CHAPITRE XI, LIVRE XI. 22J
dans laquelle le pouvoir exécutif était réellement partagé , il se serait maintenu avec succès entre le directoire et le corps législatif, il aurait empêché la lutte violente qui a eu lieu entre eux en 1797 (18 fructidor an 5), et cette nation jouirait actuellement de la liberté qui lui a toujours échappé au moment de l’atteindre (1).
Voila , je pense , quel serait le chemin à suivre pour résoudre le problème que nous nous sommes proposé. Ne voulant point tracer le plan complet d’une constitution , mais seulement en poser les principales bases , je me bornerai à ces points capitanx, et je n’entrerai pas dans des détails qui peuvent varier sans incoavéniens, suivant les localités elles circonstances. Je ne dis pas que les ide'esque je viens d’exposer soient praticables partout et
(1) Il faut ajouter à tout cela que la mAière de nommer et de remplacer les sénateurs français était fort 'différente de celle que je propose. Elle a été vicieuse , dès le principe , dans leur constitution de l’an 8 (1799), et rendue ensuite plus vicieuse encore , ainsi que les attributions de ces mêmes sénateurs , par les dispositions illégales et illégitimes qu’ils appellent les Constitutions de l’Empire.
228 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, en tout temps. 11 se peut faire qu’il y ait des pays où l’autorité d’un seul , même la plus illimitée, soit encore nécessaire, comme 1 établissement des moines a pu être utile dans certaines circonstances, bien que très-mauvais et très-absurde en lui-même. Mais je crois que, lorsqu’on voudra suivre les plus saines notions de la raison et de la justice, ce sera à peu près ainsi que la société devra être organisée, et qu’il ne se trouvera jamais de véritable paix ailleurs. Je livre ce système, si c’en est un, aux méditations des penseurs, lis verront facilement quelles doivent être ses. heureuses conséquences, et combien il est appuyé par tout ce que nous avons dit précédemment de l’esprit et des principes des différens gouvernemens , et de leurs efl'ets sur la richesse, la puissance, les mœurs, les sentimens et les lumières des peuples. Je n'ajouterai plus qu’un mot : Le plus grand avantage des autorités modérées et limitées , étant de laisser à la volonté générale la possibilité de se former et de se faire connaître : et la manifestation de celte volonté étant le meilleur moyen de résistance à l'oppression , la liberté individuelle et la liberté de la presse