv. Ce second régime signifie que Yorgane par lequel chacpie individu doit s'approprier personnellement une lelle justice est de nouveau la foi. Pour comprendre celte formule, il suffit de se représenter la formule opposée: Lsi jtistice propre est une justice à' œuvre et pour ^*(^vre, c'est-à-dire : une justice résultant de l'œuvre
accomplie et révélée en vue de l'œuvre à accomplir. Notr^ formule est le contrepied de celle-là, qui caractériserait L ^ justice légale. 11 ne faut pas dire, pour être exact, qa ^ pour la foi équivaut ici à : pour le croyant. Paul ne s ^ préoccupe pas de la personne qui s'approprie, mais uniquement de l'organe d'appropriation, et sa pensée, en eut mulant ces deux régimes, a été simplement de dire : que dans cette justice la foi est tout, absolument tout; d'essence elle est Ja foi elle-même; et chacun se l'approprie par la foi. Nous retrouvons ces deux régimes sous une forme un peu différente dans plusieurs autres passages; III, 22 : « La justice de Dieu par la foi en Christ pour (et sur) tous ceux qui croient; y> Gai. III, 22 : « Afin que la promesse soit donnée par la foi en Jésus à ceux qui croient; » Phil. III, 9 : « Possédant la justice qui est par 3a foi en Christ, la justice de Dieu pour la foi. y> Cependant nous ne paraphraserions pas les mots pour la foij comme quelques interprètes, dans ce sens : pour faire naître la foi. Le etç, pour^ nous parait indiquer uniquement la destination. C'est une justice de foi offerte à la foi. Il ne lui reste qu'à s'en emparer. Sans doute, il ne faut pas faire ^e la foi un mérite. Ce qui lui donne sa valeur justifiante, <î'est son objet sans lequel elle resterait une stérile aspiration. Mais l'objet saisi ne pourrait agir sur l'homme sans l'acte d'appréhension qui est la foi.
L'apôtre est tellement convaincu de l'unité qui règne entre l'ancienne et la nouvelle alliance, qu'il ne peut affirmer l'une des grandes vérités de l'Evangile sans citer une parole de l'A. T. qui l'appuie. Il vient d'indiquer le thème de son épître; en voici, pour ainsi dire, le texte : c'est un passage d'Habacuc (II, 4) qui avait évidemment joué un ;grand rôle dans sa vie intérieure, comme il en a joué un décisif dans la vie de Luther. Il le cite également Gai. III,
a (comp. Iléb. X, 37). A tout ce qui s'enorjçueillit dans le sentiment de sa force, soit chez les conquérants étrangers, soit en Israël même, le prophète oppose l'humble Israélite qui met sa confiance en Dieu seul. Le premier périra; le second, qui seul est juste aux yeux de Dieu, vivra. Le mot hébreu que nous traduisons par /be, émounah, vient du verbe aman, être ferme; d'où à l'hiphil : f appuyer sur^ s'assurer en. Il y a dans l'hébreu : sa foi 'émounatho); mais les LXX ont traduit comme s'il y avait ^mounathi^ ma foi (celle de Dieu), ce qui pourrait signifier ;oit ma fidélité, soit la foi et% moi. Peu importe la pensée les traducteurs. Paul remonte évidemment au texte origilal, et il cite exactement en disant : « sa foi, » celle du fidèle en son Dieu. Dans le texte hébreu, chacun le reconaaît, les mots par sa foi dépendent du verbe vivra, et non du mot le juste. Mais depuis Théodore de Bèze un très^ grand nombre d'interprètes pensent que Paul fait dépendre ce régime du mot le juste : « Le juste par la foi, vivra.» Ce sens paraît en effet répondre plus exactement au contexte, dont l'idée générale est que la justice (non la vie) vient par la foi. Ce n'est pourtant là qu'une apparence; car la parole de Paul ainsi comprise opposerait, comme obseiTC finement M. Oltramare, au juste par la foi, qui vivra, le juste par les œuvres, qui ne vivra pas. Mais ce ne serait pas là une pensée admissible aux yeux de Paul. Car il reconnaît que celui qui parviendrait à être juste par ses œuvres, vivrait certainement par elles (X, 5). 11 faut donc traduire, comme dans l'hébreu : le juste vivra par la foi; 6t le sens est celui-ci : « le juste vivra par la foi (par laquelle il a été rendu juste). » Paul eût pu dire : le pécheur sera sauvé par la foi. Mais ce pécheur, il l'appelle juste par anticipation, en le contemplant dans l'état de justice où le placera sa foi. S'il vit par sa foi, c'est évidemment qu'il a
été rendu juste par elle, puisqu'on n'est sauvé que comro^ juste. — Le mot ^vî^eTai, vivra, renfermait dans la pensée du prophète : 1° la délivrance des maux présents (ceux de l'invasion chaldéenne) et, pour la postérité, celle des maux à venir ; 2» la possession de la grAce divine dans la jouissance des biens de la terre promise. Ces deux notions sonl naturellement spiritualisées chez Paul. Elles deviennent: la délivrance de la perdition et la possession de la vie éternelle. C'est la reproduction de l'idée de (jwTTipia, le salut^ V. 46. Ce mot vivra aura aussi son rôle à jouer dans l'exposé didactique qui va suivre et qui développera le contenu de ce texte. Jusqu'à la fin du chap. V, en effet, l'apôtre analysera l'idée de la justice de la foi; le mot vivra servira de thème à toute la partie chap. VI-VllI et plus tard au développement pratique chap. XII-XIV.
L'exposé de la justice de la foi, qui commence au v. suivant, comprend trois grands développements : le tableaa de la condamnation universelle, I, 18 — 111, 20; celui de la justification universelle, Itl, 21 — V, 11; et à la suite de ce grand contraste, comme couronnement, le parallèle entre Adam et Christ (V, 12-21). L'idée d'ensemble de toute cette partie, ch. I-V, est donc : la démonstration de la justification par la foi.