‹ Commentaire sur l'épitre aux RomainsChapitre 7 sur 97 · C.IIAI'. VI. H · texte numérisé non relu

C.IIAI'. VI. H

mcnl jusqu'à leur terme final; le v. iS formule dans une antillK'so pleine de solennilé celle douMe issue de la vie humaine.

V. 20 et "21 : « Car, lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice. -1 Quel fruit donc aviez-vous alors? Des choses dont vous rougissez maintenant ; car certainement ' leur fin est la mort.)) — ll^'/ss prélère ratlaclier le v. 2(1 au morceau précédent. Mais cette parole me paraît plulùl être un préambule qu'une conclusion. Elle a évidemment son pendant dans la première propos, du v. 22. — Ce V. 20 commence le tableau des conséquences des deux servitudes. Le car porte sur l'exhortation renfermée dans 10". On ne saurait dépeindre d'une manière plus poii^nante le caractère dégradant de l'ancienne dépendance dans laquelle avaient vécu les lecteurs, que ne le fait l'apôtre par ces mots qui en décrivent la conséquence la plus directe : libres à regard de la justice. Le sentiment de ce qui esl jusie ne les enti'avait nullement dans l'exercice de leur libei'té et la satisfaction de leurs goùls. Celte honorable gène, ils ne la connaissaient point ! Ils buvaient, selon l'expression de l'P'.ci'iture, l'injustice comme de l'eau.

V. 21. Ll quel était le résullal de celle honleuse liberté? L'apôtre le décompose en un fruit, /,ap-jç, et en une fin, tO-o;, en d'autres lermes en une œuvre produite et en un ternie atteint. — Quel fruit a>'iez-rovs alors':' demande-t-il littéralement. Le verbe £/.£iv, avoir, ne signifie pas plus ici que I, 13, produire. Paul eût employé plutôt dans ce sens l'un des verbes os'peiv ou roisîv. Kn disant qu'ils avaient ce fruit, il vent exprimer non seule-

' B I) E F G lisent ici ;,:v l-.r, a:v -;«.< ; T. R. incc K A C K L I' niiirt ce uEv.

(ii l.,\ SANCTIFICATION

iiitMil ridée (iiTils le pioduis.iieni, mais encore (|u'ils le possédaient, qu'ils le -iardaieMl par deveis eux, qu'ils le Irainaieiil avec eux coinine nii élémenl de ieni' propre vie morale. ('>ar, comme il esl dil, « leurs œuvres les suivent. » Les interprètes ne sont pas d'accord sur le sens d(?s mois suivants : des choses donl ruiis rontjissi'z main- Iciidiil. Les uns, comme la Pesch., Théod., Tlif^oph., Kr., LhII,., Met., ThoL, de W.JHsh., Philip., ncussJUham.. Wciss, voient dans ces mots la réponsi.' à la question posée : « Voici quel était ce IVuit: des actes auxcpids, aujourd'liui que vous èles en Christ, vous ne pouvez penser sans confusion; car, vous le reconnaissez liien maintenant: le terme auquel ils vous conduisaient iiifaillildement, c'est la mort.» Mais plusieurs interprètes ((^hri/s., Iiè:i\ (irai., licni/., Frilzs., Meij.) voient plutôt dans ces mots uiir continuation de la question précédente : « Oiiel IViiii liriez-vous de ces choses donl. rous roufjissc: maintenant?» La réponse serait sons-entendue. Selon .Meyer, ce serait tout simplement : « aucun, » en donnant au mol fiirit un sens exclusivement favorable. Ou bien on pourrait supposer aussi comme réponse : «un fruit détestable,» et trouver la preuve de cette qualité mauvaise dans les mots suivants : a Car leur fin esl la mort. » Mais, que l'on sousl'iiirudr l'une ou l'autre de ces deux réponses, cetti; construction a l'inconvénient, en prolongeant la question par celle longue proposition incidente, de lui (')1(M" sa vivacité et de rendre la phrase extrcmemenl loiiidc. De plus, on est obligé de suppléer devant le relatif io' oiç, doitl, im anléci'dent lel qu'sx-eivcov ou i; iy-eivwv, ce qui n'est pas naturel. Weiss observe aussi que cette idée « des choses donl on a honte présentement » serait introduite loul à coup sans avoir été préparée par rien dans ce qui jtn'cédc. Il |;int aussi tenir compti' du ronliMsIe très-

marqué entre les deux adverbes de temps alors et )n(iintenanl, tots et vOv, contraste qui conduit à voir ici plultH deux propositions qu'une seule. Enfin, nous trouvons, V. 22, le résultat opposé décrit sous les deux aspects de fniil, -/.apTrôç, et de fin, téXo:; il doit donc en être de même dans notre verset, dont le v. 22 est le pendant. C'est ce qui n'aurait plus lieu dans le sens préléré par Meyer, d'après lequel tsao; {fin) devient en quelque sorte le synonyme et l'explication de /.ac-ôç (fruit). Cet interprète s'appuie surtout sur le fait que l'apôtre ne donne jamais au mot fruil qu'un sens favorable; ainsi Gai. V, l!) et 22, où il parle des œuvres de la chair et du fruil de l'Esprit, et Eph. V, 11, où il caractérise les œuvres des ténèbres comme étant sans fruit (i/.ap-a). Mais d'abord Meyer oublie Vil, 5; puis il faut considérer que la pensée de l'apôtre se meut ici dans le domaine d'une image suivie appliquée successivement aux deux servitudes opposées. Des deux parts il discerne : h* un mailre (le péché; Dieu); 2» un serviteur (l'homme naturel; le croyant); 3» un Irarail quelconque au service du maître (faire le péché ou la justice); ï^ un fruil qui est le produit immédiat de l'aclivilé: les œuvres accomplies (les choses dont on rouiiil, ou celles qui conduisent à la sainteté); 5" une ////, comme rétribution provenant de la main du maître (mort; vie éternelle). Il est donc évident que l'image du fruit a sa place voulue d'un côté aussi bien que de l'autre. C'est tellement la pensée de l'apôtre, qu'au v. 22 il dit au croyant : « vous avez votre fruit, » en opposition évidente à celui qu'ils avaient précédemment comme pécheurs, (juant à ceux qui sous-entendent, à la suite de la question : Quel fruit aviez-vous:' cette réponse toute ditTérente : un fruit détestable, il leur est impossible d'ex|iliquer une ellipse aussi importante. .Nous n'hésitons donc pas

