CHAPITRE XX, LIVRE XXtlr. /jig
clairement , je pense, quelle est la manière de l’accroître. Aisance, liberté, égalité, lumières, en sont les principaux moyens ; et toutes les ordonnances d’Auguste et de Louis XIV sur les mariages sont desexpédiens misérables et ridicules.
Maintenant considérons ce sujet sous un autre aspect. Est-il donc si désirable de multiplier les hommes dans un pays comme les lapins dans une garenne? Nul de nos politiques n’a imaginé que cela puisse faire une question , et nul desposte n’hésitera sur la réponse. Pour nous qui avons en vue le bien de l’humanité, il nous parait clair qu’il s’agit de les rendre heureux , et non pas de les rendre nombreux. Nous avons vu , en parlant du commerce, que, quand vingt hommes travaillent sans art et sans outils , ils se procurent des jouissances comme vingt , et jouissent chacun comme un ; et que, quand, en mettant plus d’intelligence dans leurs travaux , ils les rendent plus productifs, ils peuvent parvenir jusqu’à se procurer cent fois plus de moyens de jouissance, et à jouir chacun cent fois davantage , s’ils restent en même nombre: maisqu’ils ne jouissent chacun
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que comme dix , si , pendant ce temps , ils deviennent dix fois plus nombreux. Ce calcul est simple. 11 est vrai pourtant qu’étant devenus dix fois plus nombreux , ils font aussi dix fois plus de travail , et qu’aiusi leur multiplication n’est pas au détriment de leur aisance, ou du moins ny est que pour la somme de sacrifices que leur a coûté l'éducation des enfans dont leur nombre s’est accru , et ne devient vraiment un mal , que quand les hommes sont assez nombreux pour se gêner les uns les autres , et s’empêcher . réciproquement d’employer leurs facultés aussi utilement pour eux , qu’ils pourraient le faire, s’ils étaient moins rapprochés. Quoi qu’il en soit , il est certain que l’augmentation du nombre des individus est une conséquence de leur bien-être , mais que c’est leur bien-être qui est le vrai but de la société, et que leur multiplication n’en est que l’accessoire souvent peu désirable. Au reste , quand oi» en ferait le principal , les moyens que nous avons indiqués seraient encore les seuls efficaces pour produire cette multiplication si follement désirée. Tous ceux qui révoltent la nature, qui blessent la liberté