‹ Commentaire sur l'Évangile de saint Jean (volume 2)Chapitre 11 sur 66 · aTco; u{x(uv 7:ot£tTs · texte numérisé non relu

aTco; u{x(uv 7:ot£tTs

moi. » Ce n'esl pas tout : au fond de chacun de ces deux infinis de bien ou de mal avec lesquels Thomme est en incessante relation et dont il devient Torgane, Jésus discerne, de chaque coté, un principe pei'sonnel^ une volonté intelligente et libre, le père de famille qui dirige toute la maison (mon pèrCj votre père). C'est de lui que part Tinitialive, qu'émanent toutes les impulsions. Mais précisément parce que le moteur suprême est de nature person- [ nelle, et non fatale, cette dépendance où l'homme se trouve placé vis-à-vis de lui, est libre aussi, volontaire. Jésus cultive par la fidélité la communion avec le Père ; aussi, trouve-t-il dans cette relation l'initiative de tout bien (c ce que j'ai vu » — le parfait : c ce que je suis ayant vu chez le Père » ). Les Juifs cultivent en eux la relation avec la volonté opposée, avec l'autre père; aussi reçoivent-ils incessamment de lui des impulsions à toute espèce d'œuvres perverses (c ce que vous avez entendu » — l'aoriste -: une série d'impulsions particulières de la part de leur père).

Le donc qui lie les deux propos, parallèles a certainement une teinte d'ironie , comme le reconnaît Meyer : iVous êtes conséquents à votre principe en faisant le mal, toQt comme je le suis au mien en disant le bien. » Le I retranchement du pron. (xou après irarpi caractérise Dieu comme le seul Père, dans le sens vrai du mot. Le pron. sinç. 0, ce que, dans le premier, membre, convient parfaitement à l'unité foncière et permanente de la tendance au bien. Il n'y a là aucune vacillation, aucune contradiction. U pron. plur. à, les choses que, caractérise au contraire 'd capricieuse inconséquence des velléités diaboliques. Ce contraste est en relation avec celui du parf. éwpoxa et de 'aor. ixoyjcoLTt : le premier désignant un homme qui est <^e qu'il est par le fait d'avoir contemplé; le second, une

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variété d'inspirations particulières et momentanées. Le choix des deux termes voir (Jésus) et entendre (les Juifs), pour désigner les deux genresde dépendance morale opposés, n'est pas moins significatif. La vue est le symbole d'une claire intuition, telle qu'elle n'est possible que dans le domaine de la lumière et de la révélation divines, c C'est dans ta lumière que nous voyons clair» (Ps. XXXVI, 10). Le terme : entendre de la part de, s'applique à de sourdes suggestions que la bouche trompeuse d'un imposteur murmure à l'oreille de ses agents. Rom. Vil, 15, Paul dit dans le même sens en décrivant la dépendance de l'homme daas le mal : « Je ne comprends (je ne discerne pas, où ^lyvci^ xco) ce que je fais. » Le mal, c'est la nuit dans laquelle oa entend, mais on ne voit pas. H n'y a pas jusqu'au contraste des deux prépos. râpa (avec le dat.), auprès de, et irapa (avec le gén.), de la part de, qui ne concoure à l'effet général de cette parole inépuisable : auprès de est en relation avec l'idée de vue, comme de la part de avec celle d'ouïe. — Si Jésus mentionne de son côté le parler (kalui) et du côté des Juifs le faire (irouîv), c'est que son activité consistait essentiellement dans ses témoignages et son enseignement, tandis que les Juifs lui répondaient par des mesures hostiles et des projets de meurtre (v. 37). Hengstenberg donne à iroteiTe le sens impér. : faites. Ce n'est pas à ce sens que conduisent les particules xaI et o*jvqai lient les deux propositions.

V. 39-41 ». € Ils répliquèrent et lut dirent : Notre père^ c'est Abraham, Jésus leur dit : Si vous étiez ^ enfants

* Au lieu do r^ts (si vous étiez) que lisent 42 Mjj. et presque toutes les autres autorités, Mnn. Vss. Or. (3 fois), on lit itte (si vous éus) dansNBDLTOr. 10 fois.

d'Abraham^ vous feriez* les œuvres d'Abraham. 40 Mais mainlenanlj vous cherchez à me faire mourir^ moi, un homme qui vous ai dit la vérité que j'ai entendue de Dieu; Abraham n'a point fait cela, 41' Vous faites les œuvres de votre père. » — Les Juifs se sentent atteints par Tinsi* nuation du v. 38; ils affirment de nouveau, avec le sentiment de la dignité blessée, leur descendance d'Abraham. Jésus reprend sa réponse du v. 37 et la développe : il n'y a pas, dit-il, de parenté morale, là où il y a opposition de conduite. — La leçon alex. : Si vous êtes.,,, vous feriez^ ^détruit elle-même, quoiqu'elle soit défendue parMeyer, Lulh., Tischend., etc., en raison de son incorrection même. Meyer cite Luc XVII, 6. Mais là aussi la leçon est douteuse. Cette leçon alex. n'est qu'un mauvais mélange d'une correction arbitraire d'Origène (qui changea de son chef le sroictTe de la principale : vous feriez^ en l'impér. «MciTc, faites)^ et de la vraie leçon rire, conservée dans tous les Mss. La leçon byz. est donc la vraie. — Abraham s'était distingué par une docilité absolue à la vérité divine ^Gen. XII ; XXII) et par un amour respectueux pour ceux <|Qi en étaient auprès de lui les organes (Gen. XIV; XVIII). Quel contraste avec la conduite de ses descendants selon h chair! Remarquez la gradation : 1^ faire mourir un homme; ^ un homme organe de la vérité: 3«> de la vérité qui vient de Dieu. — La descendance d'Abraham ainsi écartée, Jésus* afflrme à leur égard une filiation toute différente, et cela en vertu du mémo principe, la nature de leur conduite (v. 41 *). — noicÎTe est évidemment indic. i (vous faites) j et non impér. (faites).

