LA COLÈRE DE DIEU PESANT SUR LE MONDE ENTIER
Dans le ch. I, depuis le v. 18, saint Paul retrace sans contredit l'état misérable du monde paien. Dès le ch. II, il s'adresse à un personnage qui juge très-sévèrement les abominations païennes que Paul vient de décrire €l qui représente évidemment une toute autre portion de l'humanité. Au v. 17, il apostrophe ce personnage par son nom : c'est le Juif; et il lui démontre que lui aussi il est sous le poids de la colère. 11 résulte de là que le premier morceau de cette section va jusqu'à la fin du ch. I et qu'il a pour sujet : le besoin de salut démontré par l'état du monde païen contemporain.
lYe MORCEAU (I, 18-32).
La colère de Dieu sur l'humanité paienne.
Le premier verset renferme sommairement, selon la '^Gthode ordinaire de Paul, toutes les idées développées
dans le morceau qui va suivre. L'étude de ce verset sera donc une analyse anticipée du morceau tout entier.
V. 18 : ce Car la colère de Dieu se révèle du cielcon* tre toute impiété et injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive. ^ — La transition du V. 17 au V. 18, indiquée par car, ne peut être que celleci : Il y a révélation de justice par TEvangile, parce qu'il y a révélation de colère sur le monde entier. Celle-là est nécessaire pour sauver le monde (comp. GcoTvipta, salut, v. 16) des conséquences de celle-ci. — De la notion de colère, quand elle est appliquée à Dieu, il faut naturellement éloigner tout ce qui souille la colère humaine, le ressentiment personnel, le trouble moral qui donne aux manifestations de rindignation le caractère de la vengeance. En Dieu, qui est le Bien vivant, la colère apparaît comme la sainte désapprobation du mal et la ferme résolution de le détruire. Mais il est faux de dire^ comme on le fait si souvent, que cette émotion divine ne s'applique qu'au mal et non au méchant. Dans la mesure où celui-ci renonce à réagir contre le mal et s'identifie volontairement avec lui, il devient lui-même l'objet de la colère et de toutes ses conséquences ^ L'absence d'article devant le mot 6py/), colère, fait ressortir la catégorie plutôt que le fait lui-même: il y a manifestation ayant un caractère de colère, non d'amour. — Cette manifestation vient du ciel. Le ciel ne désigne pas ici le ciel atmosphérique ou stellaire ; ce terme est l'expression emblématique de l'invisible résidence de Dieu, ce siège de l'ordre parfait, d'où émane toute manifestation de justice sur la terre, toute lutte victorieuse du bien contre le mal. Le ciel visible, la régularité du mouvement des astres, le vif et pur éclat d^ leurs feux,
• Nous renvoyons à un appendice placé à la fin de ce verset l'eiamen de la théorie de Ritschl sur la colère de Dieu.
tout ce grand spectacle a toujours été pour la conscience humaine la représentation sensible de Y ordre divin. C'est dans ce sentiment que le fils prodigue s'écrie : a Père, j'ai péché contre le ciel et devant toi.» Le ciel, dans ce seps, est donc le vengeur de tous les sentiments sacrés outragés; c'est comme tel qu'il est mentionné ici. — Par âaépeia, impiété, Paul désigne tous les manquements dans la sphère religieuse, et par a^txta, injustice, tous ceux qui appartiennent au domaine moral. Volkmar définit très-bien ces deux termes : « Tout reniement soit de ïessence, soit de la volonté de Dieu. » Nous retrouverons ces deux genres de manquements signalés et développés dans ce qui suit, le premier, dans le refus d'adoration et d'action de grâces, V. 21 et suiv. ; le second, dans le refus de la connaissance du bien moral émanant de Dieu, v. 28*. — 'Etti, sur, a ici un sens très-hostile. — L'apôtre né dit pas : des hommes, mais littéral. : d'hommes qui retiennent. Comme le dit Hofmann, «la notion hommes est présentée d'abord d'une manière indéterminée, puis elle est précisée par le trait spécial: qui retiennent... y> Nous pouvons déjà conclure de ce manque de l'art, tûv (les), avant le subst., que Paul ne pense pas ici à l'humanité tout entière. Et, en efiet, il n'eût pu reprocher aux Juifs de retenir captive la vérité qui leur avait été révélée; comp. II, 19-21 ; tandis qu'il va reprocher directement ce péché aux païens. Nous devons donc voir dans ce v. 18 le thème du ch. I seulement, non celui des ch. I et II. D'ailleurs la colère de Dieu n'était pas encore révélée sur le monde juif; elle ne faisait que s'amasser (II, 5). — Assurément l'apôtre, en s' exprimant comme il le fait ici, ne méconnaît pas les nuances dans la conduite de l'humanité païenne ; la suite le montrera (II, 44. 15). Il ne veut parler que du caractère général de la .vie des Gentils. — La vérité retenue captive est, comme le
prouvent les v. 19 et 20, la connaissance de Dieu, telle qu'elle est communiquée à la conscience humaine. La retenir captive, c'est ne pas lui permettre de s'épanouir, dans l'intelligence, comme une lumière et, dans la conduite, comme une autorité sainte et une norme juste. On ne peut appliquer ici au verbe xaréyeiv, retenir, avec plusieurs interprètes, le sens de garder, posséder qu'a souvent ce mot, p. ex. i Cor. XV, 2; 1 Thess. V, 21. Il faudrait dans ce cas placer le reproche adressé aux païens non dans ce verbe, mais dans le régime ev iètxia, : « qui possèdent la vérité dans t injustice (en la pratiquant). > Mais la suite prouve, au contraire, que les païens n'avaient pas conservé le dépôt de la vérité qui leur avait été confié ; et le simple régime : dans tinjustice, ne suffirait pas pour caractériser le péché qui leur est reproché et qui motive la colère divine. Il faut donc prendre le mot xaréj^^eiv, retenir, dans le sens où nous le trouvons 2 Thess. II, 6. 7 et Luc IV, 42: arrêter t essor, compr/mer. Oltramare: « Ils l'ont empêchée de se faire jour, » — Plusieurs traduisent ces mots ev i^mr. par Vinjmtice; ils paralysent la vérité en eux par l'amour et la pratique du mal. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas ajouter de nouveau la notion de l'impiété à celle de l'injustice? Le sens littéral est, non par l'injustice, mais par injustice; ce rég. est donc pris dans le sens adverbial:, injustement, mal et méchamment. N'y a-t-il pas, en effet, de la perversité à paralyser l'action de la vérité sur son cœur et sur sa vie?
A quelles manifestations fait allusion l'apôtre quand il dit que la colère se révèle du ciel? S'agit-il simplement du jugement de la conscience, comme le pensent Ambroise et plusieurs autres, en dernier lieu Hodge? Mais ce ne serait pas là un fait patent qui put être mis en parallèle avec celui de la prédication évangélique (v. 17). Bellaimin,
Grotius, etc., pensent qu'il s'agit de. la prédicalmi ellemême, et que les mots du ciel sont synonymes du ev aÙTw, en /a e (l'évangile), v. 17. Mais il y a, au contraire, antithèse évidente entre ces deux régimes, et, par conséquent, opposition entre la révélation de la justice et celle de la colère. — D'après les Pères grecs, aujourd'hui encore Philippi, Ewald, Ritschl, cette manifestation serait celle qui aura lieu au jugement dernier. Ce sens est incompatible avec le verbe au présent : se révèle, non qu'un présent ne puisse, dans certains cas, désigner ridée de l'action, indépendamment du moment de sa réalisation; c'est ainsi que le verbe même dont Paul se sert ici est employé par lui i Cor. III, 13. Mais là le sens futur (ou idéal) du présent est suffisamment démontré par tous les futurs qui entourent ce verbe (yewfaeTai, ^7i>.<o<7ei, &oxi(^.àagi), et le contexte parle assez haut. Mais dans notre passage le présent se révèle, V. 18, correspond au présent semblable du v. 17, qui est sans contredit le présent actuel. Il n'est pas possible, dans un tel contexte, d'appliquer celui du v. 18 autrement qu'à un fait actuel. — Hofmann rapporte ce mot se révèle à toute cette multitude de maux qui accablent continuellement l'humanité pécheresse ; et Pelage, prenant le mot du ciel à la lettre, voyait tout spécialement ici l'indication des orages et des tempêtes qui désolent la nature. Mais qu'y a-t-il dans les développements suivants qui soit propre à confirmer cette explication? Le mot se révèle, placé avec éclat en tête du morceau, doit en énoncer le thème; et son sens est par conséquent déterminé par tout l'exposé qui va suivre. — Nous sommes ainsi conduits à l'explication naturelle. Au v. 24, il est parlé d'un châtiment divin, celui par lequel les hommes ont été livrés à la puissance de leurs convoitises impures. Cette idée est répétée au v. 26, et une troisième fois au v. 28 : « Dieu
les a livrés à un esprit inintelligent.» Chaque fois ce châtiment, manifestation terrible de la colère de Dieu, est expliqué par un péché correspondant commis par les païens. Gomment ne pas voir là avec Meyer Texplication, donnée par Paul lui-même, de sa pensée dans notre verset? Par là le sens du tableau suivant et son rapport au V. 18 deviennent parfaitement clairs : l'expression la vérité est expliquée dans les v. 19. 20; c'est la révélation de Dieu à la conscience des païens ; la notion : comprimer la vérité, est expliquée dans v. 21-23 (et 25); ce sont les égarements volontaires du paganisme ; enfin l'idée de la révélation de la colère divine est développée dans les v. 24-27; ce sont les énormités contre-nature auxquels Dieu a livrés les païens et par lesquelles il a revendiqué son honneur outragé. Toutes les notions du v. 18 sont ainsi reprises et développées dans leur ordre logique v. 19-27 ; c'est là le premier cycle (l'âcepeta, Yimpiété). Elles sont reprises et développées une seconde fois, dans le même ordre, mais sous un autre aspect (l'à^txia, Yinjustice), v. 28-32. Le sens de ces mots : se révèle du ciel, n'est donc pas douteux. On a objecté que le terme révéler se rapporte toujours à une manifestation surnaturelle. Nous ne le nions point; et nous pensons bien que Paul voit dans la dégradation monstrueuse des populations païennes, qu'il va décrire (v. 24- 27 et V. 29-32), non une conséquence purement naturelle de leur péché, mais une intervention solennelle de la justice de Dieu dans l'histoire de l'humanité, celle qu'il désigne par le terme de Trapa^tSovai, livrer. — Si le v. 18 renferme, comme nous l'avons dit, trois idées principales : lo les païens ont connu la vérité; 2^ ils l'ont refoulée; 30 pour ce péché la colère de Dieu se déploie sur eux, il est manifeste que c'est la première de ces idées qui va faire le sujet des v. 19 et 20.
