‹ Commentaire sur l'épitre aux Romains (volume 3)Chapitre 24 sur 33 · V . 7 : « à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome ^ y · texte numérisé non relu

V . 7 : « à tous les bien-aimés de Dieu qui sont à Rome ^ y

* Les mots ev Po)(it) manquent dans G g.

saints par appel, grâce et paix vous soient doi nées de la part de Dieu, notre Père, et du Soigna Jésus-Christ.^ — Ce datif : à tous ceuœ^ pourrait dépend d'un verbe sous-entendu : j'écris ou je m adresse; ma il est plus simple de le rattacher au verbe impliqué dam renoncé du vœu qui va suivre : « à vous tous soient données, D — 11 serait bien inutile d'ajouter ici l'adjectif tom^ si Paul n'avait pas l'intention d'élargir le cercle des personnes désignées au v. 6 comme étant du nombre des Gen^ tils, Paul ne doute assurément pas qu'il n'y ait aussi pana les chrétiens de Rome un certain nombre de frères d'origiiM juivey et il les renferme maintenant par ce : à tous, dans h cercle de ceux à qui il adresse cette lettre. Il ne faut pas se parer par une virgule les deux datifs : à tous ceux qui son à Rome et aux bien-^imés de Dieu, comme si c'étaien deux rég. différents; le dat. bien-aimés de Dieu est pri substantivement : à tous les bien-aimés de Dieu qui sont i Rome, Ces mots désignent la totalité des croyants romains Juifs et païens. Tous les hommes sont dans un sens ainU de Dieu (Jean 111, 16); mais en dehors de la foi cet amou de Dieu ne peut être que celui de la compassion. Il n devient un amour intime, comme celui de père et d'ei faut, que par la réconciliation accordée à la foi. C'est i( le premier lien entre l'apôtre et ses lecteurs : l'amoi commun dont ils sont l'objet. Ce lien est renforcé par u autre : l'œuvre intérieure qui en est résultée, la çonsécn tion à Dieu, la sainteté : ^ùn'coXç àyioiç, saints par appel, ne faut traduire ni : appelés à être saints, ce qui supposa rait que la sainteté n'est encore chez eux qu'une destina lion, ni appelés et saints (Osterv.), ce qui donnerait à 1 notion A' appel une valeur trop indépendante. Paul vei dire qu'ils ,%ont réellement saints, et que s'ils possèdent c titre de noblesse devant Dieu, c'est que Christ les a hono

rés de son appel, en tirant les uns des souillures du paganisme, en élevant les autres de la consécration extérieure de l'ancien peuple de Dieu à la consécration spirituelle du nouveau. Dans l'ancienne alliance, la consécration à Dieu était héréditaire et attachée au rite extérieur de la circoncision. Dans la nouvelle économie la consécration est celle

de la volonté, avant tout, et, par là, de la vie entière. Elle va du dedans au dehors et non du dehors au dedans ; c'est la sainteté réelle. Les mots ev 'PtofAvi, à Rome, sont omis dans le texte grec du Cod. de Bœrner (G), ainsi que dans la traduction latine qui l'accompagne (g). On pourrait voir dans cette omission une faute accidentelle, si elle ne se répétait au v. 15. Rûckert et M. Renan pensent çi'elle provient de manuscrits destinés à d'autres églises «dans lesquels on avait, par cette raison, laissé l'indication des lecteurs en blanc. Mais ne se retrouverait-elle pas 6n ce cas dans un plus grand nombre de documents? Meyer suppose qu'une église quelconque, faisant copier cette épître pour son usage particulier, avait intentionnellement supprimé ces mots. Mais il faut expliquer pourquoi le Même fait n'a pas eu lieu pour d'autres épîtres. Peut-être la cause du retranchement dans ce cas a-t-elle été le contraste entre la généralité du contenu de l'écrit et la destination locale indiquée dans les mots supprimés, le second feit paraissant contradictoire avec le premier (voirv. 15).