I ^ Tous les Mss., même ceux qui lisent etts, ont êhoîe'.ts (tous feriez). ^r'10 fois) lit iroteite (faites ou vous faites). Vg. Augustin : facite. *" Av est omis par 44 Mjj. 80 Mnn. Or. (42 fois).

V. 41*^-43. € Ik lui dirent done^ : Nous ne sommes pas des enfants nés^ dans t impureté; nous n'avons qu'un père, Dieu. 42 Jésus leur dit* : Si Dieu était votre père, vous m* aimeriez; car cest de Dieu que je suis sorti et que je viens; car je ne suis pas non plus venu de mon chef, mais c'est lui qui m'a envoyé. 48 Pourquoi ne reconnais^ sez'Vous pas mon langage f Parce que vous ne pouvez comprendre ma parole. » — Les Juifs, n'ayant rien de bon à répondre, se prévalent du sens moral dans lequel Jésus prend ici la notion de filiation et cherchent à l'exploiter en leur faveur : c Ne parlons plus d'Abraham, si tu le veux; quoiqu'il en soit, dans le domaine spirituel, auquel il parait que tu penses, c'est Dieu qui est notre père. » Pour comprendre les premiei*s mots, si diversement interprétés, il faut se rappeler que depuis le retour de la captivité (comp. les livres de Néliémie et de Malacbie), l'union avec une femme païenne était envisagée comme impure, et l'enfant issu d'un pareil mariage comme illégitime, en tant qu'appartenant par Tun de ses parents à la famille j de Satan, le dieu des païens. Les Juifs veulent donc | dire : « Nous sommes nés dans des conditions parfaitement légales; nous n'avons pas du sang idobUre dans les veines ; nous sommes IlébreuWy nés d'Hébreuw (Phil. III, 5). Nous sommes ainsi par notre naissance même à l'abri de toute filiation païenne et diabolique. » Aussi vrai ils sont purs descendants d'Abraham, aussi certainement ils pensent descendre moralement de Dieu seul. Même eo s'élevant avec Jésus au point de vue moral, ils ne peuvent se dégager de leur idée de filiation physique. Le sens de

* K B L ï ItP>«=«-''ï"«' Svr. retranchent ojv.

* B I) : ojx £Y6vvrjOT)jx£v au lieu de ou Y£Y£vvr^jjiEOa. ' Le OJV du T. R. n'a pour lui que 7 Mjj. [H 0 M etc.).

CIIAP. VIII, 41-43. 101

Meyer : Notre mère Sarah n'a pas été une femme coupable d'adultère ; — celui de Lûcke, de Wette : Nous n'avons jamais mêlé, dans notre culte, le monothéisme et le paganisme (TTOpveia dans le sens d'Os. II, 4'), ce qui pourrait renfermer une allusion aux Samaritains (Paulus) ; — et d'autres encore, nous semblent ou grossièrement repoussants (Meyer), ou artificiels et forcés (de Wette).

Jésus les dépouille encore de cette prérogative supérieure : la filiation par rapport à Dieu. Et il le fait par le même moyen qu'il vient d'employer au v. 40, pour leur refuser la filiation patriarcale : il pose un fait moral contre lequel leur prétention vient se briser. En vertu de son origine, dont il a distinctement conscience (v. 14), Jésus sait que son apparition est revêtue d'un sceau divin. Tout vrai enfant de Dieu l'aimera donc. Le mauvais vouloir des Juifs contre lui suffit, en conséquence, pour anéantir leur prétention au titre d'enfants de Dieu. — La vraie traduction des mots eycb yàp . . . ySxco serait : ce Je suis sorti . . ., et me voici (-Kxw, présent formé d'un parfait). » Jésus se présente au monde avec la conscience toute fraîche du séjour qu'il a quitté. — 'E^fAôov, je suis sorti, se rapporte sans doute au fait de l'incarnation par lequel Jésus est sorti de l'existence céleste pour venir vivre ici-bas. — Et ce n'est pas seulement la personne de Jésus qui procède de IKeu; c'est aussi sa mission. Cet habitant du ciel n'est point venu faire une œuvre de son chef; il obéit à une injonction divine qui lui trace la tâche qu'il a à remplir [corap. X, 36). C'est la confirmation de l'idée précédente (car aussi). S'ils aimaient Dieu, ils reconnaîtraient d'aulanl mieux le caractère divin de sa personne qu'il est confirmé par celui de sa mission.

11 semble, par conséquent, qu'il ne devrait y avoir rien ^6 plus facile que de discerner l'accent divin et, si l'on

lOâ DEUXIÈME PARTIE.

peut ainsi dire, le timbre céleste de son langage. Pourquoi tout cela échappe-t-il aux Juifs? Parce que l'organe pour comprendre ce qui est spirituel leur manque. — AaXia diffère de ^oyo; comme la forme diflëre du contenu, le discours de la doctrine : < Vous ne distinguez pas mes du-cours d'une simple parole humaine. Pourquoi? Parce que vous êtes impuissants à pénétrer le sens de ma doctrine; mon enseignement ne parvient pas jusqu'à votre sens intérieur, de manière à se transformer chez vous en vérité perçue.» 'Axoiîeiv, entendre y que nous avons traduit parcowprendre, signifie ici : écouter avec calme, sérieux, bonne volonté, de manière k comprendre. Us venaient de donner en ce moment même la preuve der cette impuissance : V. 31-33. L'organe intérieur manquait. C'est la même idée que le oO /copeiv du v. 37. Jésus fait ressortir la cause dernière de cette incapacité : c'est la dépendance où ils sont d'un ennemi de la vérité, qui, en remplissant leur intérieur de tumultueuses et haineuses passions, les rend sourds à la voix de la vérité parlant par Jésus:

