‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 32 sur 216 · CHAPITRE IV, LIVRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, LIVRE IV

celle d'un monarque, ni fondée sur un respect aussi approchant de la superstition , et leur pouvoir n étant pas aussi concentré et aussi ferme , ils ne peuvent pas se servir avec la même assurance des idées religieuses : car , s’ils leur donnaient trop de force et trop d'influence, les prêtres deviendraient bientôt très-redoutables pour eux. Leur crédit sur le peuple balancerait avec avantage l’autorité du gouvernement; ou, se faisant un parti dans le corps de la noblesse , ils la diviseraient et élèveraient facilement leur pouvoir sur les ruines du sien. De pareils gouvernemens doivent donc manier cette arme dangereuse avec beaucoup de prudence et de discrétion.

Si , comme à Berne , ils ont affaire à un clergé peu riche , peu puissant , peu ambitieux , peu enthousiaste , professant une religion simple qui agite peu les imaginations , ils peuvent sans péril s’en servir pour diriger paisiblement le peuple , et pour l’entretenir dans l'espèce d’ignorance, mêléed innocence et de raison, qui convient à leurs intérêts. Une position méditerrauée donnant peu de relationsaveclesnationsétrangères favorise encore cesystèmede modération et de demi-confiance.

Mais, si, comme à Venise, les nobles ont affaire à un clergé riclie , ambitieux , remuant, dangereux par ses dogmes et par sa dépendance d’un souverain étranger, il faut, avant tout, qu’ils se garantissent de ses entreprises. Us ne doivent donc pas laisser trop prévaloir l'esprit religieux dans la nation , parce qu’il tournerait bientôt contre eux. Us n’oscnt pas le combattre en propageant la raison et les lumières , parce qu’elles détruiraient bientôt l’esprit de dépendance et de servilité. Us ne peuvent donc l’affaiblir qu’en précipitant le peuple dans le désordre , la crapule et le vice. -N’osant en faire un troupeau stupide dans les mains de ses pasteurs, il faut qu’ils en fassent une canaille dépravée et misérable, incessamment sous le joug de la police, et à laquelle cependant il restera toujours un grand fond de superstition et de religion. C’est là leur seule ressource pour dominer. Le voisinage de la mer et de nombreuses relations commerciales et industrielles sont utiles dans cette vue.

Au reste , à ces nuances près, on voit que l’aristocratie doit , relativement à l’éducation du peuple, se conduire à peu près comme

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