Pourquoi l'apôtre ne salue-t-il pas cette communauté de croyants, aussi bien que celles de Thessalonique, de Gala- ^% deCorinthe, en lui donnant le titre d'église? Les dif- '•^l'ônts groupes chrétiens qui existaient à Rome, et dont Plusieure sont mentionnés au chap. XVI, n'étaient peut- ^tre pas encore liés les uns aux autres par une organisation commune et presbyte raie.

La fin du v. 7 renferme le développement de la troisième

partie de l'adresse, du vœu. Au teririe ordinaire x*'P^«v, joie et prospéritéy Paul substitue les biens qui font la richesse et le bonheur du chrétien. La grdce^ ïA?^^ désigne l'amour de Dieu manifesté, sous la forme du pardon, envers l'homme pécheur; la paix, eipTiwi, le sentiment de calme profond, d'intime quiétude que communique au cœui' la possession de la réconciliation. Il peut paraître que le titre : bien-aimés de Dieu^ donné plus haut, renfermait déjà ces dons ; mais le chrétien ne possède rien qui ne |^ doive être toujours de nouveau reçu et journellement accru au moyen de nouveaux actes de foi et de prière. — L'Apocalypse dit que « le salut descend du trône de Dieu et de l'agneau; » c'est de Dieu et de J.-Chrisi que Paul fait également descendre les deux biens qu'il souhaite aux fidèles de Rome; de Dieu, en tant que Père, et de J. -Christ comme Seigneur, ou chef de l'Eglise. 11 ne faut pas expliquer ces deux rég. comme s'il y avait : « de Dieu par Christ. i> Les deux subst. dépendent d'une prép. commune : de la part de. L'apôtre contemple donc, non une source et un canal, mais deux sources. L'amour de Dieu et l'amour de Christ sont deux amours distincts; l'un est celui d'un père, l'autre celui d'un frère. Christ aime Ao son amour, Rom. V, 15. Comp. Jean V, 24 (ceux quil veut) et 26 (il a la vie en lui-même), Erasme a eu la mal-heureuse idée de faire des mots : Jésus-Christ^ notre Seigneur, un second complément du mot Père : « Père d^ nous et de J, -Christ. y> Mais, dans ce cas, le complém- J, 'Christ aurait dû être placé le premier, et la notion de la paternité de Dieu à l'égard de Christ serait sans but dans le contexte. — Le sentiment de la nature divine Ae Christ peut seul expliquer cette construction, d'après laquelle sa personne et celle du Père sont mises sous la dépendance commune d'une préposition unique.

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11 est impossible de ne pas admirer la circonspection et la délicatesse avec lesquelles saint Paul procède dans Taccomplissement de sa tdche envers cette église. Pour justifier sa démarche il remonte à son apostolat; pour justifier son apostolat auprès d'eux, Gentils, il remonte à la transformation que la résurrection a opérée en la personne de Christ quand de Messie juif elle Ta fait Seigneur, dans le sens absolu du mot. En vrai pasteur, au lieu de s'imposer à la conscience du troupeau, il cherche à l'associer à la sienne.

Ile MORCEAU (I, 8-15).

Vintérêt que porte dès longtev^ps Vapôtre aux chrétiens

de Home,

L'adresse avait établi le lien en quelque sorte officiel «nlre l'apôtre et l'église. Mais Paul éprouve le besoin de transformer ce lien en une relation de cœur; c'est à ce but qu'est consacré le morceau suivant. L'apôtre y assure ses lecteurs de l'intérêt profond qu'il leur porte dès longtemps, lors même qu'il n'a pu le leur témoigner encore en •es visitant.

11 commence, comme d'ordinaire, par remercier Dieu ^e l'œuvre déjà accomplie chez eux, v. 8; puis il leur exprime son vif et ancien désir de travailler à l'accroître, soit en les fortifiant eux-mêmes spirituellement, v. 9-12, ^ft en augmentant le nombre des croyants dans la ville ^eRome,v. 13-15.