V. 44. « Vous êtes issus de ce père ^^ le diable^ et vom vous empressez d'accomplir les désirs de votre père. Il a été homicide dè^ le commencement, et il n*est point dans la vérité, parce quil n'y a pas de vérité en lui: lorsqu'il dit le mensonge, il parle de son propre fonds: car il est menteur et * le père du menteur. » — La lumière ne parvient point à percer dans ce milieu juif, parce qu'il est soumis à un principe ténébreux. — 'lyei;, vous, est fortement accentué : Vous, qui vmjs targuez d^avoir Dieu pour père! — llilgenfeld surprend ici Tévangélisle en flagrant délit de gnoslicisme. Selon lui, il faut traduire : « Vous êtes issus

* T. R. retranche, avec quelques Mnn. seulement, tou devant î:xt?o;* 2 Au lieu de x«i, It«»'<i et quelques Pères lisent xaOto; x«t.

CHAP. VIII, 43. 4i. 103

du père du diable; > et non : du père qui est le diable. Ce père ne serait antre que le Dieu des Juifs, le Démiurge, le créateur du monde visible, qui serait désigné ici comme le père de Salan, conformément à la doctrine des Ophites chez Irénée^. Mais Jésus s'occupet-il donc ici de la filiatioD du diable? N'est-ce pas celle des Juifs seuls qui fait le sujet du discours? D'ailleurs, si, contrairement au sens de tout le morceau^ il fallait traduire : du père du diable, les Juifs se trouveraient être non les enfants, mais les frères du diable ( c Vous êtes issus du père du diable! » ). Le sens littéral est celui-ci : c Vous êtes fils de ce père (tou rarpoç) qui a nom le diable (toO ^iaêo>.ou), et nullement de cet autre père, Dieu, dont vous prétendez descendre. > — Les passions déréglées (èiri6u[JLiai) dont ce père est animé et qu'il leur communique, sont dévoilées dans la seconde partie du verset : ce sont, d'abord, la haine de l'homme, puis Thorreur de la vérité ; précisément les tendances que Jésus venait de reprocher aux Juifs v. 40. Le verbe ôe^ere, vous vous empressez, est contraire au principe fataliste que Hilgenfeld attribue. à Jean; il exprime l'assentiment volontaire, l'abondance de sympathie avec laquelle ils se mettent i l'œuvre pour réaliser les aspirations de leur père. Le premier de ces appétits diaboliques est la soif du sang humain. Plusieurs interprètes anciens et modernes (Cyrille, Nilzsch, Lùcke, de Wette, Reuss) expliquent le mot av6pa>lîwtTovo;, homicidey parle meurtre d'Abel. Comp. 1 Jean III, 11 15 : € ^e faisant pas comme Gain, qui était du malin (t (jtU tua son frère... Quiconque hait son frère, est meurtrier. ) Mais l'Ecriture n'attribue expressément au démon aucune part dan§ le meurtre d'Abel, et la relation que

* «Les Ophitos nommaient Jaldahaoth (le créateur du monde et le î^ieu des Juifs) le père du serpent r* (Einl., p. 7i5).

parfois, mais dont les créations, dans la mesare où il crée hors de Dieu^ ne sont toujours qu'une vaine fantasmagorie. — Le mot ^eu<jTT,ç, menteur^ reproduit l'idée : // ri y a pas en lui de vérité. Quand Jésus dit de Satan: «qu'il est menteur , et aussi son père , » cette expression : son père, peut signifier : et le père du menteur^ ou le père du^ mensonge (en tirant la notion de mensonge de ce qui précède). Nous croyons, avec Lùcke, Meyer et d'autres, que le contexte décide en faveur de la première alternative. Il s'agit ici, en effet, non de l'origine philosophique du men* songe, mais de la filiation morale des Juifs menteurs^. C'est à cette idée que se rapportent les versets suivants.

Ce passage renferme la déclaration la plus décisive qut soit sortie de la bouche de Jésus-Christ sur l'existence, 1» personnalité et l'activité de Satan. Il est impossible d'appliquer ici la théorie de l'accommodation au moyen de laquelleon a cherché à atténuer la valeur des paroles de Jésus dans ses entretiens avec les démoniaques. C'est spontanément et de front que Jésus donne ici un enseignement po-

* La leçon xaOcîiç xa{ (counne ansni son pt^re), dans l'Il. et cher quelques Pères, est une correction due aux fjnostiques qui voulaient trouver ici, comme Hilgenfeld, la mention du père du diable. Les Pères n'ont cependant admis cette leçon qu'à la condition de lire auparavant o; àv (celui qui) au lieu de oTav (quand, chaque fois que): <( Quiconque dit le mensonge, parle de son propre fonds ; car il est menteur, comme aussi son père 'c'esl-à-dire le diable}.»)— Hilgenfeld, qui applique le pronom aÛTou, son, au diable lui-même, trouve ici de nouveau la mention du (>ère du diable. Mais, comme le fait observer Riggenbacli (Die Uusseren Zeugnisse, etc., p. 66 ,, s'il est vrai que dès le commencement du v. il fût déjà parle du père du diable, l'expression son père devrait désigner le père du père du diable! (Voir Introd. 1, p. 224. 222.) D'ailleurs toute cett« explication est positivement exclue par l'identité, supposée dans tout l'évangile de Jean, du créateur du moniJe et du Père de Jésus-Christ.

