LIVRE II , CHAPITRE II
dire sur chacune d’elles que des choses trèsvagues, ou qui ne peuvent convenir à tous les états qui y sont compris.
Je n’adopterai pas cependant la décision tranchante d’Helvétius, qui, dans sa lettre à Montesquieu (i) , dit nettement : Je ne connais que deux espèces de gouvernetnens , les bons et les mauvais : les bons qui sont encore à faire , les mauvais dont tout l'art , etc., etc.
Premièrement , si on n’a égard qu’à la pratique, dans ce genre comme dans tous les autres, il y a du bien et du mal partout, et il n’y a point de gouvernement que l’on ne puisse classer alternativement parmi les bons et parmi les mauvais.
Secondement, si au contraire on ne songe qu'à la théorie , et si l’on ne considère dans
(i) Cette lettre, au reste, me paraît pleine de choses excellentes , ainsi que celle à Saurin , et que les notes du même auteur sur Y Esprit des Lois; et l’on doit savoir gré à l’abbé de la Roche de nous avoir conservé les idées d’un homme aussi recommandable sur des objets si importans , et de les avoir publiées dans l’édition qu’il a donnée des OEuvres de Montesquieu, chez Pierre Didot , en l’an 3. Elles rendent , suivant moi, cette édition très-précieuse.
les gouvernemens que les principes sur lesquels ils sont fondés, sans s’embarrasser s’ils V conforment ou non leur conduite , il faudrait, pour ranger un gouvernement dans la classe des bons ou des mauvais, prononcer sur le mérite et la justesse des principes, et décider quels sont les principes vrais ou faux. Or, c’est ce que je ne mecharge point de faire. Je ne veux-, à l'exemple de Montesquieu, que dire ce qui est, montrer les diverses conséquences qu’entraînent les différentes organisations sociales , et laisser au lecteur le soin d’en tirer les conclusions qu’il voudra en faveur des unes ou des autres.
M’attachant donc uniquement au principe fondamental de la société politique , oubliant ses formes diverses, et n’en blâmant aucune, je partagerai tous les gouvernemens en deux classes. J’appellerai les uns nationaux ou de droit commun , et les autres spéciaux ou de droit particulier et d’exceptions (i).
(i) On pourrait dire aussi publics on privés , nonseulement parce que les uns sont fondes sur l’intérêt général, et les autres sur quelque intérêt privé ; mais encore parce que , dans toutes leurs délibérations , les uns affectent la publicité, et les autres le mystère.