I.A VIK DANS LE SAI-IT
Gentils, avec son peuple.» — Le premier pnssage cilé ijsl l's. XVIll, 5(1. David, vainqueur de tous ses ennemis, annonce qu'il fera retentir son cantique d'action de liràces jusque dans les contrées païennes soumises à son sceptre, alin d'associer ces peuples à la célébration des perfections divines. Paul part de l'idée que ce que David a réalisé impairailemenl s'accomplira plus magnifiquement encore sous le sceptre du Messie.
Le second passa;^e (v. 10) se lit Deut. XXXII, i:]. Le sujet de léys'., dit, est soit l'Ecriture, soit Dieu, soit Moïse. — Dans son cantique liiial, Moïse décrit la di'livrance future et le jugement {]es adversaires d'Israël; puis il invite les païens qui ont échappé au châtiment à joindre leur chant de réjouissance à celui d'Israël glorifié. L'apôtre cite d'après la version des LXX. Celle-ci traduit d'après une forme du texte qui n'est pas celle de notre texte masorèlique, mais qui a été constatée comme variante par h'ouiil.ol. D'après cette leçon, il faudrait ajouter la préposition elli (avec) devant ammo (son peuple), ce qui conduit au sens des LXX et de l'apôtre : « Héjouissez-vous, Gentils, arec son peuple.)) Si l'on retranche ce elh, avec le texte ordinaire, on peut traduire : (c Réjouissez-vous, nations [qui èle.'î] son peuple,» soit que l'on ap[)lique avec de Welle \ù tertiKî de nalions ((/()ji)ii) aux douze trihiis Israélites, soit que l'on admetl<\ avec Atjiiihis, lliéodolloii, Ho/'nunui, (pi(3 ce sont les Gentils eux-mêmes (pii sont désiguf'S ici comme le [)cuple de Dieu. Dans le sens de de Wette, l'ap- [)lication que fait Paul de cette parole n'aurait aucun rappoit avec l'idée exprimée par l'original. Mais ce sens n'est pas admissible, parce (pie Moïse ne pouvait désigner le peuple d'Israël comme U'\i'"'< ^" "''/•'*', surtout dans un cantique qui repose tout entier sur l'antagonisme entre Islael et les paï(!us. La seconde explication serait possible;
CHAI'. XV, <.»-ll. 551
elle s'accorderait avec le but de la citation apostolique. Seulement rien dans ce cantique n'avait préparé la dénomination des Gentils comme peuple de Dieu. — On pourrait aussi traduire comme la Vulgate et Segond : « Nations, louez son peuple, » ou : «Chantez les louanges de son peuple. » Mais il n'est pas naturel de taire porter la louange des païens sur Israël, et non sur .léhova. Lani/e et d'autres admettent encore une Iraduclion différente : « Gentils, fuites chanter de joie son peuple (en vous convertissant à l'Eternel). » Hirenin a réellement ce sens factitif Ps. LXV, 9. Toutefois il ne s'agit point pour les païens de faire jubiler Israël, mais de célébrer eux-mêmes Jéliova. Si le sens défendu par Hofmann (voir plus haut) n'est pas admissible, il ne reste qu'à suivre la leçon admise par les LXX et qui a passé dans le texte de l'apôtre. — L'idée de ces deux cilations, aussi bien que des deux suivantes, est en tout cas l'annonce de ce grand fait : qu'un jour viendra cilles Gentils célébreront Jéhova de concert avec Israél. V. 1 1 et 1-2 : a Et de nouveau ' : Vous tous, les Gentils, louez le Seigneur, et que tous les peuples le célèbrent-! l'2 Et Esaïe dit encore: Le rejeton de Jessé et celui qui s'élève pour gouverner les Gentils, surgira; les Gentils espéreront en lui. y — Le iruisième passage est tiré de Ps. CXVIl, l. Le cantique à Thonneur de Jéhova auquel le psalmiste convie les païens, suppose naturellement leur conversion et leur entrée dans le règne de Dieu. — Nous préférons la leçon i-a'.vsTaTojTav, qu'ils louent, au T. R. î-a'.v£';aT£, louez. La seconde personne est probablement une correction d'après la proposition précédente. Les Mss. d(.'s LXX offrent la même variante.
* B D E F II. Syr. ajoutent \iy=.'. lil dit) après -a).;/ (de nouveau,.
• T. R. avec P G L P lit :-a'.v€iaT£ (célébrez) au lien de s-atvciaTr.)7»v (qu'ils célèbrent ). (|ue lisent tous les iiulres.