CHAP. Vlll, 44-47. 107

silif sur cet être mystérieux*. — Jésus revient du père aux enfants, lis sont ennemis de la vérité, tout comme Tètre dont ils dépendent :

V.'ii5-47, tEt moi y parce que je vous dis la vérité y. wus ne me croyez pas. 46 Qui de vous peut me convaincre de péché f Et si* je dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas »? 47 Celui qui est de Dieu comprend les paroles de Dieu; c'est pour cela que vous ne les comprenez pas, parce que vous nêtes pas de Dieu. » — Ce qui, d'ordinaire, fait qu'un homme est cru,|^'est qu'il dit la vérité.

^ Si saint Auguslin, et à son exemple les interprètes catholiques et plusieurs modernes, ont eu le tort de voir dans l'expression ou/^ eTnjxEv rindication de la chute du diable, Frommann et Reuss ne sont pas moins dans le faux en trouvant dans notre passage Tidëe d'un principe étemel du mal. Le terme torriXEv exprime simplement, comme dit Meyer, le fait actuel : a Ce passage énonce la mauvaise situation morale du diable, telle qu'elle est, sans rien enseigner sur l'origine de cet état... Mais la chute du diable est nécessairement supposée par celte parole. » Je ne sais si Ton ne doit pas faire un pas de plus. Le parfait £Tn-xa ne désigne pas seulement l'état présent, mais implique de plus la notion d'un acte passé par lequel on s'y est placé. Le op/ ïîrT,x£v signifie donc que le diable ne s'étant pas placé dans la vérité, n'y est pas maintenant. Cette expression renferme, si je ne me trompe, ridée, non d'une chutQ hors de la vérité connue, mais d'un refus d'ei^ Irer dans la vérité révélée et d'y prendre pied. Tout être libre est appelé, à un moment de son existence, à sacrifier volontairement son autooomie naturelle et à subordonner son moi à la manifestation du bien, à la vérité dévoilée, à Dieu qui se révèle. C'est là son épreuve décisi>e, à laquelle n'échappe ni l'ange ni l'homme. Le refus de cette annulation volontaire de soi-même en présence de la révélation du bien, de Dieu, — c'est le mal sous sa forme première (simplement négalive). L'affirmation exagérée du moi, le mal positif, en est le résultat immédiat. Ce refus d'abdiquer devant la vérité, pour sortir du moi et s'implanter en Dieu, — voilà la chute et du diable et de l'homme ; elle ne saurait être mieux énoncée que par ce terme : « ne pas s'être placé dans la vérité et n'y pas être ».

* T. R. : £1 $£ avec 44 Mjj. ; £i tout court dans K B C L X II 20 Mnn^ It. Vg. Syr. Cop.

* D omet le v. 46 (confusion des deux ou i:i(jt£U£T£ fioi).

Mais Jésus fait avec les Juifs Texpérience opposée. Ils sont tellement dominés par le mensonge, dont leur père a obscurci leur cœur, que c'est précisément parce qu'il dît la vérité, que Jésus ne trouve pas créance chez eux. — tyw, en tête : Moi, Torgane de la vérité. Pour justiOer leur déliance à l'égard de son dire, il faudrait du moins qu'ils pussent l'accuser de quelque faute dans son faire : car la sainteté et la vérité sont sœurs. Le défi que Jésus jette a ses adversaires, dans la première partie du v. 46, montre qu'il se sentait parfaiteij|enl lavé, par son apologie ch. VII, du crime dont on l'avait accusé, cli. V. Il faut bien se garder de prendre à[JLapT{a, péchéy dans le sens d'erreur (Calvin, Mélanchton), ou même de mensonge (Fritzscbe). C'est ici la même pensée que VU, 18 : Jésus affirme qu'il ne s'élève de sa conduite morale absolument aucun motif de soupçon contre la vérité de son enseignement. — Cette question est suivie d'une pause; Jésus se tait pour laisser la parole à celui qui voudra l'accuser; nul auditeur n'ouvre la bouche. L'aveu renfermé dans ce silence sert de prémisse au raisonnement suivant, d Eh bien donc, si, comme votre silence le démontre, j'enseigne la vérité, pourquoi, vous, ne croyez-vous pas?»- Ici, une seconde pause; il les avait invités à le juger, lui; il leur laisse maintenant le temps de se juger eux-mêmes. Après ce nouveau silence, il prononce la sentence : « Vous n'êtes pas de Dieu : voilà la vraie raison de votre incrédulité envers moi. 1^ L'expression être de Dieu désigne l'état d'une âme placée sous l'influence de l'action divine. Cet état n'exclut pas, mais implique la libre détermination de l'homme. Autrement le ton de reproche qui règne dans notre verset serait injuste et même absurde. — 'Axû»j«iv, proprement entendre, prend ici, comme souvent le terme français, le sens de Vaudition intelligente (de là le régime

à raccusalif). Comp. la manière dont avait été reçue sa déclaration sur la vérité qui aiïranchit (v. 32). — Aià toOto, c'est pour cela^ sert à appliquer le principe général posé dans la première partie du v., et qui est relevé de nouveau expressément par la proposition suivante : c [à savoir] parce que. »

La parfaite sainteté de Christ est démontrée dans ce passage, non par le silence des Juifs, qui pouvaient fort bien igoorer les péchés de leur interlocuteur, mais par l'assurance avec laquelle s^affirme, dans cette question, la conscience immédiate que Christ a de la pdreté de toute sa vie. A supposer qu'il n'eût été qu'un homme saint à un trèshaut degré, avec une conscience aussi délicate que celle qu'implique un pareil état, il n'eût pas laissé passer inaperçu le moindre péché, soit dans sa vie, soit dans son cœur ; et quelle hypocrisie n'y eût-il pas eu, dans ce cas, à poser à d'autres cette question dont la solution favorable eût reposé uniquement sur leur ignorance d'pn fait qu'il savait, lui, être réel!

