CHAPITRE XIX, LIVRE XXII.' 3q
unité de mesure. Ce métal, c’est l’argent, parce que c’est lui qui se prête le mieux au plus grand nombre des subdivisions dont on a besoin dans les changes. L’or vient le secourir pour le payement de plus grandes sommes : mais ce n’est que subsidiairement, ce n’est qu’en rapportant la valeur de l’or a celle de l’argent. La proportion est , à peu près , en Europe de quinze ou seize à un. Mais elle varie de valeur, comme toutes les autres proportions, suivant les demandes. A la Chine, elle n’est ordinairement que de douze ou treize à un, ce qui fait qu’il y a du profit à y porter de l’argent , parce que , pour douze onces d’argent, vous y avez une once d’or, qui, à votre retour en Europe, vous vaut quinze onces d’argent : vous en avez donc gagné trois. Les autorités politiques peuvent bien cependant frapper de la monnaie d’of et en fixer la proportion avec celle d’argent , c’est-à-dire , statuer que , toutes les fois qu’il n’y aura pas de stipulations contraires, on recevra indifféremment une once d’or ou quinze ou seize onces d’argent. C’est comme elles établissent que , dans les actions judiciaires, quand il y a des sommes qui
4oO COMMENTAIRE SCR MONTESQUIEU, doiveut porter un intérêt qui n'a pu être déterminé par les parties, cet intérêt sera de tant pour cent. Mais elles ne peuvent, ou, du moins, elles ne doivent pas plus empêcher les particuliers de régler entre eux la quantité d’or quils veulent douner ou recevoir pour une certaine quantité d’argent, que de déterminer de gré à gré le taux de l’intérêt de la somme qu'ils prêtent ou qu’ils empruntent. C’est ainsi que ces deux choses se font toujours dans le commerce , même en dépit de toute loi contraire, parce que , sans cela , les allai res ne se feraient pas. Quant à la monnaie de cuivre, ce n’est point une véritable monnaie, c’en est une fausse. Si elle contenait la quantité de cuivre suffisante pour qu’elle valut réellement la quantité d’argent à laquelle on la fait correspondre, elle serait cinq ou six fois plus pesante quelle n’est, ce qui la rendrait fort incommode : encore cette proportion varierait-elle journellement
comme celle de l’or. Ainsi Ja monnaie de
cuivre ne vaut que la quantité d’argent qu’on est convenu de donner en troc. Aussi elle ne doit servir que pour de petits appoints , dans lesquels cette exagération de valeur est de