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V. 12. Cilalion d'Esaïe XI, 10. Le sens lilléral de l'hébreu esl : « Kt il y aura en ce jour-là un rejeton d'Isaï qui sera dressé comme une bannière pour les peuples.... )> A l'image de bannière dressée les LXX ont substitué l'idée d'un personnage qui surgit pour régner; Paul cite d'après eux. Pour le sens cela revient au même. — Avec quelle émotion saint Paul ne rappelle-t-il pas tous ces passages, dont chacun esl comme le programme de son travail chez les Gentils ! Un comprend, en lisant de telles citations, ce qu'il a dit au v. 4-, assurément d'après sa propre expérience, de la persévérance et de la consolation qu'entretient chez le fidèle l'usage journalier des Ecritures, ainsi que de l'espérance toujours nouvelle qu'elles inspirent. Cette idée de Vespérance est celle qui s'exprime dans le vœu énoncé v. 13. Car cette adoration qui retentit déjcà chez les Gentils, résulte non seulement de la jouissance des biens actuels, mais aussi et surtout de l'espérance des biens futurs.
V. 1:5 : «Or, que le Dieu de l'espérance vous remplisse de toute espèce de joie et de paix, en croyant, pour que vous abondiez dans Tespérance par la force du Saint-Esprit! » — Dieu est désigné ici comnie le Dieu de Vespérance, en relation évidente avec les derniers mots de la citation précédente : «Les Gentils espéreront en lui. » Paul voit, et l'Eglise doit voir avec lui, le monde païen tout entier uni aux Juifs jinur glorifier l'Eternel. L'apùlre désigne clairement, par la relation entre le v. J:» et les précédents, ses lecteurs comme d'anciens païens. — Plus est riche la possession des biens actuels lin pair et la joie) que le fidèle puise dans l'acte de la loi constamment renouvelé (iv tw --.ttcJc'.v, litlér. par le croire), plus r.ïme s'élève à la riche intuition des biens futurs et, selon l'expression de l'apôtre, surabonde ou déborde d'espé-
tilIAP. XV. 1-2-13.
rancc. — Les derniers mots : par la force du Suinl-Esprit, signalent encore nne lois an lecteur, comme XIV, 17, la vraie force qu'ils doivent rechercher, en opposition à la force propre par laquelle on s'élève si aisément au-dessus des autres. La première unit, car elle s'efforce de servir (XV, I), tandis que la seconde désunit.
Par le rapport très-marqué de tout ce dernier |)assatie avec le ministère de l'apôtre lui-même, ce morceau se trouve être tout à la fois la conclusion du traité qui forme le corps de l'épitre et la transition à la conclusion épistolaire qui en est comme le couvert et oi^i Paul va traiter (le la situation actuelle de son œuvre apostolique.
Les raisons alléizuées par Baur contre l'authenticité de la première partie de ce chapitre sont sans valeur. L'esprit de conciliation par rapport au juda'i'sme, (jue ce savant juge incompatible avec le caractère de Paul, n'a jamais cessé d'être celui qui a inspiré son œuvre. C'est parce qu'il sentait la nécessité de se tenir uni auv Douze qu'après chacune de ses missions il retournait à Jérusalem, « afin, dit-il lui-même (lai. II, i, de n'avoir pas couru en vain. » Les collectes qu'il faisait dans les éulises de la iientilité en faveur des judéo-chrétiens de Palestine avaient le même hut. C'était aussi celui des concessions personnelles dont il parle 1 Cor. IX, 21. 22, et par le moyen (lesquelles il se faisait « faible avec les faibles, » absolument comme il ie recommande aux forts dans ce morceau. IlUgenfeld dit avec raison : « Ce que l'on regarde comme ne pouvant être de Paul, prouve dans ma conviction une seule chose : c'est que depuis Marcion on s'est fait de l'apôtre une idée inexacte, à laquelle on cherche encore à cette heure à ramener le Paul réel » (FJinleif. p. 32^^). On verra que cette observation s'applique également à la critique exercée par Baur et par Lucht à l'égard de la seconde partie de ce chapitre.
D'après Schiili:, ce serait depuis le v. 7 que recommencerait la vraie épîtreaux Romains à la(juelle tout le traité moral. XIL I à XV, 6, aurait été primitivement étranger. Il suivrait de la que le c'pst pourquoi du v. 7 se lierait immédiatement à la tin du
.•■>t LA VIK DANS l.li SAIXT
ch. XI. Ce rapprixliement a au premier coup d'œil quelque chose (le séduisant. La miséricorde faite et aux païens et aux Juifs iXI, -M) est l)ien propre à justifier l'invitation au bon accueil mutuel dans notre v. 7. .Mais il n'en est pas moins vrai que cette relation est factice : I" parce que le but du ch. XI était de justifier les dispensations de Dieu envers le peuple d'Israël, et nullement de travailler à lunioti des Juifs et des païens dans I Kiilise; i" parce que le v. 7 est en corrélation évidente et en quelque sorte littérale, non avec une parole (juelconque du chapitre XI, mais avec les trois premiers versets du ch. XIY.