V. 8 : « En premier lieu je rends grâces à mon Dieu P^ Jésus-Christ au sujet de ^ vous tous de ce que

* Le T. R. lit u7:sp avec E G L P et les Mnn. On lit Tcspi dans N A B ^DKel 40 Mnn.

votre foi fait brait dans le monde entier. i> — V apôtre sait qu'il n'y a pas de marque plus réelle d'une sincère affection que l'intercession ; voilà pourquoi il met sa prière pour eux en première ligne. Le mot irpôrov, en premier lieu^ fait attendre (surtout avec la particule (jl£v) un secondement (eiTEiTa Se). Comme ce mot ne se trouve pas dans ce qui suit, plusieurs ont cru qu'il fallait donner à irpôrov le sens de : avant tout. Cela n'est point nécessaire. La seconde idée qu'avait en vue l'apôtre se trouve réellement au V. iO, dans la prière qu'il adresse à Dieu de lui permettre de venir bientôt à Rome. Cette prière est le complément naturel de l'action de grâces. Seulement la construction a conduit l'apôtre à ne pas l'exprimer sous la forme strictement logique d'un : en second lieu. — Il résume dans l'expression « mon Dieu » toutes les expériences qu'il avait faites personnellement, dans les circonstances diverses de sa vie et particulièrement dans celles de son apostolat, du secours paternel de Dieu. C'est là une révélation particulière que chaque fidèle reçoit pour sofl propre compte et qu'il résume en appelant Dieu son Dieu; comp. l'expression Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, et plus spécialement la parole Gen. XXVIII, 20. 2i. — L'action de grâces de Paul a pour intermédiaire J, -Christ; il la fait passer par Christ, comme chef de l'Eglise, et plu^ directement son chef. Meyer pense que Christ est plutôt^ mentionné ici comme Yauteur de l'œuvre pour laquelle Paul remercie; mais ce n'est pas le sens naturel de l'expression : je remercie par: comp. d'ailleurs VIII, 34. — Lat propagation de l'Evangile à Rome apparaît à Paul comm^ un service qui lui est rendu personnellement, en tant qu'apôtre des Gentils. — L'expression ati sujet de vous tous paraît un peu exagérée, puisqu'il ne les connaît pas tou^ personnellement. Mais y aurait-il à Rome un être humaiTï

igné à Christ, connu ou inconnu, dont la foi ne fût pour aul un sujet de joie ! La prép. ÛTuep, en faveur de, qu'on il dans le T. R. (avec les plus jeunes Mjj.), aurait quelque hose de plus affectueux que irspt, au sujet de; mais cellei est plus simple et se lit dans quelques Mjj. des trois amilles. — Ce qui aufrmcnte la joie de Paul, c'est que ion seulement ils croient eux-mêmes, mais que leur foi, lont le bruit se répand partout, ouvre Taccès à TEvan- .iledans d'autres contrées. Comp. une parole semblable dressée aux Thessaloniciens (1»^ ép. I, 8). Le oti, parce ttc, sert à faire ressortir un trait particulier dans le sujet e joie déjà indiqué; comp. i Cor. I, 5 (le on dans son apport au v. 4). L'expression : dans le monde entier^ est yperbolique ; elle fait allusion à la position de Rome, omme capitale du monde; comp. Col. I, 6. V. 9 et 10 : (a Car Dieu que je sers en mon esprit Ans Févangile de son Fils m'est témoin comment je lis incessamment mention de vous, 10 demandant, baque fois que je suis en prière, si peut-être une fois Qfiu je ne réussirai pas, par la volonté de Dieu, à rtiver vers vous.is> — Cette action de grâces de l'apôtre ^it un fait intime, dont nul autre que Dieu ne pouvait >ir connaissance; et comme cette parole, v. 8, pouvait '«i^ître empreinte d'exagération, il en appelle à cet uni- ' témoin de sa vie intérieure. Paul pense à ces moments ^tiime confabulation qu'il a chaque jour avec son Dieu ^ l'exercice de son ministère ; car c'est comme à ses Js qu'il s'acquitte de cette tâche. Il dit en mon esprit, ^t-à-dire dans cette partie la plus intime de son être, où t-i^ouve l'organe par lequel son âme communique avec >ionde divin. Vesprit est donc ici l'un des éléments de t^ature humaine (1 Thess. V, 23); seulement il est éviïiment supposé pénétré de l'Esprit divin. — Quand Paul

