CHAI'. VII. 8-9. V
le péché ctfiil mort.» L'ellipse même du verbe prouve que Paul veut signaler ici un fait constant, universel, dont il a l'ait l'expérience personnelle. — Les v. suivants nous initient plus profondément encore aux expériences de l'apiMre, lorsqu'il a vécu sans loi, puis sous la loi.
V. il et lO'» : «Et moi, je vivais, quand j'étais autrefois sans loi; mais lorsque le commandement est venu, le péché a pris vie, lU'et moi je suis mort; » — Calvin formule bien le rliythme de ces versels : « La mort du péché est la vie de l'homme, et en retour la vie du péché est la mort de l'homme. » — Le Vatic. lu â'Cr.v, au lieu de â'^wv; les deux formes sont classiques. — Ou'estce que celte vie dont jouissait l'apôtre lorsqu'il était encore sans loi:' Angiislin. les réformateurs et plusieurs interprètes modernes (Beng., Bonnet) pensent que Paul désigne par \h la douce sécurité dont il jouissait lorsque, plongé dans ses illusions pharisaïques, il croyait posséder, dans sa propre justice, la justice véritable. Le : je vivais, signifierait : je croyais vivre; mais comment Paul pourrait-il dire précisément du temps où il était absolument sous la loi, -j-ôvjjj-oç (1 Cor, IX, 20) et détenu sous la garde du pédagogue qui devait l'amener h Christ (Gai. III, 24-), qu'il était sans loi, àvofxo;? Bonnel explique : sans connaissance de la spirilvalilé de la loi, ne possédant de la loi que la lettre morte. Mais c'était déjà là être sous la loi. Si c'était sa vie de pharisien que Paul voulait caractériser dans ces mots : autrefois, quand j'étais sans loi, quel serait le moment désigné par les mots suivants : quand le commandement est venu:' Dira-t-on que c'est celui de sa conversion, où la loi a pris pour lui, en Christ, son sens intime, sa pleine portée s|)irituelle? C'est l'explication de Calvin Mais où donc se trouve dans ce passage le moindre indice de l'iniorvenlion de Christ et de son
')0 1,.\ SANCTiriCATlON
Esprit? Bonnet pense aux temps (jiii ont inimédialement précédé la conversion de Said et où il a vu le néant de sa vie nnorale précédente. Mais c'est une époque trop tardive |tour cpie Paul put la désigner par ces termes : le cumniandenienf élant venu. Dès l'àtie de raison il a dû être conscient de la sainteté exigée par la loi. Pour découvrir une époque de la vie de Paul à laquelle s'appliquent réellement ces expressions : aidrefois, quand fêtais sans loi, et : le conimandement étant venu, il faut remonter jusqu'aux jours de son enfance, avant qu'il fût assujetti à l'exacte discipline de la loi et au régime pharisîiïque. Dès l'âge de douze ans, les jeunes Isiaélites étaient soumis aux observances légales et devenaient, comme l'on disait, (ils de la loi, bené Imlthorah. Ce moment l'ut sans doute pour le jeune Saul celui qu'il décrit en ces mots: le commandement étant venu. Alors commença la lutte intime décrite depuis le v. 7, qui n'alleignil sans doute que graduellement et durant le cours de son adolescence tout entière le degré d'intensité où nous la trouvons ici dépeinte. Sérieysement adonné à la pratique de toutes les prescriptions de la loi, il discerna de plus en plus au fond de son cœur le penchant mauvais sous la forme de la convoitise. En rencontrant la digue qui lui faisait obstacle, le torrent des inclinations égoïstes et orgueilleuses s'entla, bmiillomia. Jusqu'alors Saul vivait moralement et religieusement, ce qui ne signifie [tas seulement qu'il croyait vivre, ou qu'il jouissait de l'inuoctMUe et pure gaieté de l'enfance. Le sens du mot vivre a toujours chez l'aul quelque chose de plus profond. L'état de Saul avait été juscju'à ce moment celui d'un jeune et pieux enfant israélite élevé dans la connaissance et dans l'amour de .léhova, goûtant par la f(ti aux [)romesses de sa Parole les bénédictions de l'alliance, se réveillant et s'endoi'mant dans les bras du Di(3U
ciiAP. Vil. -1. 97
(le ses pères, et cliei'chanl à ne pas lui dr-plniie dans sa conduite. Il y avait là un réel coininencenienl de rie eu Bien, un premier jet de la flamme pure, qui, étouffée plus tard par la propre justice et par la lutte intérieure qui troublait celte satisfaction propre, se ralluma enfin magnifiquement au soulïle de la foi en .lésus-Christ.
