CHAPITRE II, LIVRE II. g
homme ou de plusieurs. Cela se voit partout de temps en temps. Dans beaucoup de pays , les hommes imprudens ou ignorans n’ont pris aucune précaution pour empêcher ce malheur. Dans d’autres, ils n’en ont pris que d'insuffisantes. Mais il n’a été établi nulle part en principe ( pas même dans l'Orient ) , que cela doive être ainsi. 11 n’y a donc point de gouvernement qui, par sa nature , puisse , avec raison , être appelé despotique.
S’il y avait un tel gouvernement dans le monde, ce serait celui du Danemarck, où la nation , après avoir secoué le joug des prêtres et des nobles, et craignant leur influence dans ses assemblées , si elle se réunissait de nouveau , a prié le roi de gouverner seul par lui-même, s’en rapportant à lui du soin de faire les lois qu'il jugerait nécessaires au bien de lctat; et depuis, elle ne lui a jamais demandé compte de ce pouvoir discrétionnaire. Cependant ce gouvernement, si illimité par la loi , a toujours été si modéré ( et c’est pour cela qu’on ne s’iesfc jamais occupé de restreindre son autorité ), que personne n’oserait dire que le Danemarck est un état despotique.
On pourrait en dire autant de l’ancien gouvernement de France, si l’on y regarde comme généralement avouées , dans le sens que beaucoup de publicistes leur ont donné , les fameuses maximes : Le roi ne tient à nullj fors de Dieu et de Ij , et si veut le roi si veut la loi. Ce sont ces maximes qui ont souvent fait dire à plusieurs rois de ce pays, Dieu et mon épée, sans réclamer d’autres droits. Je. sais qu’elles n’ont jamais été admises universellement sans restriction. Mais, quand on les aurait supposées reconnues en théorie, on n’aurait jamais dit de la France, malgré les énormes abus qui y existaient , quelle fût un état despotique. On l’a même toujours citée comme une monarchie tempérée. Ce n’est donc pas là ce qu’on entend par un gouvernement despotique ; et cette dénomination est mauvaise comme nom de classe, car le plus ordinairement elle signifie une monarchie où les mœurs sont brutales.
Je conclus que la division des gouvernemens en républicains, monarchiques et despotiques , est vicieuse de tous points , et que , chacune de ces classes renfermant des genres très-divers est très-opposés , on ne saurait