dit : dans F évangile de son Fils, il est bien clair qti'// pense non au contenu, mais à Xacte de la prédication évangélique. Cet acte est pour lui un culte continuel mn'il n'accomplit qu'à genoux. Les mots de son Fils font ressortir la gravité suprême de cet acte. Comment, en effet, travailler à une œuvre qui concerne le Fils^ autrement que de concert avec Dieu lui-même ! 11 ne faut traduire le (î)ç ni par que (le fait) y ce qui dit trop peu, ni par combien (le degré), ce qui est trop fort, mais par comment Ce mot se rapporte au mode de ce culte intime, tel qu'il est développé dans ce qui suit. Le mot incessamment fait coiaprendre le : « je rends grâces pour vous tous, d qui avaî*^ précédé (v. 8). De là le car au commencement du verset- V. 40. A l'action de grâces se rattache, comme secoad objet de la communication qu'il a à leur faire, sa prière non moins constante de pouvoir bientôt les visiter. LaS mots toujours dans mes prières se rapportent certainemeri.t au participe suivant demandant^ et non à ce qui précède, sens qui conduirait à un pléonasme. Pas un des entretiens intimes de l'apôtre avec son Dieu, dans lequel ce sujet ne reparaisse. — 'Em, proprement à l'occasion de, La conj. eï-rccoç, si peut-être, indique le calcul des chances, et les adv. une fois enfiîi, l'espèce d'impatience qu'il met dans ce calcul. Le terme eùoSouv signifie proprement : faire faire heureusement le chemin, d'où en général : faire réussir quelqu'un dans une affaire; comp. 4 Cor. XVI, 2. Comme dans ce contexte il s'agit précisément de la réussite d'un voyage, il est difficile de ne pas voir dans le choix de ce terme une allusion à son sens propre : « si enfin je ne serai pas acheminé heureusement vers vous, d Par qui? Les mots : par la volonté de Dieu, le disent; les circonstances | favorables sont l'œuvre de cette main toute-puissante.

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Les V. ii et i2 indiquent le motif le plus immédiat de cet ardent désir.

V. ii et 1<2 : ce Car je désire ardemment de vous voir, afin de vons commnniqner qnelqne don spirituel pour que vous soyez fortifiés, 12 ou, pour mieux dire, que je sois encouragé avec vous, au milieu de vous, par l'action mutuelle de notre foi, à vous et à moi.^ — Enrichi des dons de Dieu, comme il Tétait, Tapôtre n'aurait-il pas éprouvé le besoin d'en communiquer quelque chose à une église aussi importante que celle de Rome? Il y a dans le verbe èmTroôw, avec l'expression du désir qui se porte vei's eux, celle du regret de n'avoir pu venir plus tôt. Un Xapw(j!.a, doriy est une manifestation concrète de la grâce ()fapK). L'épithéte spirituel dit quelle sera la nature et la source de ce don qu'il espère communiquer aux lecteurs (l*Esprit, le Tcveufiia). Le mot ùpv, à vous, est interposé entre le subst. et l'adj. pour mieux faire ressortir ce dernier. — L'apôtre espère que par cette communication ils l'ecevront un accroissement de la force de Dieu au-dedans d'eux. Il met le verbe au passif : que vous soyez fortifiés. H ne faut pas traduire : pour vou^ affermir (Oltram.); Paul efface, au contraire, par la forme passive, son rôle personnel et ne laisse paraître que le résultat; c'est Dieu qui fortifiera. — Il y aurait quelque charlatanisme dans le choix de ce terme fortifier, affermir, si, comme le pensent Baur et, d'après lui, MM. Mangold, Sabatier, etc., l'apôtre ivait pour but d'opérer par cette lettre une transformation radicale de la conception de l'Evangile, telle qu'elle existait à Rome. Fortifier, ce n'est pas jeter dans une autre /oie, c'est faire marcher plus fermement dans celle dans laquelle on est déjà. — Mais Paul était trop sincèrement lumble et en même temps trop délicat pour donner à sup- K>ser que l'avantage spirituel résultant de son séjour au