L'apparition du commandement, avec son caractère de majesté sainte, dans la conscience du jeune Saul, mit fin à cet heureux état. Elle eut pour effet de faire viirc ou revivre le péché. C'est une question assez difficile de savoiis'il faut attacher à la préposition y.rJ. dans la composition du verbe àva'Cr.v le sens qu'elle a souvent, cdui de de nouveau (comme notre re dans revivre) : a repris vie; ou si celle prépos., qui signifie proprement en-haut, ne désigne ici que le passage de l'étal passif à l'état actif: a pris vie. Meyer insiste, en faveur du premier sens, sur le l'ail qu'on ne peut citer, ni dans le X. T., ni chez les classiques, un seul cas où ce verbe ou ses analogues (àva[i'/j(o, 'h7.'t,'MG/.rju.y.i) signifie autre chose que revivre (Luc XV, :2-4, par ex). On ne saurait le nier. Il n'en est pas moins vrai qu'une foule de verbes composés avec àvà ne renferment nullement l'idée d'un retour à un état précédent ; ainsi hy-SÙM, pousser (en parlant des |)lantes) et se lever (en parlant des asli'es), àvaioaoi, élever la voi.r pour crier, àval^cw, jaillir, àvàlAoaa!,, àva7:r,»^àw, etc. Le verbe àva- 'iliizoi se prend dans les rleux acceptions : rei/arder enhaul (Matlh. XIV, 19; Marc Vil, 34; Luc XIX, 5) et voir de nouvciiu (\cl. IX, 12. 17. 18). Dans .lean IX, 11, le sens est douteux. Si Ton traduit : « a repris vie, » (pielle est la vie antérieure du péché à laquelle [tense l'apùtre? Ori(fene retrouve ici son système de la préexistence des âmes et d'une chute aniéricure à la vie aciuelle. Jlihjvnfclil attribue également celte iiléc à ra[Milro. .Mais C(im-
W LA SAXCTIFICATIOX
bi(;ii clic serait ohscnréinent exprimée, el coiniiienl se feiail-il que l'on n'en trouvai, pas d'auli-e trace dans ses écrits? Ilom. V, 12 n'est rien moins que favorable à cette tliéoris. Augustin, Benrfel, Pliilipjri pensent à la première apparition du péché par la désobéissance d'Adam; mais ce fait est trop éloigné pour que nous puissions en tirer l'explication du mot revivre. 11 vaudrait mieux admettre que Paul pense au pécbé tel qu'il avait vécu chez ses parents avant de revivre en lui. Mais ce qui est plus simple encore, c'est d'abandonner celle idée d'un renouvellement de la vie du péché el d'expliquer àvaÇ-ç; dans le sens de : s'éveiller à la vie active. — Les interprètes qui ont appliqué les mots précédents à l'époque pharisienne de la vie de l'apùlre, sont embarrassés parcelle déclaration: Le péché a pris vie, et moi je suis mort (U)'-'). Il l'audrail dans ce cas les appliquer au fait de sa nouvelle naissance, ce qui est impossible. Ce seraient donc les temps les plus avancés de son pharisaïsme? M. Boiniet ilil dans ce sens : « Le péché, |toursuivi dans ses derniers retranchements, a manileslé sa puissance par une résistance désespérée...; et, d'autre part, l'homme a vu le néanl de sa vie morale et a succombé à la sentence de morl exécutée par la loi dans le lond de sa conscience. » Mais nous avons vu que les mois : « Je vivais sans loi » ne sauraient s'appliquer à un teuq)S aussi avancé <le la vie de Paul ; c'était alors qu'il servait la loi avec le plus de zèle. Il faut donc reporter celte ci'ise à l'époque du premier développement de sa conscience morah^ cl admelire (pic cet état a été praduellemenl croissant duranl tout le temps de son |)liarisaisme.
