LES DEVOIRS GÉNÉRAUX
XII etXlIl.
Il existe à l'égard de ces deux chapitres un préjugé général qui a contrihué à eu fausser l'interprétation. On y a vu, selon l'expression (|u'emploie encore Sclitdl:, « uue série de préceptes pratiques, » en d'autres termes : un recueil d'exhortations morales sans ordre systématique et auquel présideraient uniquement des associations d'idées plus nu ludins accidentelles. C.eiUt maiiièn' de voir a entraîné, dans les derniers temps surtout, des conséquences plus graves qu'on n'eût pu s'y attendre. L'on s'est de- Tuandé si ces détails relatifs à la vie pratique e(Miv(Miaienl
CUAl". \ll. 1.
bien à un loul ordonné d'une manière aussi systémalique que le traité didactique renfermé dans les onze premiers chapitres. Et MM. Renan et Sdndlz ont été conduits sur cette voie aux hypothèses critiques que nous avons exposées sommaii-emenl à la fin de l'introduction (1, p. 155 et 156) et que nous devons étudier maintenant de plus prés.
D'après le premier de ces écrivains, les cii. Xli, XIII el XIV n'auraient point fait partie de l'épître, telle qu'elle l'ut envoyée à l'église de Rome, (les chapitres se trouvaient seulement dans les exemplaires expédiés aux églises d'Ephése et de Thessalonique et à \ine église inconnue, en faveur desquelles Paul doit avoir composé notre épilre. La conclusion, dans l'exemplaire destiné à l'église de Rome, se composait uniquement du ch. XV. Le ch. XVI n'y appartenait pas non plus. Nous n'avons à nous occuper ici que des ch. XIl et XIII. Les raisons qui l'ont douter M. Renan de la connexion ordinaire de ces chapitres avec les onze premiers, dans l'exemplaire envoyé à Rome, sont les deux suivantes : I" Paul se départirait ici de son principe habituel : «Chacun sur son terrain;» en effet, il donnerail des conseils impératifs à une église qu'il n'avait pas fondée, lui qui relevait si vivement l'impertinence de ceux qui cherchaient à bâtir sur les fondements posés par d'autres'. En particulier le premier mot du ch. XII, le terme -rrapa/.aAtÔ, f exhorte, qui lui est habituel quand il donne des ordres à ses disciples, ne conviendrait point appliqué à des croyants qu'il n'a pas amenés à la foi^. '2° La première partie du ch. XV qui, selon M. Renan, est réellement adressée à l'église de Rome, ne permet pas de penser que les ch. XII, XIII et XIV aient été composés pour
" Saint Paul. p. L.MII.
Ubid.. p. LXV etLXIX.
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la iiièiiie éiilise; cai' elle ferait double emploi avec ces chapili'es, iloiil elle est un simple résumé, composé en vue (le lecteurs judéo-chrétiens tels que ceux de Home.
Le point de vue auquel se place Sclmltz est assez différent. A ses yeux, nous possédons depuis le cl». Xll un Iragmenl considérable d'une tout autre épitre que celle que l'apôtre avait composée pour l'église de Home. Celle lettre, dont le commencement nous manque, était adressée à l'étilise d'Ephèse et doit avoir été écrite dans la dernière période de la vie de saint Paul, celle de la captivité romaine. C'est à elle qu'appartenaient les trois cli. XII, XIII et XIV, ainsi que les sept premiers versets duch.XV, puis les salutations du cb. XVI, v. .i-16, et enfin l'averlissement contre les judaïsants, XVI, v. I7-'20. La vraie clôture de l'épître aux Romains se ti'ouverait dans lecb. XV, depuis le V. 7 jusqu'à la fin, en y ajoutant la recommandation de IMurbé, XVI, I et il, et les salutations des compagnons de l'aul, XVI, ^1-^4. Comment s'est accomplie la fusion de ces deux lettres en une seule? (^est assez difficile à expliquer, puisque l'une s'en allait en Orient, l'autre en Occident. Schultz pense qu'un exemplaire de cette épitre aux P^phésiens, qui avait été écrite de Rome, était resté sans adresse dans les archives de cette église, et que les éditeurs de l'épitre aux Romains, trouvant cette petite lettre d'un contenu pratique, et croyant qu'elle avait été écrite aux Romains, la publièrent avec la grande. Ils omirent seulement le commencement et fusionnèrent les deux conclusions.
Voici les raisons qui engagent Schult/. à sépai'cr les (h. XII et XIII de ce qui précède : 1° L'exhortation à l'humilité, au commencement du ch. Xll, aurait quelque chose de blessant, adressée à ime église que l'apôtre ne connaissait point. 2° L'exhoilatioii à la bienfaisance envers les
CIIAP. Xll. 1. 4.'>î
saints ot à h pratique de l'hospitalité suppose une église qui était en relation avec beaucoup d'autres églises, ce qui était plutôt le cas de celle d'Ephése que de celle de Rome. ."3° Il est impossible de rattacher naturellement le commencemcnl du ch. Xll (ojv, dune) au ch. XI : car les compassions de Dieu dont parle XII, 1, ne sont point du tout identiques avec la miséricorde de Dieu dont il était parlé XI, 32. 4" Tout le côté moral de l'Evangile ayant été exposé au ch. VI, il n'était pas néces.<îaire de le l'appeler au ch. Xll. 5° Il n'y avait pas de raison de rappeler aux judéo-chrétiens de l'église de Rome, comme Paul le t'ait dans le ch. XI II, le devoir de la soumission aux autorités romaines; car les.Juil's se trouvaient trés-heureux à Rome vers l'an 58, durant les premières années du règne de Néron. Une telle recommandation était bien plus applicable aux Juifs d'Asie, disposés, comme le prouve l'Apocalypse, à voir dans le pouvoir impérial celui de l'Antéchrist.
Nous tiompons-nous en disant que ces raisons alléguées par les deux écrivains font plutôt l'effet d'être péniblement cherchées que de s'êlie présentées naturellement à l'esprit? Quoi! Paul ne pourrait pas donner des conseils moraux impératifs et employer le terme de -aca/.aAsîv, e.rhorler, en écrivant à une église qu'il ne connaît pas? .Mais qu'a-t-il fait dans les ch. VI et Vlll, quand il disait à ses lecteurs romains : «Ne donnez plus vos membres comme instruments au péché.» «Si vous vivez selon la chair, vous mourrez, » etc.? Le mot -apa/.aA£Îv qui parait inconvenant à M. Renan, Paul ne i'emploie-t-il pas, comme le fait observer M. bicheret^, dans le ch. XV iv. .-{Il), que cet écrivain lui-même supftose adressé à l'églisi' de Rome?
' Revue f/u'olor/ique, ISTS. |). .S^l.