ÉP. AUX RUM. — TOME II. 'i

0(i 1,:V SANCTII-IGATION

à jin-l'éiei' la première «les deux explications pro|)Osées : (jiiel fruit reliriez-vous alors de votre travail au service du péché? Ce fruit, c'étaient ces actes dont, ré|iénérés comme vous l'êtes maintenant, vous éprouvez une jirofoude honte, les i'oya toO ^x.ôto'j: (les œuvrt^s des ténél.res), P:ph. V, 11. '

Le air qui lie la dernière proposition à ce qui précède polie sur la notion de honic. La nature ignohle de ces choses est dfMnontri'C parleur résidtat final, leur /7/<(-c'Vj;), qui est la ntorl. *,( Il est hicn juste (jue vous rou|iissiez maintenant de ces actes; car leur fin est la mort, w J'envisa«ie comme authentique la particule viv, que lisent ici le Viilic. et quatre Mjj. Il est difficile qu'elle ail été ajoutée; son omission, au contraire, s'explique aisément. C'est la particule connue sous le nom de [j-i^ solilariu}n,i\ laquelle ne correspond aucun f^s, et qui est tout simplement destinée à réserver expressément un certain côté de la vérité que le lecteur doit se garder d'ouhlier : « Car (quelle que soit la vertu de la grâce) il n'en reste pas moins vrai que... » — La (in diffère du fruit en ce que celui-ci est le résultat immédiat, la réahsation même de l'activité, son produit iiiontl, tandis que la /in est la manifestation de l'appréciation divine. — La murl désignerait selon Wciss la mort corporelle, en ce sens que pour le méchant elle n'est pas suivie de résurrection. Celle idée esl certainement celle du commentateur plutôt que celle de l'apolre. (Voir Act. XXIV, 15; Jean V, -2!»; .Vpoc. XX, 1-2. I;].) Le terme de jiioif comprend ici, avec la mori j)hysi(|ue, tout l'état de couilaumation (pii suit ce l'ail pour ceux ipii ne possèdent pas le salut, ïy.-o)'/.c:y., la perdition dans un corps ressuscité.

V. -2-2 : « Mais maintenant, ayant été affranchis du péché et rendus esclaves de Dieu, vous avez pour

CHAI'. VI. 2\-^Sà. ')/

fruit la sanctification et pour fin la vie éternelle.» — Les premiers mois corrospondenl exaclemenl au v.20. An maître abstrait désiiiné plus haut par la justice, l'aul substitue ici Dieu lui-même, puisqu'en (Christ, c'est au Dieu vivant que s'unit le fidèle. La tournure employée siiinifie lilléi-alement : k Vous avez voire IVuil dans la direction de Vàyi7.a<jA;. d La différence clairement marquée dans ce verset entre Vy.yiy.'7ijA:, comme fruit, et la vie éternelle, comme /in, prouve en l'aveu i- du sens de sanctification à donner à ce terme grec; car, pris dans le sens de sainteté accomplie, ce mol reni rerail dans le T£Ao;, la fin. — Chaque devoir rempli au service de Dieu est un pas sur la voie au terme de laquelle i)rill(' le sublime idéal de la perfection réalisé. — Au fruit produit, qui a déjà sa valeur en lui-même, il plaît à Dieu d'ajouter la fia. Celle-ci comprend (avec la sainteté) la gloire, la félicité impérissable, l'activité parfaite.

Dans le v. "IS, l'apôtre résume en quelques traits précis ces deux tableaux opposés.

V. 23 : c( Car le salaire du péché, c'est la mort; mais le don de Dieu, c'est la vie éternelle en Christ Jésus, notre Seigneur. » — D'un c(Mé un salaire, quelque chose de m(''rité. Le mot o'^cjv.ov désigne proprement la solde en nature, puis la paie en argent qu'un chef donne à ses soldats. Il est évident, d'après cela, que le complément t-?,; àp.apTiaç, du iJéche, n'est pas ici le gén. de l'ohjet : le salaire payé pour le péché, mais le gén. du sujet : le salaire payé par le péché. Le péché est personnifié comme le maître naturel de l'homme (v. 12. 14. 22); et il est représenté comme payant ses sujets en Icui' doiiiianl la mort, eu leur faisant moissonn(,'i" sous la forme de la corruption ce (ju'ils ont seiné au service de la chair (Cal. VI, 7 et S: 2 Cor. V, 10). — Dans la seconde

<i^! LA SANCTIFICATION

[iroposition, rapi^drc ne parle pas d'un siilaire, niais dun don de i/nice (/âpi'ry.a); ce mot est pris ici dans son sens le plus liénéral, comprenant toute l'œuvre de Dieu pour nous el en nous, depuis le don de Jésus-Cdirist jusqu'à la justification finale: elle est tout entière don gratuit, laveur imméritée, comme la vie éternelle qui en est le terme. (( L'enfer, dit Hoih/e, est toujours mérité, le cïe\jinn(us.» On peut l'aire porter le rét^ime final: en Christ Jésus, notre Seigneur, uniquement sur le suhst. qui précède : « la vie éternelle que nous possédons par la communion avec Jésus-Christ; » ou bien on peut le faire dépendre de la propos, tout entière : le don de Dieu est la vie, el cela en Jésus-Christ, par son envoi et par son œuvre. Dans le second sens la propos, a plus de gravité et clôt mieux le morceau.

