‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 81 sur 216 · CHAPITRE X, LIVRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X, LIVRE X

talif, qui a pour base lequité et légalité absolues , ne peut faire autre chose pour les citoyens qu'il acquiert, que de les assimiler en tout à ceux qu’il a déjà. Au reste, c’est certainement faire assez en leur faveur pour que bientôt ils soient contens de leur nouveau sort.

A ce propos, je remarque combien est juste la réflexion de Montesquieu , que souvent un peuple gagne beaucoup à être conquis, et j'ajoute que cela est vrai surtout de ceux qui sont conquis par une nation vivant sous le gouvernement représentatif; car ils gagnent en même temps du côté de la liberté et du côté de l’économie , soit qu’on les réunisse à leur vainqueur; soit qu’on les destine à former un nouvel état , régi par les mêmes principes. Etre conquis ainsi , c’est moins être envahi , qu’être délivré. C’est là ce qui rend ce gouvernement si redoutable à tous les autres; car, dans leurs querelles avec lui, les intérêts de leurs propres sujets sont contre eux. C’est là ce qui a fait que les énormes acquisitions de la république française se sont si facilement incorporées avec elle , malgré tous les préjugés civils et

l/f8 COMMENTAIRE SUR MONTESQUIEU, religieux qui s’y opposaient ; et il en arri- • vera de même de la Louisiane à 1 egard des États-Unis , malgré toutes les intrigues étrangères. Si les Français avaient bien profité de cet immense avantage en ne s'écartant pas de leurs principes , après s’être donné les limites naturelles qu’ils pouvaient désirer, ils se seraient très - promptement entourés d états constitués comme le leur , qui , en lui servant de barrières , auraient assuré sa tranquillité à jamais.

Avant de quitter ce sujet , rendons encore hommage à cette profonde réflexion de Montesquieu , qu 'une république , qui veut demeurer libre , ne doit pas avoir de sujets. Ceci est parfaitement applicable au gouvernement représentatif, et j’en conclus qu’il ne doit pas avoir de possessions outre-mer, soumises à la métropole. Il peut lui être très-utile de former des colonies pour se débarrasser du superflu de sa population , ou pour se procurer des relations commodes et amicales dans des pays propres à un commerce avantageux.

Mais il doit les émanciper dès quelles sont en état d’exister par elles-mêmes; comme, dans notre système fédératif, nous faisons

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