milieu d'eux ne serait que d'un seul côte. 11 se hâte 4*^ jouter qu'il espère bien lui-même en avoir sa part, v. ^2. Les premiers mots, de ce verset ont été en général mal compris; on leur a donné le sens de la formule toIït' wt, c est-à-dire (Osterv., Oltram.). On oublie que le ^e ajouté ici (touto ^8 edTt) indique, non une simple répétition explicative, mais une modification et un progrès dans l'idée. Le sens est donc : ou pour mieux dire. En effel, il restait à Paul à ajouter à l'idée du bien qu'il comptait faire celle du bien qu'il espérait recevoir lui-même. C'est précisément à quoi tend l'étrange construction des mots qui vont suivre. Il n'y a aucun doute que la prép. cuv, avec, dans le verbe composé GU[it.irapaîc>.7i6^vai, être encouragé avec, ne signifie : « moi avec vous^ chrétiens de Rome. » Car le sujet de ce verbe ne peut être que l'apôtre, vu les mots suivants : au milieu de vous. Fritzsche essaie de lui donner pour sujet un vous, î>(jLaç, sous-entendu; Meyer et Hofmann veulent faire de cet infinitif une dépendance directe du mot je désire, v. H : « Je désire vous voir et être encouragé au milieu de vous. » Mais c'est méconnaître 1^ relation évidente entre les deux infinitifs passifs, étroite-' ment liés l'un à l'autre : « Pour que vous soyez fortifiée et, pour mieux dire, qu'avec vous je sois encouragé parmi vous. ï) Le « avec (vous) » relève la notion de leur affermissement, . pour y ajouter immédiatement, et cela dans le même mot (en grec), celle de l'encouragement de Paul luimême, comme n'étant qu'un avec le leur; car fortifier les autres, n'est-ce pas le moyen de s'encourager soi-même? On participe à la force que l'on communique. L'apôtre paraît dire qu'il y a dans son désir autant de saint égoïsma que de saint zèle. La substitution du terme encourager (en parlant de Paul) à celui de fortifier (en parlant d'eux) est significative. Il s'agit uniquement pour Paul de son

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sentiment subjectif qui pouvait être un peu déprimé et qui recevrait du succès de son œuvre chez eux un nouvel élan; comp. Act. XXVIII, 15 (il prit courage, eXape ôafxio;). Cette même délicatesse d'expression continue dans les mots suivants. Par le : au milieu de vous, Tapôtre dit que leur présence à elle seule sera déjà pour lui un reconfort. 11 y a littéralement dans ce qui suit : « par la foi et de moi et de vous, les uns envers les autres, » Ces derniers mots expriment une réciprocité en vertu de laquelle sa foi agira sur la leur et la leur sur la sienne; et comment cela? En vertu de la communauté de celte foi (par la foi de vous et de moi). C'est parce qu'ils vivent dans ce milieu commun <l'une même foi qu'ils peuvent agir et réagir spirituellement lui sur eux, eux sur lui. Quelle dignité, quel tact et quelle grâce dans ces paroles par lesquelles l'apôtre transfonne immédiatement le rôle actif qu'il est bien obligé de ^attribuer en premier lieu, en un rôle réceptif, pour *'H)utir à la notion qui réunit ces deux points de vue, celle "^ la réciprocité dans la communauté de vie morale! ^''^sme a rangé tout cela dans la catégorie de la pia vafri- ^* et de la sancta adulatio ^ Il n'a pas compris la sincé- '^é de l'humilité de Paul.

Atais ce que veut Paul, ce n'est pas seulement d'appor- ^ une force nouvelle aux chrétiens de Rome, tout en ^"réconfortant lui-même; c'est aussi de concourir à l'a- ^^dissement de leur église. 11 vient en apôtre et non pas élément en visiteur chrétien : tel est le sens des paroles iArantes(v. 13-15).

