‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 33 sur 216 · CHAPITRE IV, LIVRE 1T · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, LIVRE 1T

le gouvernement monarchique. Mais il n’en est pas du tout de même à 1 egard de la classe supérieure de la société. Dans l’aristocratie , le corps des gouvernails a besoin que scs membres aient une instruction solide et profonde , s’il se peut , le goût de l'application , de l'aptitude aux affaires, un caractère réfléchi , du penchant à la circonspection et à la prudence jusque dans les plaisirs , des mœurs graves et simples même , au moins en apparence , çt autant que l’exige l’esprit national. 11 faut que ces nobles connaissent l’homme et les hommes, les intérêts des différais éiats , même ceux de l’humanité en général , ne fût-ce que pour les combattre quand ils sont opposés à ceux de leur corps. (Je sont eux qui gouvernent. La science politique dans toute sou étendue doit être leur principale élude et leur continuelle occupation. Il faut bien se garder de leur inspirer cet esprit de vanité , de légèreté , d’irréflexion » que l’on cherche à répandre parmi les nobles des états monarchiques. C’est comme si le monarque voulait se rendre lui-même aussi frivole et inconséquent , qu'il désire que ses sujets le soient. 11 lie tarderait certainement

46 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU* pas à s’en mal trouver; et de plus il ne faut pas oublier que l’autorité de i'aristocratîe est toujours plus aisée à ébranler que la sienne, et résisterait bien moins à une pareille épreuve. Cette dernière considération fait aussi que le corps des nobles aristocrates a le plus grand intérêt à tâcher de concentrer dans son sein toutes les lumières de la société , et qu il doit encore bien plus redouter un tiers état éclairé , que ne doit le craindre l’autorité monarchique, quoiqu’on définitif ce soit aussi toujours de ce côté que viennent les seules atteintes réellement dangereuses pour elle, quand, une fois, elle a surmonté l’anarcliie féodale.

Voilà , je pense , à peu près tout ce que nous avions à dire du gouvernement aristocratique sous le rapport de l’éducation. Main-

tenant , pour suivre exactement toutes les parties de la division que j’ai adoptée, et pour achever ce qui concerne les gouvernemens que j’ai appelés spéciaux ou d’exceptions, je devrais parler de la démocratie pure, fondée sur des convocations expresses ou reconnaissances de droits particuliers. Mais je n’en dirai rien , non plus que de la démo-

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