CHAPITRE X, LIVRE X
Ainsi il ne peut pas être question là d'un etablissement de paix. D’ailleurs ce cas ne peut avoir lieu qu’entre un peuple barbare et un peuple dans un état de société encore très-imparfait. Or , je 11e veux m’occuper que des nations vraiment civilisées.
Par celte dernière raison , je ne parlerai point non plus ni des états démocratiques, ni des états despotiques , mais seulement de ceux qui sont gouvernés par l’aristocratie sous un seul ou sous plusieurs chefs , ou par le gouvernement représentatif. Ces gouvernemens , comme nous l’avons vu , sont également propres à régir des pays plus ou moins étendus; ainsi ce n’est point cette considération qui peut leur faire désirer ou craindre un accroissement de territoire; mais la convenance des limites naturelles me parait d’une toute autre importance. Je crois , je le répète, qu’une nation ne doit rien négliger pour se procurer les meilleures limites possibles, et qu’elle ne doit jamais les dé- • passer quand elle les a atteintes. Ainsi, tant quelle 11’est pas arrivée à ce but, il faut quelle ajoute à son domaine tout le pays qu’elle peut acquérir à la paix ; mais si elle
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y est parvenue , et que cependant le soin de sa sûreté future l’oblige à dépouiller entièrement , ou du moins en partie , son ennemi de son territoire, je pense quelle doit le céder à quelque peuple dont elle ait intérêt d’augmenter la puissance , ou en former un ou plusieurs états indépendans auxquels elle donnera un gouvernement analogue au sien. Elle prendra seulement la précaution de donner à ces nouveaux états , une force telle qu’ils ne puissent point lui causer d’inquiétude , mais telle cependant qu’ils soient capables de se soutenir par eux-mêmes , afin de n’être pas incessamment obligée de les protéger et de les défendre ; car ce serait pour elle une source de guerres éternellement renaissantes.
A l’égard de la conduite à tenir avec les, habitans des pays conquis que l’on garde , je pense, avec Montesquieu , que les gouvernemens qui , comme les différentes sortes d’aristocraties , ne sont pas fondés sur une justice exacte et sur des principes fixes, doivent souvent , pour s’attacher leurs nouveaux sujets, les traiter plus favorablement que les anciens. Mais le gouvernement représeu-