CHAPITRE VII , LIVRE VII. f
car, s’ils avaient consomme autant qu’ils ont produit , ils n’auraient pu me rien remettre. On en pourrait dire autant, si celte somme me venait de mon travail dans le commerce, dans les manufactures, ou dans tout autre état utile de la société; car, si j'avais tout dépensé à mesure de mes grains, je n’aurais rien de reste. Mais enfin j’ai cette somme.
Maintenant je l'emploie en dépenses inutiles et uniquement pour ma propre consommation. Je l’ai éparpillée : elle est passée en diverses mains qui ont travaillé pour moi ; elle a servi auv besoins de différentes personnes , et voilà tout ; car leur travail est perdu. Il n’en reste rien , il n’a produit que ma satisfaction passagère , comme si ces personnes s’étaient toutes employées à me donner un feu d’artifice ou un autre spectacle. Si au contraire j’avais employé cette valeur en choses utiles , elle serait éparpillée de même : le même nombre d’hommes en auraient vécu ; mais leur travail serait suivi d’une utilité qui resterait. Des améliorations de terres assureraient un revenu futur plus considérable ; une maison bâtie produirait un loyer ; un chemin fait , un pont construit, donneraient
g4 COMMENTAIRE SL'K MONTESQUIEU.
une plus grande valeur à certains terrains , rendraient praticables des relations commerciales, impossibles auparavant, et il eu résulterait mon avantage par une juste rétribution , ou celui du public par ma générosité. Des marchandises achetées ou fabriquées, non pas pour consommer , mais pour revendre ou pour donner à des indigeos , me rentreraient avec profit , ou seraient un secours pour beaucoup d'individus que la misère auraient détruits. Voilà la comparaison exacte des deux manières de dépenser. ^
Si l’on suppose qu’au lieu d’employer mon argent de l’une ou de l’autre de ces manières, je l’ai prêté , la question n’est que reculée et point changée. 11 s’agit de savoir quel usage fait de la somme celui à qui je l’ai prêtée , et quel usage je fais moi-même de l’intérêt qu’il m’eu paie. Suivant ce qu’il sera , il produira un des deux ellets que nous venons de développer. 11 en est exactement de même , si, avec mes deux cent mille francs , j’achète de nouveaux fonds dont je percevrai lcrevenu.
Si enfin l’on suppose que, san^ employer ni prêter mon argent , je l’enterre , c’est le seul ças où l’on .puisse soutenir qu'il vaudrait