On pense d'ordinaire (|ue ce \. '2o, ainsi que tout le passage dont il est le sommaire, ne s'applique au croyant qu'au point de vue de la seconde alternative, celle de la vie éternelle, et que c'est aux inconvertis seulement que se rapporte, dans l'intention de l'apntre, ce qui est dit de la servitude du péché et de son terme fatal, la mort. Mais la teneur du v. IT) prouve comhien celte manière de voir est erronée. Quel est le hut de ce morceau? De répondre à cetU; question : « Voudrons-nous pécher, parce que nous sommes sous la grâce? » Or, cette question ne peut èti'c posée que par et pour des croyants. C'est donc à eux que se rapporte la réponse qui suit. Ce n'est pas non |>lus au nom des pécheurs inconvertis que Paul pourrait dii'e, V. :2I : (( ces choses dont nous avons honte maintenant. » L'apùlre doit donc mettre en garde les croyants contre un retour à la servitude du péché après un temps d'esclavage de la justice; car ce retour ne manquerait pas de les cunduin! à la mort éternelle, tout comme les autres pé-

CHAH. VI. iJ-Vll. 1. .69

cheurs. Il résulte même de la relation entre la question du V. ir)el la réponse v. 16-23, qu'une pareille rechute peut provenir d'une seule concession volontaire aux sollicitations incessantes de l'ancien maître, le péché. Une seule réponse affirinative à cette question : « P>rai-je acte de péché, puisque enfin je suis sous la grâce? » pourrait avoir pour effet de replacer le croynnt sur la pente qui conduit à l'abîme. Un exemple frappant de ce fait se trouve dans notre épître elle-même. Au ch. XIV, 15 et 20, Paul déclare à celui qui entraîne un frère faible à commettre un acte contraire à sa conscience, que par cettr seule désobéissance ce frère pour lequel Clirisl est mort, peut se priver du bénéfice de l'œuvre divine et périr. C'est ce qui aura lieu infailliblement, si cette faute, n'étant pas promplement effacée par le pardon et le relèvement, vient à se consolider et à rester là interposée entre son Dieu et lui. — Voilà la réponse de Paul à la question : Voudrons-nous pécher:^ La iiràce nous sauve, non dans le péché, mais du péché. Elle préserve de l'eifet en détruisant la cause. Se remettre sous l'action de la cause, c'est infailliblement faire revivre l'effet '.

XV'- MOKCEAU (Vil, l-(i).

Lr croi/ant est affrinicln de la loi.

L'apOtre n'avait pas dit seulement : « Le péché ne régnera plus sur vous; car vous êtes sous la ^ràce ; » il

' Nous engai.'eon5 nos lecteurs à lire la tractation de cette question clans les Bibelstunden de Gess. I. |). 216-218. Cet auteur arrive à la même conclusion que nous relativement à la grande masse des chrétiens ; il incline seulement à penser quil y a des croyants assez avancés pour que la séparation d'avec le Sauveur soit à leur égard une sii|)po?ition impossible. A-t-il bien pesé la parole 1 Cor. IX. 27'^

av;iit (lit : « Car vous ôtes, non sous la loi, mais sous la grâce. » (les mois : « non sous la loi, » prouvent qu'à ses yeux l'alTranchissement du péciié n'était léellemenl possible qu'à la condition de raffrancliissement de la loi. Car le fidèle crucifié avec Christ, demeurant sous la puissance de la loi, en ressentirait aussitôt l'effet malfaisant et i-etomberait sous le jou^i du péché. Les deux délivrances sont donc étroitement liées. Et peut-être est-ce là la raison pour laquelle saint Paul a établi un parallélisme si marqué entre les deux tableaux dans lesquels il les représente. Il est aisé en effet de voir que le passage Vli, 1-4répond à VI, 16-19 et le passage VU, r)-6 à VI, 21-23. Seulement, comme la loi est un maître plus noble que le péché, l'apùtre, en parlant de l'affranchissement de ce maître, renonce à l'image dégradante de V esclavage et y substitue la relation plus relevée du mariage. C'est poui'quoi aussi dans les v. 5 et 6 il remplace l'image des fruils (du travail) par celle des enfants (issus du mariage).

L'apntre cite d'abord un article de la loi qui, appliqué spirituellement, implique l'alfranchissement du fidèle par rapport à la loi (1-4); puis il conclut de là que le régime du péché, sous lequel la loi retient l'homme, a fait jilace pour le croyant à la joyeuse liberté dans le service de llieii (5-0).

V. I et 2 : Cl Ou ignorez-vous, frères (car je parle à des gens qui connaissent la loi), que la loi a puissance sur l'homme pour aussi longtemps qu'il vit? - Car la femme mariée est liée par la loi à son mari vivant; mais si le mari meurt, elle est affranchie de la loi' du mari. >• — On eunnait le sens île la (pie-tjon :

' T. H. omet les mots toj vouoj (de la loi)>ans auriine aiilorilé ; simple nt''i:ligence.

CIIAP. Vil, I.

On ifpiorez-voiis-/ chez Paul (VI, :^). L'affnncliissemciit do la loi et la délivrance du péché sont deux faits lellciueiil corrélatifs qu'à celui qui nierait le second Paul demande si peut-êlre il ignore le premier. Et coumie il pouvait y avoir des gens à Rome qui ne voulaient admettre leur affranchissement de la loi qu'à la condition de posséder une déclaration positive de la loi elle-même qui les éclairât à cet égard, Paul répond à ce postulat de leur conscience, en leur citant l'article du (]ode qui enseigne implicitement ce qu'ils ont peine à admettre. L'allocution : fri'fcs, n'avait pas reparu, ainsi que l'ohserve HofiniiKu, depuis 1, 13. Comme l'apôtre va recourir à un mode d'enseignement plus familier que celui dont il s'était servi jusqu'ici dans son épîlre, il se rapproche de ses lecteurs en leur adressant ce titre qui donne à ce qui ;tuit le caractère d'un entrelien familier. — Dans la parenthèse : Car je parle i( des gens (jui..., le car se rapporte à la réponse négative qu'il faut suppléer après la question ifjnorez-rous ? « Non, vous ne pouvez ignorer la prescription légale que je vais vous citer ..» — Il faut se garder de traduire, comme s'il y avait l'article toÎ: devant le partie. yvjoxjAO'jm : « à ceux d'entre voas (jui connaissent la loi. » La forme grammaticale prouve que l'apiHre s'adresse par là, aussi bien que par le mot frères, à la totalité de l'église de Rome. C'est ici l'un des passages desquels plusieurs ont conclu que cette église était composée à peu près uniquement d'anciens Juifs {Baar, HoUzmann) ou du moins de prosélytes {de \V., Bei/schl.). Mais Mançjold lui-même reconnaît (page 7:)) que « celte expression peut s'appliquer aussi à des chrétiens d'origine païenne, puisque l'A. T. était reçu et lu dans loulr l'Eglise comme document de la révélation.» Un peut même aller plus loin et dire qu'il serait oiseux de ra|i-