3« Le croyant affranchi de la mort : v. 48-53. V. 48-50. € Les Juifs répliquèrent donc » et lui dirent : He disons-nous pas avec raison que tu es un Samaritain e< que tu es possédé d'un démon ? 49 Jésus répondit : Je ne suis point possédé dun démon^ mais j'honore mon Père^ et vous, vous me déshonorez, 50 Mais je ne cherche point wa gloire; il est quelqu'un qui la cherche et qui juge. > — Quelques-uns ( Hengstenberg , Astié) pensent qu'en appelant Jésus un Samaritain, ils veulent le taxer d'hérétique, comme s'étant fait égal à Dieu. Mais le terme de Samaritain peut difficilement être fait synonyme de blasphémateur. Les Samaritains passaient pour les ennemis

* N B c D L X omettent ouv.

nationaux des Juifs ; or Jésus semblait faire acte d'hostilité contre Israël en accusant ses auditeurs d*ètre enfants do démon. — Le vertige de la folie leur parait même pouvoir seul expliquer un tel langage ; et c'est ce qu'ils expriment par ces mots : Tu es possédé d'un démon, qui sont comme le pendant du reproche de Jésus. Le sens de cette apostrophe revient à ceci : Tu es aussi méchant que fou.

< Luiy dit saint Pierre, qui, lorsqu'on lui disait des injureSy nen rendait points 7nais se remettait à celui qm juge justement » (1 Pier. Il, 23). Cette parole semble tirée de nos v. 49 et 50. A Tinjure, Jésus oppose une simple dénégation. '£y(o, moi, est placé en tête et prononcé avec le sentiment profond du contraste entre le caractère de sa personne et la manière dont il est traité. A la fausse explication que donnent les Juifs de son discours précédent, Jésus substitue la vraie : < Je ne parle pas de vous comme je le fais, poussé par la liaine ; mais je parle ainsi pour honorei mon Père. Le témoignage que je dépose contre vous est un hommage rendu à la sainteté divine. Mais vous, au lieu de courber la tète à la voix de celui qui vous dit la vérité de la part de Uieu, vous Tinjuriez (Samaritain, démon), lui qui glorifie celui que vous prétendez être votre père. La conclusion est : Comment seriez- vous enfants de Dieu, vous qui outragez celui qui no parle que pour l'honorer?

Néanmoins (v. 50), Jésus déclare que les aiïronts doni on l'abreuve lui importent peu. C'est Dieu que cela regarde, ^ar il s'en remet à Dieu, dont il connaît la sollicitude enven lui, du soin de sa gloire. H ne veut être honoré que dam la mesure ou son Père lui-même lui donne gloire dans k cœur des hommes. Les deux mots : qui cherche et qu* juge, font pressentir les actes divins par lesquels le Père glorifiera le Fils et châtiera ses calomniateurs : d'un côt^ J'oeuvre du Saint-Esprit; de l'autre la ruine de Jérusalen^

CHAP. VUI, 49-53. Hi

«l le jugemenl final. D'ailleurs maintenant déjà tous ne le déshonorent pas; plusieurs l'honorent par leur foi:

V. 54-53. 4 En vérité^ en vérité ^ je vous dis que^ si (juelquun garde ma parole , il ne verra point la mort à jamais. 5S Les Juifs lui dirent donc * : Maintenant noi^ savons que lu es possédé d'un démon; Abraham est mort et les prophètes aussi, et toi, tu dis : Si quelqu'un garde maparoley il ne goûtera pas la mort* à jamais I 53 Es4u plus grand que notre père Abraham, qui est mort? Et les prophètes aussi sont morts I Qui prétends-tu ' être .^ » — Les diverses relations d'idées que Ton a cherché à établir entre le v. 50 et le v. 51 sont peu naturelles. 11 est manifeste qu'avec le dernier mot du v. 50 : et qui juge^ Jésus en a fini pour un moment avec ses interlocuteurs actuels; mais il sait que, parmi ces Juifs qui avaient cru et dont la plupart avaient immédiatement succombé à l'épreuve, v. 32, il y en a un certain nombre qui ont accompli la condition posée par lui v. 31 : Si vou^ demeurez fermes dans ma parole; et c'est à ceux-là qu'il adresse la promesse v. 51 . L'expression : garder ma parole ^ n'est que la reproduction de celle du v. 31 : demeurer ions ma parole; et la promesse de ne jamais voir la mort est l'opposé de la menace du v. 35 : L'esclave ne demeure pas toujours dam la maison. — La mort n'est point prise ici exclusivement dans le sens spirituel, coonme si Jésus voulait dire : ne sera pas condamné. Les mots à jamais ne <!ODviennent pas à ce sens; et il y aurait quelque charlal^isme, de la part de Jésus, à se donner l'air de dire plus

' MB C omettent ouv.

* B lit ÔavftTov ou fxT) Oscup7)ar^ [comme v. 51). — T. R.: YguaEiai avec K P H. Tous les autres : Y£u<njT«t. /

' 20 est retranché par 40 Mjj. (n A B C etc.) 50 Mnn. It. Vg. Syr. %. Or.

qu il ne voudrait dire réellement. C'est bien la mort, la mort elle-même et dans le plein sens du mot, qu'il nie pour le croyant. Voir à VI, 50 et XIV, 3. Quel encouragement présenté à ceux qui persévéraient dans sa parole !

Les Juifs ne se méprennent donc nullement, comme on le prétend, sur le sens de sa déclaration, quand ils en concluent que Jésus promet aux siens un privilège que n'ont possédé ni Abraham, ni les prophètes, et qu'il se fait pins grand que ceux-ci, puisqu'il est manifeste qu*il doit posséder lui-même la prérogative qu'il assure aux siens. — L'expression goûter la mort repose sur la comparaison de la mort avec une coupe amère que l'homme est condamné à boire. — Le mot eiç tov aubva, à jamais^ dans les v. 51 et 52, ne doit pas s'expliquer dans ce sens : c II mourra bien, mais non pour toujours; > le sens est : t Jamais il ne fera l'acte de mourir, i Comp. XllI, 8. — Le pron. oGTi;, au lieu du simple oç, signifie : c qui, tout Abraham qu'il fût... »

4° La préexistence éternelle de Jésus : v. 54-59.