A?. 13 et 14 : « Or, je ne veux point que vous igno- ^^, frères, que plusieurs fois j'ai formé le dessein de ^i^iir chez vous (mais j'en ai été empêché jusqu'ici)

* Ruse pieuse et sainte adulation.

afin de recueillir quelque fruit ^ chez vous aussi, de même que chez les autres Oentils. 44* Je me dois et aux Qrecs et aux barbares, et aux sages et aux igno* rants.» - Les lecteurs pouvaient se demander avec quel- . que raison comment il se faisait que Paul, étant apôtre depuis plus de vingt ans, n'eût pas encore trouvé le terap* de venir proclamer la bonne nouvelle dans la capitale do monde. L'expression : Je ne veux pas que vous ignoriez a quelque chose de légèrement mystérieux qui s'expB-' quera tout à l'heure. Le ^é, or, indique une gradation, mais qui n'est pas icelle du simple désir (v. il) au dessem arrêté (v. 13). La vraie liaison dans ce sens eût été : cor même, et non pas : or. Paul passe plutôt ici du bien qrfrUu£l qu'il a toujours désiré faire aux croyants de Rome, à V extension de leur église à laquelle ils espère pouvoir contribuer. Qu'on se rappelle, en effet, son œuvre à Corinthe, à Ephése ; pourquoi n'en n'accompUrait-il pas à Rome une semblable? Il veut donc dire : « Je vous avoué" rai même toute ma pensée; mon ambition va jusqu'à faire chez vous (à Rome) quelques conquêtes nouvelles. » C'est là ce qu'il appelle cueillir quelque fruit. L'expression est aussi modeste que possible. A Gorinthe, à Ephése, il a recueilli de pleines moissons; à Rome, où l'égHse exista déjà, il veut seulement ajouter quelques poignées d'épisaux gerbes déjà moissonnées par d'autres. Kaprov e/ew, littéral, avoir du fruit, ne signifie pas ici : porter du fruit, comme si Paul se comparait à un arbre. Le N. T. a pour cette idée d'autres termes plus usités : xaprcov cpepetv, icouiv, ^t^ovat. Le sens est plutôt s'emparer du fruit comme ua cultivateur qui serre une récolte. — Les deux xat, aussi^ que présente le texte grec, « aussi chez vous, comme aussi

* Le T. R. lit /.apTiov -iva avec quelques Mnn. Tous les Mjj. : tiv»xap7:ov.

cYiez les autres Gentils, » signifient, le premier : « chez vous tout comme chez eux i>; le second : « chez eux tout comme chez vous. i> Saint Paul se souvient de ce qu'il a réussi à Caire ailleurs! Aucun lecteur exempt de parti pris ne pourra s'empêcher de voir ici la preuve évidente de l'origine païenne de la grande majorité des chrétiens de Rome. Entendre par ?ôvy) les nations en général, de manière à y renfermer aussi les Juifs, est contraire non seulement 3u sens constant de ce terme (voir v. 5), mais encore à la subdivision donnée dans le verset suivant en Grecs et barbes; car les Juifs, dans le sentiment de Paul, ne ren- ^''aient évidemment ni dans l'une ni dans l'autre de ces "6Ux classes. S'il eût pensé aux Juifs dans ce moment, il ^ût dû employer ici la classification du v. 16 : aux Juifs ^i<^'ux Grecs.

V. i4. Pas de particule de liaison. C'est toujours là l'in- <lice d'un sentiment qui en s'exaltant éprouve le besoin de ^^ réaffirmer avec une énergie croissante : « Oui, je me s^Hs redevable de moi-même à tout ce qui s'appelle Gen- Ws. » La première division, en Grecs et barbares^ porte sur *^ langage et par là même sur la nationalité; la seconde, ^usages et ignorants y sur le degré de culture. On peut se lîemander dans quelle catégorie Paul plaçait les Romains ^ux-mêmes. Quant à la première de ces deux classifications, il est évident qu'il ne peut pas ne pas ranger parmi les Grecs ceux auxquels il écrit en ce moment même en langue grecque. Les Romains, dès les temps les plus antiques, avaient reçu leur culture des colonies grecques qui s'étaient établies en Italie. Aussi Cicéron, dans un passage connu du De finibus (II, 45), oppose-t-il Grœcia et Italia réunies, à Barbaria. Quant au second contraste, il est possible que Paul envisage l'immense population de Rome, composée d'éléments si divers, comme se répartis-