GHAP. I, 18. 213
La colère de Dieu, d'après Ritschl.
Dans son ouvrage Die christliche Lehre von der Rechtfertigung und Versôhnung (II, p. 123-138), Ritschl impute au pharisaïsme l'invention de l'idée de la justice rétributive et en nie l'existence dans l'Ecriture sainte. Obligé par là de chercher un sens nouveau à la notion de la colère de Dieu, il découvre celuici : Dans l'A. T. la colère de Dieu n'a qu'un but : sauvegarder Talliance divine; la colère de Dieu désigne donc uniquement les châtiments soudains et violents dont Dieu frappe soit les ennemis de l'alliance, soit ceux de ses membres qui en violent ouvertement les conditions fondamentales, — dans les deux cas non pour punir, mais pour maintenir ici-bas son œuvre de grâce. Dans le N. T. l'idée est la même au fond, mais elle se modifie dans l'application. La colère de Dieu ne peut plus avoir qu'une application eschatologique; elle se rapporte au jugement dernier dans lequel Dieu retranchera les adversaires du salut (non pour les punir, mais) pour les empêcher de mettre obstacle à la réalisation de son règne (1 Thess. 1, 10; Rom. V, 9). Quant à notre passage qui paraît inconciliable avec cette notion, voici comment ce savant cherche à l'interpréter : C'est jusqu'à II, 4. 5, qu'il faut attendre pour trouver le développement de l'idée de la colère de Dieu énoncée au v. 18. Tout le morceau, v. 19 à II, 3, est consacré à exposer le péché des païens, le fait du xcné/ew T^jv okffleKXyf, retenir la vérité captive. La description du châtiment (la révélation de la colère) n'est développée que depuis II, 5 ; or, ce passage se rapporte évidemment au jugement dernier. C'est ainsi que l'ingénieux théologien parvient à mettre notre passage d'accord avec son système. — Mais je crains qu'il n'y ait dans le moyen employé plus d'habileté que de vérité: lo Ritschl ne veut point reconnaître dans la colère de Dieu un sentiment intime, mais uniquement un acte extérieur, un jugement. Mais pourquoi dans ce cas Paul eritploie-t-il le terme colère, auquel il ajoute même, II, 8, celui de Ou(xoç, indignation^ qui désigne ce qu'il y a de plus profond dans le sentiment? S^Nous avons vu que le présent se révèle, faisant antithèse à celui du T. 17, et le motivant (yocp, car), ne peut désigner qu'un présent actuel, 3o Ne saute-t-il pas aux yeux que l'expression trois fois répétée : c* est pourquoi il les a livrés (v. 24. 26. 28), décrit,
non le péché des païens, mais leur châtiment. Cela ressort d'abord du terme livrer : livrer est l'acte du juge; être livrée le châtiment du coupable. Cela résulte également des c^est pourquoi'^ par ce mot Paul passe évidemment à chaque fois de la description du péché à celle de la punition, c'est-à-dire à la révélation de la colère. 4<> Quant à II, 4. 5, ces versets ne commencent nullement par un : c'est pourquoi; comme cela devrait être si c'était à cet endroit du texte que Tapôtre passait de la description du péché à celle du châtiment. Ces v. se rattachent, au contraire, étroitement au v. 3, comme continuation de la réfutation de la sécurité juive relativement au jugement dernier, réfutation cemmencée au v. 3 par ces mots : t Penses-tu (v. 3)...? » et continuée au v. 4 par ceux-ci : « Ou \jnême'\ méprises-tu,,,. 1 » Comment voir là le commencement d'une nouvelle idée, de celle du châtiment faisant suite à celle du péché ? Nous renvoyons au v. 32 l'examen de l'interprétation de ce v. par laquelle Ritschl cherche à justifier toutes ces tortures infligées au texte de l'apôtre.
En face du terme d'ôpyi^, colère^ appliqué aux païens d'abord, V. 18, et aux Juifs ensuite, II, 5, nous avons donc le droit d'en rester à la notion de ce sentiment divin telle que nous Tavons exposée p. 208.
V. 19 et 20 : ce vu que ce qui se peut conniutre de Dieu est manifesté en eux; car Dieu le leur a manifesté; 20 car les perfections invisibles de Dieu, sa puissance étemelle et sa divinité, sont contemplées spirituellement dès la création du monde dans ses ouvrages, afin qu'ils soient inexcusables p — La vérité dont Paul voulait parler au v. 18 était cette révélation que Dieu avait accordée aux hommes, de sa personne et de son caractère. Le &ioti, vu que (pour ^tà toOto oti, à cause de ce que), porte la pensée sur ce qui suit comme raison de ce qui précède, à l'inverse de ^lo, à cause de quoi (v. 24-), qui montre dans ce qui précède la raison de ce qui va suivre. — Le sens de ce ^toTt, vu que, est celui-ci :
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Ils ont étouffé la vérité, vu que la vérité leur avait été révélée (v. 49 et 20) et qu'ils l'on changée en mensonge (v. 24-23 (25). — Le terme yvoxiTov, proprement ce qui se peut connaître, signifie ordinairement dans le N. T. ce que ton connaît réellement (yvwToç); c'est son sens probable Luc H, 44; Jean XVIII, 45; Act. I, 49; XVII, 23. Cependant il n'est pas bien certain que l'on ne puisse donner aussi le premier sens à ce mot dans quelques-uns des passages cités; et dans le grec classique, ce sens est le plus ordinaire (voir les nombreux exemples cités par M. Oltramare). Ce qui décide en sa faveur dans notre passage, c'est la tautologie choquante qu'il y aurait à dire : <l ce qui est connu de l'être de Dieu e*^ manifesté, » Il y a donc lieu de préférer ici le sens grammatical et reçu chez les classiques. Paul veut dire : « ce qui se peut connaître de Dieu sans le secours d'une révélation extraordinaire, est clairement manifesté au-dedans d'eux. » Une lumière s'est faite dans leur conscience et dans leur intelligence, et cette lumière portait sûr l'existence et le caractère' de l'être divin. Ce fait présent : est manifesté, est ramené ensuite à sa cause qui est énoncée par le verbe à l'aoriste : (( car Dieu le leur a manifesté; i> cet état de connaissance est dû à un acte divin de révélation. Dieu n'est pas connu comme un objet ordinaire; quand il est connu, c'est lui qui se donne à connaître. La connaissance que les êtres ont de lui est un acte libre de sa part. Le v. 20 explique par quel moyen extérieur il a opéré dans la conscience des hommes cette révélation de lui-même.
V. 20. Il l'a fait par ses œuvres dans la nature. Par le terme rà iopara, les choses invisibles, l'apôtre désigne l'essence de Dieu et la multiplicité des attributs qui la distinguent. Il les résume ensuite dans ces deux : puissance éternelle et divinité, La puissance est bien ce qui saisit immé-
diatement l'homme, lorsque le spectacle de la nature s'offre à ses regards. En vertu du principe de causalité inné à son intelligence, il voit aussitôt dans cet immense effet la révélation d'une grande cause ; et le Tout-Puissant se révèle à lui. Mais cette puissance se présente à son cœur revêtue de certains caractères moraux, en particulier la sagesse et la bonté. 11 reconnaît dans les œuvres de cette puissance, dans la série infinie des moyens et des buts qui s'y révèlent, les traces irrécusables de la bienveillance et de l'intelligence, et en vertu du principe de finalité ou de la notioa de but, non moins inhérente à l'essence de son esprit, il orne la cause suprême des attributs moraux qui constituent ce que Paul appelle ici la divinité, Ôêiotyi;, l'ensemble des qualités en vertu desquelles la puissance créatrice peut avoir organisé un pareil monde. — L'épithète ai^to;, éternelle (de agi, toujours), est rapportée par plusieurs aux deux substantifs; mais la puissance seule avait besoin d'être ainsi déterminée, afin de l'opposer à cette foule de causes secondes que l'on observe dans la nature. Celles-ci sont posées par des causes antérieures. Mais la cause première de laquelle dépend toute cette série de causes et d'effets, est éternelle, c'est-à-dire cause d'elle-même. L'adjectif ne se rapporte donc qu'au premier des deux substantifs ; le second n'avait nul besoin d'une détermination semblable. — Ces choses invisibles, appartenant à l'essence de Dieu, ont été rendues visibles depuis que par la création de l'univers elles ont été extérieurement manifestées. Le datif toi; Tuotyffjiaai est instrumental : par les œuvres de Dieu dans la nature; aiuo, depuis, indique que le moment de la création a été le point de départ de cette révélation qui dure encore. — La locution complexe vooupLeva xaôopàTai, sont contemplées spirituellement, renferme deux idées étroitement liées : d'un côté, celle d'une intuition sensi-
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ble; de l'autre, celle d'un acte d'aperceplion intellectuelle, par lequel ce qui s'offre à l'œil devient en même temps une révélation pour la conscience. L'animal voit comme l'homme; mais il lui manque le voGç, l'intelligence (^d'oii le verbe voeîv, vooupLgva), par lequel l'homme remonte de la contemplation de l'ouvrage à celle de l'ouvrier. Ces deux vues simultanées, l'une sensible, l'autre rationnelle, constituent chez l'homme un acte unique, admirablement caractérisé par l'expression de contemplation spirituelle, dont se sert l'apôtre.
