‹ Commentaire sur l'esprit des lois de Montesquieu. Suivi d'observations inédites de Condorcet sur le vingt-neuvième livre du même ouvrage [u.a.]Chapitre 97 sur 216 · CHAPITRE XI, LIVRE XI. l8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, LIVRE XI. l8l

même temps que la sienne ; en sorte quelle contribuera puissamment à la rectification des idées généralement répandues, et aux progrès de la science sociale. Or, ces avantages sont bien supérieurs à un degré de perfection de plus dans la théorie de l’organisation sociale qui sera adoptée.

Le second inconvénient est plus apparent que réel ; car une nation ne doit entreprendre de se donner une nouvelle constitution, qu’après avoir remis tous les pouvoirs de la société entre les mains d’une autorité favorable à ce dessein. C’est là le préalable nécessaire. C’est en quoi consistent proprement la révolution et la destruction ; tout le reste n’est qu’ organisation cl reconstiuction. Or, cette autorité provisoire, en convoquant une assemblée chargée de constituer, ne doit lui remettre que cette seule fonction , et se réserver toujours le droit de faire aller la machine jusqu’au moment de sa complète rénovation ; car la marche de la société est une chose qui ne souffre aucune interruption : il faut toujours un provisoire, entre l’état ancien et le

nouveau.

La trop fameuse convention nationale française, qui a fait tant de mal à 1 humanité en rendant la raison odieuse, qui, malgré la haute capacité et les grandes vertus de plusieurs de ses membres, s’est laissé dominer par des fanatiques et des hypocrites, des scélérats et des fourbes, et qui, par cela même, a rendu d’avance inutiles ses plus belles conceptions , n’a éprouvé ces malheurs que parce que la législature précédente lui a remis à la fois tous les pouvoirs. Celle-ci , après s’être vue obligée de renverser le trône, après avoir proclamé le vœu national pour la république ( comme on disait suivant le style de Montesquieu ), c’est-à dire , pour la destruction du pouvoir exécutif héréditaire, devait n’appeler une convention que pour réaliser ce vœu et organiser en conséquence la société; elle devait , en attendant , continuer à veiller sur les intérêts du moment et se réserver la conduite des affaires. Alors l’assemblée conventionnelle aurait infailliblement rempli son objet en très-peu de temps et sans inconvéniens.

Parla même raison, notre premier congrès continental et la première assemblée

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