‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 54 sur 216 · CHAPITRE VII, LIVRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII, LIVRE VII

trent pas, et comme pourtant il faut bien subsister et même jouir jusqua un certain point (car, en définitif, c’est là le but de tous nos travaux , celui de la société et de toutes ses institutions), on ne regarde comme dépenses de luxe que les dépenses improductives qui ne sont pas nécessaires , sans quoi luxe et consommation deviendraient synonymes.

Mais le nécessaire absolu n’a pas de limites très-fixes. Il est susceptible d’extension et de restriction.il varie suivant les climats, suivant les forces et suivant les âges. 11 varie même suivant les habitudes qui sont une seconde nature. Un homme sous un ciel sévère, sur un sol ingrat, un malade, un vieillard, ont bien plusdebesoins qu’un jeune Indou bien portant, qui peut aller presque nu, peut coucher sous un cocotier, et se nourrir de ses fruits; et dans le même pays le strict nécessaire est bien plus étendu pour l'homme élevé dans l’aisance, qui a peu déployé ses forces physiques et beaucoup exercé ses facultés intellectuelles, que pour son semblable qui a passé son enfance chez des parens pauvres et sa jeunesse dans l’exercice d’un métier pénible.

Il y a de plus chez les peuples civilisés un nécessaire de convention, qu’on a prodigieusement exagéré sans doute, mais qui, en lui-même, n’est pas entièrement fantastique, et qui est au contraire fondé en raison.

Il est au foud de même nature que la dépense qu’un ouvrier fait en outils de son métier : car il tient à la profession qu’on exerce. Le vêtement’ long et chaud , et la chaussure légère et peu solide d’un homme de cabinet, seraient un luxe et même un luxe incommode pour un pâtre, un chasseur , un roulier, un artisan; comme le seraient pour un avocat la cuirasse nécessaire à l’homme de guerre, ou l’habit de théâtre dont ne peut se passer un acteur. Il faut qu’un homme qui doit recevoir beaucoup de personnes chez lui, parce qu’il a affaire à elles et qu’il ne peut les aller chercher, soit mieux logé que celui qui travaille en ville. Celui qui, par ses fonctions, a besoin de connaître un grand nombre d'individus, et de les voir parler et agir, doit pouvoir les réunir dans sa maison, et avoir par conséquent un plus grand état de dépense qu’un homme sans relations. C’est le cas de la plupart des fonctionnaires publics. Celui

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