On voit quelle était la largeur de cœur et d'esprit de saint Paul. Il ne méconnaît point, comme le faisaient les Juifs, comme l'a même fait quelquefois la science chrétienne, la valeur de ce que l'on a appelé la théologie naturelle. Et ce n'est certainement pas sans raison que Baur (Paulus, t. II, p. 260) a envisagé ce passage comme posant la première base de l'universalisme de l'apôtre. Cette même idée d'une révélation universelle se retrouve dans les discours de Paul à Lystre et à Athènes (Act. XIV, 17; XVII, 27. 28); ainsi encore 1 Cor. I, 21; et dans notre épître même, III, 29 : « Dieu n'est-il pas aussi le Dieu des païens? » question que met dans son*plein jour l'idée d'une révélation primordiale adressée à tous les hommes.
Les derniers mots du v. indiquent le btit de cette révélation universelle : afin qu'ils soient inexcusables. Ces paroles étonnent : Dieu ne se serait-il révélé aux païens que pour motiver la condamnation dont il les frappe? Cette idée a paru si révoltante qu'on a cru devoir atténuer le sens de la locution «içto... et traduire de sorte que (Osterv.), ou : « ils sont donc inexcusables » (Oltram.). C'est un grand mérite des commentaires de Meyer d'avoir vigoureusement réagi contre cette méthode d'explication qui affaiblit arbitrairement le sens de certaines prépositions et particules
âlS LA JUSTIFICATION PAR LA FOI.
chez saint Paul. S'il eût voulu dire de sorte que, il avait pour cela Texpression régulière : wcTe «Ivai. Et la vérité, si Ton comprend bien sa pensée, n*a rien de si repoussant : afin, veut-il dire, que si, après avoir été ainsi éclairés, ils viennent à méconnaître Texistence et le caractère de Dieu, ils soient inexcusables. Le premier but du Créateur était de se faire connaître à sa créature. Mais si, par sa propre faute, l'homme venait à se détourner de cette lumière, il ne devait pas pouvoir accuser Dieu des ténèbres dans lesquelles il se serait plongé lui-même. On pourrait traduire d'une manière un peu vulgaire : afin qu'en cas d'égarement, ils ne pussent prétexter cause d'ignorance. Dans ces conditions, rien n'empêche que le afin que ne conserve son sens naturel.
Par les v. 49. 20 a été exphquée l'expression a>.Yfôeta, la vérité^ du v. 18. Les v. 21-23 développent l'expression jtaTsyeiv tyjv aV/îôetav, retenir cette vérité captive,
V. 21 et 22 : ce Yu que, tout en connaissant Dieu, ils ne l'ont pas glorifié comme Diea, ni ne lui ont rendn grâces; mais ils ont été frappés de vanité dans leurs raisonnements, et leur cœur inintelligent s'est obscurci. ^ — hevu que porte sur cette idée d'inexcusabilité qui termine le v. 20, et reproduit le sentiment d'indignation qui avait dicté le ev à^wcia, mal et méchamment^ du V. 18 : ce Oui, inexcusables en raison de ce que... » — Comment l'apôtre peut-il dire des païens qu'ils ont connu Dieu? S'agit-il d'une simple possibilité? L'expression ne le permet pas. Le v. 19 a déclaré que la lumière s'était réellement faite aii-dedans d'eux. Le paganisme lui-même est la preuve que l'esprit humain avait réellement conçu la notion de Dieu ; car cette notion se trouve au fond de toutes les formes variées du paganisme. Seulement, voici ce qui est arrivé : cette révélation n'a pas passé de la forme
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passive à la forme active. L'homme s'est borné à la recevoir. Il ne s'est pas mis aussitôt à la saisir et à la développer spontanément. Il eût été élevé par là de lumière en lumière; c'eût été cette voie de la connaissance de Dieu par la sagesse dont parle saint Paul 1 Cor. I, 21. Au lieu de s'ouvrir lui-même à l'action de la lumière, l'homme y a soustrait son cœur, sa volonté; au lieu de développer la vérité, il l'a étouffée. — Sans doute, les actes de culte et les hommages de reconnaissance adressés aux dieux ne manquaient pas dans le paganisme ; mais ce n'est pas pour rien que l'apôtre a soin de placer en tête les mots : comme Dieu. La tâche du cœur et de l'intelligence eût été de faire surgir de la contemplation de l'œuvre l'intuition distincte de l'ouvrier divin, puis d'orner par l'adoration cet Etre sublime de toutes les perfections qu'il faisait rayonner dans sa création. C'eût été là glorifier Dieu, comme Dieu. Car la plus haute tâche de l'intelligence est de poser Dieu librement, tel qu'il se pose lui-même dans sa révélation. — Que si cet acte de raison faisait défaut, le cœur au moins avait une autre tache à remplir, celle de rendre grâces. Un enfant même ne dit-il pas : merci, à son bienfaiteur? Cet hommage a manqué comme l'autre. Le mot î;, ow, doit s'entendre ici, comme souvent, dans le sens de : ou au moins. Les mots comme Dieu dépendent aussi logiquement de rendre grâces^ ce que nous n'avons pu exprimer en français *. — Or, l'homme ne pouvait rester stationnaire. Ne marchant pas en avant sur la voie de la religion active y il ne pouvait que s'égarer dans une voie détournée, celle de l'impiété, dont parlait le v. 18. Après avoir négligé de poser Dieu, comme l'objet suprême de son activité, l'intelligence a été réduite à travailler dans le vide; elle s'est
* M. Oltramare : « Ils ne l'ont ni glorifié, ni bëni comme Dieu.»
220 LA JUSTIFia\TION PAR LA FOL
en quelque sorte fuiiUsée (ejAaTaMàÔYxyav) ; elle a peuplé Tunivers de fictions, de chimères. Paul appelle ainsi les vaines créations mythologiques. Le terme éjjwtTaicàOïiffav, ont été frappés de vanité, fait évidemment allusion à celui <le (laTata, choses vaines, qui était le nom que les Juifs donnaient aux idoles (comp. Act. XIV, 15; Lévit. XVII, 7; Jér. II, 5; 2 Rois XVII, 45). — Le terme è%oLkoyia[Loi, raisonnements, est toujours pris par les écrivains du N. T. dans un sens défavorable; il désigne Tactivité déréglée du voiîç, de V intelligence, au service d'un cœur gâté. — La corruption du cœur est indiquée dans les mots suivants : elle a marché de pair avec l'égarement de la raison dont elle est à la fois la cause et Teffet. Le cœur, xap^ia, est, dans le N. comme dans TA. T. (leb), le siège central de la vie personnelle, ce que nous appelons le sentiment^ cette puissance intime qui détermine à la fois l'activité de l'intelligence et la direction de la volonté. Resté vide de son véritable objet par le refus de rendre grâces à Dieu, comme Dieu, le cœur des hommes s'est rempli d'inspirations ténihreuses; ce sont les convoitises coupables qu'inspire l'amour égoïste des créatures et du moi. L'épithète â(juv«Toç, inintelligent, est souvent expliquée comme expression anticipée de ce que le cœur allait devenir sur ce chemin : « de manière à être rendu stupide. » Mais n'y avait-il pas déjà quelque chose d'insensé dans l'ingratitude signalée au V. 21 ? L'inintelligence existait donc dès le début. — Dans la forme de l'aor. 1er pass. £(7xoti(j6>î, a été obscurci (aussi bien que dans l'aor. précédent £(jt.aTata)6Yi<>av), s'exprime déjà le sentiment d'une dispensation divine, mais encore ^ous la forme d'une loi naturelle, dont l'application pénale Jes a frappés.
A ce premier degré, plutôt intérieur, en a succédé un second, plus extérieur.
V. 22 et 23 : a Se prétendant sages, ils ont été ren* dus fous, 23 et ils ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l'image de Thomme corruptible et des oiseaux et des quadrupèdes et de& reptiles. » — La futilisation des pensées a atteint le caractère de la folie. Qu'est-ce, en effet, que le polythéisme, sinon une sorte d'hallucination permanente, de délire collectif, ou, comme le dit si bien M. Nicolas, une possession en grand? Et ce trouble mental s'est élevé à une sorte de perfection précisément chez les peuples qui, plus que tous^ les autres, prétendaient à la gloire de la sagesse. En disant : se prétendant sages^ Paul ne veut pas stigmatiser absolument la philosophie ancienne ; il veut seulement dire que tout ce travail des sages n'a pas empêché les nations les plus civilisées, les Egyptiens, les Grecs, les Romains, d'être en même temps les plus idolâtres de toute l'antiquité. L'imagination populaire, complaisamment sei;vie par les prêtres et les poètes, n'a pas permis aux efforts des sages de dissiper ce vertige.