Le passaiic du péché de l'étal latent à Tt-lal de force agissante a été pour Saul un coup de mort. Celle expi-ession ne peut (h'signcr ni la moil physique dans le
CHAI>. YII, 9-10. 99
sens de : «Je suis devenu mortel, » ni la mort éternelle, dans le sens de : « J'ai été condamné à la perdition (abstraction faite de la rédemption). » 11 désigne la rupture entre le cœur et Dieu, comme état résultant immédiatement de l'expérience précédente; comp. sur ce sens du mot ynorl Epli. II, \-:\. Aussitôt à la liberté filiale a succédé la crainte, au sentiment de l'amour la révolte du cœur et l'obéissance servile, deux symptômes de mort également certains. Un poids a comprimé l'élan de son âme vers Dieu; un malaise habituel a régné dans son cœur.
Les paroles suivantes font ressortir le caractère imprévu de cet elTel produit (v. 10'') et en donnent l'explication véritable (v. 11).
V. 10'' et 11 : « Et il s'est trouvé que le commandement qui devait me conduire à la vie, m'a tourné à mort; 1 1 car le péché, ayant saisi l'occasion, m'a trompé par le commandement et m'a tué par lui. » — Chose étrange ! Cette entrée en activité du péché, que Paul a ressentie comme un meurtre spirituel, c'était un don de Dieu, le commandement, qui en était l'instrument, ce commandement que Dieu avait donné à Israël en lui (lisant : « Pais cela et lu vivras )y (Lév. XVIII, 5)! Au lieu de le conduire à la sainteté et à la paix, de lui donner Ut i.'ie, le commandement divin, en lui révélant le péché et en en accroissant la force, avait élevé une muraille entre Dieu et lui, et l'avait plongé dans la mort! Le sentiment de surprise que fait éprouver un résultat si inattendu est exprimé par le terme ejosO-zi, s'csl trouré.
Sans doute, cette description des effets de la loi n'expose qu'un aspect de la vérité, celui qu'avait j»arliculièi'ement expérimenté Saul pharisien. Envisageant la loi comme le moyen d'élahlir sa propre justice (X, .')), il avait été déçu
10(1 LA SANCTIKICAÏION
et il y avait trouvé la mort. Mais les psalmistes décrivent parfois les effets de la loi sous un jour tout différent (Ps. I, XIX, CXIX, etc.). Nous ne pouvons douter que Jésus luimême n'y ait trouvé, durant la période de son développement jusqu'au haptème, la plénitude de ce que Dieu avait promis : En faisant ces choses tu vivras par elles; précisément ce qu'expriment ces paroles de Paul : « le commandement qui m'était donné pour me conduire à la vie. » Seulement, pour déployei- cet effet hieniaisant, la loi devait être reçue par un cœur exempt de péché ou, du moins, par un cœur qui, ne séparant pas le commandement des promesses et des moyens de grâce dont la loi est accompagnée , y cherchât non le moyen d'acquérir un mérite propre et de satisfaire son orgueil, mais celui de s'unir au Dieu de l'alliance par le sacrifice et par la prière : qu'on se rappelle la parahole du pharisien et du péager ! Le v. 10 a indiqué le résultat liagique de l'intervention de la loi dans la vie intime du jeune Saul. Le v. 1 1 révèle la manière dont ce résulta! inattendu s'est produit. L'auteur de cette catastrophe a été non la loi elle-même, mais le péché. C'est l'idée du v. S reproduite ici avec plus de force à la suite du développement plus complet de cette douloureuse expérience dans les v. 9 et 10. Le mol r, y.'j.y.:-iy., le péché, est placé en tête; il dévoile le vrai coupahle. L'instinct gâté, en se heurtant à l'obslacle du commandemenl, a fait produire à celui-ci un résultat diamétralement opposé à son résultat normal. — Sur les mots: aijant saisi l'occasion, voir au v. 8. Le commandement a été l'occasion, non la cause. Ku le voyant se dresser comme une harriére entre lui et les ohjets de ses désirs, le cœur ne peut se défendre de l'impression qu'un Dieu jaloux prend plaisir à lui reluser précisément ce qui serait pi'oj»i'e à faire sou houheui'. C'est là le mirage que le
