‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 11 sur 216 · CHAPITRE I, LIVRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I, LIVRE I

impairs , en sorte que les espaces parcourus sont comme les carrés des temps employés ; c’est-à-dire que les choses se passent comme si une autorité invincible eût ordonné quelles fussent comme cela, sous peine de l’anéantissement inévitable des êtres agissans. De même nous disons que c’est une loi de la nature, qu 'un être animé soit jouissant ou soujfiant , c est-a-dire qu’il s'opère en lui , à l'occasion de ses perceptions, une sorte ‘de jugement qui n’est que la conscience qu'elles le font jouir ou pâtir , qu’en cornéquencede ce jugement, il naisse en lui une volonté, un désir de se procurer ces perceptions ou de les éviter, et qu'il soit heureux ou malheureux suivant que ce désir est accompli ou non. Cela veut dire qu’un être animé est tel par l’ordre éternel des choses, et que, s il n était pas tel , il ne serait pas ce que nous appelons un être animé.

Voilà ce que c’est que les lois naturelles. Il y a donc des lois naturelles que nous ne pouvons pas changer, et auxquelles nous ne pouvons pas désobéir impunément ; car nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes , et nous n’avons rien fait de ce qui nous entoure.

Ainsi, tant que nous laisserons un corps grave sans appui , nous serons écrasés par sa chute. Tant que nous ne nous arrangerons pas pour que nos désirs soient accomplis , ou, ce qui revient au même , tant que nous fomenterons des volontés inexécutables, nous serons malheureux. Cela est hors de douie. Là, l’autorité est suprême , le tribunal infaillible, la force insurmontable, la punition certaine; ou du moins tout se passe, comme si tout cela était ainsi.

Or , dans nos sociétés , nous faisons ce que nous appelons des lois positives, c’est-à-dire des lois artificielles et conventionnelles , au moyen de nos autorités, de nos tribunaux, de nos forces factices. 11 faut donc que ces lois soient conformes aux lois de notre nature , quelles en dérivent , en soient des conséquences, et ne leur soient pas contraires; sans quoi il est certain que celles-ci les surmonteront , que notre objet ne sera pas rempli , que nous serons malheureux. C’est là ce qui fait que nos lois positives sont bonnes ou mauvaises , justes ou injustes. Le juste est ce qui produit le bien , Y injuste est ce qui produit le mal.

Le juste et Y injuste existent donc avant \

Page 1