Au bien omis se substitue toujours un mal commis. Comme sur la ligne de l'intelligence le refus d'adoration (ils n'ont pas glorifié) étiit devenu un vain travail d'esprit (ils ont été rendus vains), puis enfin l'égarement complet^ la folie (ils sont devenus fous) y ainsi sur la ligne du cœur l'ingratitude s'est transformée en obscurcissement d'abord,, et enfin — c'est ici le dernier terme, décrit v. 23 — en monstrueux et avilissant fétichisme. Le cœur ingrat ne s'est pas borné à ne pas remercier le Créateur; il l'a dégradé,, déshonoré, en le changeant en son contraire.
La gloire de Dieu est l'éclat que projettent dans le cœur des créatures intelligentes ses perfections manifestées; de là une image resplendissante qui est pour l'homme l'idéal de tout ce qui est bien. Cette image s'était produite au-
dedans d'eux. Qu'en ont-ils fait? La suite le dit. Tout en maintenant la personne divine, ils l'ont comme enveloppée <lans la ressemblance de son contraire; il eût presque mieux valu la passer sous silence; c'eût été un moins ^rand affront. La prépos. èv (qui répond ici au a hébreu) décrit précisément cet emprisonnement de l'éclat divin dans une forme ignoble et grotesque. Ce sens nous paraît préférable à celui des interprètes qui, comme Meyer, traduisent sv : par, ce qui est moins naturel avec un verbe tel que changer. Il est plus simple de dire « changer en, » •que « changer par. » — L'épithète incorruptible est comme une protestation anticipée contre cette dégradation ; aussi ne faut-il pas traduire avec Oltramare immortel. Paul veut dire que la gloire de Dieu n'est pas atteinte par ce traitement qu'elle a dû subir. Dans l'expression : la ressemblance de l'image, il faut sans doute appliquer le premier terme au simulacre matériel, et le second à l'image présente à l'esprit de l'artiste, lorsqu'il conçoit le type du Dieu qu'il veut représenter. — Le culte de Y homme caractérise surtout le polythéisme grec et romain ; celui des <lifférentes classes d'animaux, le paganisme égyptien et barbare. Qu'on se rappelle le culte du bœuf Apis, de l'ibis, ^u chat, du crocodile, etc., chez les Egyptiens.
L'idolâtrie n'est donc point, d'après saint Paul, un progrès qui se serait opéré dans la pensée religieuse de l'humanité, partie du fétichisme primitif. Bien loin d'être un premier pas vers le monothéisme final, le polythéisme est au contraire le résultat d'une dégénérescence, un abandon du monothéisme originaire, un obscurcissement de l'intelligence et du cœur qui a fini par aboutir au plus grossier fétichisme. L'histoire des religions, sévèrement étudiée comme elle l'est aujourd'hui, donne pleinement raison à la conception de saint Paul. Elle montre que les
païens actuels de Tlnde et de TAlVique, bien loin de s'élever par eux-mêmes à un état relijçieux supérieur, n'ont fait que déchoir depuis des siècles et subir une dégradation croissante. Elle prouve qu'au fond de toutes les religions et de toutes les mythologies païennes se trouve un monothéisme originaire qui est le i)oint de départ historique de l'état religieux de toute l'humanité ^
On a vu dans cet exposé de l'apôtre une réminiscence de celui du livre de la Sapience (comp., p. ex., les passages Sap. XIII, 1-8 et XIV, 11-20). Mais quelle différence entre l'explication plate et superficielle de l'idolâtrie que donne à ses lecteurs l'auteur alexandrin, et la profonde analyse psychologique renfermée dans les v. précédents de saint Paul. Cette comparaison fait précisément éclater la différence entre le coup d'œil de l'auteur éclairé d'en-haut et celui du Juif ordinaire qui cherche à reconstruire par ses propres forces le grand fait historique de l'idolâtrie.
L'apôtre a développé les deux termes du v. 18 : vérité et comprimer la vérité. Après avoir ainsi présenté, d'un côté, la révélation divine, et de Tautre, le péché de l'homme qui Ta étouffée, il ne lui reste plus qu'à exposer la troisième idée de son texte : la manifestation terrible de la colère de Dieu sur ce péché, dans lequel se concentrait toute r impiété humaine.
V. 24 et 25 : € C'est pourquoi aussi ^ Dieu les a livrés par les convoitises de leur cœur à Timpureté, pour deshonorer en eux-mêmes ^ leur corps; 25 eux qui ont travesti la vérité de Dieu en mensonge et ont révéré
^ Voir la démonstration complète de ce fait dans le travail de Pflciderer, Jahrbucher f. prot, Theol. 1867.
' N A B C omettent le xat après oto qui se lit dans lé T. R. avec D E G K L P et la plupart des Mnn.
• N A B C D : 6v auTo:; ; T. R. avec E G K L P les Mnn : £v exutoi;.
et servi la créature au lieu du Créateur qui est béni éternellement, amen. y> — Dans ces mots s'exprime le sentiment d'indignationt qu'excitent dans le cœur de l'apôtre la pensée et la vue du traitement que Dieu a subi de la part ^ de Tètre auquel il s'était pourtant si magnifiquement ré-^ — . vêlé. Il y a dans ces versets-là quelque chose de ce Trapo — . ^uGp;, de ce cœur outré, dont parle l'auteur des Acte^*- (XVII, 16), en décrivant les impressions de Paul pendan^^ son séjour à Athènes. Ce sentiment s'exprime avec éner**-, gie dans les deux conj. ^lo xat, cest pourquoi aussi. Aic^^ littér. à cause de quoi, c'est-à-dire, du péché qui vien/ d'être décrit; cette première conj. se rapporte à lai justice du châtiment en général; la seconde, xai, aussiy fait ressortir plus spécialement la relation de conformité entre la nature du châtiment et celle de la faute. Ils ont péché, c*est pourquoi Dieu les a punis; ils ont péché en dégradant Dieu , c'est pourquoi aussi Dieu les a dégradés. Ce xat a été omis par les alex.; à tort, comme on le voit; car il exprime l'idée la plus profonde de tout ce morceau. Nul n'aurait songé à l'ajouter. — Le mot a livrés ne signifie pas que Dieu les a poussés au mal en punition du mal qu'ils avaient déjà commis. La sainteté de Dieu s'oppose à un pareil sens, et livrer n'est pas pousser. D'autre part, il est impossible de se contenter de l'idée d'une simple permission : « Dieu les a laissés se livrer au mal. » Dieu n'a pas été purement passif dans le développement épouvantable de la corruption païenne. En quoi a consisté son action? Il a positivement retiré sa main; il a cessé de retenir le bateau qu'entraînait le courant du fleuve. C'est ce qu'exprime le terme dont se sert l'apôtre Act. XIV, 46: ((il a laissé les Gentils marcher dans leurs voies, » en ne faisant pas pour eux ce qu'il n'a cessé de faire pour le peuple juif. Ce n'est point la simple abstention;
est le retrait positif d'une force. Tel est aussi le sens s la parole, Gen. VI, 3 : « Mon esprit ne luttera pas à >ijjours avec les hommes. » Gomme le dit Meyer, la loi de histoire en vertu de laquelle la défection de Dieu est suite chez les hommes d'un pareil accroissement d'immoraté, n'est pas un ordre de choses purement naturel; la uissance de Dieu est active dans l'exécution de cette loi.» i l'on demande comment une telle manière d'agir s'acorde avec la perfection morale de Dieu, la réponse est 3ins doute qu'arrivé à un certain degré de corruption, liomme ne peut être guéri que par l'excès de sa corrupon même; c'est le seul moyen de produire encore ce que c>iis les appels et tous les châtiments précédents n'étaient ^as pai^venus à opérer, la réaction salutaire de la repenance. C'est ainsi qu'à un moment donné le père du fils prodigue le laisse partir, en lui donnant même la part de ses biens. Le caractère monstrueux et contre nature des ^xcès qui vont être décrits, confirme cette manière de voir.
Les deux prépositions ev, par^ et eiç, à, diffèrent comme Je courant de l'eau qui entraine la barque, une fois détachée du rivage, et l'abîme dans lequel elle va être précipitée. Les convoitises existent dans le cœur; Dieu l'abandonne à leur puissance, et alors commence cette chute qui doit aboutir aux impuretés les plus dégradantes. — L'infinitif TO'j aTipia^ecôai pourrait se traduire : à l'impureté qui consiste à déshonorer. Mais comme tout ce passage est sous l'empire de l'idée de « la manifestation.de la colère divine, )> il est plus naturel d'appliquer à cet infinitif la notion de but : pour déshonorer. G'est une condamnation : « Vous m'avez déshonoré ; je vous livre à l'impureté pour que vous vous déshonoriez vous-mêmes. y> Voilà le xat, aussi^ du commencement du v. — On ne trouve chez les classiques
le verbe aTipt-àJ^ecrôai que dans le sens passif : être déshonoré. Ce sens ne pourrait convenir ici qu'en traduisant, comme Meyer : «pour que leurs corps soieiit déshonorés entre eux» (les uns par les autres). Mais ce sens ne répond point à , l'énergie de la pensée apostolique. Le châtiment consiste,^ non pas seulement à être déshonoré, mais surtout à s^ déshonorer soi-même. Il faut donc prendre aTipLo^ecÔa^ comme moyen et dans le sens actif : « pour déshonorer lei^ corps en eux-mêmes. y> Si ce sens moyen n'est pas usi^^ chez les classiques, c'est accidentel; car il est parfaitemen/ régulier. — Le rég. en euco-mêmes paraît oiseux au premier coup d'œil ; mais Paul veut caractériser cette flétrissure comme désormais inhérente à leur personnaHté ellemême : c'est un sceau d'infamie qu'ils portent à l'avenir marqué au front. Le sens des deux leçons ev aÙToîç et «v éauToîç ne diffère pas; la première est écrite au point de vue de l'écrivain, la seconde au point de vue des auteurs du fait.
