‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 114 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI. 2l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI. 2l

courtisans , l’avilissement des classes inférieures , et de sa tendance à étouffer les lumières , au moins en fait de philosophie morale, et à répandre dans la nation l’esprit de légèreté, d’irréflexion, d'insouciance et d’égoïsme. Tout cela doit être , puisque le pouvoir héréditaire , ayant des intérêts distincts de l’intérêt général , est obligé de se conduire comme une faction dans l’état, de diviser et souvent d’affaiblir la puissance nationale pour la combattre , de partager la nation en diverses classes pour dominer les unes par le moyen des autres , de les séduire toutes par des illusions; et, par conséquent, de porter également le trouble et l’erreur dans la théorie et dans la pratique.

On voit aussi pourquoi les partisans de la monarchie , quand ils se sont occupés d’organisation sociale, n’ont jamais pu imaginer qu’un système de balance, qui, opposant sans cesse les pouvoirs les uns aux autres , en fait réellement des armées en présence, toujours prêtes à se nuire et à se détruire , au lieu de les arranger comme des parties d’un même tout, concourant au même but. C’est qu’ils commençaient par admettre dans la société

ai6 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, r. deux élémens inconciliables , entre lesquels ils ne pouvaient que moyenner des arrangemens , et jamais les amener à une union intime.

Vraisemblablement ils ne s’en sont pas aperçus eux-mêmes. Mais , quand on voit de bons esprits , occupés à résoudre une difficulté , ne jamais aller au-delà d’une solution incomplète qui ne satisfait pas pleinement la raison,. on peut êtrè sûr qu’il y a une erreur antérieure qui les empêche d’arriver jusqu’à la vérité. On croit trop que ce sont les passions ou les habitudes des hommes qui forment leurs opinions , quand elles ne sont pas lucides ; ce n’est le plus souvent que le manque d’un degré de réflexion de plus , d’un degré de plus d’opiniâtreté dans leurs recherches. En creusant encore un peu , ils auraient trouvé la vraie source.

Quoi qu’il en soit , tant d’erreurs et tant de maux provenant nécessairement dune seule faute , la disposition de la jorce nationale laissée à un seul homme , je conclus , comme je l’avais annoncé , que le pouvoir exécutij doit être confié à un conseil composé d’un petit nombre de personnes élues

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