CHAPITRE XX, LIVRE XXIU
naturelle, qui froissent les sentimeos qui sont dans tous les cœurs, qui enlèvent à chacun , en tout ou en partie, la libre disposition de sa personne , tous ceux enfin qui exigent l’action violente d’une autorité que personne n’a pu vouloir donner à un autre sur luimême , n’atteindront point le but. Car les hommes ne sont point des machines impassibles , mais des êtres sensibles ; leurs sentimens sont les plus grands ressorts de leur vie, surtout ceux qui sortent du fond même de leur constitution. D’un autre côté, quand je dis qu’il est désirable que le nombre des hommes ne s’augmente pas au-delà d’un certain terme, il n’en faut point conclure que l’on puisse donner à qui que ce soit le pouvoir de retrancher l’excédant du nombre des vivans : tout être animé , une fois né et capable de jouissance et de souffrance , n’est la propriété de personne, ni de son père, ni de l’état; il est la sienne propre. Par son existence même , il adroit à sa conservation. L’en priver est un crime qui a été autorisé par beaucoup de législateurs contre lesquels les théologiens de leur pays n’ont point réclamé.