Si Jésus est le vainqueur de la mort pour les siens, c'est qu'il appartient lui-même a l'ordre éternel. 11 vient d'une sphère dans laquelle il n'y a pas transition du néant i l'existence, et par conséquent pas non plus chute de l'existence dans la mort, à moins qu'il ne consente lui-même i se livrer à ce(te puissance.

V. 54-56. « Jésu^ répondit : Si je me glorifie » moemême y ma gloire n'est rien; celui qui me glorifie^ c'est mon Père, lui dont vous dites quil est votre* Dieu; 55 e< cependant, vous ne le connaissez pas , mais moi, je le con-

* Au lieu de ôoÇaÇw que lit T. R. avec ^t Mjj. et les Mnn., on Ht SoÇaiw dans N B C D It«»'M Or.

• Au lieu de u,uiwv que lit T. R. avec »y B D F X la plupart des Mnn. Itpierique^ OU lit r^jxwv daus Ics i% autFcs Mjj. 90 Mnn. Syr.

CIIAP. VIII, 51-5(5. 113

nais ; et si je dis que je ne le connais pas, je serai semblable à vous «, menteur ; mais je le connais, et je garde sa parole. 56 Abraham^ votre père, a tressailli de joie dans tespoir de voir mon jour; et il Va vu, et il s'est réjoui, t> — Dans un sens, Jésus se glorifie bien lui-même chaque fois qu'il se rend témoignage; mais l'accent est sur èyco, mot, € moi seul, sans le Père, m'attribuant de mon chef des privilèges que le Père ne me donne point. » Comp. la forme toute semblable v. 15 et 16. C'est ici la réponse à la question : Qui prétends-tu être ? « Rien que ce que le Père a voulu que je fusse, i Et cette volonté paternelle est manifestée par des signes éclatants que discerneraient aisément les Juifs, si Dieu était réellement pour eux ce qu'ils prétendent, leur Dieu. Mais ils ne le connaissent pas; et voilà pourquoi ils ne reconnaissent pas celui qui vient de sa part et qu'il leur signale si clairement.

Cette ignorance de Dieu que Jésus rencontre chez les Juifs, réveille en lui, p«nr la loi du contraste, le sentiment de la connaissance réelle qu'il a du Père ; et il affirme cette ( prérogative avec une énergie triomphante, au v. 55. C'est i ici comme le paroxysme de la foi que Jésus a en lui-même, toi fondée sur la certitude de cette connaissance immédiate qu'il a de Dieu. Ainsi se préparent les affirmations ! inouïes qui vont suivre, v. 56 et 58. oîia, je le connais, désigne la connaissance directe, intuitive, en opposition à ï^YtoxaTe (littér. : vous avez appris à connaître), qui se rapporte à une connaissance acquise. — Par les derniers ( mots : Je garde sa parole, Jésus affirme qu'il possède dans la fidélité aux instructions de son Père la même garantie de victoire sur la mort que celle qui résultera pour ses dis- I ciples de leur obéissance persévérante à sa propre parole.

* Au lieu do ujitv que lit T. R. avec A B D, les autres : upuuv. 3e Vol. 8

Après avoir ainsi répondu au reproche : Tu te glorifi toi-mêmey Jésus en vient à la question principale : E$plus grand que notre père Abraham? et il ne craint pas < trancher le mot : c Oui, certes, car après avoir été Tobj de son espérance sur la len^e, j'ai été celui de sa joie dai le paradis! > Il y a une sanglante ironie dans cette app< sition : c Abraham, votre père, d Leur patron tressailla; de joie dans Tattente d'une apparition qui n'excite qi leur dépit et leur haine ! — Les mots a tressailli... dés gnent la joie de l'espérance, comme l'indique le ïva ïii afin de voir. C'était là le but et l'objet de ce frémissemen Il s'agit évidemment de ce qui se passa dans le cœur d patriarche quand il entendit de la bouche de Dieu d( promesses telles que Gen. XXII, 18 : « Toutes les natiofi seront bénies en ta postérité^ parce que tu as obéi à m voix. D — L'emploi de ïva avec le terme de aya^^iacfe s'explique par le sentiment du désir^ de l'élan vers le jour plus heureux encore, de la possession. — L'expression mo\ jour ne peut désigner que l'époque de l'apparition de Chris sur la terre (Luc XYll, 22). Les explications de Chrysos tome (le jour de la Passion) et de Bengel (le jour de la Pa rousie) ne sont aucunement motivées ici. nofmann e Luthardt entendent par là la naissance promise d Isaac promesse dans laquelle Abraham vit le gage de celle di Messie. Mais l'expression : mon jour, ne peut se rçpportei qu'à un fait concernant la personne même de Christ.

