CHAPITRE Xf, LIVRE xi. igS
les porter à prendre une part directe à tout ce qui se fait , mais , au contraire , à n’accepter que les fonctions auxquelles ils sont propres. J’en conclus que ces assemblées, qui renferment la totalité des citoyens , et que nous nommerons primaires, parce qu’elles sont la base de tout l’édifice , doivent se borner à nommer des électeurs. C’est , me dirat-on , rendre bien indirecte l'influence de chaque citoyen sur la confection des lois ; j’en conviens. Mais je demande que l'on prenne garde que je parle ici d’une nation nombreuse, répandue sur un vaste territoire, et qui n’a point adopté le système de la fédération , mais celui de l’indivisibilité. Or, le nombre des députés à élire est nécessairement trop petit , pour que chaque assemblée primaire puisse en nommer un. 11 faut donc, ou réunir ensemble les votes de toutes les asssemblées , ce qui est sujet à une multitude d’incqnvéniens , ou souffrir un degré intermédiaire. D’ailleurs , la masse des citoyens n’est point à même de connaître et de discerner le petit nombre de sages vraiment dignes d’une telle mission , au lieu quelle1 est très-propre à prendre dans son sein des
1<jG commentaire sur MONTESQUIEU. • hommes dignes de sa confiance , et capables de faire pour elle un pareil choix. II arrivera nécessairement que ces hommes choisis seront déjà d’une classe au-dessus de la dernière , d’une éducation plus soignée , auront des vues plus étendues, des relations plus nombreuses, seront moins asservis aux considérations locales : ils rempliront donc mieux cette fonction. C’est là la bonne aristocratie. Ainsi, sans nous être déterminés d’après aucun exemple, sans nous appuyer sur aucune autorité , sans adopter aucun système , en ne suivant que les simples lumières de la raison naturelle, nous voilà arrivés à la formation du corps chargé de donner une constitution à la société. Cherchons, de la même manière, quelle doit être cette constitution , et sur quels principes elle doit être fondée.
11 ne s’agit point ici d’entrer dans les détails qui varient nécessairement suivant les localités, mais d’examiner quelques goints principaux qui sont d’un égal intérêt partout. Nous sommes déjà convenus que le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif ne doivent pas être réunis dans les mêmes mains. Voyons donc à qui l’un et l’autre doivent