‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 96 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI. jjg · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI. jjg

impossible qu’il obtienne l’assentiment général, à moins que son auteur, à l’exemple de la plupart des anciens législateurs, ne fasse intervenir la Divinité en sa faveur, et ne se prétende l'interprète de quelque puissance surnaturelle. Mais ce moyen est inadmissible, dans nos temps modernes. D’ailleurs la législation est toujours bien mal établie, quand elle est fondée sur l’imposture ; et, en pareil cas, il y a de plus cet inconvénient, qu’une constitution est toujours essentiellement mauvaise , quand elle ne renferme pas un moyen légal et paisible de la modifier et de la changer , quand elle n’est pas de nature à se prêter aux progrès des temps , et quand elle aspire à avoir un caract^e de perpétuité et de fixité qui ne convient à aucune institution humaine. Or, il est bien difficile que tout cela ne se trouve pas dans un ouvrage, qu'on suppose être celui d’un Dieu.

A l'égard de la troisième manière de se donner une constitution, quand on songe* combien les hommes réunis sont souvent moins raisonnables que chacun d’eux, pris séparément, combien les lumières d’une assemblée sont , en général , inférieures à celles

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des plus éclairés de ses membres, combien ses résolutions sont exposées à être vacillantes et incohérentes, on doit bien penser que son ouvrage ne sera pas le plus parfait possible ; on peut craindre de plus que cette assemblée ne s’empare de tous les pouvoirs, que, pour ne pas s’en dessaisir, elle ne diffère prodigieusement à remplir l’objet de sa mission , et* qu’elle ne prolonge tellement son gouvernement provisoire, qu’il ne dégénère en tyrannie ou en anarchie.

La première de ces deux objections est fondée. Mais aussi il faut considérer : Premièrement, que cette assemblée étant composée de membres accrédités dans les différentes parties du territoire ,^t qui connaissent l’esprit qui y règne, ce qu’elle décidera sera tout-à-fait .propre à devenir pratique , et sera reçu, non-seulement sans effort, mais avec plaisir; secondement, que les lumières de cette assemblée d’hommes choisis seront toujours supérieures à celles de la masse du peuple, et que, tout étant discuté mûrement et publiquement dans son sein, les motifs de ses déterminations seront connus et pesés, et qu’elle formera l’opinion publique en

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