Le châtiment est si sévère que Paul s'interrompt, comme s'il éprouvait le besoin de rappeler combien il était mérité. Par le oïtivs;, eux qui, v. 25, il remonte encore une fois du châtiment au péché qui l'a provoqué. Dieu en a agi ainsi avec eux, comme avec des gens qui en avaient agi ainsi avec lui. C'est là le sens du pronom oçtiç qui ne désigne pas seulement, mais qui qualifie. Le verbe (jlcttP^- >.a^av, ont travesti, par l'adjonction de la prép. (xstoc renchérit sur le simple 7î>.>.a$av, ont changé^ du v. 23 : le péché paraît toujours plus odieux à l'apôtre, à mesure qu'il y pense davantage. — La vérité de Dieu signifie certainement ici : la vraie notion de son être, l'idée qui seule répond à une si sublime réalité et que devait produire la révélation de lui-même qu'il tivait donnée ; comp. 1 Thess. 1, 9 où le vrai Dieu est opposé aux idoles. Gomme ce terme
bstrait est employé pour désigner le vrai Dieu, ainsi le T-Ot abstrait de mensonge désigne ici les idoles, ce masxie ignoble dont les païens affublent la figure de TEtre ►arfait. Et voici le comble de Tignominie. Après avoir traesti en dieu un simulacre indigne de lui, ils font de celuii l'objet de leur vénération (saefiacrÔYxyav). A ce terme qui ambrasse toute la vie païenne, en général, Paul ajoute îelui de 8>.aTpeu<yav, ils ont servi, qui se rapporte aux actes le culte positifs. — Ilapa, à côté de, signifie avec Taccus. : ^n passant outre, en laissant de côté avec mépris (pour aller adorer autre chose). — La doxologie qui termine ce verset : qui est béni éternellement, est un hommage destiné à laver en quelque sorte Topprobre infligé à Dieu par le paganisme. En vertu de sa terminaison, eù>.oyyiTo; peut signifier soit : qui doit être béni, soit : qui est béni. Le second sens est plus simple et plus ordinaire : préciséinent parce qu'il doit l'être, il l'est et il le sera, quoi que fassent à son égard les païens. Le terme ei; toù; alwvaç, à jamais, oppose la gloire éternelle de Dieu à l'honneur éphélïière qui est rendu aux idoles ou à l'affront temporaire qui est fait à Dieu. — 'AjAviv, amen, vient de l'hébreu aman, être ferme. C'est une exclamation destinée à dissiper par anticipation tous les voiles qui obscurcissent encore dans la conscience humaine la vérité proclamée.
Le V. 25 était une interruption arrachée à Paul par le besoin de son cœur indigné de justifier encore une fois la gravité d'un tel châtiment. Il reprend maintenant l'exposition du châtiment commencée au v. 24 ; et cette fois il va jusqu'au bout. Il ne recule devant aucun trait propre à faire ressortir la vengeance que Dieu a tirée de l'offense faite à sa majesté outragée.
V. 26 et 27 : ce A cause de cela Dieu les a livrés à des passions déshonorantes; car les femmes parmi eux
ont changé l'usage naturel en celui qui est contre nature ; 27 et les hommes aussi, pareillement S abanr donnant l'usage naturel de la femme, ont été enflammés, dans leurs passions ardentes, les uns pour les autres, commettant homme avec homme Tinfamie, et recevant en eux-mêmes^ le salaire bien mérité de leur égarement. » — Le v. 26 reprend la description commencée au V. 24 et que Paul avait interrompue pour remonter, v. 25, du châtiment à sa cause. Le ^tàroOTo, à cmise de cela, se rapporte à ce v. 25 et a la même portée logique que le ^lo, à cause de quoi, dans le v. 24, qui portait sur le v. 23 (reproduit dans le v. 25). Il est donc tout naturel que le verbe des deux propositions, v. 24 et V. 26, soit identique (irape^wxev, il a livré). — Le compl. aTtpLia;, de dés honneur , est un gén. de qualité (déshonorantes). Ce mot rappelle la fin du v. 24 : pour déshonorer leurs corps en eux-mêmes. Le terme iraôn, passions^ a quelque chose de plus ignoble encore que celui d'èm6u|xtai, convoiliseSy au v. 24; car il renferme une notion plus prononcée de passivité morale, de honteux esclavage. — Le tableau suivant des vices contre nature régnant alors dans la société païenne est confirmé de tous points par les détails affi'eux renfermés dans les ouvrages des écrivains grecs et latins. Mais on se demande comment Paul peut se livrer, comme avec une sorte de complaisance, à une semblable peinture. La réponse est dans la tendance de tout le passage à montrer la colère divine déployée sur le monde païen; comp. le terme de âvripcôia, juste rémunération, V. 27. Une loi plane sur l'existence humaine, loi qui est en même temps un acte divin : Tel tu fais ton
* A D G P lisent o{jloio); 8e, au lieu de ojioitoç ts que lisent tous les autres.
' Au lieu de sv cauTotç, B K lisent : ev auiots.
Dieu, tel tu te feras toi-même. — Les expressions ap^eve;, 67Î>.£tat, littéral, mâles, femelles, sont choisies conformément à Tesprit du contexte. — Tout est calculé dans le but de montrer qu'il y a ici un juste rendu de la part de Dieu. Le [jLeTYî\>.a$av, ils ont changé, travesti, répond au même verbe, v. 25, et le irapà (pu<riv, contre nature, au irapà tov xTtcavTa du même verset. — H y a dans le opicoç Te une idée d'égalité : et tout de même, tandis que la leçon ôpico; ^£ de quatre Mjj. renferme en même temps une idée de progrès, comme si l'avilissement de l'homme par l'homme . renchérissait sur celui de la femme. — Dans le îiv e^ei que nous avons traduit par a salaire bien mérité » (littér. le salaire qu'il fallait), on sent comme le frémissement de la sainte colère de Dieu. La justice ne le permettait pas autrement! L'égarement, TÙ.xsm, n'est pas l'erreur d'avoir cherché une satisfaction dans de telles infamies; c'est le mensonge volontaire de Yidolâtrie, le mensonge (tJ^eO^o;) du V. 25, l'étouffement de la vérité v. 18; car c'est là le motif de l'avTtpLwjôia, de la rétribution flétrissante, qui vient d'être décrite. Encore cette fois, le rég. en eux-mêmes fait ressortir la profondeur de cette flétrissure ; ils la portent en eux-mêmes visible aux yeux de tous.
Le sentiment moral chez l'homme a pour base la notion du Dieu saint. Abandonner celle-ci, c'est paralyser celuilà. En honorant Dieu, on s'ennoblit soi-même; en le rejetant, on se pervertit infailliblement. Telle est dans la pensée de l'apôtre la relation entre le paganisme et la corruption morale. La morale indépendante n'est pas celle de saint Paul.
Il vient de décrire Yimpiété du monde païen, l'idolâtrie, et son châtiment, les impuretés contre nature. Il décrit maintenant l'autre face du péché du monde, {injustice, et son châtiment, le débordement d'iniquités monstrueuses
dont les hommes se rendent coupables les uns envers le^ < autres et qui menace de submerger la société.
V. 28 : ((Et comme ils n'ont pas jugé bon de mairra tenir Dieu dans leur connaissance, Dieu^ les a livrai à un esprit dépourvu de jugement pour faire les choses malséantes; ^ — L'impiété des païens a été accompagnée d'une iniquité profonde : le refus de laisser la pensée du Dieu parfait dominer la vie humaine. Maintenir Dieu comme objet d'une connaissance distincte (sens littéral de l'expression de Paul), c'est entretenir vivante au-dedans de soi l'intuition de cet Etre saint, de telle sorte que sa volonté s'impose à la conduite tout entière. Voilà ce que les païens ont refusé de faire. Ne contemplant plus dans le cours de la vie Dieu et sa volonté, ils ont été livrés à toute injustice. — Kaôw;, comme (littér. conformément à ce que), indique de nouveau la corrélation exacte entre cette iniquité et le châtiment dont le tableau va suivre. — NoO; à^oxt(jt.oç, que nous traduisons par : un esprit dépourvu de jugement, répond au oùjc £Soxi[jLa<7av, ils n'ont pas trouvé bon; ayant refusé d'apprécier Dieu, ils ont perdu le vrai sens d'appréciation morale, et cette perte avec toutes ses conséquences est un jugement, aussi bien que les passions contre nature décrites plus haut. C'est ce qu'exprime le xaps^wjtev, a livré, correspondant au même verbe dans les V. 24 et 26. — L'expression : les choses malséantes, pour dire le mal, convient bien à la notion ^appréciation que refiferment le verbe ^oxtpLà^eiv, juger bon, et l'adj. a^o3ct[xoç. Le mal est caractérisé ici comme difformité morale, propre à révolter le voOç, l'intelligence, si celle-ci n'était privée de son discernement naturel. L'infin. luoteîv, faire, équivaut presque à un gérondif latin, « en faisant, i» La
* ^< A omettent ici o Oeo;.
négation subjective (xyî avec le participe signifie : tout ce que l'on range dans la classe désignée par le participe. — Jl faut enfin remarquer la répétition intentionnée du subst. ô Ôsoç, Uieu : <l Comme tu traites Dieu, Dieu te traite. » C'est par erreur que ce mot Dieu est omis la seconde fois dans le Sinaït. et YÀlexandr. — Volkmar commence au v. iS une nouvelle section. Il s'agirait dès maintenant de la culpabilité juive, en opposition à la culpabilité païenne (v. 18-:27). Mais rien n'indique dans le texte ni dans la pensée une semblable transition; le xat, aussi, s'y oppose, et le reproche énoncé par l'apôtre dans les v. suivants et surtout V. 32, est précisément le contraire du tableau qu'il trace des Juifs, ch. II. Ceux-ci apparaissent comme les juges de la corruption païenne (II, 1 et suiv.), tandis que les hommes caractérisés au v. 32 y applaudissent.
