‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 12 sur 216 · CHAPITRE I, LIVRÉ I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, LIVRÉ I

les lois positives , quoiqu'il n’y ait que cellesci que nous puissions appeler justes ou injustes; les autres , les lois de la nature , sont simplement necessaires : notre rôle n’est pas plus de les juger que de les contredire. Sans doute , il y a juste et injuste avant aucune de nos lois. Si cela n’était pas , il n’y en aurait jamais ; car nous ne créons rien. Ce n’est pas à nous qu’il appartient de faire qu’une chose soit conforme ou contraire à notre nature. Nous ne faisons que voir et déclarer ce qui est , à tort ou avec raison , suivant que nous nous trompons ou non.

Quand nous proclamons juste une chose qui ne l’est pas , nous ne la rendons pas telle pour cela ; ce qui serait hors de notre pouvoir : seulement nous proclamons une erreur ; et nous faisons une certaine quantité de mal , en donnant pour appui à cette erreur la quantité de force dont nous disposons} mais la loi , la vérité éternelle qui y est contraire , reste la même.

Ceci ne veut pas dire , prenons-y bien garde, qu’il soit toujours juste de résister à une loi injuste, toujours raisonnable de s’opposer actuellement et violemment à ce qui

est déraisonnable. Il faut savoir avant tout si la résistance ne fait pas encore plus de mal que l’obéissance. Mais c’est là une question très-secondaire dont la solution dépend des circonstances, et dont les élémens seront discutés par la suite. Nous sommes loin d’y être encore.

Reste donc que les lois de la nature existent antérieurement et supérieurement aux nôtres; que le juste fondamental est ce qui leur est conforme, et que l’injuste radical est ce qui leur résiste; et que, par conséquent, nos lois postérieures doivent, pour être réellement bonnes, être conséquentes à ces lois plus anciennes et plus puissantes. C’est là Y esprit ( ou le vrai sens ) dans lequel doivent être faites les lois positives; mais cet esprit n’est pas aisé à saisir et à démêler. Il y a loin des premiers principes aux derniers résultats. C’est cette série de conséquences qu’un . Traité de l’esprit des lois doit indiquer. Ses maximes doivent beaucoup se modifier suivant les circonstances et l’organisation particulière de nos sociétés. Examinons donc leurs différences principales.

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