‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 190 sur 216 · CHAPITRE XIX, LIVRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX, LIVRE XXII

que je ne tiens qu’un morceau de papier , qu’il n’est point pour moi le signe que je recevrai la valeur qu’il annonce , qu'il est même très-certain que je ne la recevrai pas, que je ne trouveraiqamais personne qui, volontairement et librement, le prenne pour cette valeur , qu’il n’y a que la présence actuelle des supplices dont on est incessamment menacé, qui puisse y contraindre, et que, dans toutes les transactions faites volontairement, et qui pourront échapper à la vue de l’autorité opprimante , ce papier sera compté pour rien, ou pour la faible portion de la valeur nominale que , d’après certaines circonstances, on peut croire qu’il procurera un jour. Ainsi on n’osera pas me dire : Vos cent onces d’argent en papier n’en valent qu’une; mais on m’en fera donner dix mille en papier pour la même chose qu’on m’aurait vendue cent en argent. Tel est le sort inévitable de tous les papiers forcés. Car, s’ils sont bons, il n’est pas nécessaire de forcer à les recevoir; et, s’ils sont mauvais, la contrainte que l’on emploie ne fait qu’accroître encore plus la défiance.

De ce que l’argent a une valeur qui lui ' \

est propre comme tout ce qui est utile , de ce qu’il est une richesse comme une autre , il s’ensuit encore que celui qui le possède peut en disposer comme de toute autre chose , qu'il a le droit de le consommer ou de le garder, de le donner ou de le prêter, de le louer ou de le vendre , suivant sa volonté, comme nous l avons dit chapitre treizième. Le vendre, c’est s’en servir pour acheter autre chose; le louer, c’est en céder l’usage pour un temps, moyennant une rétribution qu'on appelle intérêt. 11 n’y a pas plus de raison à obliger le possesseur de l’argent à le louer, moyennant une rétribution au-dessous de celle qu’il en peut trouver, qu’à le contraindre à en donuer pour une autre marchandi e plus qu’on ne lui en demande , ou qu’à forcer le possesseur de l’autre marchandise à la donner pour moins d’argent qu’on ne lui en offre. Toutes les fois que l'autorité commet une de ces atteintes au droit de propriété,elle trouble toutes les relations sociales. Il faut quelle emploie des moyens de rigueur odieux, et encore on y échappe par des subterfuges, des contre Jettres , etc., toutes choses qui favorisent le fripon et exposent

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