V. 29» : dc étant remplis de toute espèce d'injustice S de perversité, de malice, de cupidité-; y> — Dans rénumération suivante, il ne faut pas chercher un ordre rigoureusement systématique. Paul laisse évidemment courir sa plume, comme s'il sentait que de tous les termes mauvais qui se présenteront, aucun ne sera hors de place, ni exagéré. Mais dans ce désordre apparent on peut cependant saisir un certain groupement, un enchaînement par association d'idées. — Le premier groupe, que nous avons détaché dans la traduction, comprend quatre termes; d'après le T. R. cinq. Mais le mot luopveia, impureté^ doit évidemment être retranché; car il manque dans beaucoup de Mj,j.; il est déplacé dans quelques autres; enfin ce
* Le T. R. lit, après a^ixia (injustice), ;:opv£ia (impureté) avec L seul ; D F G placent -oovsia après xax-.a (malice); n A B G K lo retranchent entièrement.
* Ces trois derniers termes sont transposés dans les Mss. (n A : rovTjpia, xaxia, ^XecveÇia; B L : rov., nXsov., xax.; G : xax., rov., ttXeov.).
ce sujet a été épuisé dans ce qui précède. — L'expi-ession « toute espèce d'injustice » comprend collectivement toute rénumération suivante; rovyipia, perversité, désigne Tinstinct mauvais du cœur; xoxia, malice^ la méchanceté calculée qui se complaît à nuire; irXeove^îa, cupidité (désir d'avoir davantage, -îtXsov exeiv), la passion de l'argent qui ne craint pas de porter atteinte à l'avoir du prochain pour augmenter le sien. Le partie. 7reTC>.7ipco|jLevoiiç, remplis, en tête de ce premier groupe, est appos. du sujet sous-entendu de Toifitv. ;
Les quatre termes de ce premier groupe se rapportent donc aux injustices à l'égard du bien-être et de la propriété du prochain.
y. 29^ : (L pleins d'envie, de meurtre, de dispute, de ruse, d'âcreté; » — Ces cinq termes forment de nouveau un groupe naturel qui comprend toutes les injustices par lesquelles on nuit à la personne du prochain. L'adj. (jieGTouç, pleins de (propr. farcis), dont dépend ce groupe, indique un changement d'idée par rapport au précédent. Comme adjectif, il désigne uniquement la qualité présente, tandis que le participe précédent rappelait le devenir qui avait conduit à l'état d'écrit. L'assonance des deux mots grecs 960VOU, d'envie^ et (povou, de meurtre y fait qu'ils sont souvent réunis aussi chez les » classiques ; l'envie mène d'ailleurs au meurtre, comme le montre l'exemple de Caïn. Si l'envie ne va pas jusqu'à faire disparaître celui dont les avantages nous offusquent, elle cherche du moins à le troubler par la chicane dans la jouissance de ses biens; c'est ce qu'exprime eptç, dispute^ querelle ; enfin, sur celte voie, on cherche à nuire au prochain en le trompant (^0X0;, nise), ou à lui rendre la vie dure par l'humeur acariâtre
(xoxorîBeta) .
V. 30» : € rapporteurs, médisants, détestant Dieu, ânsolents, orgueilleux, fanfarons; » — Les dispositions exprimées dans les six termes de ce groupe sont celles clont l'orgueil est le centre. Il n'y a aucune raison de les réduire à quatre, comme le veut Hofmann, en faisant du second terme Tépithéte du premier, et du quatrième celle du troisième; cela ne convient pas à la rapidité de Ténumération et au besoin d'accumuler les termes. — Wtôuptarî^;, rapporteur^ l'homme qui verse son venin contre le pro- •chain, comme l'on dit vulgairement, dans le tuyau de l'oreille; xaTaXaXoç, celui qui dénigre publiquement; Ôeo- * <jTuyïiç signifie, dans les deux passages classiques où il se rencontre (dans Euripide), hai de Dieu, et Meyer prétend par cette raison que ce sens passif doit être conservé ici, tout en le généralisant; ce terme désignerait tous les malfaiteurs endurcis. Mais cette signification générale est impossible dans une énumération où le sens de chaque terme est limité par celui de tous les autres. Le sens actif, détestant Dieu, convient donc seul; c'est la suprême manifestation de l'orgueil qui ne peut accepter la pensée de ce supérieur et de ce juge; on pourrait dire : la forme la plus monstrueuse de la calomnie (malédiction de la Providence); Suidas et Œcumenius, deux écrivains plus rapprochés de la langue vivante que nous ne le sommes, ont cru pouvoir donner à ce mot la signification active, ce qui la justifie suffisamment. — A l'insolence vis-à-vis de Dieu (le péché de ^3pp^ chez les Grecs) se joint naturellement V insulte vis-à-vis des hommes : ûppwjTYÎç, insolent. — Le terme ûrepvi- ^povoç (de Oxep, 9atvo(jiat), orgueilleux, désigne celui qui dans le sentiment de sa supériorité regarde les autres avec hauteur, tandis que àXa^wv, fanfaron, désigne celui qui cherche à attirer l'admiration en s'attribuant des avantages qu'il ne possède pas réellement.
V. 30^ et ai : <9c inventeurs de maux, dé8obéis8aats à leurs parents, 31 dépourvus de sens, déloyaux, sans tendresse S sans pitié; » — Ce dernier groupe se rapporte à Tanéantissement de tous les sentiments naturels d'humanité, de piété filiale, de loyauté, de tendresse, de pitié. 11 renferme six termes. Le premier, inventeur à maux, désigne ceux qui passent leur vie à méditer sur le mal qu'ils pourraient faire aux autres; c'est ainsi qu'Antiochus Epiphane est appelé par l'auteur du II® livre de& Maccab. (VII, 31) xào-/iç xaxiaç eûpgTvîç, et Séjan, par Tacite, l'acinorum repertor. Les gens de cette trempe ont ordinairement commencé à trahir leur mauvais caractère au sein (le la famille, ils ont été désobéissants à leurs parents. — Xcuv£To;, dépourvu de sens, désigne celui qui ne peut plus prêter l'oreille à un sage conseil ; ainsi compris, il se rattache naturellement au terme précédent; Ilofmann rappelle Ps. XXXII, 8 et 9. — XcuvÔeToç, que plusieurs traduisent par irréconciliable^ peut difficilement avoir ce sens; car le verbe d'où il provient ne signifie pas réconcilm^ mais décider en commun, d'où : faire un traité, L'adj. désigne donc celui qui viole sans scrupule les contrats qu'il a signés^ l'homme sans foi. — 'ÀcTopyoç, sans tendresse, de <7T£pyeiv, chérir, caresser, choyer; ce mot caractérise la destruction même des sentiments de tendresse naturelle, comme cela se voit chez une mère qui expose ou tue sou enfant, chez un père qui abandonne sa famille, chez des enfants qui négligent le soin de leurs vieux parents. — Si le mot suivant dans le T. R., àa-irov^ou;, violateurs de traités, était authentique, son sens se confondrait avec celui (ràGiivâsTouç bien compris. — Xve>.£-/îpjv, sans pitiéy
* Le T. R. ajoute ici avec G K L P : aa;:ovoou; (sans bonne foi); mais ce mot est omis par n A B D E G.
se mttache étroitement à aaTopyouç, sans tendresse, qui le précède ; mais son sens est plus général. Il ne s'agit plus seulement des sentiments tendres dans le cercle de la famille; il faut se représenter ici cette population tout entière des grandes villes accourant au cirque pour contempler les combats de gladiateurs, applaudissant frénétiquement à Teffusion du sang humain et se repaissant des angoisses du vaincu expirant. Voilà un exemple de l'indicible dureté de cœur à laquelle était descendue la société païenne tout entière. Que serait-il advenu, si un souffle régénérateur n'eût à ce moment suprême pa§sé sur elle? C'est dans ce dernier groupe que s'accentue avec le plus d'énergie le trait que l'apôtre tient à faire ressortir, celui d'un jugement divin qui éclate dans cet état de choses. En effet, ce ne sont plus ici des iniquités qui puissent s'expliquer par le simple égoïsme naturel. Ce sont des énormités qui sont aussi bien contre nature que les infamies décrites plus haut comme châtiment du paganisme. Voilà la preuve de l'abandon des hommes à un esprit dépourvu de sens (l'oc^dxipç voO; du v. 28).
V. 32 : (L eux qui, bien que connaissant^ la sentence de Dieu qui déclare dignes de mort ceux qui font de telles choses, non seulement ^ les font, mais applaudissent^ encore ceux qui les font. i> — Le rapport de ce verset à ce qui précède a été assez généralement mal compris; de là proviennent probablement les corrections du texte essayées dans quelques Mss. — Le plus grave malentendu est celui de Ritschl. Ce théologien envisage les
* Au lieu de eTiiyvoviEç, B lit ETziYivojoxovTgç. — Au partie, ejtiyvovteç^ D E ajoutent le verbe oux Evorjaav , et G : oux Eyvoxjav. Plus loin D ajoute ^ap après ou fiovov.
