‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 10 sur 216 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sur le Livre ïr- — Des lois en général.

Xii.s lois ne sont pas, comme le dit Montesquieu , les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. Une loi i) est pas un rapport, et un rapport n’est pas une loi. Cette explication ne présente pas un sens clair. Prenons le mot loi dans son sens spécifique et particulier. Cette acception des mots est toujours la première* qu'ils aient eue; et il faut toujours y remonter ppur les bien entendre. Dans ce sens nous entendons par une loi, une règle prescrite h nos actions par une autorité que nous regardons comme ayant le droit de fcire cette^oi

Cette dernière condition est nécessaire ; car, lorsqu’elle manque , la règle prescrite n’est plus qu'un ordre arbitraire, un acte de violence et d’oppression.

Cette idée de la loi renferme celle d’une peine attachée à son infraction , d’un tribunal qui applique cette peine, d’une force physique qui la fait subir. Sans tout cela, la loi est incomplète ou illusoire.

Tel est le sens piimitif du mot loi . Il n’a été et n’a pu être créé que dans l’état de société commencée. Ensuite , quand nous remarquons l’action réciproque de tous les êtres les uns sur les autres, quand nous observons les phénomènes de la natuTe et ceux de notre intelligence , quand nous dé- > couvrons qu’ils s’opèrent tous d’une manière constante dans les mêmes circonstances , nous disons qu’ils suivent certaines lois. Nous appelons par extension lois de la nature , l’expression de la manière dont ces phénomènes s’opèrent constamment. Ainsi nous voyons la chute des graves. Nous disons que c’est une loi de la nature, qu’un corps grave, abandonné à lui-même, tombe par un mou • vement croissant comme la série des nombres

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