La relation entre ce ïva t^vi, afin de voir, et le : et il a vUy qui suit, prouve que cette dernière expression se rapporte à la réalisation du désir qui avait jadis fait tressaillir le patriarche pendant son séjour sur la terre, à l'apparition même de Jésus ici-bas. L'aor. second pass. ^yi^ exprime bien la joie calme de la vue, en opposition au tressaillement de l'attente (rjyaXXtàdaTo) . Jésus révèle donc ici, comme k

reconnaissent la plupart des interprètes, un fait du monde invisible, dont lui seul avait connaissance. Comme à la transGguration, nous voyons Moïse et Elie instruits des circonstances de la vie terrestre de Jésus, ainsi Jésus déclare qu'Abraham, le père des croyants^ n'est point resté étranger, dans le séjour de la gloire, à Taccomplissement des promesses qui lui avaient été faites; qu'il a contemplé la venue du Messie sur la terre. Nous ignorons sans doute sous quelle forme les événements d'ici-bas peuvent être rendus sensibles à ceux qui vivent dans le sein de Dieu. Jésus affirme simplement le fait. — Cette interprétation est la seule qui laisse aux mots leur sens naturel. Les Pères appliquent le el^e, il vit, aux types, tels que le sacrifice d'Isaac, dans lesquels le patriarche contempla, par anticipation, l'accomplissement des promesses. Les réformateurs se représentent cette vue comme une espèce de vision prophétique qui lui fut accordée. Hofmann et Luthardt pensent au jour de la naissance d'Isaac qui réalisa l'espérance d'Abraham. Ces explications sont exclues par l'opposition tranchée qu'établit le texte entre la joie de Vallenle et celle de la vue réelle. Il en est de tBéme de celle de Hengstenber^, qui applique les derniers Ms du verset à la visite de l'ange de l'Eternel Gen. XVlIi. L'expression mon jour ne peut recevoir, dans cette application, qu*un sens forcé. On ne cite plus que pour mémoire l^xplication socinienne : t Abraham aurait tressailli de joie, s'il eût vu mon jour. » Que faire du second memt^re dans cette interprétation ?

En faisant ressortir cette double joie d'Abraham , d'un <^oié à l'époque de la promesse, de l'autre, dans le temps de l'accomplissement, Jésus fait rougir les Juifs du contraste entre leurs sentiments et ceux de leur prétendu père.

V. 57 et 58. e Sur quoi les Juifs lui dirent : Tu n\ pas encore cinquante^ ans, et tu as vu Abraham*! l Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Avw qu'Abraham naquU^, je suis, d — De ce qu'Abraham ava vu Jésus, il semblait résulter en eflot que Jésus deva avoir vu Abraham. Cette question est l'expression d'ur surprise indignée. — Le chiffre cinquante est un nombi rond ; cinquante ans désip:ne la clôture de l'âg-e viril. I sens est: « Tu n'es pas encore vieillard, i 11 n'y a rie à conclure de là quant à l'âge réel de Jésus, puisque d ou vingt années de plus, dans ce cas, ne changeaient rie à la chose. — «Je ne suis pas seulement son contemporaii répond Jésus, mais j'existe même antérieurement à lui. La formule amen, amen, annonce la grandeur de cet! révélation sur sa personne. Tandis que yave^rôat, nA/w (littéralement: devînt), désigne le passage du néant l'être, et(xi, je suis, indique un mode d'être qui ne résnll point d'une semblable transition : l'existence (suis), comm attribut de la personnalité (je), Jésus dit : je suis, non j'étais. Cette dernière expression n'indiquerait qu'une sin pie priorité, par rapport à Abraham, et serait à la riguei compatible avec l'intuition arienne de la personne d Jésus, tandis que la première expression place l'existenc du sujet parlant dans l'ordre absolu, éternel, divin. EH rappelle la parole du Ps. XC, i : ec Avant que les montû gnes fussent nées et que tu eusses fondé la terre, d'iéternii en éternité, tu es, d Dieu!j> C'est bien, sans doute, di sein de sa conscience humaine que Jésus tire cette exprès sion, mais seulement après qu'il a reçu la révélation d(

* A 3 Mnn. Clirys. : TsajacanovTa (quarante).

* K : xai K^p. £(f>pax£v « (et Abraham t*a va). ' D It*"*i omettent fevs^ai.

ridentité de sa personne avec celle du Fils éternel : <i Tu es mon Fils bien-aimé. > Cette conscience que Jésus a de lui-même, depuis qu'il a entendu la parole du Père, est analogue à celle que le croyant a de Jésus après que TEsprit lui a révélé sa gloire. — L'éternité ne doit pas être considérée comme proprement antérieure au temps. le terme irpiv, avant que^ est une forme symbolique, puisée dans la conscience vraiment humaine de Jésus, pour exprimer le rapport de dépendance du temps à Téternité, de la seule manière en laquelle nous puissions le concemv, sous la forme successive. — Aujouixl'hui que le rationalisme s'est afl'rancbi de l'autorité scripturaire , il n'éprouve plus le besoin de recourir aux explications forcées, proposées jadis par divers commentateurs; ainsi celle de Crell, de Wette^etc, qui donnent au mot : Je suis, un sens purement idéal : c Je suis dans l* entendement divin :'i celle de Socin, Paulus : c Je suis, comme Messie promis; > celle du catéchisme socinien : a Avant qu'Abraham puisse justifier son nom d'Abraham (père d'une mul- Ulude^ de la foule des païens convertis), je.suis votre Mestie, à vous, Juifs, i Scholten lui-même, tout en cherchant à maintenir ce qu'il peut y avoir de vrai dans ces différents sens, reconnaît (p. 97 et suiv.) qu'ils sont insuffisants. Selon lui, il ne faut pas traduire sans doute : j'existe (éyc» €i;ju), mais : je suis [le Messie] [h^ tijjii); néanmoins Jésus n'a pu être le Messie prédestiné dès avant Abraham, qu'à la condition de préexister réellement et personnellement au patriarche. Nous doutons que les exégètes sus-nommés se reconnaissent battus par ce raisonnement. Et nous ne pensons pas que l'opposition évidemment intentionnée entre le verbe Ytv£<j6ai, devenir^ et le verbe eîvat, être^ permette <le donner à ce dernier un autre sens que celui A' exister, selon l'accentuation ordinaire : eyco etjAi. Comme le dit

