CHAPITRE XII, LIVRE XII
la liberté individuelle est plus gênée, choquée, et abattue que leur constitution ne le demande. La raison en est que les autorités, voulant toujours aller au-delà des droits qui leur sont concédés , ont besoin de peser sur cette espèce de liberté pour opprimer l’autre.
De même que ce sont les lois constitutionnelles principalement , et ensuite les lois administratives qui influent sur la liberté générale, ainsi ce sont les lois criminelles et subsidiairement les lois civiles qui disposent de la liberté individuelle. Le sujet que nous avons à traiter rentre presque entièrement dans celui du livre sixième , où Montesquieu s’est proposé d’examiner les conséquences des principes des différens gouvememens par rapport à la simplicité des lois civiles et criminelles , la forme des jugemens et rétablissement des peines. Un meilleur ordre dans la distribution et l'enchaînement de ses idées, aurait réuni ce livre avec celui-ci , et meme avec le vingt-neuvième qui traite de la manière de composer les lois , et , en même temps , de la manière d’apprécier leurs effets. Mais nous nous sommes assujettis à suivre l’ordre adopté par notre auteur. Chacun, pour
234 COMMENTAIRE 6UR MONTESQUIEU, son compte fera bien de le réformer et de refondre son ouvrage et le nôtre, pour se composer un système de principes suivi et complet.
Nôus sommes convenus au commencement de ce livre sixième que, malgré les grandes et belles vues qu’il renferme , nous n’y trouvions pas toute l’instruction que nous aurions dû en attendre. Nous sommes obligés de faire le même aveu au sujet de celui-ci. Il devrait naturellement renfermer l’exposition et l’appréciation des principales institutions les plus favorables ou les plus contraires à la sûreté de chaque citoyen , et au libre exercice de ses droits naturels, civils et politiques. Or, c’est ce qu'on n’y trouve pas. Montesquieu , à son ordinaire , dans une multitude de petits chapitres décousus , parcourt tous les temps et tous les pays , et surtout les temps anciens et les contrées mal connues. Certainement il tire de tous ces faits des conséquences qui, le plus souvent, sont très-justes. Mais il ne fallait pas taut de recherches et tant d’esprit pour nous apprendre que l’accusation de magie est absurde; que les fautes puremeut religieuses doivent être réprimées par des