rJ. LA SANCTIFICATION

|»eler à d'anciens Juifs ({u'ils sont des Liens qui connaissent la lui. [le honne heure la lecture de l'A. T. passa du culte de la Syna<;o^fur dans celui de l'Eglise. Les épitres adressées aux églises des (jenlils prouvent à quel point les apôtres supposaient leurs lecteurs au fait de l'histoire et des oracles de l'A. T. Saint Paul interroge ainsi les Galates, qui certes n'étaient pas d'origine juive (IV, 21) : « Diles-inoi, vous qui voulez être sous la loi, ne comprenez-vous pas la loi?» — En raison de l'absence d'article devant le mol voaov, loi, Ollramare pense que ce terme désigne ici, non la loi mosaïque, mais la législation matrimoniale de tous les peuples, en général. 11 allègue aussi eu faveur de ce sens l'enq^loi du mot Toi}*àv6cw770'j, sur l'homme, au lieu de -oO lou^aiou, « sur le Juif. » La faiblesse de ce second argument saute aux yeux, (juanl au |)remier, il serait certainement faux de prétendre (pie la présence ou l'omission de l'arlicle devant voao; dans le X. T. soit un fait absolument arbitraire. iNous avons vu maintes fois le contraire. Cependant il faut avouer qu'il y a des cas où il est difficile de donner de ce fait une explicalion ralioimeile. P/tilippi préten(J (page 51) que voao; sans article est envisagé comme une sorte de nom propre et désigne toujours la loi mosaïque. Holslen et d'autres soutiennent précisément l'inverse; vo'ao: ne désignerait la loi mosaupie que lorsfpi'il est accompagné de l'article. Il ne me |iaiait pas (pie les faits autorisent à poser une règle absolue ni dans un sens ni dans l'autre'. En tout cas l'interprélalion d'Oltramare est complètement inad-

' Voir sur ce sujet l'excellente dissertation de E. ('n-df'e. Die peu li-iische Lchre vom Geset:. etc.. p. "i-H. L'emploi ou l'absence de l'arlicle doit souvent, selon lui. s'expliquer par une raison pliilolojiique. Ainsi il est Iréquemmenl omis ipiand voao; est régi par une préposition, sans (pion puisse expliquer ce fait autrement que par rint(''rèl du rvtlime.

CHAI'. Vil. I. /^

nfissible. Comment les lecteurs auraient-ils compris ce sens tout à fait général et extraordinaire du mot vôaoç, et quand Paul a-t-il essayé de prouver quelque chose à ses lecteurs en en appelant à une autre législation que celle qu'ils reconnaissaient avec lui venir de Dieu? C'est ce qui ne nous permet pas non plus d'admettre l'idée très ingénieuse de Weiss d'après laquelle Paul ferait allusion aux connaissances juridiques que possédaient communément les Romains : « Car je parle à des connaisseurs en matière de loi.» Mais il n'est pas possible que la loi dont Paul leur attribue, en ces mois, la connaissance, soit une autre loi que celle dont il dit : «Ou ignorez-vous que la loi domine l'homme..?» Or celle-ci est bien, en vertu de l'article devant le vjy.o; suivant, la loi mosaïque, comme le reconnaît expressément Weiss lui-même. — Le Code mosaïque, reconnu divin, n'étendait pas sa compétence sur l'homme (•/,'jp',£'j£i) au-delà de l'existence terrestre. — L'homme: homme ou femme. Au v. 2, là où il n'est question que du mari, est employé le mot àv/ic, et non plus àvO:('j-o:. — Le sujet de 'Cr,, vit, d'après Origèue serait la loi : « La loi ne domine l'homme qu'autant qw'elle est en vigueur. Or maintenant elle est abolie. » Mais l'idée de l'abrogation de la loi en général n'est pas relevée ici, et s'appuyer sur elle en ce moment serait une pétition de principe. Le sujet de Çr,, vil, ne peut être (pie ô xvOpco-oç, V homme : cornp. les expressions *Cô>vti, 'Cwvto;, vivant, v. 2 et .'1. Mais il faut bien rcmaïquer que ce mot : tnnl quil vil, qui, d'après ce qui suit \.'2-:*), semble n'avoir en vue que le mari qui meuri, s'applique aussi à la femme en ce sens qu'elle aussi cessera de vivre comme femme, dès le moment de la mort de son mari. Ce qui le prouve avec évidence, c'est que le •/.•jc'.c-js'.v, qui (b'signe la domination fie la loi sur la pi^rsonne humaine, ui;s\ a|tpliqiiè dans

/4 I.A SANCriIlCATloN

ce qui suit (v. -1-:)) que pnr rapport à la l'erniiie; car c'e<t elle, el non le mari, qui recouvre sa liliei'l»' par la inoit (le celui-ci.

