‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 119 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI

ensuite les remplacerons seraient faits à mesure des vacances par les corps électoraux, sur des listes d’éligibles formées par le corps législatif et le corps exécutif.

Je me suis un peu étendu sur ce qui regarde ce corps conservateur , parce que celte institution a été imaginée depuis peu , et parce quelle me parait de la plus extrême importance. C’est, suivant moi, la clef de la voûte sans laquelle l’édifice n’a aucune solidité et ne peut snbsister. Je m’attends cependant quon me fera deux objections opposées. Les uns diront que ce corps , décidant les ditférens, et jugeant les hommes les plus importons de l’état, acquerra , par cela même , une puissance prodigieuse , et deviendra très-dangereux pour la liberté. A cela je réponds qu’il sera composé d’hommes contens de leur sort, ayant tout à perdre et rien à gagner dans les troubles, ayant passé l’âge des passions et celui des grands projets, ne disposant d’aucune force réelle, et ne faisant guere dans leurs décisions, qu en appeler à la nation , et lui donner le temps et le moyen de manifester sa volonté.

23Ô COMMENTAIRE SÜR MONTESQUIEU.

D’autres personnes, au cbn traire, prétendront que ce corps ne sera qu’un fantôme inutile dont tout ambitieux se jouera , et que la preuve en est, qu’en France il n’a pu défendre un moment le dépôt qui lui était confié. A cela je répondrai que cet exemple ne prouve rien , parce que la liberté est toujours impossible à défendre dans une nation tellement fatiguée de ses efforts et de ses malheurs, qu’elle préfère même l’esclavage à la plus légère agitation qui pourrait résulter de la moindre résistance : et telle était la disposition des Français lors de l’établissement de leur sénat ; aussi ils se sont vu enlever, sans le moindre murmure et presque avec plaisir, jusqu’à la liberté de la presse et la liberté individuelle : d’ailleurs, ainsi que je l’ai souvent dit, il n’y a aucune mesure qui puisse erppêcher les usurpations , quand une fois toute la force active est remise dans line seule main , comme elle l’était par la constitution française de 1799 (an S) (car les deux seconds consuls n’étaient rien) : et j’ajoute que, si lesFrançais se fussent avisés de placer ce même corps conservateur dans leur constitution de 1795 (fructidor an 3),

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