Gess : cà Abraham, le devenir; à Jésus, Fétre. > — Beyschlag, pour échapper à Tidée de la préexistence personnelle de Christ qui lui parait incompatible avec la réahté de son humanité, pense que Jésus veut dire qu'il réalise en sa personne un principe éternel, mais impersonnel^ celui de l'image réelle de Dieu. Mais cette image impersonnelle de Dieu ne peut exister que dans Tentendement divin, et nous revenons ainsi à l'explication de de Wette. c Si, dit Lulhardl, il résulte de l'opposition entre être et devenir, dans cette parole, que l'être de Christ est éternel ^ il résulte non moins clairement du iy<^, je, que cet être est personnel, i C'est ce que prouve également la comparaison établie avec Abraham. En réponse aux Juifs qui Taccuseat de se faire le contemporain d'.\braham, il y aurait du charlatanisme, de la part de Jésus, k substituer tout à coup â sa personne un principe impersonnel. Si des deux existences comparées, l'une est personnelle, l'autre doit réu*e aussi. Autrement cette déclaration n'est pas sérieuse. Et pourtant elle a le caractère de la plus haute solennité '. — Cette parole est certainement l'une de celles auxquelles Jean a emprunté l'idée fondamentale des premiers versets du prologue. Elle porte en elle-même la garantie de son authenticité, d'abord par sa concision sublime, ensuite par son sens même. Nul historien ne prêtera arbitrairement i son héros une parole qui devra le faire taxer de fou.

* Bejsohlag lui-m(^mc l'a senti ; il a recours maintenant à un autre expédient, celui qu'a pro[)Osë Weizsiick'er : la dislinclion entre den\ Uiéologies ju\taposik)8 dans notre évangile ; celle de Jésus lui-même et celle de l'évangéliste ,à lacjuelle seule appartiendrait l'idée; de la |>réexislence;. Mais il n'est [)as aisé de comprendre comment à ce point de vue on peut défendre encore l'authenticité de Tévangile, comme le fait Beysclilag (coinp. la discussion plus détaillée de cette (piestion Introd. I, p. iifi-iis;.

CHAP. Vlll, 58-59. 419

V. 59. € lÀ-dessus, iU prirent des pierres pour le lapider: mais Jéstis se cacha et sortit du temple.^ i — Devant ce rayon de la divinité de leur interlocuteur, il ne restait aux Juifs qu'à adorer... ou à lapider. Le mot r.pov, proprement : ils levèrent^ indique une velléité, une menace, plutôt encore peut-être qu'un dessein bien arrêté. Comp. l'expression un peu plus forte X, 31. Ces pierres se trouvaient probablement dans le^ parvis en vue de la construction du temple, qui n*était pas encore terminée. Le mot ùp^r,, ^e cacha, ne renferme point, exclut plutôt Tidée d'un miracle. Jésus était entouré d'un cercle de disciples et d'amis qui facilitèrent son évasion. — Quelle que soit l'autorité des documents et des Vss. qui appuient ici le T.R., il est évident que les derniers mots sont une glose marginale composée au moyen des premiers mots du chapitre suivant et de Luc IV, âO. Baur en défend l'authenticité, afin de tirer de ce passage une preuve du docétisme de l'auteur. Mais l'expression normale eût été, au point de vue docète, non fixpupYi (il se cacha), mais a<pvaToç èyévcTo (il disparut).

Tel est le terme de la lutte la plus violente que Jésus ait eu à soutenir. Dès maintenant, il abandonne graduellement à ses adversaires le champ de bataille, jusqu'à cet autre Êxp^^T définitif, XII, 36, qui clora son ministère public en Israël.

Nous avons vu s'évanouir, devant une exétjèse calme et consciencieuse, toutes les invraisemblances que la critiiiue a trou- ^% en si ^rand nombre dans ce chapitre et dans le précédent. Les réponses et les objections des Juifs, que M. Reuss taxe de

* Après lEpo'j, T. R. lit ôieXOwv ota acaou aatwv xai 7:apr,Y£v ouxwç, avec A C E F G H K L M S U X A A les Mnn. Syr. Cop. (passant au mUieu ^W, et il s'en alla ainsi); ces mots manquent dans N B D ItP'c"q«»« ^'g. Sah. Or. Clirvs.

grotesques et d'absurdes, nous ont paru, en nous plaçant au point de vue de ceux qui les font, naturelles et logiques. L'argumentation de J<^sus, qui, d'après M. Renan, • jugée selon les règles de la logique aristotélicienne, est très-faible, » ne paraît telle que parce qu'on oublie qu'il est des choses que Jésus, comptant sur la conscience morale de ses adversaires, croît pouvoir poser comme axiomes. 11 n'y a certainement pas, dans la narration de ces deux ch. VII et VHl, une seule invraisemblance qui approche de celle (|u'il y aurait à supposer de tels entretiens inventés après coup et en dehors de la situation historique À laquelle ils s'adaptent si parfaitement. Nul verbiage, nulle inconvenance, nulle solution de continuité. Cette reproduction Jes entretiens de Jésus est faite avec une telle délicatesse qu'on a peine ù refuser son assentiment à l'hypothèse d'un rationaliste du siècle passé, Bertboldt. qui supposait que l'évangéliste avait pris note des discours de Jésus au moment même où il les avait entendus. Deux traits nous frappent surtout dans ces deux chapitres : 1. la forme dialogH*'(\ si pleine d'actualité et qui devait se graver dans l'esprit d'un témoin bien plus facilement encore qu'un discours suivi : "i. le caractère sommaire des témoignages de Jésus. C'est une simple et grande aflirmation sans dével(»ppements, VII, \M . 38: VIII, li. 31. 3i. C^ux-ci se rattachent au témoignage proprement dit, \\ mesure qu'il devient l'objet d'une contestation soit entre Jésus et ses auditeurs, soit parmi ces derniers. Ces deux traits suffiraient à prouver le caractère historique du récit.

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