CHAI'. Vil. lU-1-2 1(H
péché produit en nous par le commandement nnême. Ces mots : m'a trompé par le commandement, renferment certainement une allusion au rôle du serpent dans (irn. 111, où, comme nous l'avons dit, le tentateur accomplit vis-àvis de riiomme innocent l'office imputé ici au péclié. 11 séduit Eve en s'altribuant à lui-même la bienveillance et la vérité et en imputant à Dieu la malveillance et le mensoni^e ; et c'est ainsi qu'enfonçant dans le cœur humain l'aiguillon du ressentiment et de la révolte, il lui donne le coup de mort. La même histoire s'est reproduite chez Saul par la ruse du péché déjà présent dans son cœur. — La répétition de l'idée : par le commande)nent... jiar lui, avec chacun des deux verbes, fait ressortir énergiquement condiien est contraire à la nature du commandement le rôle que lui fait ainsi jouer le péché. — Le verbe sça-a- Tàv renferme les deux idées de tromper et de faire dévier |)ar là de la bonne roule (à-/., hors de). 11 est inconcevable que Calvin se soit permis de donner aux termes m'a trompé, m'a tué, un sens purement logique : « Le péché m'a été dévoilé par la loi comme un séducteur et un meurtrier (e)'f^o verhum i;£-aT7,'7£v non de re ipso, scd de notilià exponi débet r»
il restait à formuler la conclusion ainsi pn-parée; c'est ce qut' font les v. 1-2 et 13 (wttc, de sorte fjue, v. 1-2).
V. 1-2 et lo : (( De sorte que la loi assurément est sainte et le commandement saint et juste et bon; l.'î ce qui est bon, est-il donc devenu' ma mort? Qu'ainsi n'advienne! Mais le péché, afin qu'il parût péché, a consommé ma mort par ce qui était bon, afin de devenir par le commandement excessivement péchant. " — L'idée t'iione(''(; daiis ces deux v. est cflle-ci : Tuer
* T. \{. lit vcvovsv avec K L, au lieu de sy=v"o i\w lisent x A \i f. I) R 1'.
par lin poison, c'est un crime; mais tuer par une substance vivifiante, c'est un comble. — L'apùtre commence, en face (lu résultat signalé, par éloiiiner de la loi tout soupçon de culpabilité. Le [/iv, sans doute, n'a pas de ^é, mais, qui lui corresponde. Pour le sens, le fié se trouve dans 13''. Ce y.cv a pour but de réserver à l'avance le caractère inattaquable de la loi. Quoi qu'il puisse être dit plus tard, le caractère de sainteté de la loi demeurera (p.sv, aéveiv). La loi, ô voaoç, désigne ici le système mosaïque dans son ensemble, et le commandement, r, îvToAr,, cbaque article (bi code en particulier. Le tei'me ay'.o;, sai)it, est l'expression qui dans l'Ecriture désigne la volonté arrêtée, l'amour parfait du bien ; la sainteté en Dieu est l'identité essentielle de sa volonté avec le bien; et la sainteté cbez l'bomme, l'identification libre de sa volonté avec la volonté divine. Les caractères de juste et. de bon résultent de celui de la sainteté et y sont compris. Le commandement est juste (^"//.aia) parce qu'il règle d'une manière normale les rapports entre les êtres. Il est bon {i';y.h'f,) dans le sens de l/ien faisant; celle épithèle est expliquée par les mots précédents : propre à donner la rieiw 10).