^ A la place des deux verbes -oiouaiv, auvsuSoxouaiv, B lit roiouvTsçy
aUVEUÔOXOUVTSÇ.
hommes auxquels se rapportent ce v. 32 ainsi que les quatre versets suivants (11, 1-4), comme formant une classe à part et toute différente des pécheurs dépeints depuis le V. 19. Les hommes qui retiennent la vérité captive^ v. 18, seraient divisés en deux classes : « ceux qui par le paganisme ont étouffé le sentiment de la révélation divine (v. 19-31), y> et: « ceux qui, tout en jugeant les immorahtés engendrées par le paganisme, y participent néanmoins par leur conduite (v. 32 — II, 4). y> Mais on sent facilement que cette construction est imaginée uniquement dans le but de trouver le développement de l'idée de la colère àvine, V. 18, dans le passage 11, 5 et suiv., et non dans le irapa^t^ovai, livrer, des v. 24. 26 et 28 (voir p. 213). Cette construction proposée par Ritschl est impossible : 1® parce que juger pour approuver^ v. 32, n'est point la même chose que juger pour condamner^ II, 1. 2; 2® à cause de la relation évidente entre les expressions du v. 32 : quoique ayant connu le jugement de Dieu^ et celles du v. 28 : ils nont point maintenu Dieu dans leur connaissance; S^ le sens constant du pronom oÏTive;, comme des gens quiy force à chercher dans la description du v. 32 la justification du jugement décrit depuis le v. 28. Bien loin donc d'indiquer un changement de personnes, ce pronom annonce la qualification morale par laquelle les individus qu'il vient de décrire ont attiré sur eux un si sévère châtiment. 11 est exactement parallèle au oÏTive; du v. 25. Celuici justifiait le jugement des idolâtres en rappelant la grandeur de leur faute. Celui-là justifie de la même manière le châtiment qui a frappé la résistance humaine à la révélation du bien moral (28 ») : « Ils avaient bien mérité d'être livrés à ce débordement d'iniquités, eux qui en avaient agi ainsi envers Dieu qui leur révélait sa volonté. » Les expressions qui suivent et expliquent le pronom eux qui,
font ressortir cette iniquité fondamentale, en vertu de laquelle les hommes ont étouffe le sentiment de la vérité morale révélée en eux; comp. v. 28». — To ^txawojjia, propr. ce que Dieu établit comme juste; ici : sa juste sentence; ÈTuiYvovreç désigne le clair discernement que les hommes en ont eu. Ce mot rappelle le yvovTeç tov ôeov, connaissant Dieu, du v. 21 : la lumière morale s'était produite au-dedans d'eux, aussi bien que la lumière religieuse. Les mots suivants indiquent le contenu de cette sentence que Dieu avait eu soin de graver dans leur propre cœur. Que d'appels à la justice de Dieu ne rencontre-t-on pas dans les écrits des historiens et des philosophes païens ! Quel tableau chez les poètes des châtiments infligés aux malfaiteurs dans le Tartare ! — Le terme dignes de mort a été rapporté par quelques-uns, et récemment encore par Hofmann, à la pei^ie de mort telle que l'appliquent les juges humains. Mais cette peine ne pourrait convenir qu'à un seul terme dans toute l'énumération précédente, celui de çovoç, meurtre, et le Ta ToiaiÎTa, de telles choses, ne permet pas une application aussi restreinte. La mort désigne donc ici la mort, telle que Dieu seul peut l'infliger, les peines de l'Hadès, que reconnaissaient aussi les païens et que Paul, désignant les choses à son propre point de vue, appelle la mort. — La seconde partie du v. ramène' de la faute au châtiment. C'est l'esprit dépourvu de sens auquel Dieu a livré les hommes, dans sa manifestation la plus monstrueuse : non seulement faire le mal, mais battre des mains à ceux qui le font ! Le fait est vrai. Les Caligula, les Néron n'ont-ils pas trouvé eux-mêmes des avocats, des admirateurs, des multitudes toujours disposées à les encenser? Le : non seulement, mais encore, suppose avec raison qu'il y a plus de culpabilité à approuver de sang-froid le mal commis par autrui, qu'à le com-
mettre soi-même, dans l'entraînement etTaveuglement de la passion. Une pareille manière d'agir est donc le dernier degré du travestissement du sens moral.
La leçon du Cantabr. signifierait : « Eux qui ayant connu la sentence de Dieu, noni pas compris que ceux qui font de telles choses sont dignes de mort ; car, non seulement ils les font, etc.... > Ce sens serait acceptable, mais le contenu de la sentence de Dieu resterait absolument inexpliqué, ce qui est peu naturel. — La leçon du Vatic. se traduirait ainsi : « Eux qui, connaissant la sentence de Dieu que ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, faisant non seulement ces choses, mais approuvant ceux qui les font. i> La construction , exige dans ce cas qu'on redouble le verbe ewiv, sont (d'abord comme verbe de la proposition de on, que ceux qui, puis comme verbe de la propos, de oiTive;, eux qui). Cette construction est bien forcée, et il est très-probable, comme on l'a supposé, que la leçon de B n'est qu'une importation dans le texte apostolique d'une forme de citation qui se trouve dans l'épître de Clément Romain. Ce Père, citant notre passage, dit : « Ceux qui pratiquent ces choses sont abominables au regard de Dieu, et non pas seulement ceux qui les font (oi TupaGcovTe;), mais aussi ceux qui les approuvent (ol cuvsu- ^oxouvreç).» Le : « n*ont pas compris^ i> et le car ajoutés par le Cantabr, paraissent n'être que des essais de corriger la leçon du Vaticanus, — L'apôtre distingue évidemment dans tout ce chapitre deux degrés dans le péché du monde païen; l'un actif, intérieur; l'autre passif, extérieur; l'un, résultat naturel de l'instinct gâté; l'autre, ayant le caractère d'une monstruosité contre nature. Le premier est à la charge de l'homme, c'est sa coulpc ; le second est le péché comme châtiment, le signe manifeste de la colère de Dieu. Ce grand fait historique est développé sous deux
faces. D'abord au point de vue religieux : riiorame étouffe l'intuition de l'être divin et travestit Dieu en idole; son châtiment, sous ce rapport, est de se dégrader lui-même par des impuretés monstrueuses. Puis au point de vue moral: l'homme étouffe la lumière de la conscience; et pour punition, son discernement moral se trouve perverti au point de marquer du sceau de son approbation toutes les iniquités qu'il aurait dû condamner et empêcher. C'est ici la pire des corruptions, celle de la conscience. Ainsi est pleinement justifiée la grande pensée du v. 18 : La colère de Dieu déployée sur le monde païen en punition de l'obscurcissement volontaire du sens religieux (rimpiété) et du sens moral (V injustice), qu'avait éveillés dans l'homme la révélation primitive de Dieu.
Ve MORCEAU (11, 1-29).
La colère de Dieu planant sur le peuple juif.
Au milieu de ce débordement de souillures et d'iniquités dont la société païenne offre le spectacle, l'apôtre aperçoit un individu qui, semblable à un juge, promène, du haut de son tribunal, un regard sévère sur cette masse corrompue, condamnant le mal qui y règne et applaudissant à la colère de Dieu qui la châtie. C'est ce nouveau personnage qu'il apostrophe en ces mots :
y. 1 : « C'est pourquoi tu es inexcusable, ô homme, qui que tu sois, qui juges! Car en jugeant cet autre, tu te condamnes toi-même, puisque tu fais les mêmes choses, toi qui juges. » — A qui s'adresse 1 -apôtre? Aux magistrats païens, répondent les anciens interprètes grecs. Mais un magistrat est établi pour juger les crimes; on ne saurait lui faire un reproche d'accomplir son emploi. Aux
meilleurs d'entre les païens, répondent les réformateurs et aujourd'hui encore Hofmann. Mais à quoi bon, dans ce vaste coup d'œil sur l'état général de l'humanité, ce petit avertissement moral donné aux meilleurs et aux plus sages d'entre les païens de ne pas se mettre à juger les autres? D'ailleurs, ce précepte ne pourrait être en tous cas qu'une parenthèse, tandis qu'il est aisé de voir que ce v. 1 est, exactement comme le v. 18 du ch. I, le thème de tout le développement qui va suivre, ch. II. Evidemment, celui qui est apostrophé en ces termes : 0 homme..., forme une exception au miheu de ces hommes (àvôpcoTuoi, ï, 18) qui refoulent mal et méchamment la vérité. Celui-ci ne la comprime pas, il la proclame, au contraire; mais il se contente de l'appliquer aux autres. Le vrai nom de ce personnage collectif dont saint Paul va tracer le portrait, sans le désigner encore, sera prononcé enfin au v. 17 : « Or si, toi, Juif. » L'apôtre sait combien est délicate la tâche qu'il aborde, celle de prouver au peuple élu que la colère divine, actuellement déployée sur les païens, plane également sur lui. 11 va traîner devant le tribunal de Dieu le peuple qui se permet de citer tous les autres à sa barre. C'est une entreprise hardie. L'apôtre procède avec précaution. 11 énonce d'abord sa pensée sous la forme abstraite : toi qui juges j qui que tu sois, pour la dévoiler plus tard tout entière. Ce chap. II est donc le parallèle du morceau I, 18-3^; c'est le procès du monde juif, après celui du monde païen. Et les deux premiers versets en sont le thème.
La marche suivie par l'apôtre est celle-ci : Dans la première partie, v. 1-16, il pose le principe du jugement vrai (impartial) de Dieu. Dans la seconde, v. 17-29, il l'applique directement au Juif. — La première partie renferme le développement de trois idées : i^ les grâces reçues, bien
loin de constituer une exemption de jugement, aggravent la responsabilité de celui qui en a été l'objet, v. 1-5; 2° la sentence divine se fonde sur Vœuvre, v. 6-12; 3« non sur le savoir, v. 13-16.
