XV] RÉFLEXIONS PRELIMINAIRES
de celui qu’a suivi Montesquieu , plus il m’aurait rendu difficile de discuter ses opinions en établissant les miennes. Nos deux marches se croisant sans cesse* je n’aurais pu, sans une foule de redites insupportables, lui rendre cet hommage que je regarde comme un devoir. Je me serais donc vu réduit à présenter mes idées , avec la défaveur d’être souvent contraires aux siennes , sans qu’on en vit suffisamment le motif. Dans cet état , il est douteux qu’on les eût jamais adoptées. On ne leur aurait peut-être pas seulement fait l’honneur de les examiner. Voilà ce qui m’a déterminé à ne donner aujourd’hui qu’un Commentaire sur Montesquieu. Un autre plus heureux, proGtant delà discussion, si elles’établit, pourra , dans la suite, donner un vrai Traité des Lois. C’est ainsi , je pense , que doivent marcher toutes les sciences ; chaque ouvrage partant toujours des opinions les plus saines actuellement reçues , pour y ajouter quelque nouveau degré de justesse. C’est là vraiment suivre le sage précepte de Condillac , d'aller rigoureusement du connu à l'inconnu. Puissé-je , en n’ayant pas plus d’ambition que ne me le permettait ma position, avoir contribué efficacement aux progrès de la science sociale , la plus importante de toutes au bonheur des hommes, et celle que nécessairement ils perfectionnent la dernière, parce qu’elle est le résultat et le produit de toutes les autres !