Vhilijipi donne, conune nous, pour sujet au verl»e v?;, /•//, ù ->LvOao-oç, r/iomme, mais en entendant le mot chrc dans le sens tout à l'ait exceptioimd de vivre jiuur soimètne, vivre au service du péché. Le sens serait : a La loi domine sur l'homme aussi longtemps qu'il vit pour le péché. Mais quand il vit m (■ju-isl, il est affranchi île la loi.^) Ce ne serait plus ici une citation du (Iode mosaïque. (!e serait déjà l'expression de la pensée de tout le morceau. .Mais le v. ri, qui est l'explication du v. 1 fair), montre clairement que le v. I se rapportait à une disposition du Code. Kt quel lecteur eût pu se douter du sens extraordinaire ainsi donné au mol vivre'/ F2n(in que sii>nifieraient les mots : « Je vous parle comme à des ^tens qui connaissent la loi, » si la maxime suivante n'était pas tirée de la loi'.'

V. 2. La maxime énoncée au v. I est illustrée au v. '2, par rexem[)le de la leuniie veuve autorisée à se remarier sans manquer à son devoir de femme envers son mari défunt. Dans la première propos., l'accent est sur le mot "CwvTi, riviUit ; dans la seconde, sur les mots: mais s'il meurt. Le précepte Deut. XXIV, 2 autorisait positivement le maiiage d'une femme renroyéi' par son premier mari, avec un second; à plus foi'te raison, un nouveau mariage apiés que le premier mari était morl. L'apôtre ne parle pas du cas de divorce, sans doute parée (jue la femme sera dans le cas présent la partie agissante, et que ce n'était pas elle qui pouvait renvoyer son mari en donnant la lettre de divorce, Deut. XXIV, I. Le terme /.x-iz-x- -y.'., est annulée, a cessé d'agir, complété, comme il l'est ici, par un régime avec la prép. cztto (couq). (lai. V, A], signitle: étresépart''e ou affranchie de,pai* voie dfMlestruc-

CIIAP. Vil. l-± ^'*

lion, d'annulation ; il esl choisi à dessein pour étendre à la femme la notion de mort qui proprement ne s'applique, dans l'exemple cité, qu'au mari. Nous avons vu que le terme /.'j:i£usiv, v. 1, impliquait déjcà cette extension; comp, aussi l'emploi du xaTapYSÎTOai (VI, 6) qui montre l'énergie de celte expression. La femme est annulée, frappée de mort, comme femme, en la personne de son mari mort. C'est par ce détour seulement que Paul peut, arriver à appliquer à la femme, comme nous Tavons vu, la maxime du v. I; comp. le iOavaTwO-/iT5, vous ave: été mis à mort (v. 4-). Les objections de Weiss ne peuvent rien contre ce sens qui ressort de tout ce passage (voir Beuss). — On pourrait appliquer l'expression : la loi du mari, à l'article du Code concernant le mariage, lex ad inaritum pertinens. Mais il est plus simple de l'entendre du pouvoir conjugal du mari, — La question dilTicile est de savoir pourquoi Paul prend pour exemple de la liberté de se remarier, non le mari qui a perdu sa femme, mais la femme qui a peidu son mari. Car les deux cas sont également renfermés dans la maxime du v. I. Il n'y a qu'une explication de ce fait: c'est l'applicalion que Paul se propose de faire au fidèle de l'exemple cilé. 11 avait en vue non seulement sou all'ranchissement du joug de la loi, mais en même temps son union subséquente avec le Christ ressuscité. Or, comme dans celte seconde union Christ ne pouvait naturellement représenter que l'époux, le relie du croyant ne pouvait être que celui d<' l'épouse. Voilà pourquoi Paul esl obligé d'étendre à la lénuue la notion de mort qui ne se rapportait au début qu'au mari. Le nouvel époux étant un ressuscité, l'âme fidèle ne peut coiitiacter union avec lui qu'après avoir passé elle-même par la mort, et comme étant devenue elle-même une ressuscilée. <Jn voit combien Weiss se trompe en niaiil que

/•' I.A SANCTIi-lCATION

(lès l'abord l'aul eût en vue la ivlalion typique développée au V. 4- et que dès le v. "1 il eût déjà rintenlion de la préparer.

V. 3 : « Ainsi donc, tant que le mari vit, elle sera appelée adultère si elle épouse un autre homme; mais si le mari meurt, elle est affranchie de la loi, afin de ne pas être adultère en épousant un autre mari. » — Ce V. ;» n'esl pas une l't'pèlition oiseuse du v. '1. H sert à lirer de la prescription légale, rappelée dans ce verset, la conclusion expresse dont l'apùtre a besoin pour démontrer la légitimité d'une seconde union dans le cas de mort supposé. Ce qui serait un crime du vivant du mari, devient lÔLiilime une l'ois qu'il est mort. — Le terme ■/zr,'j.y-Zzv/ siiinifie proprement faiie des alpiiirs, d'où : porter le nom de la profession à lacjuelle on se livre. Encore aujourd'bui, une grande partie des noms de famille sont des noms de métier. Comp. Act. XI, ':2(). — L'expression : aljranchie de la loi, siiinifie dans le contexte : atfi-nncbie de la loi quant au lien conjuiial. Mais l'expression est laissée à dessein dans toute sa généralité, en vue de l'application qu'en va faire l'apùtre aux croyants. — l'uiir qu'elle ne soit pas adiillèrc (si elle se remarie) : La loi avait réellement rintealioii de lui réserver cette liberlè-là. Il y a sans doute iei allusion aux scrupules de conscience qui l'etenaienl les Juifs sous le rèLiime légal imposé de Dieu , et les empêchait d'accepter l'Kvangile. — Aiigiisliii, Bèze, Olshnuseu, etc., ont essayé une autre explication, ils ont vu dans les v. 2 et :^ non le développement explicatif, mais Yapplicaliou allci/onquc de la maxime du v. I : Dans la pensée de Paul, le |»remier mari serait non pas la loi, mais le péché. Celui-ci étant IVappi' de moil pai- la foi au Christ cruciliè (VI, -J. (■)), l'iiiiie est allVaiichie de son pouvoir et jouit de

CHAP. Vil, 2-6. H

la liberté de s'unir au Christ ressuscité (le nouveau mari). Mais I*' cotte explication nous ramènerait à l'idée du morceau précédent (l'affranchissement du péché), tandis que le v. (5 montre clairement que Paul veut parler ici de l'affranchissement de la loi; 2" la relation entre le V. 1 et le V, 2 devrait être formulée, non par car, mais par ainsi (o'jtoj), ou de sorte que {Con-xz) ; 3'* le Côn-i., de sorte que, du v. 4 montre que c'est là seulement que commence l'application morale; 4o Paul n'a point parlé au ch. VI de la mort du péché, mais seulement de la mort au péché.

