‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 24 sur 216 · CHAPITRE III , UVRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III , UVRE III

de décrire , elle est si bien dans notre nature, qu'un peu d’habitude, de bon sens, quelques lois sages , et surtout l’expérience que la violence et l’intrigue sont rarement suivies de succès (et quelques années suffiraient pour le prouver ) , la feraient naître infailliblement et nécessairement. Continuons l’examen des différentes formes des gouvernemens que nous avons nommés nationaux ou de droit commun , par opposition à ceux que nous avons appelés spéciaux ou de droit particulier et d’exceptions.

Lorsque la démocratie originelle, faute d'avoir imaginé un gouvernement représentatif bien organisé, ou d’avoir su le maintenir , se résigne à se transformer en une aristocratie quelconque , et que par-là on a créé des classes élevées et des classes inférieures , il n'est pas douteux que la fierté des uns, l’humilité des autres , l’ignorance de ceux-ci , l’habileté de ceux-là, ne doivent être mises au rang des principes conservateurs du gouvernement, puisque ce sont autant de dispositions des esprits propres à maintenir l’ordre établi.

De même , lorsque cette démocratie prend

28 COMMENTAIRE SLR MONTESQUIEU, le parti de se changer en monarchie , en se donnant un chef unique, soit à vie , soit hére'ditaire, il est vrai de dire que dune part, la fierté du'monarque, la haute idée qu'il a de sa dignité, la préférence qu’il marque à ceux qui l'entourent , l'importance qu’il attache à l’honneur de l’approcher; de l’autre part, l’orgueil des courtisans, leur dévouement , leur ambition , leur mépris même pour les classes inférieures , et enfin le respect superstitieux de ces dernières classes pour toutes ces grandeurs , et leur désir de plaire à ceux qui en sont revêtus , toutes ces dispositions, dis-je, contribuent à la stabilité du gouvernement , et , dans cet ordre de choses, sont par conséquent utiles, quelque jugement que l’on en porte , et quels ’^he soient d'ailleurs les autres effets qu’elles produisent sur le corps social.

Il faut pourtant observer que nous ne parlons ici que des diverses formes des gouvernemens que nous avons appelés nationaux , c’est-à-dire, dans lesquels nous avons supposé que l’on fait profession de penser que tous les droits et tous les pouvoirs appartiennent au corps entier de la nation. Or , dans

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