‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 108 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI

Tout cela est si constant et si bien fonde dans la nature humaine , que jamais nation ne s'est donné un monarque dans l'intention que l’exécution fût une , mais bien afin d’être régie par une volonté unique qu elle croyait très-sage, fatiguée quelle était dêtre déchirée par des volontés discordantes. Or , le mouvement naturel, en prenant ce parti dans des temps où la science sociale n’est point encore approfondie , est de donner a cette volonté à laquelle on désire se soumettre , la force de subjuguer toutes les autres : et de là les monarques absolus. Ils ont d abord été tels partout où on en a créé volontairement et inconsidérément. Dans la suite on a vivement senti qu'on était opprimé ou du moins très-mal dirigé par eux. Ou s'est réuni, non avec le projet de les arrêter de vive force , parce qu on ne savait comment s’y prendre; encore moins avec celui de les chasser, parce qu’on n’aurait su comment les remplacer , et que d’ailleurs on s’était accoutumé à un grand respect pour eux; mais dans l’intention de les éclairer1? de leur luire des représentations , de leur montrer les vrais intérêts de leur bon peuple , et de leur per-

204 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, suader que leur intérêt personnel était le même que celui de la nation. On y a réussi , plus ou moins , suivant les temps , les pays , et les circonstances. Mais une nation ne peut pas être réunie long - temps ni souvent pour faire des remontrances, des supplications , des doléances, sans s’apercevoir ou se ressouvenir qu’elle a le droit iucontestable et imprescriptible de donner ses ordres et de dicter ses volontés. Elle a donc réclamé pour elle , ou du moins pour ses députés , le pouvoir législatif; et, quand elle l'a voulu décidément , il a bien fallu le lui laisser reprendre, de peur quelle ne redemandât aussi le pouvoir exécutif. Alors elle s’est trouvée avoir ressaisi et remis en plusieurs mains , précisément celui des deux pouvoirs que, dans l’origine, elle avait eu le projet de céder et de remettre dans une seule ; et on lui a facilement persuadé que l’autre pouvoir, celui de l’exécution, devait, pour être exercé utilement et paisiblement, être laissé à un seul homme, et même héréditairement dans sa famille ; bien entendu que l’on comptait toujours l’employer à la subjuguer de nouveau. C’est ainsi , à peu près, que les choses se sont

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