V. 4- : ((De sorte que vous aussi, mes frères, vous êtes morts à la loi par le corps du Christ, afin d'appartenir à un autre, celui qui est ressuscité des mores, pour que nous portions des fruits à Dieu.w — En arrivant à l'application, l'apùtre se rapproche de nouveau et plus étroitement de ses lecteurs par cette allocution : mes frères. C'est comme s'il leur disait familièrement : Eh hien, maintenant, ne comprenez-vous donc pas tous? — Le wgts ne peut en aucun cas signifier : de môme (ô|xoio>;). Il peut se traduire par de sorte que ou par en conséquence, ce qui revient à peu près au même. En vertu de l'article de loi cité, les croyants ont reçu en Christ le coup de mort qui, les affranchissant de l'union avec la loi, leur premier mari, leur permet de s'unir à un autre. — Kal jaeî;, vous aussi : il en est d'eux comme de celte femme morte en la personne de son mari. Weiss , qui s'est refusé à appliquer à la femme l'idée de mort, est obligé d'expliquer ce aussi en le rapportant à tous les hommes que la mort affranchit d'une obligation légale quelconque. La nécessité d'une explication aussi forcée aurait pu sufhre pour le ramener à l'explication naturelle de ce qui précède. — "l'.OavaTc'/Jr-e,

J^ I A SANCTII li:.\TION

VOUS clea nw)lx, lilli'-i'.: l'o/z.s ave: otè laia à iitorl par rapport à la loi. L'aur. 1^-' pass. indique !<• plus haut (le<iré (Je passivité, lis ont été tués eu uu autre. C'est Jésus qui les entraîne, pour ainsi dire, violemment dans la communion de sa mort. .Mais Ut tw voy.w, à lu loi, qui suit, montre que cette participation à la mort n'est pas appliquée ici dans le même sens qu'au cli. VI. Là il s'atiissait de la mort ^/?^ péché; ici il s'agit de la mort à la loi. Christ est mort à la loi en ce qu'après avoir j)ar son supplice satisfait aux menaces de la loi, il a été par cette mort même affranchi de la juridiction de la loi sous laquelle il avait passé sa vie (XV, S; Gai. IV, 4), ainsi que de la nationalité juive qu'il avait du revêtir pendant son existence terrestre. Le croyant, en s'appropriant la pleine satisfaction donnée à la loi par celle mort, devient aussi participant de l'affranchissement de la loi qui en a été |)Our Christ la conséquence. Délivré de la loi des ordonnances (F.ph. Il, l.")), il entre avec Christ dans la sphère supérieure de la communion fdiale avec Dieu. — Ava toO nôi^j.y.-'jz : par le tiioi/en du corps: on poui"rait pi'esque dire : au travers du corps, comme si le coup qui a transpercé le corps du Christ, les eût atteints. Le corps du Seigneui- était le lien entre lui rt Israël; ce Ijen a été hrisé, et avec lui a été rompu, non seulement pour Christ, mais aussi pour le croyant, tout l'apport avec la loi et les formes théoci'atiques. — .Mais celte émancipation n'est qu'un moyen; le hut, c'est l'union nouvelle à contracter avec le Christ ressuscité. La participation à la vie de Jésus ressuscité remplace chez le fidèle la vie sous le joug légal. C'est comme un hymen d'outre-toudic ; au ressuscité s'unit l'àme cioyante ressuscitée. Seulement il était nécessaire, pour cela, qu'elle eût auparavant passé par la mort.

Celle nonvcllr union a elle-Miême un hut : c'est que

awv. VII. 4. '•-'

nous porlions des fruits à Dieu. Plusieurs inlerprèlefi se reliisenl à croire que Paul demeure ici dans l'image commencée, celle du maria^ie. Je me demande si ce n'est pas là un scrupule de délicalesse peu conforme à l'esprit de l'anliquilé et de l'Evangile lui-même. Weiss ohjecte à ce sens que les enfants appartiennent, non à un tiers, mais à leurs propres parents; mais il faut ici tenir compte du lien étroit qui, d'après Paul, unit Cliiist et Dieu; ce qui est à l'un est par là même à l'autre.

Hofmami et Schott lont dépendre le iva, a /in hhc, uniquement des derniers mots : celui qui est resstisscité des morts alin que..., en ce sens que Christ est ressuscité afin de nous rendre actifs au service de Dieu. Mais ce n'est pas la résurrection, c'est l'uiiion du fidèle avec le ressuscité qui a ici pour but l'enfanlement d'une vie de bonnes œuvres. Le but de celte explication est de rendre compte du passage de la seconde personne du pluriel ( jasîr, 'j^àç, vousj, dans la première partie du v., à la première pers. (x.aç-ooosr.Tojacv, nous produisions) , à la fin du v. Mais, après s'être rappi'oché des lecteurs par l'apostrophe //vres.'(\eu\ fois répétée (v. I et 4), qui amenait naturellement la seconde |)ersonne, il est tout simple que l'apotre, en reprenant le ton didactique, revienne à la première personne, qui comprend tous les chrétiens et Paul lui-même. Un grand nombre d'interprètes pensent que Paid a employi' la seconde pers. en se mettant au jioint de vue des ju(l('n-rbréii(;ns, el qu'en reprenant la première pers., à la lin du V., il parle de nouveau au nom des chrétiens eu général. Mais c'est oubliei' que l'auteur de la lettre était lui-même d'oiigine juive ; il devrait donc, au contiaire, dire nous, en parlant des judéo-chrétiens ; le vous désignerait les chrétiens d'origine païenne Conqi. «ial. III. 1:5, où, parlant au nom (\es cioyants d'origine juive, il

(lit jiou.i, en leur opposant ensuite, v. 1-4, les Gentils, pour réunir enfin les uns et les autres dans un nous final.

