‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 53 sur 216 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Sur le Livre VII. — Conséquences des différens principes des trois gouvememens par rapport aux lois somptuaires , au luxe , et à la condition des femmes.

J’ai regret de me trouver si souvent en opposition avec un homme pour lequel je professe tant de respect. Cependant c’est cette différence de sentimens qui m’a fait prendre la plume ; j’ai pensé que mes observations ne seraient pas sans quelque utilité. Je dirai donc mon opinion hardiment, et le lecteur jygera.

Helvétius reproche, avec raison, à Montesquieu de n’avoir pas dit nettement ce que c’est que le luxe, et de n’en avoir parlé, pour cette raison , que d’une manière vague et inexacte. Il faut donc, avant tout, déterrai ner avec précision le sens de ce mot dont on a tant abusé. Le luxe consiste essentiellement dans les dépenses non productives, quelle que soit d’ailleurs la nature de ces dépenses. La preuve que l’espèce de la dépense n’y

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fait t ien , c’est qu'un joaillier peut employer cent mille écus à faire tailler des diamans et fabriquer des bijoux , sans qu’il y ait le moindre luxe de sa part. Il compte les revendre avec profit. Au contraire, qu’un homme achète une boite ou une bague de cinquante louis pour son usage, c’est pour lui une dépense de luxe. Un cultivateur, un maquignon, un roulier peuvent entretenir deux cents chevaux sans aucun luxe ; ce sont des outils de leurs métiers. Qu’un homu.e oisif en ait deux, uniquement pour se promener, c’est du luxe. Un entrepreneur de mines, un chef de manufacture, fait bâtir une pompe à feu pour son service ; c’est un acte d’économie. Un amateur de jardins en fait construire une pour arroser ses gazons, c’est une dépense de luxe. Nul ne dépense plus en façons d'habits qu’un tailleur : ce sont ceux qui les portent qui ont du luxe.

Sans multiplier davantage ces exemples, on voit que ce qui constitue réellement les dépenses de luxe, c’est de nôtre pas productives. Cependant , comme on ne peut pourvoir à ses besoins et se procurer des jouissances que par des dépenses qui ne ren-

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