Le ^10, c'est pourquoi, qui lie ce morceau au précédent, présente une certaine difficulté, sur laquelle se sont appuyés Hofmann et Ritschl pour justifier leurs explications peu naturelles de ce qui précède. Meyer rapporte cette liaison à tout le tableau précédent depuis v. 18. Car si on est coupable de commettre de telles choses sans les juger, il en résulte que Ton est plus coupable encore de les commettre en les jugeant. 11 serait cependant possible de rattacher plus spécialement le v. 1 au v. 32. En effet, si pécher tout en applaudissant au péché d'autrui est criminel, ne serait-on pas plus inexcusable encore de condamner le péché d'autrui tout en s'y associant? Dans le premier cas, il y a du moins accord entre la pensée et l'action, — on fait ce que l'on déclare approuver, — tandis que dans le second, il y a une contradiction interne et une flagrante hypocrisie. En jugeant, le juge condamne son propre faire. — L'expression inexcusable appliquée ici aux Juifs est le pendant de la même épithète qui avait été appliquée aux païens, I, 20. — Qui que tu sois (izoiç) : quelque nom que tu portes, fût-ce même le nom glorieux de Juif. Paul ne le dit pas; mais c'est sa pensée. — Il suffit que tu juges, pour qu'en cette qualité de juge je te condamne; car ton jugement retombe sur toi-même. On sait que les Juifs aimaient à appeler les païens àfAapT(o>.oî, pécheurs^ Gai. 11, 15. — 'Ev w, en ce que, signifie : (c Tu fais deux choses du même coup ; tu condamnes ton prochain, et en le condamnant pour des choses que tu fais, tu t'ôtes à toi-même toute excuse. y> Ce sens est bien plus poignant que celui de Meyer : dans les mêmes choses que:
c'est-à-dire, dans les choses que tu fais et qu'en même temps tu condamnes. Il y avait sans doute une différence entre l'état moral des Juifs et celui des autres nations; mais le passage v. 17-24 montrera que cette différence n'était que relative. — La répétition des mots : toi quijuges^ à la fin de la phrase, relève fortement le caractère exceptionnel en raison duquel ce personnage est mis en scène. — Au mensonge sous lequel il s'abrite, l'apôtre oppose une vérité simple, lumineuse, à laquelle aucune conscience ne peut refuser son assentiment :
y. 2 : oc Or ^ nous savons que le jugement de Dieu est conforme à la vérité sur ceux qui eommettent de telles choses. » — On pourrait donner au 8é un sens adversatif : « Mais Dieu ne se laisse pas tromper par ce jugement que tu portes sur autrui. » Cependant, il est plus naturel de traduire ce 8é par or, et de voir dans ce v. comme la majeure d'un syllogisme. Mineure, v. 1 : ton jugement sur autrui te condamne ; majeure, v. 2 : or, le jugement de Dieu est toujours vrai; conclusion sous-entendue (entre v. 2 et 3) : donc ton jugement hypocrite ne saurait te protéger contre celui de Dieu. La liaison par yap, car, dans deux alexandr. est inadmissible. Ce car, pour être logique, devrait porter sur la propos. : tu le condamnes toi-même; ce qui est peu naturel, puisqu'une nouvelle idée est intervenue dés lors. — Quel est le sujet de : nous savons! Selon plusieurs : nous, chrétiens. Mais qu'est-ce que la connaissance des chrétiens prouverait contre le point de vue juif que Paul combat ici? D'autres: nous, les Juifs. Mais c'était précisément la conscience juive que Paul désirait ramener à la vérité sur ce point. Il s'agit ici d'une vérité inscrite, selon l'apôtre, dans la con-
* N C lisent yap au lieu de ôe.
science humaine comme telle et que le simple bon sens, dégagé de préjugés, force à reconnaître : « Mais chacun sait. » — Le terme xpîjjia ne désigne pas proprement, comme xpwiç, Yacte du jugement, mais son contenu, la sentence. La sentence que Dieu prononce sur chaque homme est conforme à la vérité. Il n'y aurait plus de vérité dans l'univers, s'il n'y en avait pas dans le jugement de Dieu; et il n'y en aurait plus dans le jugement de Dieu, s'il suffisait de condamner les autres, pour être absous soi-même. — On a expliqué parfois les mots xarà àXYÎÔeiav dans le sens de réellement : « qu'il y a réellement un jugement de Dieu contre ceux qui.... y> Mais ce que les Juifs contestaient, ce n'était pas le fait du jugement; c'était son impartialité, c'est-à-dire sa vérité. Ils ne pouvaient se défaire de l'idée qu'ils jouiraient à ce moment-là de certaines immunités dues à leur croyance plus pure et à leur position si supérieure à celle des autres peuples. — De telles choses, c'est-à-dire celles qui avaient été rappelées par cette même expression, v. 32. — Mais l'apôtre n'ignore pas qu'il existe dans la conscience juive un obstacle à la pleine application de ce principe; c'est cet obstacle qu'il va travailler à renverser. Les v. 3-5 développent les mots : eetix qui font de telles choses (qui qu'ils soient, fussent-ils même Juifs); les v. 6-16 expliqueront ce que c'est qu'un jugement selon la vérité.
V. 3 : a. Mais tu comptes sur ceci, ô homme, qui juges ceux qui font ces choses et qui les fais, que tu échapperas au jugement de Dieu? ^ — On pourrait prendre, avec Hofmann, les verbes >.oy{^Yi et xaTaçpoveîç (tu comptes, tu méprises), dans un sens affîrmatif. Mais le vi, ou bien, au commencement du v. 4, conduit plutôt, d'après l'usage ordinaire de Paul, à interpréter ces verbes dans le sens interrogatif ; non toutefois qu'il faille traduire
le premier dans le sens de : comptes*tu ? L'interrogation est moins brusque : « Tu comptes sans doute? » Le terme T^oyi^ecôai, raisonner, caractérise bien les faux calculs par lesquels les Juifs se persuadaient qu'ils échapperaient au jugement dont Dieu frapperait les païens. Il faut remarquer le <rj, toi : « que tu échapperas j toi, » toi, être à part, personne privilégiée ! C'était un axiome juif que e: tout circoncis a part au royaume à venir. i> Un faux calcul, voilà donc la première supposition qui peut expliquer la sécurité du Juif; mais il y en a une autre plus grave. Peut-être ce faux calcul provient-il d'un fait moral qui se cache dans les profondeurs du cœur. Paul le tire au grand jour dans ce qui suit : ^
V. 4 et 5 : (c Ou méprises-tu la richesse de sa bonté» de sa patience et de son long support, ignorant que la bonté de Dieu te conduit à la repentance? 5 Mais selon ta dureté et ton cœur impénitent tu amasses sur toi-même un trésor de colère pour le jour de la colère et de la manifestation ^ du juste jugement de Dieu, » — *'H : ou même. Le sens est : serait-ce même quelque chose de pire qu'une illusion; serait-ce mépris? Ce serait plus qu'absurde dans ce cas, ce serait impie ! La richesse de bontés dont parle l'apôtre, embrasse tous les bienfaits de Dieu envers Israël dans le passé : cette élection spéciale, ces révélations suivies, ces soins constants, enfin l'envoi du Messie, tout ce qui constituait la position privilégiée dont Israël avait joui pendant tant de siècles. Le second terme âvoj^v), patience (de âveyecôai, se cou^eyi/rj, désigne le sentiment que le bienfaiteur éprouve quand sa bonté est mise à l'épreuve par l'ingratitude.
* Les correcteurs de N et de D et les Mjj. K L P intercalent unwt après a7:oxaXu«{;£wç.
Paul pense sans cloute à ce meurtre du Messie auquel la justice divine aurait pu répondre par la destruction immédiate du peuple. Le troisième terme (jt.a)tpo9ujAta, long suppo7'ty rappelle la prolongation incompréhensible de Texistence d'Israël, malgré les trente années consécutives de résistance aux appels de Dieu et à la prédication des apôtres qui venaient de s'écouler, et malgré des crimes tels que les meurtres d'Etienne et de Jacques (Act. VII et XII). Ces trois expressions forment une gradation admirable. La dernière (long support) présente ce trésor de grâce comme épuisé, et celui de la colère comme prêt à déborder. La notion de mépris s'explique par ce fait que plus Dieu se montre bon, patient, débonnaire, plus Israël paraît s'enorgueillir et se montrer hostile à l'Evangile. — 'Ayvoôv peut se traduire par : ignorant ou méconnaissant; le premier sens est plus simple et peut suffire, puisqu'il y a une ignorance volontaire, résultat de la mauvaise foi, par laquelle on ne voit pas ce qu'on ne se soucie pas de voir; c'est celle dont il s'agit ici. — L'expression to ypvidTov Tou 6eoi>, est touchante : ce quil y a de bon, de doux, de débonnaire en Dieu (ypvidToç, propr. : maniable^ dont on peut se servir, de ypàojxai). Cette forme : « ce qu'il y a de... » laisse supposer qtf il y a encore autre chose en Dieu et qu'il ne se laissera pas toujours traiter impunément de cette manière. Le moment viendra où il agira à la rigueur. — Le terme oyeiv, conduire à, implique la faculté que possède l'homme de se livrer ou de résister à l'attrait exercé sur lui. S'il ne pouvait pas y résister, comment les Juifs seraient-ils accusés de commettre cette faute en ce moment même? La (iieTàvoia, repen tance, est l'acte par lequel l'homme revient sur sa manière de voir précédente, change de point de vue et de sentiment.