‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 180 sur 216 · CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXI. D · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII, LIVRES XX, XXI. D

elle est étrangère à celle de la production. Ces richesses peuvent être perdues de nouveau , mais elles sont acquises ; c’est tout ce qu’il nous faut pour le moment.

Quatrièmement, les négocians peuvent aller chez des étrangers acheter des matières premières, les faire fabriquer chez eux, et les reporter avec profit à ces mêmes étrangers ou à d’autre6. C’est ce que font des marchands français qui tirent d’Espagne des cuirs bruts qu'ils y renvoient tannés, et des laines qu’ilsy renvoient en draps. Leur bénéfice, et même le salaire de tous leurs agens, est un profit pour leur patrie; car l’objet unique de ce commerce étant de fournir les étrangers , toute l’industrie qu’il met en œuvre est exclusivement payée par eux. Les artisans qu’il emploie sont à ta solde de ces étrangers , comme les voituriers et les matelots qui leur conduisent la marchandise. Aussi ce commerce est-il , de beaucoup , celui de tous qui fait entrer le plus de richesses dans le pays : mai» il est à remarquer que cet effet , il le produit bien moins par les bénéfices du négociant, qui peuvent être très-peu de chose, que par la grande masse d'industrie’ qu’il dé-

veloppe et qu’il met en mouvement. Car le développement de l’industrie est toujours , dans toutes les suppositions et sous tous les rapports , ce qu’il y a de plus utile à une société d’hommes.

Enfin, le cinquième genre de commerce extérieur, est celui qui consiste à exporter toutes les denrées et marchandises dont on n’a pas besoin , que , sans ce commerce , on n’aurait aucun intérêt à produire , et qu’assurément on ne produirait pas, et à importer toutes celles dont on manque absolument ou qu’on ne pourrait se procurer chez soi que beaucoup plus chèrement. C’est ce commerce qui a lieu le plus ordinairement entre les nations. Les autres dont nous venons de parler ne sont, pour ainsi dire, que des cas particuliers et d’exception. C’est celui-ci qui compose la presque totalité du commerce extérieur de la plupart des peuples. C’est lui qui secourt puissamment le commerce intérieur en agrandissant le marché, et qui l’aide à atteindre ce but si important , d’augmenter les facultés des citoyens en développant leur industrie , et de les approvisionner de tous les moyens de jouissance que cette

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