‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 107 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI

de leur mission ; mais il faut qu’au fond ces sections soient de même nature , et surtout quelles n’aient aucun droit de veto absolu l’une sur l’autre. Le corps législatif doit être essentiellement un , et délibérer dans son sein,inaisnonpas combattre contre lui-même.

Tous ces systèmes d’opposition et de balance ne sont jâînais , je le répète, que de vaines singeries, ou une guerre civile réelle.

Venons maintenant au pouvoir exécutif.

Pour celui-là , j’ose affirmer , quoi que l’on en ait dit, qu'ilestabsolumentindispensable qu’il ne soit pas tout entier dans une seule main. L’unique raison qu’on ait jamais donnée en faveur de l’opinion contraire , c'est , dit-on , qu’un homme seul est plus propre à l'action que plusieurs hommes réunis. Cela est faux. C’est dans la volonté que l’unité est nécessaire , et non pas dans l’exécution. La preuve en est que nous n’avons qu’une tête , et plusieurs membres qui lui obéissent. Une autre preuve plus directe, c’est qu’il n’y a point de monarque qui n’ait plusieurs ministres. Or, ce sont eux qui exécutent réellement : lui ne fait que vouloir, et souvent ne fait rien du tout. Cela est si vrai que, dans un

pays organisé comme l’Angleterre , le roi n’est absolument rien que par la portion qu’il a dans le pouvoir législatif : et, si on lui ôtait cette part qu’il ne doit point avoir, il serait complètement inutile. Le corps législatif et le corps des ministres, voilà réellement le gouvernement. Le roi n’est qu’un être parasite , un rouage superflu au mouvement de la machine , dont il ne fait qu’augmenter les frottemens et les frais. 11 ne sert à rien du tout qu’à remplir , avec à peu près le moins d'inconvéniens possible, une place funeste à la tranquillité publique , dont tout ambitieux voudrait s’emparer, si elle n’était pas déjà occupée , parce qu’on est accoutumé à la voir exister. Mais , si l’on n’avait point cette habitude, ou si l’on pouvait la perdre, il est évident qu’on n’imaginerait pas de créer une telle place, puisque, malgré son existence et son influence vicieuse , dès qu’il est question d’affaires , on la met absolument à l’écart : Jes débats ou les relations, la guerre ou la paix, s’établissent entre le conseil et le parlement; et quand l’un ou l’autre change, tout change, quoique le roi vraiment fainéant dans la rigueur du mot, c’est-à-dir e, faisant rien > reste le même.

■ SV.v*

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