sant entre les deux classes indiquées. Qu'importe? Tciz^qs ces individus, de toute catégorie, Paul les envisage coniL -yue ses créanciers. Il leur doit sa vie, sa personne, en \^rtu de la grâce qui lui a été faite et de la charge qu'il a reçve i (v. 5). C'est rémotion que lui cause cette pensée qui a produit Tasyndeton * entre les v. 13 et 14-,

V. 15 : ((Ainsi, quant à moi, j'ai le vif désir de vous annoncer aussi Tévangile, à vous qui êtes à Borne ^.i> — Des trois explications par lesquelles on a cherché à rendre compte de la construction grammatic^e de ce V., la plus simple me paraît être celle qui donne aux. mots xaT' è(jL£ un sens restrictif : pour ma part, c'est-à— ' dire : « en ce qui dépend de moi, pour autant que les cii'constances extérieures ne s'opposeront pas à mon désir, 'y^ et qui prend to iwpoôujxov comme la paraphrase du substa»-" tif irpoôupa; le sens est : « En ce qui me concerne, le pla ^ vif empressement existe chez moi de...» Ainsi expliquent '^ Fritzsche, Reiche, Philippi. De Wette et Meyer préfèrent '^ réunir to à xar' £(xe dans le même sens que nous venon^^ de donner à xar' éjjti seul, et prendre rpoÔujjLov comme su — ' jet : (( Quant à ce qui me concerne, il y a empressemen ^

à » On a fait aussi de t6 xax' £(xe une périphrase de sy»

comme sujet de la propos, et donné à rpoGupv la fonctions d'attribut : « Ma disposition personnelle est l'empressé-^

ment à vous annoncer » Le sens est à peu près le même

dans les trois explications. — Le ourto, ainsi, s'explique très-naturellement comme particule de conclusion. Cet empressement à prêcher à Rome non moins qu'ailleurs, est la conséquence de cette dette qu'il sent peser sur lui envers tous. Le sens de : de même, ne conviendrait pas aussi bien. — Le terme d'évangéliser, littéral, annoncer une

^ L*absence ûe toute particule logique.

' G^ omettent : toiç ev PojfjLrj.

aLVP. I, 14. 15. 189

loiivellc heureuse, parait ne pas s'appliquer à une éjjtlise iéjà fondée. Mais nous venons de voir qu'il s'agit ici d'élendre cette église en prêchant à la population non croyante t|ui l'entoure. De là l'emploi de cette expression. Il faut donc donner aux mots : i^ous qui êtes à Rome, un sens large. Ce ne sont pas seulement les membres de l'église qui sont désignés par là, mais en général toute la population de la grande ville, représentée aux yeux de Paul par ses lecteurs. Gomme dit Ilofmann, (( il considère ici les membres de l'église comme Romains, non comme chrétiens. » — Les mots à Rome sont omis par le Codex G, comme v. 7. Volkmar explique ce retranchement par le feil que quelque evangelistarium (i^ecueil des péricopes destinées à la lecture publique) aura supprimé ces mots pour conserver à notre épître son application universelle. Cette explication revient à celle que nous avons donnée au V. 7.

C'est ici que finit provisoirement la lettre et que com- •^ence le traité. La première proposition du v. 16: Je ^*ai point honte de Vévangile, est la transition de l'une à '^* autre. Gar les mots : je n* ai point honte, sont destinés à ^carter un soupçon qui pouvait s'élever contre l'empressement à prêcher à Home que Paul venait de professer; ils appartiennent donc encore à la lettre. Et, d'autre part, le terme évangile résume en un mot tout le contenu du traité didactique qui va suivre. — 11 est impossible de voir dans cette première proposition du v. 16 autre chose qu'une transition et d'en faire sortir, comme le prétend Hofmann,. J'explication du but de l'épître entière.

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