Enfin, nous avons une conséquence à tirer de tout ce morceau. XIV, 1-XY. 13, sur la composition de l'église de Rome. Nous nous approprions sur ce point l'observation de HilfjenfeUL qui déclare (jue c'est dans ce passage comme nulle part (|ue se révèle la vraie composition de cette église, mais en l'appliquant dans un sens absolument dillerent du sien. Tout en reconnaissant, en eflet. que Paul s'adresse aux chrétiens romains en masse comme à (les forts (XIV, I et XV. 1). ce savant se refuse à conclure de là que la majorité de l'église fùl paulinienne de conviction et pagano-chrétienne d'origine. Et coiument échappe-t-il à cette consé- (|uence? Il suppose que Paul s'exprime de la sorte «parce qu'il se forme au sujet de ses lecteurs de bonnes espérances, » ce qui signifie qu'il les désigne ici, non d'après ce qu'ils sont réellement, mais d'après ce qu'il espère qu'ils seront un jour. Cet expédient de l'habile critique ne satisfera personne.
I>eiiss n'éprouve pas un moindre embarras en présence de notre passage. Dans son Histoire des écrits du X. T., il s'ex- |)rimait ainsi : «(>> morceau est tourné habilement, de manière a laisser croire que lopinioii la plus libre était dominante à Home, tandis que c'était assurément le contraire c|Ui était le cas. » Il attribuait ainsi à lapôlre une tactique indigne de son caractère, plutôt que de i"enoncer à son idée préconçue d'une majorité judéo-chrétienne dans cette église. Dans son Corn>nenfaire sur les rpitres paulinieancs, il s'exprime un peu diiïéremment : « Il est évident par lu, dit-il, que l'auteur considère la communauté chrétienne de Korne comme n'étant pas exclusivement composée de Juifs. » Cela est très-évident assurément, car (|ui a jamais contesté qu il y eût à Home d'autres chréliens que des chrétiens d'origine juive :' .Mais cet aveu est insuffisant. .Vu lieu
CHAP. XV. !.!-1'k 0')0
fie pas e-i'clusicement, c'est pas esseatielb'inirat qu'il fallait (lire pour faire droit au texte que nous avons sous les \eu\. Nous avons vu que Mangold n'a pas réussi non plus à éviter cette conclusion. Et quand Schultz, reconnaissant que les forts sont des pauliniens et, en même temp-. qu'ils forment la majorité dans léiilise, conclut de là (|ue tout le morceau XIV, I a \V. fi ne peut avoir été adressé à l'église de Rome, vu quelle était ea majorité j udèo-clirétienne, il ne fait que témoigner par là de la fausseté de celte opinion et nous domie le droit de conclure dans le sens opposé, en disant à l'inverse : Comme ce morceau n'a pas pu être écrit à une église judéo-chrétiemie et qu'il est adressé à l'église de Rome, cetteéglise, dnns sa majorité, n'était pas judéochrétienne.
coycu'sioy épistolaire
XV, lt-XVI,-27.
Le traité (doctrinnl cl pialique) est maintenant terminé; la l'orme épistolaire, interrompue dès I, 16, reprend avec noire v. 1 i. Aussi la partie qui va suivre est-elle en corrélation étroite avec le préambule 1, 1-15. L'apôtre s'excuse de la liberté avec laquelle il a écrit aux chrétiens de Rome; il rappelle dans ce but sa mission auprès des Gentils (V. 1416). Ce passage correspond à I, 1-4 et 15, oij il se déclarait (li'bilrio- de l'Evangile envers tous les Gentils, les Romains compris. Il explique (XV, 17-24) ce qui l'a jusqu'ici retenu en Orient. Par là il complète ce qu'il avait dit 1, il -18 de l'impossibilité où il s'était trouvé jusqu'ici de visiter Rome. Les salutations personnelles que nous trouvons dans la j)remière partie du cb. XVI répondent à l'adresse I, 7 : «à tous ceux qui sont à Rome, bicnaimés de Dieu.» Enfin, ladoxologie qui termine le ch. XVI et tout l'écrit (v. 25-27) nous ramène à l'idée par laquelle l'épiire avait commencé (1 , 1.2): celle de l'accomplissement