V. 13. Ici se trouvait proprement la place du mais (èi), répondant au y.îv (assurément} du v. I"}. .Mais Paul s'interromi)t; il éprouve le besoin de formuler eiicoi'e une lois dans toute sa gravité le problème posé. C'est ce qu'il fait dans la question qui commence le v. 13. La différence entre la leçon de la plupart des MjJ. i-ivETo et celle du T. n. ysy''-''''^ ''^* ^''"*^"^'' ' '•' |""''>"ièi"e signifie : c M'a-t-il donné la mort?)) la seconde : « Lst-il devenu ma mcu't'!*» (7est la différence entre l'acte de tuer (aoriste iyîvsro) et l'état de mort résultant de cet acte (parfait yiyove). Nous verrons que l'aor. convient mieux à ce ipii suit. — Après • pie It.' problème a t'Ii' p(»sé de iKuiveaii dans tout son se-
CHAI', vil. l-2-t:{.
lieux par celte question, la seconde partie du v. en donne la solution; c'est, logiquement parlant, le Si du ;x£v précédent. — ÂAAa, comme au v. 7 : « Mais voici ce qui est vrai. » — Le verbe du subst. -/î ây.acTia, le péché, peut être iyaveto (ijAol Oavaroç), à tirer de ce qui prt'cède : (( Mais c'est le péché (non la loi) qui m'a donné la mort alin que...» (jlelte construction est la plus généralement admise. Mais on peut aussi trouver le verbe de -h iy-açTta dans le partie. xaTepYa^otjivr, en sous-entendant r.v, ou, comme je l'ai proposé dans la 1>'' éd., iyivsTo : ^^ Mais le péché, .... afin qu'il parût péché, a par le bien opéré en moi la mort; )) la forme analyticpie (« était opérant, ï» ou « est devenu opérant ») indiquerait la durée de l'acte; ainsi Chnjs., LiiUi., Calv., Hod(/e, etc. Otte seconde construction est en soi moins naturelle, et la forme analytique n'est pas suffisamment motivée; voir Tholuck.
Faudrait-il faire des mois i'va oavTj à[/.apTia une courte poposition incise, dépendante de ce qui suit : « Mais c'est le péché qui, afin de paraitrc péché, a produit eu moi la mort par le bien. » Cette explication, très-satisfaisante en elle-même, suppose la seconde des constructions précédentes que nous avons rejetée. 11 vaut mieux, avec la plupart des modernes, lier étroitement ces mots à ce qui suit, en faisant dépendre le ïva, afin (jar, de ce qui précède immédiatement : « C'est le péché qui a été ma mort afin qu'il parût comme ce qu'il est réellemenl, lui qui par une chose bonne opérait ma mort. » Le partie. /taT£pyaCoa£v/i est soit un qualilicalif, soit un géi'ondif : « lui qui opérait ma mort...» ou « en oiiental ma mort...» (Reuss, Phil., Mcy , Weiss, Ollram., etc.). Le sens ne laisse rien à désirer et la construction est simple. L'accent est sur le régime SCy. toO àyaOoO, par n' tjuiesl bon. C'est en cela qu'a excellé le péché; il a monti-é toute la dépra-
104 LA SANCTIFICATIOX
