CHAPITRE XII , LIVRE XH
punitions purement religieuses; aussi , que dans les monarchies, on a souvent abusé du crime de lèse-majesté jusqu’à la barbarie et jusqu’au ridicule; qu’il est tyrannique de punir les écrits satiriques, les paroles indiscrètes et jusqu’aux pensées; que les jugemcns par commissaires, l’espionnage, et les délations anonymes sont des choses atroces et odieuses, etc. S’il a été obligé d’user d’adresse pour oser dire de telles vérités, et s’il lui a été impossible d’aller plus loin , il faut le plaindre, mais il ne faut pas nous y arrêter.
Je ne trouve au milieu de tout cela qu’une seule réflexion profonde , c’est celle-ci : Qu il est du plus grand danger pour les républiques de multiplier les punitions pour cause du crime de lèse-majesté ou de lèsenalion. Sous prétexte de la vengeance de la république , dit Montesquieu , on établirait la tyrannie des vengeurs. Il n’est pas question de détruire celui qui domine, mais la domination. Il faut rentrer , le plus tôt quon peut, dans ce train ordinaire du gouvernement où les lois protègent tout , et ne s’arment contre personne. Ces paroles sont admirables.
356 COMMENTAmÊ SUE MONTESQUIEU.'
La preuve tirée des faits est sans réplique.
. Chez les Grecs , pour n’avoir pas agi ainsi , T exil ou le retour des exilés furent toujours les époques qui marquèrent le changement de la constitution. Que d’événemens modernes viendraient à l’appui, s’il en était besoin!
Mais à côté de ces décisions si sages , j’en trouve une bien dangereuse , contraire à l’avis formel de Cicéron; c’est qu’il y a des occasions où l’on peut faire une loi expresse contre un seul homme ; et qu'il y a des cas où il faut mettre , pour un moment , un voile sur la libet'té, comme Von cache les statues dés dieux. Voilà jusqu’où l’anglomanie a conduit ce grand homme.
Quoi qu’il en soit, puisque notre auteur n’a pas jugé à propos de pénétrer plus avant ' dans son sujet, nous nous bornerons à répéter ici que la liberté politique ne saurait subsister sans la liberté individuelle et la liberté de la presse, et que, pour le maintien de cellesci , il faut absolument la proscription de toute ' détention arbitraire, et l’usage de la procédure par jurés, au moins au criminel. Nous renverrons donc le lecteur à ce que nous avons dit sur ces objets dans les chapitres