Ce passaiïe (v. 4) est celui sur lequel Manyohl s appuie avec le plus d'insistance pour prouver que léiilise de Rome était com- |)osée en izrande majorité de judéo-chrétiens. Comment en ellét pourrait-on dire de païens, qui n'ont jamais été sous la loi qu'//.v sont morts à la loi (lOavarcoOrjTe tco vo'aw)'? Comp. aussi le V. 6. L'argument est spécieux, mais non concluant. Car les expressions des v. 4 et t> ont aussi leur apj)lication à des chrétiens d'origine païenne. Si le régime légal rivait dû être maintenu après la venue de Christ pour les Juifs et pour les croyants d'origine juive, il eût dû infailliblement être imposé aussi à l'Eglise entière, dans tout le monde. C'est bien ainsi que l'entendaient les faur-fréres, contre lesquels Paul eut à lutter à Jérusalem (Gai. II, 4 et suiv. i. Ils consentaient à l'évangélisation du monde pa'ien : mais ils voulaient la faire tourner à l'extension et à la domination universelles du régime légal israélite. Par l'Evangile le monde devait devenir juif. C'est par conséquent pour l'Eglise entière, pour les pa'iens aussi bien que pour les Juifs, que la mort du Christ a mis fin au régime légal. Le: «Vous êtes morts à la loi par le corps du Christ, « s'appli(|ue à tous les croyants, quelle que soit leur origine. Hors de Christ, les païens n'auraient eu d'autre avenir religieux que l'assujettissement à la religion et à la loi juives; en Christ, ils sont, en tant que croyants, alfranchis de la loi aussi bien que les Juifs. L'expérience faite par ces derniers à l'école du régime légal l'a été au profit de l'humanité tout entière. Voir Wciss, éd. de i88ti, p. 33:].

La rupture du croyant avec le régime légal est donc Utjilime : (c Vous n'êtes plus sous la loi» (VI, 14.). Mais il reste à démontrer la relation entre ce fait et la promesse qui précède dans ce même verset : « Le péché ne régnera plus sur vous; mr... » C'est ce que lait l'aitôtre dans les deux v. suivants, où il démontre le résultat bienfaisant de la rupture avec la loi. C'est le développement des derniers mots du v. h : afin (jar nous jio) lions îles fruits pour

<;iiAP. VII. :.. ^\

Dieu. Et d'abord v. 5 : les tVuils malTaisants du mariage avec la loi.

V. 5 : « Car, lorsque nous étions en la chair, les affections des péchés, excitées par la loi, agissaient dans nos membres pour fructifier à la mort ; » — Le car qui justifie les derniers mois du v. i, porte sur les v. 5 et 6 réunis. — li'expression : êlre en la chair, n'est pas synonyme de vivre dans le corps, comme le montre bien Gai. il, :20. Le terme de chair, désignant littéralement les parties molles du corps qui sont le siège ordinaire des sensations agréables ou douloureuses, s'applique dans le langage iiiblique à fliomme naturel tout entier, en tant que dominé par l'amour de la jouissance et la crainte de la douleur, c'est-tà-dire par la recherche de la satisfaction du moi, par l'attrait de tout ce qui flatte ses goûts, sa sensualité, sa vanité. La locution eîvai iv ^y-pz-i désigne cette complaisance du moi en lui-même comme l'état dans lequel le sujet puise ses impulsions.

La suite explique le vùle que joue la loi dans le développement moral de l'homme dominé par la chair. Le terme : les affeclions des -péchés, T.7h-f,'j.rj-7. tôjv àaaoTuov, indique un état essentiellement passif. Et, en effet, les affectivités sensibles, qui correspondent à certains objets extérieurs propres à les satisfaire, sont moins des déterminations spontanées de la volonté que l'effet des impressions reçues. Le complément : des péchés, n'est ni gén. de cause (produites par les péchés), ni gén. de qualité (qui ont le caractère de péchés); il y aurait plutôt dans ces deux cas z-lç yjj.'xo-ioLç (du péché), que tôjv âaapTiÔJv, des péchés. On pourrait voir dans ce génit. un complément d'apposition : les affectivités dans lesquelles consistent les diverses formes intérieures des péchés,- les mouvements intempérants ou impurs, intéressés ou hautains, égoïstes

OU violents. Mais il est plus simple de le prendre comme gén. de reffet : les affectivités qui ne manquent pas de produire toute espèce de péchés dès que, vivement excitées, elles travaillent à se satisfaire. — Le rét;. par la loi, qui dépend de 7raO-/;u.aTa, les affections, ne siiinifie pas : ])i()(liiilcs \mv la loi; ce serait trop dire; car en ellesmêmes elles résultent de l'état natui'el que Paul vient de désigner par l'expression : être dans lu chair. Le sens est : excitées, mises en activité par la loi. Ces instincts qui sommeillaient, venant se heurter aux défenses formulées dans la loi, passent à l'étal actif et violent, dans lequel elles produisent leurs effets. Si l'on ne voit pas la hète dépasser la satisfaction naïve de ses besoins et se plonp-r dans des excès pareils à ceux par lesquels l'homme se déi^rade si souvent, ce fait n'est-il pas dû, au moins eu partie, à ce qu'il n'y a pas là cet arrêt de la loi, qui si souvent n'est pour l'homme qu'un stimulant à mal faire? Sans doule ces passions sensuelles existent chez les païens qui sont sans loi; et c'est ce qui prouve que ce n'est pas la loi qui les produit. Mais Paul décrit ici l'expérience juive, telle qu'il l'avait faite lui-même, d'après laquelle la convoitise est surexcitée par rohstacle qu'oppose la loi à la jouissance désirée. — Le terme svripY£^''^î a<jissaienl, opéraient, littér. traraillaient aa-dcdans, indique celte fermentation intérieure qui se produit lorsque les passions, excitées par la résistance du commandement, clieicheni à s'emparer du corps pour se satisfaire. Le verhe v^so^iiohy.'., a<jir, opérer, (.'st toujours juis par Paul dans le sens moyen que nous lui donnons ici, jamais (lan> le sens passif : cire mis en action; comp. I Thess. Il, \'6: ■i Thess. il, 7; (lai. V, G; il Cor. 1, 6; IV, 1^2, etc., elc. — Ce travail impui', causé par le choc de la loi sainte avec le coMir clianiel dt; riiciiiiin' naturel, produit une

