‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 49 sur 97 · I.A VIE DANS LE SALCT · texte numérisé non relu

I.A VIE DANS LE SALCT

L'objection que tire M. llenan de l'espèce de pléonasme que lerait la première paitie du cli. XV, si elle se trouvait dans le même écrit que le cli. XII, se résoudra bien aisément quand nous arriverons à ce passaize. En échanoe, quelle diflicullé n'y aiwait-il pas à admettre qu'un traité doctrinal, composé par l'apôtre en vue d'églises paganochrétiennes, telles qu'Ephèse ou Thessalonique, dans le but de leur donner un exposé complet de la loi, eût pu être adressé tel quel à une église judéo-chrétienne comme celle de Home (d'après M. Kenan), dans le but de la gagner au point de vue de l'apotre? Celte considération, dit avec raison iVI. Lacheret, suffit pour ruiner par sa base toute la construction de M. Renan'. Et quel procédé factice ({ue celui auquel nous l'ait assister M. Renan : «les disciples de Paul occupés pendant plusieurs jours h copier ce manifeste à l'adresse des diverses églises, et puis les éditeurs postérieurs recueillant à la fin de la copie princeps les parties qui variaient dans les différents exemplaires, pai'ce qu'ils se faisaient scrupule de rien perdre de ce qui était sorti de la plume de l'apôtre'^. »

Les raisons de Schultz ne sont pas de nature à inspirer plus de confiance. Paul a soin de motiver lui-même son exhortation à l'humilité, au ch. XII, comme il a motivé au ch. I et comme il motivera au ch. XV sa lettre entière, par sa charge d'apôtre, et spécialement d'apcHre des Gentils, qui lui donne autorité sur l'église de Rome, lors même qu'il ue l'a pas personnellement fondée : «Je déclare, par la tjràcc qui ma été donnée, à quiconque se trouve parmi vous... » (Xll, 3). — Pourquoi l'exhortation à la bienfaisance et à l'hospitalité n'aurail-elle pas été en place à Rome, où abondaient les pauvres et les étrangers, non

I Ihid., p. 7G.

î Saint Paul, p. 462 et 481.

CHAI'. Xll. I. i-Vj

moins, si ce n'est plus encoiv, qu'à Eplièso'? — El l'avertissement relatil" à la soumission envers les autorités n'était-il pas inolivé par la position générale des chrétiens en face du pouvoir païen, sans qu'il lût nécessaire d'un cas d'oppression spécial pour que l'apùtre sentit le besoin de l'adresser à cette église? L'empereur (Claude n'avail-il pas expulsé naguère" les Juifs de Rome à cause de leurs soulèvements continuels? Et à quelle église convenait mieux qu'à celle de la capitale un enseignement sur la relation des chrétiens avec l'Etat païen? — Le ch. Xli ne fait nullement douhle emploi avec le ch. VI; car dans celui-ci l'apôtre avait seulement posé le principe de la sanctilicatioii chiétienne, en montrant comment elle était impliquée dans le fait même de la justification, tandis qu'au ch. Xll il présente le tableau de tous les fruits dans lesquels doit s'épanouir la vie nouvelle. Nous verrons tout à l'iieure quelle est la relation du ch. XII avec tout ce qui iirécèdc, ainsi que le vrai sens du donc dans le v. I .

Nous croyons donc avoir le droit de continuer l'iiilerprélation de notre épître, en la prenant telle qu'elle nous a été transmise par l'antiquité chrétienne. Il faudrait des coups de marteau tout autrement puissants poui- désunir les paities d'un édifice si bien lié.

Dans le thème général de l'épitre : « Le juste vivra [tar la foi, » se trouvait un mol dont tout le contenu n'avait pas encore été entièrement déployé : vivra. Ce mot renfermait implicitement non seulement la matière des ch. VI-VIll, mais aussi celle des ch. XII et XIII. — .\ y regarder de près, cette matière n'est pas moins systématiquement ordonnée dans ces ch. que celle de toute la partie doctrinale dans les onze précédents. Le caractère essentiellement logique de l'esprit de Paul suffirait déjà pour écarter l'idée d'une juxtaposition inorganique de préceptes moraux, pla-

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ces au hasard les uns à la suite des autres. Dès que nous examinons de plus près ces deux chapitres, nous discernons l'idée qui a présidé à leur arraniiemenl. Nous sommes frappés, avant tout, du contraste entre les deux sj)héres d'activité dans lesquelles l'ajxjtre place successivement le fidèle, la si)hère relif/ieuse et la sphère civile, la première au ch. XII, la seconde au ch. XIII. (le sont hien là en eflet les deux domaines dans lesquels il est appelé à réaliser la vie de sainteté dont le principe a été déposé en lui : il ;igil joui'nellement comme memhre de l'Eglise et comme mcmhre de l'Etat. Mais la vie dans cette douhle relation ou, si l'on peut dire ainsi, la marche à travers ce double domaine, a un point de départ et un point de mire. Le point de départ, c'est la consécration de son covjis, sous la direction de l'entendement renouvelé; c'est Kà la base de toute l'activité du fidèle; elle est posée dans les deux premiers versets du ch. XII. Le point de mire, c'est le retour dn Seif/ueur incessamment attendu; cet avènement, Paul le fait resplendir au terme de la route dans les quatre derniers versets du ch. XIII. Ainsi : un point de départ, deux sphères à traverser simultanément, un point d'arrivée : voilà, aux yeux de l'apùtre, le système de la vie pratique du fidèle. Ce sont aussi là les quatre sections de cette partie i:énérale:XII, 1-4; XII, 3-21; XIII, MO; XIII, ll-li.

Cet enseignement moral est donc bien le pendant de l'enseignement doctrinal. Il en est le complément nécessaire. C'est parce que la relation rationnelle entre les différentes sections de cette partie n'a pas été comprise que la connexion de toute cette partie elle-même avec la première a pu être si complètement méconnue.

Quelqu'un demandera peut-être si l'apùtre, en traçant ainsi le programme de la coniluile chrétienne, ne parait pas se dèliei- un pou de la piiissance sanctifiante de la loi.

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si bien exposée par lui cli. Vl-VUl. Si l'élal de jnsliiicalion sanctifie le firlèle avec une sorte de nécessité morale, pourquoi réclanner encore de lui la sainteté par toute espèce de préceptes et d'exhortations? L'arlire, une fois piaulé, ne devrait-il pas de lui-même porter ses fruits? Mais n'oublions pas que la vie moi'ale est soumise à de tout autres lois que la vie physique. La liberté est et reste jusqu'à la fin l'un de ses facteurs essentiels. C'est par une série d'actes de liberté que le justifié s'apjjroprie à chaque instant l'Esprit, pour réaliser avec son secours l'idéal moral. Kt qui ne sait qu'à chaque instant aussi une puissance contraire pèse sur sa volonté? Le fidèle est 7uorl an ])ccl(é, sans doute; il a rompu, par un acte de la volonté impliqué dans celui de la foi, avec ce perfide ami; mais le péché n'est pas mort en lui, et il s'efforce continuellement de renouer la relation brisée. En appelant le lidèle à la lutte contre lui ainsi qu'à la pratique positive du devoir chrétien, l'apùtre ne retombe pas dans la légalité judaïque. 11 pose connue un fait déjà consommé la consécration intérieure du fidèle; et c'est de ce fait, im|>li(ilement renfermé dans celui de la foi (Vj, l-^), qu'il pail pour appeler le croyant à la réalisation de l'obligation chrétienne.

Le point de départ.

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