vfilion <lc s;i niimrc cii causant la moil, non par ce qui élail mauvais, mais par ce qui est hon en soi. — L'aor. oavr,. fjuil jxxrfd , s'accorde mieux avec l'aor. àyc'vaTo qu'avec le partait (présent) ysyove, qui aurait exigé |)lutùt le présent cpaivr, (qu'il paraisse). Le second ïva, afin (]ia\ est envisagé par la plupail commf parallèle au premier; ce serait une répétition de la nièiue idée, mais avec un redoublement d'énergie; ainsi il/e?/fr, Weiss, Phil., OUramare\ celui-ci traduit : « afin de paraître péché..., oui, afin de devenir péclieur à l'excès, v» Mais cette construction a le grand inconvénient de placer l'efTet qui consiste à jiaraitre {oc/.y}^ avant celui qui consiste à devenir (yi^r,- Tai). Or dans la réalité c'est le conti-aire qui a lieu. La chose ne parait ce qu'elh^ est qu'après qu'i^lle est devenue ce qu'elle pouvait devenir, qu'elle a lait ce qu'elle pouvait taire. Pour éviter cet inconvénient, de Welle a donné à yirr-'-j.K, qu'il devinl, le sens purement logique : « qu'il devînt au jugement de tous. » Mais ce sens du mot yivtnhy.'. n'es! pas admissible, comme le reconnaît Weiss; et pourtanl il est nécessaire dans cette explication du second ïva. Il laul donc faire de la seconde proposition de but, non une pai'allèle, mais une dépendante de la première. Un objectera sans doulc que l'inconviMiient que nous venons de signaler dans l'auln' explication atteint encore plus lorlemenl celle-ci. Car comment le devenir (yav/iTai) pourraitil être le but du parailre (^av-?,)? ('/est bien plutôt le paraître qui est le but du devenir. Pour ('cbapper à celte diriicullé, il suffit de faire ilépendre le second iva non de ïvy. oavr,, mais de f^-à toO àyaOoO y.xTe^yyZrj'j.irr, : (( opérant [lar le bien luème la mort afin de devenir aussi pécheur que possible.» Le -/.a'i' OTrec^îolrN, à l'erci-s, résulte préci- S(''meul, coiiiiiie no\ls l'avons vu, de ce (pie c'est par tr l'irn, avec faille du s;iinl el jusle eoiiuiiandenieni, que le
ciiAi". VII. i:{. lor»
péché a accompli dans riioinme celte œuvre meurtrière. Du reste ces deu.x ïva, a/in que, se rapportent certainement à l'intention divine dans le don et dans l'effet de la loi. Un pourrait se demander pourquoi, une fois l'homme devenu pécheur, Dieu lui avait donné la loi qui ne pouvait conduire à la vie que l'homme non déchu. La réponse à cette ohjection, si nous demeurons dans les limites du contexte, est celle-ci : Le mal ne peut être guéri qu'autant qu'il est connu. La moit par laquelle la loi fait passer le Juif sincère est en réalité une crise de convalescence, le chemin du salut. La l(»i l'odevient ainsi, mais par un détour, ce qu'elle devait être oiiginairernent : le conducteur de l'homme à la vie. Ainsi s'expliquent naturellement les deux hy. : « Dieu a voulu que le péché parût évidemment péché, et cela en donnant la mort par le bien même afin de devenir ainsi excessivement péchant. » Par là se produit chez l'homme convaincu de péché le soupir après le salut; c'est ainsi que Dieu arrive à ses fins par i\es voies qui semblaient conduire à l'antipode du but.
