‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 179 sur 216 · CHAPITRE XVIII , LIVRES XX, XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII , LIVRES XX, XXI

voituriers et les commissionnaires des étrangers. Dans cette supposition, ils sont plutôt artisans que commerçans. Ln cette qualité , ils reçoivent des salaires. Ils vivent de ces salaires, quand même leur pays ne produirait rien. C’est une somme de richesses qu'ils y importent. S'ils la consument toute entière à leur subsistance annuelle , elle se borne à entretenir dans le pays une portion de population qui n'y existerait pas sans elle. S'ils ne l’emploient pas en totalité , et s’ils font quelques économies , ces économies sont autant d’ajouté à la masse permanente des richesses nationales.

Secondement, ils peuvent aller acheter dans un pays étranger des denrées qui y sont à bon marché , et les revendre dans un autre où elles sont chères. La différence suffit pour payer la subsistance de ceux qu’ils emploient et la leur , en un mot , tous leurs frais, et leur donner un bénéfice. Ce bénéfice, soit en argent, soit en denrées, et même toute la partie de leurs frais gagnée par les nationaux , est une masse de moyens qu’ils ont ajoutés à ceux de leur patrie , puisque tout cela est payé par des étrangers.

Si cette masse de moyens n’est pas totalement consommée annuellement, ce qui en reste économisé est autant d’ajouté au fonds de la richesse nationale. Ce second cas est celui du commerce de transport.

Troisièmement, les commercans prennent chez eux des denrées, qui n’ont qu’un vil prix dans le grand marché de l’Europe et de toutes les nations civilisées; ils les portent au loin, et ils rapportent dans leur pays d’autres denrées qui ont une grande valeur chez toutes ces nations. La différence dans ce cas couvre les frais et bien au-delà. Ces frais , fussent-ils payés à des étrangers , il y a bénéfice. C’est celte opération que l’on fait , quand on va chez des sauvages troquer des grains de verre et autres bagatelles , contre de la poudre d’or, de l’ivoire, des fourrures et autres choses précieuses. Certainement alors on a augmenté la masse des richesses de la société dont on fait partie. Il n’est pas nécessaire, pour en être sûr, de savoir si ces richesses importées sont consommées dans le sein de cette société ou réexportées, gaspillées ou mises à profit. C’est là une autre question. C’est celle de la consommation ;

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