:iiAi'. vil. s-c.

abondance de mauvais fruits et ahoiilit à la mort : conip. Jacq. 1, 14 et 15. Car tout ce qui se fait sans Dieu, t»Mid à nous séparer toujours plus profondément de lui. — Kn opposition : les fruits de l'uiiion avec Christ (v. (3).

V. 6 : « mais maintenant nous avons été affranchis de la loi, étant morts ' à celui sous lequel nous étions détenus, en sorte que nous servons en nouveauté d'esprit et non en vieillesse de lettre. « — L'opposition entre ce mais maintenant et le quand nous étions du v. 5 correspond, pour la forme comme pour le fond, b. celle du quand vous étiez et du mais maintenant, VI, -li) et '22; seulement avec une autre application, puisqu'il s'agit là du péché, ici de la loi. — Le /.aTapYr.fjr.va-., être détruit, est construit ici, comme au v. -2, avec la prépos. z-o, de, pour désigner l'affranchissement complet par voie d'annulation. Cette annulation consiste dans la mort subie (le : vous ave: été mis à mort, du v. 4). Celle dernière idée est expressément relevée par le à-oOavôvTsç. étant morts. La leçon du ï. H. à-oBavovro; : celui (sous lequel nous étions détenus) étant mort, provient, selon Tisc/tendorf, d'une erreur de Théodore de Bèze qui a suivi Erasme dans une fausse interprétation que celui-ci avait donnée d'un passage de Chrysostome. En effet, ce : étant murl, se rapporterait au voy.o:, la loi. Ur, nous l'avons vu, l'idée de l'abolition de la loi n'est pas en place dans ce contexte. Ouant à la leçon toO OavxTo-j des gréco-latins : « nous avons été affranchis de la loi de la mort sous laquelle nous étions détenus, » elle a probablement été occasionnée par l'expression : fructifier à la mort, du v. 5. — Le maître sous lequel nous étions détenus désigne-t-il, connue

' T. R. iil san.s une autorité quelconque a-oOavovTo; ; x A B (> K L P Syr. : a-oOavovTcç (étant morts): I) E F G 11. : toj Oavaroj (de la mort).

le veulent Hofmann, Weiss et (l'aiitres, l'empire ilii pirhé ou de in chair, en sous-entendanl comnie antécédent de £v fo le pronom (neutre) toutw ? Il me |>araîl que le contexte, ainsi que le passai^e parallèle, v. A, monlrenl clairement qu'il s'aiiil de la loi. Dans ce sens aussi l'antécédent de £v (;) est le démonstratif to-jtw, mais au masculin : celui, le maître, qu'il n'est pas besoin de nommer de nouveau. Ces derniers mots : sous lequel nous fiions (Irtenus, ne sont pas oiseux dans ce sens, comme le pense IF^^m. ils sont destinés à rappeler l'exemple tiré de la loi qui avait été la base de cette démonstration (v. I-.")).

Mais cet affranchissement ne tend point à la licence. Au contraire, il aboutit à un «-Was-Jeiv, à un servage nouveau, lie la nature la plus noble et la plus glorieuse, qui mérite même seul le nom de liberlé'. Ce terme de ^ou^s-jsiv, servir, est choisi comme s'appliquant aux deux états opposés qui vont être caractérisés : servir Dieu sous la lettre de la loi et le servir avec un esprit renouvelé. — Kn nouveaulc iresjjril, dit l'apôtre; il désigne ainsi l'étal iiourrau dans lequel l'Esprit saint introduit le fidèle; cet état a i)our caractère la pleine harmonie entre le penchant du cœur et l'oblitiation morale ; alors on fait le bien et l'on renonce à soi-même pour Dieu avec éian et avec joie; c'est là l'esprit nouveau. A cet état, qu'il laisse entrevoir et qu'il se réserve de décrire au ch. Vlll, l'apôtre oppose l'état ancien. Il place celui-ci le second, parce que c'est celui qu'il se propose de décrire innnédiatemenl après, v. l-^i'). Il le nomme vieillesse de lettre; il se peut qu'il y ail dans celte expression allusion au vieil homme, ralaio; ivOpoi-o;, VI, 6; mais en tout cas Paul veut désigner cet étal comme désormais passé pour le croyant; c'est du point de vu»' de l'étal nouveau qu'il le caractérise ainsi. La lettre est r(d)lii:ation morale «'crite dans le code, s'imposanl à

CH.VP. VII. C.

l'homme comme une loi étrangère et même opposée à son penchant intérieur. Dans la plus t'avorahle des suppositions, on satisfait dans cet état à la letln' du code; mais le cœur n'a pas de part à ime telle ohéissance et Dieu ne peut accepter ce service destitué d'amour.

L'apôtre a montré dans le premier morceau (VI, 1- 13) que la mort de Christ met fin dans le cœur du croyant au régne du péché; dans le second (v. 14-23), que la grâce n'est pas moins impérieuse pour faire régner la justice que le penchant naturel pour faire régner le péché; le troisième (Vil, 1-6) a prouvé que le régime légal n'a pas le droit de s'opposer chez le croyant à cette action sanctifiante de la grâce qui est en Christ. 11 justifie maintenant dans la seconde section l'identification du joug de la loi et de la domination du péché qui avait été la supposition implicite de la première section.

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