‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 23 sur 216 · CHAPITRE III, LIVRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, LIVRE III

( le gouvernement représentatif) comme une invention nouvelle, qui était encore inconnue du temps de Montesquieu. Elle n’était guère possible à réaliser avant l’inventiou de l’imprimerie, qui rend plus complètes et plus faciles les communications entre les associés, et la reddition des comptes des délégués, et qui surtout préserve les états des orages subits , excités par l’éloquence verbale. 11 n’est pas étonnant qu’elle n’ait été imaginée qu’environ trois siècles après la découverte de cet art qui a changé la face de l’univers. Il fallait qu’il eût déjà opéré de bien grands effets avant qu’il pût faire naître une pareille idée.

Il est manifeste que le principe conservateur de ce gouvernement est l’amour des individus pour la liberté et l’égalité, ou si l’on veut pour la paix et la justice. Il faut qu’ils soient plus occupés de conserver et d’employer à leur gré ce qu’ils ont , que d’acquérir ce qu’ils n’ont pas ; ou que , du moins , ils n'y emploient d’autre moyen que le développement de leurs facultés individuelles, et ne cherchent pas à obtenir de l’autorité la * possession des droits de quelques autres in-

dividus, ou une portion de la fortune pu-

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blique : qu’en conséquence de leur extrême attachement à tout ce qui leur appartient légitimement, ils soient affectés de l’injustice qui serait faite à leur voisin par la force publique , comme d'un danger qui les menace directement , et qu’ils ne puissent en être consolés par aucune faveur qui leur soit personnelle; car s’ils "venaient une fois à préférer de tels avantages à la sûreté de ceux qu’ils possèdent , ils seraient bientôt portés à mettre les gouvernails en état de disposer de tout à leur gré, afin d’en être favorisés.

La simplicité , l’habitude du travail , le mépris de la vanité, l’amour de l’indépendance, si inhérent à tout être doué de volonté , disposent très-naturellement à de tels sentimens. Si c’était là ce que Montesquieu entend par vertu républicaine , je la croirais très-aisée à obtenir. Blais nous verrons dans le livre suivant, qu’il fait consister cette vertu da ns le renoncement à soi-même. Or, nul être animé n’est par sa nature porté à cela. Il ne peut renoncer à lui-même ou seulement > croire y renoncer que momentanément , et par fanatisme. Ainsi c’est demander une vertu fausse et passagère. Pour celle que je viens

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