Sur >:. 7-/.S. — Les interprètes qui rapportent à r/iuinanif' en iiénéral les expériences morales décrites par l'apôtre dans ce passage (p. 93). appliquent les mots : Je vivais (v. 9), à l'époque du paradis: les suivants : le commandement étant venu, à la défense de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal; le v, lia la tentation; les mots : a pris vie, et : Je suis mort, à la désobéissance d'Adam et à la sentence de mort qui a suivi: et la (in du chapitre juscpi'au v. 21. aux conséquences de la chute ; voir en particulier Lipsius (\?t\\?, la Protestanlenhihel. Par la (luestion : Que dirons-nous donc? (v. 7) Paul inviterait ainsi les lecteurs à une contemplation générale de l'histoire de notre rare dès le commencement, afiti de justifier ce qu'il vient d'exposer relativement à raIVranchissement de la loi iv. l-()). Mais cette interprétation est exclue d'abord par les mots : ôty-'/sTia vcxsâ. le péchr mort (v. 8). Dans le paradis, d'après saint Paul, le piVln'' n'c-tait p.is mort: il n Cxistait pa^ V. I::'
H't) I.A SANCTIFICATION
Puis le torme àvîîlr.TEv, comme qu'on letitende, ne serait pas une expression convenable pour désigner la première apparition du péciié. Enfin, la citation expresse du dixième commandement
IV. 7) montre bien que Paul pense au code du Sinaï, et non à la iiéfense faite dans le paradis.
Ceux qui. depuis Clirysostoine ju^qyi'a nos jours, appliquent ce passa£îe au peuple Juif trouvent dans les mots : Je vivais, l'indication de l'époque patriarcale où la promesse avait rapproché l'homme de Dieu, et dans la venue du coinniandeiiient. l'époque de Mo'ise où la loi brisa cette relation et fit éclater les grandes révoltes nationales. Cette interprétation se rattache plus aisément au contexte que la précédente. .Mais elle n'est pas plus soutenable. Lorsqu'on se rappelle les honteux péchés de l'époque patriarcale et des temps qui suivirent jusqu'à Sina'i, peut-on rapporter à ce temps les expressions de : péché inort, et de : Je vivais? Puis est-il historiquement démontrable que. par l'elVet du don de la loi, l'état de la nation ait sensiblement empiré et (|ue sa relation avec Jéhova ait été rompue'.' Les paroles de Paul s'appli(iuent évidemment à un fait infime et personnel, la conroitise. révélation de l'état de péché dans lecjuel le cœur est plongé. On verra a quelles subtilités conduit cette interprétation (juand on prétend l'appliciuer dune manière conséquente jusqu'à la lin du morceau. Il faut alors, quand on en \ ient au passage li-io, rapporter, avec Reic/ie, les deux moi dont parle Paul,
V. 14-io, l'un au Juif idéal, au Juif tel qu'il devrait être. I autre, au Juif réel, tel qu'il se montre dans la pratique! — L apôtre raconte donc ici sa propre expérience. S'il en agit ainsi, ce n'est certainement pas pour le plaisir de se mettre en scène, mais c'est dans la conviction (|ue son expérience sera celle de tout Israélite t|ui essaiera sérieusement de faire de la loi niosa'ique son moyen de sanctification '.
Lu loi e.s| Mi.iiiitcn.iiil jnsliliée : ce n'est pas elle, c'est le péché qui, par elle, lue l'iKunine (I Cor. XV, 7)(S . Le morceau suivant, selon la plupail, est desliné à expliquer la niison de ce funeste effet de l'intervention de la
' Sur lexplicalion de .M.M. ^\'"//''(Vj cl W'^st^ho.L \oir à la fin du (•iiii[(iu-e.
CHAP. VII. i:i-l'f. 107
loi, si bonne pourtant en elle-même; elle vient se heurter à la nature charnelle de l'homme; ain^i en particulier Weiss et Holslen. (lelui-ci s'exprime ainsi : « Du lait historique (raconté v. 7-13), Paul remonte jusqu'à sa propre nature morale qui en est l'explication. » Mais cette idée aurait pu être énoncée en très peu de mots, d'autant [dus qu'elle était déjà renfermée dans ce qui précède ( v. 1 1 et 13). Je pense qu'une description aussi prolongée que l'est celle qui suit juscpi'au v. 25, ne peut être que celle de l'état de mort dans lequel l'expérience terrible, décrite V. 7-13, a laissé Paul et qu'avoir pour liut d'expliquer la naissance du soupir intime auquel aboutit le Juif sur cette voie et par lequel se lei-mine ce tableau (v. -ii).